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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 22:11
Festival "Dans mon jardin"
Festival "Dans mon jardin"

Un festival « Dans mon jardin » produit par l’association des Mordues 87380 Saint-Vitte-sur-Briance le 8 aout 2020.

 

Cie des Mordues : Izabelle - 06 19 94 71 19 desmordues.asso@gmail.com

 
Cie les yeux Grands Fermes : Anne Perbal infos[at]anneperbal.com
 

Cie H : Albin Hedon : 05 53 47 93 12

 

 

Genre du festival : théâtre, conte, cirque, musique...

Public : Tout public

Durée : une journée

 

Programme de la journée: 

11 h - Contes musicaux aux jardins de tes rêves, en partenariat avec la bibliothèque de Saint-Vitte-sur-Briance.

11 h 30 - Spectacle clownesque et musical « The Pépette Show », Mathilde Verger, Cie Des MorduEs.

12 h 30 - Performance dansée, Anne Perbal, Cie les yeux Grands Fermés.

14 h/16 h - Ateliers tout public :

    Atelier d’écriture : Histoires à dormir debout  / Arts créatifs : À faire sourire nos mains

15 h - Spectacle de jonglerie burlesque « La Con’F », Albin Hedon, Cie H.

16 h 30 - Solo clownesque « Ça ne tourne pas trop rond », Anne-Marie Frias.

17 h 30/19 h - Tremplin Spectacle vivant  (musique, lecture, théâtre, danse) : performances  de 5 à 10 minutes avec vote du public à l’applaudimètre. 

20 h – « Chanson à rêver debout » - Mathilde, Cie Des morduEs.

21 h 30 – « Quatuor du coin gnoles », Cie des 4 verres de Les tubes digestes.

 

 

Cet été fut caniculaire et covidculaire!

Le manque :

De plaisir, de partage. 

De rencontres, de concerts, de spectacles. 

La peur :

De l’autre, de mourir.

Se masquer, arrêter de respirer. 

 

Vouloir :

Prendre l’air, le bon, celui de la liberté.

 

Je n’y croyais plus, en cette année particulière. Et oui, il existe encore des endroits en France où les mairies soutiennent les organisateurs qui souhaitent proposer un bol d’air frais autour du spectacle vivant. Ce fut le cas dans cette petite commune de Saint-Vitte-sur-Briance en Haute-Vienne. 

Nous prenons donc la route afin de rencontrer ces deux petits bouts de bonne femme qui portent le festival « Dans mon jardin » à bras-le-cœur.

Le décor bucolique : une ferme, un camping improvisé dans un champ, des fauteuils et  des canapés dispersés, une nature paisible, de la couleur, une scène de fortune, et surtout des gens !!! Des sourires, de la bonne humeur, la vie quoi !! On est accueilli comme des cousins éloignés qu’on n’aurait  pas vus depuis un bail :

- « Allez, prenez-vous un verre !!! Asseyez-vous autour de la grande tablée ».

Nous décidons donc de mettre la main à la pâte pour la fin des préparatifs. Le bénévolat reste toujours tellement riche humainement.

 

Le festival est gratuit ; il n’y a qu’à boire et à manger (bio) pour que les organisateurs rentrent dans leur frais. Les enfants sont aux anges : tout leur est dédié. D’ailleurs, ils sont bien plus nombreux que leurs parents, déjà accoudés au joli bar en palettes.

Le cadre se prête au calme. Pour la fraicheur on reverra ça…

La journée commence par…chercher ma fille qui en fait se trouve assise sur des bottes de paille à écouter un conte. Elle est absorbée. La dame de la bibliothèque vit son histoire et subjugue littéralement le jeune auditoire.

Les spectacles vont s’enchainer toute la journée. 

Mathilde (artiste et membre fondatrice de l’association) nous propose un spectacle de clown « Le pépette show ». Numéro pour enfants dont j’ai apprécié le dynamisme, la couleur, et le coté traditionnel du clown (comique, gag, chute, musique, …..). Elle arrive sur son tricycle, toute de couleurs vêtue et en musique. Le ton est donné, le sourire se dessine sur les visages des petits et des grands. Nous assistons à une représentation clownesque participative. 

