les regles du savoir vivrePrésent sur Avignon Off 2017

Spectacle de la compagnie Le Chien au Croisement (dept 34), vu le 15 Nov. 2013, 20h30, au Carré Rondelet, Montpellier (34). 

 

Texte de Jean-Luc Lagarce (1994)

Mise en scène et interprétation : Christel Claude et Julien Assemat 

Création lumières : Thierry Jacquelin

 

vivant-3-toiles-4Durée : 1h30 environ

Genre : comédie

Public : à partir de 12 ans

Création 2013, peut aussi se jouer à domicile ou en extérieur de nuit

 

 

Nous sommes nombreux au Carré Rondelet, pour la représentation de ce troisième spectacle de la  compagnie « Le Chien au Croisement » qui se décrit à juste titre animée par "la volonté de défendre des textes forts et poétiques" dans tous types de lieux. Lagarce s’inspire ici d’un manuel de savoir-vivre du XIXe siècle pour élaborer une longue et hilarante liste des codes de bienséance, à respecter impérativement pour tenir son rang dans la société à chaque grand moment de l’existence. En effet, « il serait imbécile de se laisser déborder par les futilités accessoires que sont les sentiments » (Lagarce).

 

Dès la déclaration de naissance et jusqu’au décès, en passant par le choix du prénom, le baptême avec parrain et marraine, les « présentations », les fiançailles, le mariage, puis le veuvage et même les noces d’or, le savoir-vivre impose une étiquette stricte. Tous ces conseils sont émaillés de notations familières incongrues, d’illustrations cocasses et de détails protocolaires fouillés jusqu’à l’absurde. Loin d’être gratuites, ces notations comiques permettent à Lagarce de dire le pire : comment des codes en apparence ridicules favorisent l’obtention de bénéfices matériels, fût-ce au prix d'un décès inopiné mais bienvenu, et comment ils assurent le maintien de hiérarchies sociales ou sexuelles, fût-ce au prix de conventions pesantes mais de bon rapport.

 

L’interprétation, à l’origine destinée à un unique rôle féminin, est ici confiée à deux comédiens qui jouent en complémentarité et avec beaucoup de complicité. J’ai beaucoup apprécié leur jeu théâtral qui met en valeur l’humour corrosif du texte et sa force étonnante, en particulier dans l’alliance constante et ironique de la vie et de la mort. Christel Claude et Julien Assemat s’emparent de l’écriture de Lagarce en s’appuyant astucieusement sur les mots, les répétitions et l’apparence laborieuse du style pour rebondir, s’épauler, se compléter. Le second degré est omniprésent. C’est vif, enlevé, émouvant et très drôle. Gestuelle et mimiques, en accord avec le formalisme des conseils donnés, soulignent le ridicule ou le décalage de certaines situations. Et quelle ambiance dans la salle lorsque des spectateurs sollicités pour monter sur scène jouent divers personnages d’une noce dont nous devenons les invités ! C'est une belle expérience et l'on rit beaucoup.

 

Ce spectacle réjouissant et chaleureux n'impose aucune contrainte de mise en oeuvre. Dans un décor réduit à l’essentiel (une table, deux chaises), d'amusantes trouvailles scénographiques très simples (ballons de baudruche) ponctuent la pièce avec humour. Les quelques éclairages utilisés sont maniés avec justesse et drôlerie en fonction du texte. Enfin j’ai apprécié l’originalité des costumes qui jouent sur la complémentarité des imprimés, comme dans un clin d'oeil humoristique au duo parfait des comédiens. Ce très bon spectacle qui transmet avec émotion la drôlerie du texte de Lagarce et implique le spectateur dans le jeu théâtral, s’adresse à tout public disposé à jeter un regard humoristique sur la société et ses cérémonials absurdes ou nécessaires. 

 

Autre spectacle de cette compagnie commenté dans le blog Vivantmag :"La Voix des clochards célestes"

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