Nouveau Théâtre de Montreuil

Nouveau Théâtre de Montreuil

Ma, Aïda

 

 

Un spectacle produit par la Compagnie L’Immédiat (75) et vu au Nouveau Théâtre de Montreuil le 18 février 2022.

Création (Chorégraphie, scénographie, lumière, son) : Camille Boitel et Sève Bernard

Interprétation : Camille Boitel, Sève Bernard, Tokiko Ihara, Jun Aoki

Invité spécial (musique) :  Nahuel Menendez

Construction décor et effets scéniques : Atelier de la Maison de la Culture de Bourges ; Mok, et l’ensemble de la compagnie.

Régie plateau : Christophe Velay, Audrey Carrot, Arnaud Dauga, et Kenzo Bernard

Genre : cirque, théâtre d’objets.

Public : Tout public

Durée : 1H

 

Toujours une envie de cirque. Tiens, Camille Boitel à Montreuil. Ça faisait bien longtemps depuis l’inénarrable « Homme de Hus » et le moins aimé « L’Immédiat ». Et bien, ni une, ni deux,  partons découvrir « Ma Aïda ».Pour mon plus grand bonheur.

Un homme, une femme ; une possible rencontre. Ils devraient donc être deux mais c’est sans compter  sur les deux autres comédiens qui font office tantôt d’adjuvants, d’arbitres,  de musiciens (guitare, bandonéon, orgue à bouche) et de maîtres du temps.

Un décor apparemment dépouillé et calme mais qui de fait est diaboliquement animé par 6 à 10 manipulateurs.

Reprenons ! Un homme et une femme veulent se rencontrer. C’est irrépressible. Mais la matière du dispositif, autonome tel un troisième personnage, voue systématiquement le désir à l’échec.

 

Camille Boitel et Sèvre Bernard créent dans « Ma, Aïda » une poétique de l’effondrement. Tels des messagers divins, les accessoires tombent des cintres, dessinent un espace de jeu admirablement éclairé, offrent une opportunité amoureuse  interprétée dans une gestuelle au cordeau puis patatrac, le décor fait des siennes et le tableau sombre sous la scène.  Par l’enchaînement des rencontres avortées, « Ma Aïda » donne à voir, tel ce pendrillon à effets kaléidoscopiques, la fragmentation de la relation.

Toutes les situations sont abordées et sont l’occasion d’un bel hommage à l’artisanat du spectacle et du cinéma. C’est  tantôt ce tulle qui restitue une scène de cinéma muet avec son générique loufoque écrit à la main, ou bien tantôt ce clin d’œil à « Psychose » d’Hitchcock quand le lieu de la rencontre est une baignoire. C’est aussi ce ballet de rideaux de scène qui cadre la rencontre de telle sorte qu’elle n’advienne jamais. C’est encore cette scène du bouquet jouée en théâtre d’ombres balinais.  Et tant d’autres !

Riche en références, le spectacle ne se réduit pourtant pas à un catalogue de citations ou à un spectacle d’objets. Il est profondément incarné et dense en émotions. Drôle souvent comme dans la scène du banc où Madame, tel un pantin, prend des poses suggestives ; burlesque dans cette vaine lutte avec le décor lequel finit en miettes ; poignant enfin comme dans cette scène qui n’est pas sans évoquer Chaplin : notre couple d’amoureux avance dans la vie juste accompagné par la lumière focalisée sur leur main et le témoignage de personnes âgées se remémorant  leurs amours d’antant.

 

« Ma, Aïda » est une performance artistique dans tous les sens du terme. Il réussit là où « Zugzwang »  (un des derniers spectacles chroniqués et qui n’est pas sans rapport) avait échoué : construire une énorme machinerie mais au service d’une histoire sans parole, du jeu et de l’émotion. Un grand spectacle.

Catherine Wolff

 

 

 

 

 

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