 

L’après-midi voit se dérouler de nombreux ateliers animés par des bénévoles. Des ateliers d’arts plastiques, d’abord, à base de matériel de récupération. Les œuvres réalisées ont pu servir à égayer le festival (on ne fabrique pas pour soi mais pour embellir le site). Des ateliers musicaux  ensuite, avec des créations là aussi collectives.

 

En pleine chaleur, Albin de la Cie H nous a présenté son spectacle de jonglerie. Il est un maître-conférencier, jongleur, acrobate et… drôle. Son spectacle est burlesque et participatif. C’est ensuite autour d’Anne-Marie. Son solo clownesque est une réadaptation du magnifique texte de Marc Favreau dit « Sol le clown ». Elle présente donc une conférence géopolitique autour d’un monde…qui ne tourne pas rond. Le personnage, un clown décalé, ingénieux, un peu malingre et fébrile nous explique que ceux d’en-haut se couillonnent pendant que ceux d’en-bas appartiennent au « fier-monde ». Quelle société de « pecno-crates ». Un humour triste qui dérange nos « illusions mondaines » à grands coups de « tombe atomique ». Finesse des mots qui demandent une concentration à toute épreuve.

 

Vient alors le moment du tremplin artistique. Ma fille avec ses 254 nouvelles « meilleures amies » se retrouve devant  la scène pour assister à une prestation de haut vol de rythmiques avec gobelets.

Le festival se termine avec Mathilde, sa guitare et son accordéon. Des textes profonds qui nous appellent au voyage et  des reprises de chansons bien connues de tous. On fredonne, et nous ne pouvons pas empêcher nos gambettes de virevolter en cadence.

 

Je tenais à chroniquer ce petit festival qui, en d’autres temps, serait peut-être passé inaperçu. Mais en ces circonstances, l’audace et la ferveur de cette association, la simplicité même du vivre-ensemble autour d’un évènement culturel m’ont  permis de réaliser combien le spectacle vivant était essentiel. Fasse que ces lieux d’échanges, de partages et de rencontres que sont les scènes survivent, au risque de voir se réaliser les prédictions de Frank Herbert :

« La peur tue l’esprit, la peur est une petite mort. » 

 

Laurence Malabat

 

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:56
Christophe Raynaud De Lage

Christophe Raynaud De Lage

A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant ou La sortie de Résidence

Un spectacle produit par la Cie des 26 000 couverts (21) et vu à la Garance le 14 février 2020.

 

 

Mise en scène : Philippe Nicolle

Texte : Ecriture collective sous la direction de Philippe Nicolle avec la participation de Gabor Rassov

Interprètes : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Aymeric Descharrières, Servane Deschamps, Sébastien Chabane, Olivier Dureuil, Anne-Gaëlle Jourdain, Erwan Laurent, Michel Mugnier ou Hervé Dilé, Florence Nicolle, Philippe Nicolle ou Gabor Rassov, Laurence Rossignol

Durée : 1h45

Genre : Théâtre de rue en salle

 

“On m’arnaque.”, je pense dès le début du spectacle, que l’on me présente comme une balbutiante sortie de résidence dont il faudrait excuser les ratés. “Je suis sûr qu’on m’arnaque.” Et j’adore qu’on m’arnaque. Ne vous laissez pas tromper par leurs airs de gaffeurs amateurs, les 26 000 couverts sont de véritables virtuoses du comique.

 

Il s’agit avant tout d’un spectacle sur la mort au théâtre - non, il aurait dû s’agir d’un spectacle sur la mort au théâtre, s’il n’y avait pas eu quelques couacs ou problèmes techniques ou décès sur le chemin. C’est la première, l’affaire est sérieuse, on ne rit plus. Qu’importent les embûches, les 26 000 couverts sont en roue libre, bien décidés à trouver mille parades pour dévaler la pente de la catastrophe. L’engagement des comédiens dans chaque proposition est total. Toute tentative ne sera abandonnée que lorsque le ratage sera un succès phénoménal. “Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.”, dit Beckett. Il s’agit bien de tout rater. Rien ne doit tenir debout, ou bien c’est un pur hasard et les comédiens sont les premiers à s’en étonner. Dans ce jeu de massacre, les 26 000 parviennent à rater avec virtuosité, ce qui les rend invincibles puisque l’échec devient une réussite et la réussite reste couronnée de nos rires. Le théâtre tout entier est brûlé par les deux bouts pour ce grand feu d’artifice : spectaculaire, ombres chinoises, chanson pédagogique, opérette, lecture théâtralisée… Tous les genres et les esthétiques sont passés à la moulinette au plateau, dans une gestion du rythme affolante de vivacité. Soudain un nouvel accident vient interrompre la représentation, le public est en déroute, “Nous aussi!” s’écrient les comédiens. 

