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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 19:28
Le Petit Prince
Le Petit Prince

Spectacle produit par le Théâtre du Kronope (84), vu le 29 janvier 2020 au Théâtre municipal de Salon de Provence.

 

Mise en scène : Guy Simon

Avec : Loïc Beauché et Anaïs Richetta.

Genre : Théâtre

Public : tout public à partir de 6 ans

Durée : 1h

 

Le Théâtre Armand est un magnifique théâtre à l’italienne. Cet après-midi, la salle est remplie d’enfants pour une représentation du « Petit Prince » mis en scène et joué par le Théâtre du Kronope, compagnie avignonnaise connue pour son univers baroque et l’utilisation de masques.

Cette nouvelle création est un défi. Le texte magnifique de St Exupéry est si connu, a été tellement joué qu’il peut sembler difficile d’en faire un moment exceptionnel. Défi totalement réussi !

La mise en scène est ingénieuse et astucieuse. Au premier plan, l’aviateur nous raconte l’histoire. Derrière lui, séparé par un écran en tulle et des jeux de lumières, l’univers plus onirique dans lequel évoluent le Petit Prince et les personnages qu’il rencontre au gré de son voyage.

Nous sommes embarqués dans l’histoire et partons pour un voyage agrémenté d’accessoires : le bureau-avion modulable, la machine à écrire (qui provoque le questionnement des enfants : mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?), un ballon blanc volant représentant les planètes, la rose-marionnette qui parle ….

Tout le savoir-faire de la compagnie est adapté et mis au service de l’univers du Petit Prince. Deux acteurs interprètent tous les rôles avec une immense sensibilité, servis par leur capacité d’expression corporelle, vocale et gestuelle.

A la fin de la représentation, les acteurs viennent répondre avec beaucoup d’humour aux questions des enfants.

 

En partant, les phrases-cultes et le rire du Petit Prince résonnent encore longtemps dans nos oreilles. Bravo !

 

 

 

 

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 00:46
tatouvu.com

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Rosa Luxemburg Kabarett

Un spectacle produit par le collectif Ondes sensibles (84) et vu au Théâtre des Déchargeurs le 30 janvier 2020.

 

Texte : Viviane Théophidalès

Mise en scène : Viviane Théophidalès

Comédiens : Géraldine Agostini, Sophie de la Rochefoucauld, Anna Kupfer,Viviane Théophidalès, Bernard Vergne

Genre : Théâtre musical

Public : adulte

Durée : 1H40

 

 

C’est en allant voir avec mon amie Anne une conférence théâtralisée au théâtre de la Reine Blanche (théâtre associé au Théâtre des Déchargeurs) que nous avons repéré le « Rosa Luxemburg Kabarett » à venir. Rendez-vous était donc pris pour son prochain séjour parisien.

 

Ils sont cinq sur scène - quatre femmes et un homme – à convoquer les mânes de Rosa Luxemburg. Pour égayer un propos qui aurait pu paraître à d’aucun quelque peu abscons, c’est la forme cabaret qui a été retenue. Mais sur une si petite scène (3 m d’ouverture pour 4 m de profondeur environ), le terme est largement démesuré ! Pour tout cabaret, nous assistons à une succession de tableaux entrecoupés d’interludes (clavier, chant, guitare). Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le décor se réduit à quelques accessoires scéniques : une tringle-paravent, une malle, quelques gros coussins et un banc. Qu’importe au fond : rien n’a plus d’importance à mes yeux qu’un texte et un jeu. Le problème, c’est qu’ils n’y étaient guère davantage, faute de mise en scène.

Le parti pris n'est pas clair. La mise en scène et le texte oscillent entre la narration et l’incarnation ; le passé et le présent. Veut-on raconter la vie de Rosa Luxembourg ou mettre l’accent sur sa pérennité ? De même à force de vouloir montrer la femme humble dans la pasionaria, on tombe dans l’anecdotique. Le jeu de la comédienne donne à voir une petite ménagère ordinaire à la voix trop fluette quand elle n’hurle pas en proie à une quasi démence. Une scène résume à mon sens tous ces dysfonctionnements. Rosa, juchée sur un banc est censée haranguer la foule lors de son célèbre discours de 1891. Outre son manque de charisme, des voix off et peu crédibles lui répondent. N’auraient-ils pas été plus judicieux que ses collègues comédiens se glissent parmi les spectateurs, lui répondent et chauffent la salle ? Dans cette pénible confusion, surgissent quelques moments de grâce : les intermèdes musicaux peuvent être de qualité comme cette belle chanson yiddish « pour tous ceux qui ont froid » ; la scène où Rosa Luxemburg prend congé de la mésange qu’elle a domestiquée le temps de son séjour en prison est drôle dans son jeu tout en pantomimes et sifflements ; enfin la scène où l’une des comédiennes raconte l’histoire de son grand-père communiste n’est pas dénuée d’émotions.

