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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 14:55
Borderline(s) investigation #1

 

 

Un spectacle produit par la Compagnie Vertical Detour (93 Montreuil) vu le 04 décembre 2018 à la Villette  (Paris 19e).

Mise en scène : Frédéric Ferrer
Texte : Frédéric Ferrer
Comédiens : Karina Beuthe Orr, Guarani Feitosa, Frédéric Ferrer, Hélène Schwartz

Genre : théâtre
Public : tout public à partir de 13 ans
Durée : 1h50

C’est un peu par défaut que j’ai été voir « Borderline(s) investigation #1» ; le spectacle que je voulais voir initialement étant complet. Sur ce, mes soirées étant comptées, je ne vais jamais au théâtre à l’aveuglette : j’avais noté ce spectacle comme un possible lorsque j’avais décortiqué les programmes. Et j’ai bien fait tant « Borderline(s) investigation #1» est une prouesse théâtrale.

« Borderline(s) investigation #1 » se joue dans la salle Boris Vian de la Grande Halle de la Villette, soit la petite salle. Je n’y étais jamais allée. Elle se situe en sous-sol mais offre toutes les commodités. La jauge s’élève à environ 250 personnes. Ce soir, la salle était pleine d’un public très varié quant à l’âge mais désespérément uniforme quant à sa composition sociale. Je ne me lasserai jamais de dénoncer cet entre-soi, de surcroît quand un spectacle se propose de vulgariser avec force intelligence et humour des problématiques complexes, politiques et urgentes.

« Borderline(s) investigation #1 » porte sur les planches l’urgence climatique ou plus exactement le constat d’un trop tard et de la disruption civilisationnelle inévitable. Plutôt angoissant comme sujet et pourtant on rit et on sort du théâtre comme allégé. Magie du spectacle !

« Borderline(s) investigation #1 » se divise en trois parties qui s’enchaînent naturellement par un glissement de ton, une évolution du décor, une théâtralité croissante. La première partie est relativement sobre. Dans un décor tristement banal -canapé rouge et fauteuils rouges en cercle autour d’une table basse, palmiers en plastique, grand écran en fond de scène et pupitre -, un jeune chercheur inaugure sa conférence. Le conférencier n’est autre que l’auteur et metteur en scène, géographe dans une autre vie. Il intervient sous son propre nom, Frédéric Ferrer, tout comme ses trois acolytes - deux femmes et un homme. Ils sont tous sonorisés. Cette conférence, ultra référencée et des plus sérieuses consiste à établir un bilan de la présence invasive de l’espèce humaine sur terre. Comme lors d’une vraie conférence, Frédéric Ferrer nous présente la structure à laquelle il appartient, le protocole de recherche, le nouveau concept (la limitologie), le plan de la soirée avec l’intervention des autres experts. Tout est vrai et tout est faux. Le vrai, ce sont les sources, les graphiques, les chiffres, et le constat que la sixième extinction de masse a bien commencé. Le faux, c’est tout le stratagème théâtral qui permet de faire passer la pilule. Tantôt, c’est l’exhaustivité maniaque du conférencier qui tient absolument à tout montrer sur son powerpoint. Ainsi, pour bien faire comprendre que la planète est limitée, on voit une diapo de la Terre sur fond blanc avec un fléchage « limite » pour bien en désigner le contour fini. Tantôt il ne peut s’empêcher de tout énumérer à toute berzingue comme la liste des 42 frontières territoriales étudiées par ses collègues. Nous n’aurons pas droit à la présentation de la fameuse frontière Creuse/Haute-Vienne (!) mais à celles de Russie/Norvège et de France/Brésil. Ces deux exemples sont non seulement l’occasion de dénoncer l’absurdité de la frontière mais aussi d’introduire un décalage de jeu tout aussi absurde que formidable. La première experte, Karina Beuthe Orr, parle en norvégien. Sa communication est sous-titrée dans le powerpoint qui accompagne son propos. Elle laisse la parole à son collègue qui parle en portugais… et le traduit en un français parfait ! Dans cette veine, on entendra parler lors de la soirée, toujours avec un naturel déconcertant, anglais mais aussi inuit, viking et latin.

Après les frontières territoriales, la conférence aborde la frontière systémique. A situation complexe, dispositif scénique complexe : un paperboard et deux nouveaux écrans apparaissent reliés à deux tables roulantes munies d’ordinateurs. Les quatre comédiens, tous experts d’un domaine particulier vont prendre simultanément la parole pour éclairer cette nouvelle notion de frontière systémique. Là encore, le fond du propos est des plus sérieux et se transmet par un jeu toujours plus décalé. C’est la surenchère d’érudition qui mène à des digressions déjantées. Ainsi pour nous expliquer ce qu’est la crise de la complexité, Frédéric Ferrer tente de recourir à l’allégorie du Schtroumpf de la pluie. C’était sans compter sur son collègue, Gaurani Feitosa, qui ergote sur le Schtroumpf bricoleur et le Schtroumpf costaud et qui finit par nous présenter le parler Schtroumpf dans différents idiomes. Pendant ce temps-là, notre monde court à sa perte : les ordinateurs se mettent à bugger et la régisseuse doit intervenir. A peine a-t-elle réparé l’incident que ce sont des éléments du décor qui s’effondre. Alors que faire ?

La troisième partie commence par le visionnage d’une interview entre notre cher Premier ministre et feu Nicolas Hulot. Du plus bel effet dans les circonstances actuelles ! Monsieur Philippe blablate son ressenti face à la crise climatique ; Hulot tente d’en placer une, en vain. Cette petite séquence permet d’une part à l’une des comédiennes d’entonner une campagne électorale pro décroissance en plein milieu du public. Elle permet par ailleurs d’introduire la notion d’inductivité par laquelle nos hommes politiques sont comparés à des dindes. Et puisqu’il ne faut pas compter sur eux pour trouver une solution, le spectacle se propose d’aller étudier les Vikings. Le décor s’ouvre en coulisse et en extérieur pour donner à voir des espaces d’interview. Car l’exemple des Vikings est présenté sous forme d’enquête historique à la sauce docu-fiction. La comédienne Hélène Schwartz revêt un peu tous les rôles de la fiction dans des dégaines toutes plus drôles les unes que les autres. L’énigme de leur disparition est résolue par une vraie chercheuse. Tandis que l’on entend à l’écran ses conclusions, le décor continue de s’effondrer, Guarani Feitosa entonne, casque de Viking sur la tête, « l’Amérique » de Joe Dassin. Les autres apparaissent en combinaison spatiale. « Borderline(s) investigation #2 » est annoncé.

« Borderline(s) investigation#1 » est une grande réussite. C’est un spectacle d’une rare intelligence qui sait mêler rigueur scientifique, inventivité scénographique, perfection du jeu. Si l’annonce du deuxième épisode est vraie, j’ai hâte de le découvrir !

Catherine  Wolff

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