 

“Mais est-ce que ça fait partie du spectacle ?” se demande-t-on à chaque instant. Aucune importance, tant est remarquable leur sagacité à faire feu de tout bois, que l’accident soit réel ou prévu. Et puis si nous allons au théâtre, c’est sans doute parce que nous avons plutôt besoin de surprise et d’inattendu que de réel. Avec les 26 000 couverts, nous sommes en quelque sorte en sécurité car le rire provoqué par le spectacle est toujours émerveillé, plutôt poétique que cynique, dans une dérision constante qui n’humilie jamais. Bien sûr, nous sommes parfois à la frontière de l’angoisse (n’est-ce pas dangereux ? Faut-il s’inquiéter ? Suis-je le dindon de la farce si je m’inquiète alors que je suis au théâtre et que tout est pour de faux ?) mais le malaise est toujours habilement dosé pour n’être jamais insidieux. Finalement ce n’est peut-être pas tant la mort que le pire qui pourrait être le motif central de la pièce, le malaise d’un accident toujours possible mais jamais prévisible dont il est possible de rire, encore et encore, jusqu’à faire pousser des ailes à la gravité.  

 

A bien y réfléchir, je vous conseille d’aller vous faire fendre la poire par les 26 000 couverts au moins pour la surprise de tous les effets et procédés que je ne saurai évoquer sans les gâcher. Au moins pour la superbe interprétation écocitoyenne de la chanson du Hérisson et du Lapin. 

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:45
Crédit : Le Bruit de la Rouille

Crédit : Le Bruit de la Rouille

Antoine et Cléopâtre

Un spectacle produit par la Cie Le Bruit de la rouille (69) et vu au théâtre du Balcon le 26 janvier 2020.

 

 

Mise en scène : Melaine Catuogno

Texte : William Shakespeare

Interprètes : Mélaine Catuogno, Vivien Fedele, Julien Perrier et Alexandre Streicher

Durée : 1h40

Genre : Théâtre 

 

Il faut du muscle pour s’attaquer à Antoine et Cléopâtre, et ce n’est pas chez la compagnie du Bruit de la Rouille qu’il fait défaut. A perdre haleine au rythme du tambour, quatre comédiens jonglent durant une heure quarante avec huit personnages pour tenir l’attention du public d’une poigne de fer. Pas question de cligner des yeux : dans ce blockbuster antique, un battement de cils et le monde s’effondre.

 

Au premier siècle, le monde est un trépied qui court vers l’apogée des Empires ; que deux de ses piliers s’enlacent et le voilà qui s’effondre. Cléopâtre, Reine d’Egypte, tient à son bras Antoine qui régit l’Orient. Leur union vient contrarier les ambitions de César, maître de l’Occident. L’adversaire est un territoire qu’il faut conquérir sous peine de disparaître. La destinée du monde se joue dans les lits comme dans les grands conseils, dans les alcôves comme dans les guerres. La politique ne connaît pas d’intimité puisqu’elle se résume aux relations entre ces trois icônes, dont la grandeur et les décadences façonnent l’Histoire. L’interprétation de la compagnie rend limpide la géniale analyse que fait Shakespeare du sentiment amoureux et de la marche de l’histoire. Les personnages y sont entiers : pas question que l’amour (ou la guerre, si l’on considère qu’il s’agit de deux choses distinctes) mène à autre chose qu’à la mort. Certes, ces rois sont des enfants qui jouent aux dés avec des continents, mais leur engagement total, pour égoïste qu’il soit, les rachète aisément. 