 

« Rosa Luxemburg Kabarett » n’a pas répondu à nos attentes. Créé en 2018, il a tous les défauts d’un spectacle jeune. J’avais vu, il y a quelques années « Rosa, La vie » : dans ce spectacle, Anouk Grinberg lisait la correspondance de Rosa Luxemburg, écrite en prison. Ne serait-ce que par la force du verbe authentique, la comparaison est cruelle.

 

 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 23:17
Photo: Victor Tonelli

Photo: Victor Tonelli

Dépôt de Bilan, de la compagnie « La gueule ouverte » (69) vu le 25 janvier 2020 à 20h30 aux « Trois soleils » . Première Sortie de résidence portée par le lieu.

 

Un spectacle de et avec Geoffrey Rouge-Carrassat

Collaboration artistique : Emmanuel Besnault

Création lumière : Emma Schler

Genre : Théâtre
Public : Tout public à partir de 14 ans
Durée : 1h00

Dans une salle comble, je suis venu découvrir le travail de ce jeune homme talentueux dont nous avions pu suivre les deux premiers spectacles « conseil de classe » et « Roi du silence » qui ont remporté un franc succès en 2018 et 2019 sur le Off d’Avignon. Après les thèmes de la jeunesse et de l’éducation puis celui des relations intimes, il nous propose celui de la « valeur » travail.

Sur le plateau avec un amas de tréteaux et de mannequins, un homme nous raconte sa vie et son rapport au travail. Il travaille trop mais il aime ça. Il nous parle avec un débit et une diction parfaite de cette vie qu’il s’est choisie, employé de bureau puis patron, qui s’investit toujours plus, dans un secteur d’activité qui n’est pas précisé mais qui laisse à chacun le loisir de se projeter ou d’imaginer.

Car cette confession intime, à la fois très caricaturale et très réaliste, dépeint un personnage qui souffre, soumis à toutes les pressions extérieures et qui s’est réfugié dans la performance, dans le « toujours plus » du monde du travail, dans cette réelle addiction, pour fuir d’autres réalités moins simples pour lui, car plus humaines : sa femme, ses enfants, les relations aux autres, le regard des autres…

La mise en scène est sobre et efficace, reposant sur la manipulation des objets sur scène, marque de fabrique de la compagnie. Le texte est dense mais limpide, drôle et incisif. Il nous confie que « M’amusez ne m’amuse pas » et qu’il organise des « Barbecues de convivialité » pour que ses employés soient heureux car un salarié heureux est plus performant. Sans rentrer dans une analyse politique néo-libérale de la « valeur » travail, il met en avant l’intime qui fait qu’un homme simple se transforme en bourreau de travail.

Heureusement, une interview entendue de Pierre Soulages (l’homme du noir lumineux, sûrement pas un hasard...), l’amène à une prise de conscience salutaire sur sa façon de voir la vie. Peut-être est ce là justement la valeur de l’art ?

Une première pleine de promesse pour ce spectacle qui vient clore une trilogie informelle autour de l’humain. Notez bien ce nom, Geoffrey Rouge-Carrassat, artiste multi-formes et généreux, qui semble transformer en or tout ce qu’il touche et qui aime sûrement beaucoup son travail.

 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 14:54
It Dansa
It Dansa

Spectacle produit par le Trait d’Union (16) et  vu à Avignon, à l'Opéra Confluence, le 26 janvier 2020.

 

Chorégraphie : Catherine Allard

Genre : danse contemporaine

Danseurs : Beth Andrews, Ange Clementine, Albert Carol, Marc Comellas, Leonardi Farina, Aleix Labara, Ioar Labat Bernio, VenetiaJia Yee Lim, Alexander Lopez, Jaume Luque, Berta Marti, Gaizka Morales, Elisabet Morera Julia Razquin, Nora Svendsgard, Ursula Urgelès. Apprentis Gloria Garcia et Yamil Ortiz.

Public : tout public

Durée : 1h50  entractes compris.

 

« It dansa » est une compagnie  composée de  jeunes danseurs internationaux et qui s’inscrit dans le cursus d’études post-universitaires de l’Institut del Teatre de Barcelone. Catherine Allard dirige la compagnie depuis 1997. Les spectacles, conçus avec une extrême exigence et une  grande qualité artistique, sont défendus avec talent, fougue et impertinence par tous ces jeunes interprètes.

 

Quatre tableaux sont présentés et deux ont particulièrement retenu mon attention. Le premier, « Kaash » d’Akram Khan, est rythmé par des tambours entêtants et la sublime synchronisation des danseurs en sarouels noirs, au style primitif et puissant dans une chorégraphie parfaite ; celle-ci illustre le désir du chorégraphe de construire des ponts entre danse contemporaine et danse kathak indienne.

Le second, « In memoriam », est une pépite signée Sidi Larki Cherkaoui. Ce sont 10 minutes de perfection. Trois danseurs explorent avec un très grand talent le thème de l’attraction-répulsion. Ils sont accompagnés par la polyphonie corse d’A.Filetta.

