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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 11:35
Kanata - épisode I - la controverse

 

Un spectacle produit par le Théâtre du Soleil (75012 Paris) et le festival d’Automne (Paris) vu le 21 décembre 2018 au Théâtre du Soleil (Paris 12e)

Mise en scène : Robert Lepage
Comédiens : Shaghayegh Beheshti, Vincent Mangado, Sylvain Jailloux, Omid Rawendah, Ghulam Reza Rajabi, Taher Baig, Aref Bahunar, Martial Jacques, Seear Kohi, Shafiq Kohi, Duccio Bellugi-Vannuccini, Sayed Ahmad Hashimi, Frédérique Voruz, Andrea Marchant, Astrid Grant, Jean-Sébastien Merle, Ana Dosse, Miguel Nogueira, Saboor Dilawar, Alice Milléquant, Agustin Letelier, Samir Abdul Jabbar Saed, Arman Saribekyan, Wazhma Tot Khil, Nirupama Nityanandans, Camille Grandville, Aline Borsari, Man Waï Fok, Dominique Jambert, Sébastien Brottet-Michel, Eve Doe Bruce, Maurice Durozier

Genre : théâtre
Public : adulte
Durée : 2h30

Voilà des années que je n’étais pas allée au théâtre du Soleil. Trop au fait des petites histoires qui ont jalonné cette grande expérience de théâtre collectif. Mais si je voulais voir le dernier opus de Robert Lepage, dont je suis une aficionada, il me fallait outrepasser mes réserves. « Kanata - épisode I - la controverse » est en effet joué par la troupe Soleil soit 32 comédiens. Force est de constater que la greffe entre les deux structures, ex-Machina et  le Théâtre du Soleil, a merveilleusement pris.

Voir un Lepage, c’est comme succomber à un roman fleuve : c’est un peu compliqué d’y rentrer mais une fois qu’on y est, on ne veut plus en sortir. Il faut d’abord se familiariser avec le fourmillement de personnages ;  accepter ce procédé d’écriture nord-américain qui consiste à laisser évoluer librement toutes ces tranches de vie avant que, de fil en aiguille, les liens ne se tissent. Il faut lâcher prise devant le défilement de scènes dont on ne comprend pas toujours le bien-fondé. Ainsi, que dire, de prime abord, de cette virée chez un fermier beauf qui élève des porcs et vit dans une vieille caravane. La scène est théâtralement très belle mais que vient-elle faire entre une scène de commissariat où une travailleuse sociale vient déclarer une énième disparition de femme et une scène au restaurant où une restauratrice de tableau accepte l’invitation d’un conservateur amouraché ? La suite révélera que cet éleveur est un très sordide serial killer de prostituées amérindiennes et qui ne fait au juste que parachever un processus génocidaire commencé des générations plus tôt.

Car le thème central de « Kanata - épisode I - la controverse » est le génocide amérindien. Quand les natives - « on dit autochtones aujourd’hui », précise l’une des protagonistes - n’ont pas été passés par le fer, c’est leur culture qui a été massacrée, leurs idiomes interdits et leurs bébés systématiquement spoliés pour être confiés soit à des pensionnats autochtones soit à des familles blanches adoptives. Les conséquences de cette politique mortifère gangrènent la vie des survivants qui pour beaucoup ne peuvent précisément survivre que grâce à la drogue et ce qu’il s’ensuit : la prostitution et la rue. Pour suivre cette histoire complexe et que Robert Lepage choisit d’inscrire sur trois générations, le metteur en scène tend plusieurs fils directeurs. Le premier sera la peinture depuis « la Joconde amérindienne » qui ouvre le spectacle avec force commentaires de la restauratrice et du conservateur jusqu’à Miranda, peintre française de son état, fraîchement installée à Vancouver avec son falot de copain, Ferdinand. Le deuxième fil, c’est un lieu. La bien nommée Hastings Street à Vancouver où échouent tous les rebus de cette histoire coloniale. Le troisième fil, c’est Toby, le passeur de l’histoire, l’alter ego de Lepage sur scène. Le quatrième fil, enfin, ce sont les femmes : la restauratrice de peinture et mère de Fame ; Fame, la quarante-neuvième victime du serial killer ; Louise, la tante de Toby ; et toutes celles dont il fallait frapper la chair de la chair pour mettre un terme définitif à la mémoire d’un peuple.

A cette richesse narrative répond une richesse des registres. On passe de l’émotion (la mère de Fame à la morgue) à l’humour (Ferdinand coaché pour perdre son accent français), à la mise en abyme (cours de théâtre de Ferdinand auquel un flic, également théâtreux amateur, donne une cinglante leçon de jeu), à l’acrobatie (dans un canoë kayak), en passant par le polar (le serial killer), la danse (cours de tai-chi chorégraphié comme prétexte pour expliquer la toponymie de Hastings Street).

Et puis, chez Lepage, il y a la magie de la scénographie. Elle est ici très simple et dessine pourtant une variété d’ambiances et de lieux inégalée. Le fond de scène est un cyclo. L’image projetée ébauche un lieu. Les praticables sur roulettes achèvent d’en peindre les contours. Les changements de décor sont extrêmement rapides et ingénieux : ainsi pour passer du commissariat à la ferme, les bureaux sont renversés, assemblés en parcs à porcs derrière lesquels les comédiens grognent et tapent contre les parois. Les images créées sont parfois mirifiques telle la forêt primitive des peuples autochtones, plongée dans la brume, et dans laquelle Toby évolue en kayak. La violence de l’Histoire se joue aussi dans le décor. Juste après cette scène d’une grande puissance onirique, les bûcherons déboulent, abattent sous nos yeux non seulement la forêt mais aussi le totem et la cahute d’une femme à laquelle un prêtre et deux soldats arrachent le bébé. Violence sans nom et sans parole.

C’est peut-être là que réside la petite faiblesse du spectacle. Le jeu est inégal. Des personnages secondaires sont fabuleux de justesse : le flic théâtreux et désireux de résoudre, malgré le racisme de sa cheffe, le mystère des femmes disparues ou bien le coach de Ferdinand. A contrario, des personnages principaux sont plus fragiles, à commencer par Miranda et Ferdinand. J’ai déploré aussi quelques longueurs mais elles participent souvent du travail de Lepage et ne pourront être qualifiées de telles qu’à l’issu du projet. Car « Katana » aura une suite. Des scènes que j’ai trouvées longuettes sont sans doute simplement des ouvertures pour la suite.

« Katana – épisode I – la controverse » est un projet original de Robert Lepage en ce sens où il travaille avec une troupe gigantesque et qui n’est pas la sienne. Cela ne l’a pas empêché de livrer, comme toujours, un spectacle d’une qualité exceptionnelle à tout point de vue. J’ai hâte de me replonger dans la suite de l’histoire.

Catherine Wolff

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