 

Le Bruit de la Rouille ne manque pas de ressources pour faire concurrence aux superproductions américaines en la matière. Les batailles navales ou terrestres sont au rendez-vous : il suffit d’une souplesse au moment de déposer le bateau en papier sur la table pour en faire une armada, d’un geste leste du poignet en remontant la manche pour que la veste enfilée transforme un serviteur en empereur. Le théâtre pallie son manque de moyens par un atout majeur que tous les arts lui envient : la présence. Melaine Catuogno campe une Cléopâtre armée jusqu’aux dents de charisme et de sensualité face à un Alexandre Streicher en Antoine bestial. Les corps sont avides de jeux, de mouvements, de baisers, d’alcool et de festins. C’est l’intention qui compte, dans le présent comme dans les présents, et l’intention est au rendez-vous. 

 

Je ne peux que vous inviter à prêter l’oreille au Bruit de la Rouille, qui saura se faire entendre avec une nouvelle création populaire et intelligente où se conjuguent à merveille épique et romantisme. 

 

Mathieu Flamens

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:36
Victor Tonelli

Victor Tonelli

Les Analphabètes

Un spectacle produit par le Balagan' retrouvé (94) et vu le 23 janvier 2020 au Théâtre d'Arles

 
Mise en scène et texte : Gina Calinoiu et Lionel González, librement inspiré du film "Scènes de la vie conjugale" d'Ingmar Bergman
Comédien.ne.s : Gina Calinoiu, Lionel González et Thibault Perriard
Musique : Thibault Perriard
Scénographie : Lisa Navarro
Lumières : Vyara Stefanova
Genre : Théâtre
Public : adulte, conseillé à partir de 14 ans
Durée : 2h30 avec entracte


Les portes s'ouvrent, je me faufile pour prendre ma place (c'est bien ma veine, elle est au beau milieu du premier rang, aussi proche des deux comédiens en bord plateau que de mes camarades mitoyens). "Si c'est une forme immersive, me voilà en première ligne", je pense. Autant vous dire que j'en ai eu pour mon argent.

Bien que l'on me laisse tout à ma passivité de spectateur, la proximité avec les acteurs crée une tension qui va tambour battant pendant toute la durée du spectacle. Il s'agit de recevoir de plein fouet la destruction progressive et systématique de deux vies humaines. Simplement l'histoire d'un couple sans histoire, fier d'une stabilité familiale durement construite et dûment gagnée, qui vole en éclats. La crise ne tarde pas, sans raison, sans avoir besoin de raison. Les cris et les coups bas remplacent les baisers. On s'étrangle faute de pouvoir s'étreindre, on s'applique à tout salir. La pièce est faite d'autant de tableaux que de tentatives de reconquérir l'autre et de l'abandonner, tentatives désespérées dans lesquelles personnages et comédiens s'engagent, si désespérées qu'ils s'y confondent.

La coïncidence entre le jeu et la réalité nous amène au plus près du jaillissement des mots, là où ils obéissent à l'urgence plutôt qu'à l'esthétique. Moins bien choisis, moins beaux, moins exacts et intacts que dans la plupart des pièces de théâtre. Plus authentiques, aussi. Une parole qui cultive ses fêlures, qui compose avec des débris et ne trahit pas le sentiment, mais ne suffit pas à le comprendre. C'est le sujet de la pièce et la source du tragique : nous sommes des Analphabètes des sentiments, émotions intraduisibles qu'il ne suffit pas d'incarner pour expliquer. Comment l'amour peut-il naître, disparaître et survivre à la fois, comment soudainement devient-on aveugle à la souffrance de l'autre, que deviennent les beaux mots de justice et de morale s'il est impossible d'être lucide sur ses actes ? "Heureusement que le théâtre est là pour nous permettre de reconnaître ces situations et de les dépasser !" dira-t-on. C'est certain ! En fait, rien n'est moins certain. Au sortir de la pièce, le sentiment de fatalité ne s'enrichit pas d'enseignement. Le froid sent la solitude ; comme quoi le théâtre ne fait pas toujours chaud au coeur.

Si vous n'avez pas peur de perdre le sourire, je vous conseille évidemment ce travail remarquable d'incarnation. On y trouve de jolies larmes qui se brisent comme des éclats de rire, de jolies notes de musique qui jouent au miroir avec les mots, et de jolies lumières pour attendrir les apocalypses.

