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Berlin 33

Un spectacle produit par la Compagnie RL (75) et vu au Théâtre de la Reine Blanche le 27 décembre 2019.

Texte : Sebastian Haffner

Mise en scène : Laurence Campet, Olivia Kryger, René Loyon

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

Le théâtre de la Reine Blanche se situe dans mon quartier. Je m’y rends environ une fois par an. La dernière fois, c’était à l’invitation d’une amie de passage à Paris pour assister à « Fauve », une leçon d’anthropologie théâtralisée (non chroniquée). C’est à cette occasion que j’ai constaté le changement radical de la ligne éditoriale du théâtre. Désormais associé au théâtre des Déchargeurs, le théâtre de la Reine Blanche se veut être la scène des arts et des sciences. Le programme laisse à voir une pluralité de propositions, depuis les mises en espace de conférences scientifiques jusqu’aux projections de cinéma italiens agrémentées d’un plat de pâtes en passant par des formes théâtrales plus classiques. « Berlin 33 » relève de cette dernière catégorie.

« Berlin 33 », dans le programme, m’a aussitôt interpellée par le texte que le spectacle ambitionnait de porter sur scène : « Histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner. C’est un texte que j’adore et dans lequel l’auteur, témoigne et  analyse les ressorts de la montée du nazisme et de la mise en place du totalitarisme.  

 « Berlin 33 » se joue dans la petite salle du théâtre. La jauge d’une quarantaine de places était quasiment pleine. Le dispositif scénique se réduit à sa plus simple expression : deux rangées de bancs et de chaises encadrent un espace scénique nu, seulement doté d’une petite table de bois et d’une chaise. A travers un montage judicieux du texte, le comédien raconte la façon dont un peuple, d’abord passif et incrédule puis trahi par ses élites et enfin sidéré par la peur,  sombre tout entier dans le cauchemar. Le comédien joue avec sobriété et retenu : il est tantôt conteur, tantôt conférencier, tantôt confident. Une bande-son illustre certains passages mais au dépend de la voix. Outre le comédien et un jeu discret de lumière, c’est le seul effet théâtral du spectacle. C’est un peu court ; ça manque de rythme, la voix est monocorde et j’ai bien failli m’endormir. « L’histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner se prêtait bien à un seul-en-scène intimiste. Encore eut-il fallu l’habiller un peu : quelques images d’archives ou bien des parties véritablement dialoguées et jouées (avec son père ou sa petite amie Charlie) auraient été, à mon sens, les bienvenues.

« Berlin 33 » n’a pas comblé mes attentes. Mais dans l’époque délétère que nous vivons et qui, toute proportion gardée, n’est pas sans rappeler les années trente, c’est tout à l’honneur de la compagnie d’avoir choisi Sébastian Haffner pour nous injecter une bonne piqûre de rappel.

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