Mathieu Flamens


 

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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 23:55
Toute l'histoire de la peinture
Toute l'histoire de la peinture

Spectacle vu au Théâtre de l’Atelier le 7 mars 2020

 

Auteur : Hector OBALK

Mise en scène : Hector OBALK

Comédiens : Hector OBALK

Musiciens : Raphaël PERRAUD au violoncelle, en alternance avec Florent CARRIÈRE

Avec Pablo SCHATZMAN au violon, en alternance avec You-Jung HAN  

Genre : entre conférence et stand up

Public : Tout public

Durée : 2h

 

Hector Obalk  est un critique d'art habitué des scènes et du petit écran. Il a notamment réalisé une série d'initiation à la peinture, « Grand Art », diffusée en 2018 sur Arte. 

Le format présenté au théâtre de l'atelier est à mi-chemin entre la conférence et le stand up. Hector Obalk est le plus souvent seul sur la scène. Derrière lui, sur un écran géant, est projetée une sélection de quelques 300 tableaux retraçant l'histoire de la peinture du 13ème siècle aux années 1960. Durant les deux heures du spectacle, nous nous arrêterons sur une vingtaine de tableaux. Certains arrêts seront conclus par un voyage à l'intérieur même du tableau, en musique, avec des extraits de Bach ou de Haydn joués sur scène par un violoncelliste et/ou une violoniste.

Qu'est ce que la peinture ? Qu'est ce qu'un bon tableau ? Que peut-on regarder ? Qu'il y a-t-il à voir que justement nous n'avions pas vu ? Hector Obalk s'amuse d'un détail, dit tout haut ce que nous n'osons parfois même pas formuler en dedans, trop révérencieux que nous sommes face au "grand art". Ses avis sont tranchés, passionnés, parfois iconoclastes, l'intention est pédagogique sans être trop technique. Le parti pris est assumé, le plus souvent argumenté. Balayer toute l'histoire de la peinture en 2 heures et 20 tableaux n'est évidemment pas un objectif réaliste… D'autres tableaux seront d'ailleurs choisis pour les spectacles du mois d'avril. La partie "stand-up" est volontiers provocatrice et fonctionne bien pour la majorité du public qui rit et applaudit avec entrain. Elle vise aussi à désamorcer à l'avance d'éventuelles critiques, ce qui peut être agaçant… 

On peut ressortir frustré d'être allé si vite. On peut être dérangé par des énoncés taillés à la serpe ou encore par le sort réservé à l'art contemporain. Je suis ressortie avec une furieuse envie d'aller au musée, regarder d'un oeil nouveau des périodes, des détails, chercher "l'épaisseur de l'air" dans le petit cadre d'une toile…

 

Le spectacle est réputé tout public. Il comprend des passages assez ludiques et l'approche n'est pas trop conceptuelle. Il faudrait vérifier auprès du jeune public, mais je me suis demandée si les nombreux apartés pour adultes permettaient d'atteindre une réelle polyvalence.

 

Hélène Lambert

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 15:21
J'ai bien fait de revenir !
J'ai bien fait de revenir !

Spectacle de la compagnie « … et les étoiles » (84) vu le 22 février au Théâtre du Chien qui fume à Avignon.

 

 

Mise en scène : Jean-Marie Cornille et Gérard Vantaggioli

Comédiens : Vanina Delannoy, Elise Cornille, Florian Martinet et Jean-Marie Cornille

Musique : Sebum 

Création lumière et régie : Franck Michallet

Genre : Théâtre

Public : Tout public

Durée : 1H20

 

Un auteur, dans son bureau face à la mer se trouve en panne d’inspiration. Il a du mal à se concentrer ; il est, du reste, sans cesse dérangé : sa comédienne « fétiche » vient lui annoncer qu’elle le quitte pour un metteur en scène à la mode. Sa fille débarque à l'improviste afin de lui emprunter sa voiture et un étrange visiteur fait son apparition...si l'auteur et ce personnage semblent bien se connaître, leurs rapports ne sont pas tendres et surtout, il est le seul à le voir et à l'entendre, du moins dans la première partie du spectacle. Quand nous apprenons son identité, leur histoire commune peu à peu prend forme. Un ressentiment bien légitime habite l'auteur, et le « touriste » se défend d'une quelconque responsabilité envers notre ami. Qui des deux est le plus à blâmer ? L'auteur, qui a « bouffé de la vie » ou son acolyte, rétrograde et convaincu de sa légitimité ? Une autre partie se joue… Mensonges contre vérité, l’auteur et le visiteur vont s’affronter.  Leur histoire servira de terreau à cette pièce que l'auteur ne parvenait pas à écrire.

Une pièce légère qui traite d'un sujet grave, ponctuée par la vivacité de la très jeune et non moins talentueuse Elise Cornille, un texte qui emprunte des mots très « actuels » et une mise en scène dynamique : Quelques maladresses dans la diction ne m'ont pas empêchée d'apprécier cette performance de JM Cornille et de sa troupe que je vous recommande d'aller voir !

 

Evelyne Karam

 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 01:47
Simon Gelin

Simon Gelin

Mille et une nuits

Un spectacle produit par la Cie Midiminuit (93) et vu à la comédie de Valence le 8 janvier 2020.


Mise en scène : Guillaume Vincent
Texte : Guillaume Vincent, adapté des 1001 nuits
Interprètes : Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benaïbout, Lucie Ben Dû, Hanaa Bouab, Andréa El Azan, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Makita Samba, Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff

Durée : 3h avec entracte

Genre : Théâtre adulte (à partir de 14 ans)



L'heure n'est pas au fatalisme réaliste ou au théâtre moralisateur ! Avec les 1001 nuits, Guillaume Vincent offre un bouquet de rêves à la barbarie. Spectaculaire et réjouissant, il ne lasse pas de creuser et d'actualiser les interrogations des contes de Schéhérazade.

La pièce s'ouvre en grandes pompes funèbres avec les mises à mort successives des épouses du sultan Schahriar. Pas de texte - pas encore ! - mais un visuel précis et élégant dans une esthétique de cinéma d'horreur : mécanique sonore infaillible, décor qui avale les personnages à grands coups de portes battantes, les mariées dansent et ouvrent le bal. Ne pas mettre ses doigts dans cette porte ouverte vers le théâtre à effets qui se referme aussitôt pour une narration plus apaisée aux accents de vaudeville. Les danses rivalisent d'inventivité avec les chants, et les chorégraphies de combat, et les imitations... Et l'on voyage encore, vers la Bretagne, au Caire, à Paris, à travers des époques et des folklores tout à fait différents ; on ne peut pas s'appuyer sur la narration qui s'enfonce dans les mises en abymes ou les méandres des intrigues parallèles.

 À quoi se raccrocher dans ce joyeux chaos (qui semble étrangement se diriger vers un cap bien précis) sinon au bastingage de la langue ? La langue de Schéhérazade, qui teinte l'ancestral de modernité et révèle dans le contemporain une profondeur mythique, porte une vitalité remarquable. Elle prend plaisir à nommer tout ce qu'elle rencontre, elle en cisèle les contours puis délaisse avec légèreté un sujet pour un autre. Le décor possède le même dynamisme - car il est lui aussi une forme-sens, un cadre mouvant, le théâtre du rêve.

Si les 1001 nuits sont multiples, elles convergent tout de même vers une inquiétude centrale : le sultan laissera-t-il la vie sauve à Schéhérazade ? À quoi sert cette effervescence si elle n'aboutit qu'à sa mort ? La conteuse n'a de cesse de repousser la question en proposant de nouvelles histoires. Le détour n'est alors pas qu'un voyage de plaisance, mais la tentative désespérée d'échapper à la barbarie - voire de la vaincre à force d'écoute. Après tout, nous sommes le sultan, nous aussi. Nous écoutons, nous suspendons notre jugement le temps de la représentation. Le théâtre est une question de vie ou de mort (Pierre Notte le dit mieux : « Acteur, soit tu atteins au sublime, soit tu vas mourir et nous tuer ») et les comédiens réussissent le pari de s'engager dans ce combat. Combat pour nous charmer et nous désarmer face à la sagesse que renferment les contes, surtout lorsque ceux-ci n'invitent qu'à leur laisser la vie sauve.

1001 nuits condensées en 2h30, cela nous donne une pièce spectaculaire et intelligente, haute en couleurs, que je recommande sans hésiter !

 

Mathieu Flamens

 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 01:16
Christophe Raynaud de Lage

Christophe Raynaud de Lage

L'Amour Vainqueur

Un spectacle produit par le Festival d'Avignon (84) et vu à la Fabrica le 29 novembre 2019.


Texte, mise en scène et musique Olivier Py
Comédien.ne.s : Clémentine Bourgoin, Pierre Lebon, Flannan Obé, Antoni Sykopoulos
Scénographie, costumes : Pierre-André Weitz
Lumière : Bertrand Killy
Genre : Théâtre, Opérette
Public : Jeune public, tous publics à partir de 9 ans
Durée : 1H20

 
Je suis un peu dubitatif en entrant dans la salle : j'attends d'un spectacle jeune public qu'il me fasse retomber en enfance, ou du moins qu'il permette plusieurs niveaux de lecture. Double pari tenu pour « l'Amour Vainqueur » : les rues résonneront longtemps de chansons et de débats après 1H20 de bonheur des yeux et des oreilles.

L'opérette se situe à la croisée du conte, de l'opéra et de la célébration ; il y a donc une histoire (le Prince et la Princesse veulent se retrouver mais la guerre fait obstacle à leur idylle), rehaussée de chansons (et Olivier Py possède un indéniable sens du rythme et de l'harmonie) qui mènent à la célébration de la victoire de l'amour. La force de la musique nous entraîne dans le sillage du festival et permet à la légèreté de s'affranchir de la naïveté en s'enrichissant sans cesse de puissance ; le grotesque joue des coudes avec le sublime et fraie un chemin au rire. En fond de scène un mur de lumières - l'une d'elle est rouge.
Histoire Drôle : personnages toujours extériorisés.

Pourquoi une seule diode rouge ? Pourquoi la guerre est-elle bénéfique à l'économie tandis que la politique hait le théâtre, qui lui-même surpasse la vie ? Pourquoi le Général abandonne-t-il sans combattre face à l'amour du Prince, alors même qu'il a tous les pouvoirs ? On voit que s'il y a fête ce n'est jamais aux dépens de la réflexion. La pièce fonctionne ainsi comme une grande métaphore rigoureusement conceptuelle - le Général incarne le Politique, la Princesse l'Amour et le Théâtre... - et ces concepts portent leur valeur. L'amour est déjà vainqueur. L'amour est vainqueur par nature, puisqu'il est du côté des gentils - et vice-versa. Le méchant aussi est méchant (et donc perdant) par nature. Comme si Olivier Py transportait son système habituel de pensée dans cette pièce - avec encore moins d'incarnation réaliste - pour former un théâtre presque idéologique. Le metteur en scène a déjà tout pensé à notre place, interrogations et réponses aux interrogations. C'est dangereux ? Trop facile et possible uniquement en rêve ? Après tout, ce n'est qu'une pièce pour enfants.

« Pour les enfants et les gens intelligents » précise Olivier Py, puisque les enfants « ne posent que de grandes questions » et que l'intelligence est toujours réconciliée avec sa dérision. Aux grandes questions répondent les grands aphorismes et les grands aphorismes savent qu'ils sont au théâtre. C'est bien la source du comique de la pièce : un décalage permanent entre l'évidence du ton et la complexité du propos, entre la lourde réalité de la guerre vécue par les personnages et la frivolité du jeu du théâtre. La Princesse est la gentille parce que c'est son rôle et parce qu'elle n'est qu'un rôle, de même que c'est le rôle de l'amour d'être vainqueur. De là vient sa pureté : elle n'est qu'amour, elle est sa parfaite incarnation (Clémentine Bourgoin est une merveilleuse actrice). Si cette pièce est magique et exaltante, c'est qu'elle propose un espace rêvé dans lequel les choses arrivent pour le mieux, où la pureté est possible et où le possible fait obéir le réel à l'espoir.

« L'Amour Vainqueur » est une merveilleuse parabole que l'ironie protège de l'idéologie ; il nous offre un théâtre pour apprendre à faire du possible un avenir. Allez-y les yeux fermés, Olivier Py s'occupe de vos sourires.


Mathieu Flamens


Lien vers la chronique plurielle et populaire rédigée autour du spectacle avec les enfants de l'école Massillargues :
http://vivantmag.over-blog.com/2019/12/l-amour-vainqueur.html


 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 00:34
Archive AFP

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Conférence de Sylvain Tesson

Une conférence de Sylvain Tesson animée par Julien Gelas au théâtre du Chêne Noir (84) vue le 5 décembre 2019.

Intervenant : Sylvain Tesson
Genre : Conférence
Public : Adulte
Durée : 1H10


Une table, deux chaises et de l'eau semblent suffire à son confort. L'essentiel pour aller droit au but, mais personne ne s'y trompera : derrière le regard espiègle et le sourire en coin se masse une somme d'aventures considérables. Ainsi c'est lui, l'écrivain aventurier, le « wanderer », le « stégophile » ? Quelle présence ! Mi-capitaine mi-brigand, Sylvain Tesson a l'art et la manière d'éveiller l'attention de son auditoire en un clin d'oeil.

Et nous voilà embarqués parmi les steppes. Munier, comme il l'appelle - le photographe Vincent Munier - sera notre guide dans l'expédition. Il faudra échapper aux morsures des loups, des ours et du froid, et traquer, traquer sans relâche la panthère des neiges réputée disparue. La langue de Sylvain Tesson possède une vivacité rare. Nul besoin de texte, le souvenir suffit pour convoquer le Tibet sur scène. Voilà un brillant orateur qui sait orchestrer les sourires, les rires et les silences.

Car Sylvain Tesson sait se taire. Être à l'affût. On ne trouve pas la panthère, c'est elle qui vient. L'attendre, sortir du monde et se fondre dans la neige. Se réduire à un regard. Une contemplation qui ne peut exister qu'au présent, qu'à l'éternité. La seule promesse tenue par le monde est celle de l'instant. Dans cette découverte perpétuelle - n'est-ce pas cela être écrivain ? - ce qui apparaît ne se limite pas à ce qui est attendu. Cette panthère, cette femme, cette mère : le « totem des êtres disparus » pour reprendre ses mots. Son regard se perd dans le public. Quelle reine peut-il encore y voir ? L'écrivain a beau se réclamer de n'être qu'un « tesson », qu'un débris, tout son corps incarne le sacré.

Un conteur, certes, mais aussi un excellent penseur. L'adage veut que le sage soit celui qui ait vécu ; il se vérifie avec Sylvain Tesson. Ses réflexions se nourrissent de ses récits, et vice-versa. Sylvain Tesson se place d'ores et déjà dans la constellation des grands écrivains voyageurs, aux côtés de Pierre Loti ou Frison-Roche.

 

Mathieu Flamens

 

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 17:04
Déboires
Déboires

Spectacle de la Compagnie La Volubile (07), vu le 15 février 2020 à 11h45 à l’Espace Robert Hossein de Grans dans le cadre du Festival Les Elancées.

 

 

Conception, écriture et jeu : Adrien Perez

Musique et bruitages : Tristan Castella

Interprétation musique et bruitages : Tristan Castella en alternance avec Fanny Vialle

Regards extérieurs : Karl-Heinz Lorenzen et Fanny Vialle

Genre : Clown, Mime

Public : tout public

Durée : 45 minutes

 

L’espace Robert Hossein est une salle de spectacle municipale très bien équipée. Sur scène : un bar en bois, une table de bistrot avec une chaise, un porte-manteau. Le barman joue de la guitare. Arrive un drôle d’énergumène. A cheval. Il descend devant la scène dans le public et donne les rênes de son cheval à un spectateur pour le tenir. Le cheval rue. Il commence à le brosser. Mais qu’est-ce qu’il est grand ou … plutôt long ! On ne le voit pas ce cheval, mais on l’imagine si bien.

Puis seul à la terrasse du bar, il commande à boire et à manger. Toujours en mime, il va user de tous les accessoires pour nous raconter des histoires muettes et danser avec le porte-manteau pour finalement repartir à cheval.

Ce spectacle musical, visuel et sonore sans aucune parole est sublime et très drôle. Adrien Père fait preuve d'une capacité d'interprétation et d'expression corporelle qui ne laisse personne indifférent. Les bruitages se font à vue par Tristan Castella, musicien touche-à-tout génial. A consommer sans modération.

 

Maren Scapol

 

 

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