 

Ce spectacle, dans son ensemble, m’a offert un moment de danse contemporaine inoubliable.

 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 12:00
Et si vous y croyez assez, peut-être il y aura un poney
Et si vous y croyez assez, peut-être il y aura un poney

Spectacle produit par le Détachement International du Muerto Coco c/o Lo Bol (13) et vu au Théâtre des Halles à Avignon le vendredi 24 janvier.

 

Mise en scène : Maxime Potard

Comédiens : Raphaëlle Bouvier et Roman Gigoi-Gary

Genre : théâtre

Durée : 1 h

Public : tout public

 

Ces deux là nous parlent de magie mais avec une écriture personnelle et décalée, une voix amplifiée et des extensions électroniques spectaculaires qui témoignent des questions de nos « magiciens » d’un soir sur les conventions théâtrales. Ils nous feront découvrir un univers bien à eux avec du slam rempli d’humour, des blagues potaches, passant du grand sérieux à la fantaisie pure. Nous sommes happés dans leur filet poétique : c’est un moment jubilatoire de gouaille, de magie, de lecture bourrée de poésie, gai et très léger. Dans un univers surréaliste, drôle, voire perché, le duo nous réserve quelques tours et pas mal de surprises. 

Nous n’avons pas vu le poney, mais le lapin y était…

 

 

 

 

 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 01:07
Crédit : Mathilda Olmi

Crédit : Mathilda Olmi

Retour à Reims

Un spectacle produit par le Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse) et vu à la Criée le 21 novembre 2019.
 

Adapté de l'essai Retour à Reims de Didier Eribon.
Mise en scène : Thomas Ostermeier
Comédiens : Cédric Eeckhout, Irène Jacob, Blade Mc Alimbaye
Genre : théâtre
Public : adulte
Durée : 2h



Un plateau de théâtre, un studio d'enregistrement, un écran de cinéma. On entre sans faire de bruit dans « Retour à Reims ». La moquette étouffe les sons, les micros les étoffent ; rien ne pourra être dit en l'air sur ce plateau qui se veut tout yeux tout oreilles.

Un silence feutré et habité qui nous invite à un beau moment d'attention à la création, grâce à l'intermédialité. Le moment présent existe pour lui-même - c'est le théâtre - mais aussi en vue d'une oeuvre postérieure - c'est la radio, l'enregistrement - qui se nourrit de souvenirs d'autres lieux et d'autres temps - c'est le cinéma. Un rendez-vous à la croisée des disciplines et des temporalités pour se demander que faire du passé au moment même où l'on peut adresser la parole au futur.

Trois personnages pour s'interroger : le réalisateur du documentaire, une actrice qui prend en charge la narration du film et le propriétaire du studio d'enregistrement. Loin de les réduire à leur fonction, Ostermeier réussit le tour de force de révéler la profondeur des personnages par la seule confrontation à leur environnement : les interactions immédiates entre eux, l'actualité politique, les réflexions et réactions autour de la pensée de Didier Eribon. La pièce est pensée à deux niveaux : l'essai « Retour à Reims » d'Eribon, dans lequel le sociologue pense par le biais de sa propre expérience les mécanismes d'exclusion et de différenciation sociale, et la genèse parallèle du documentaire. Rien n'est joué d'avance. Il faut parvenir à trouver ensemble comment distribuer et utiliser l'espace de création disponible. Justement, n'est-ce pas en remplaçant une parole politique absolue par la confrontation de différents points de vue mis à égalité qu'Ostermeier remporte son pari ? Pour comprendre la montée des nationalismes et lutter contre nombre de clichés, la pièce travaille à court-circuiter les a priori. Il faudrait voir à ne pas réduire les actrices à des dindes capricieuses et creuses, le rap à un genre mineur et illégitime, les gilets jaunes à un mouvement nationaliste, Eribon à un intellectuel entièrement dissocié de son passé... Chaque réplique est chargée d'une histoire, d'une réalité sociale. Chaque échange est une confrontation qui laisse entrevoir une fraternité possible. On peut qualifier le théâtre d'Ostermeier de politique, d'intégralement politique.

D'autant plus politique que son engagement ne se fait pas aux dépens de l'esthétique : c'est en étant vrai qu'il est beau. Par le réalisme des débats, dans une réception et une réaction directe au réel. Les très belles images du documentaire apportent un détour qui prévient l'effet « réel reconstitué » qui aurait pu survenir, même si les jeux de Cédric Eeckhout et de Blade Mc Alimbaye n'ont pas la constante spontanéité d'Irène Jacob.

Ostermeier propose donc une création riche en points d'interrogation, qui joue des variations d'esthétiques et de médias pour interroger nos représentations des classes : artistes, intellectuels, ouvriers, manifestants... Pari globalement réussi, même si je ne suis pas sûr d'avoir fixé mon avis sur la conclusion du spectacle. L'aspect choral ne court-il pas finalement le risque d'une instrumentalisation du réel, et donc la réduction à un argument politique ? Ou au contraire cette redistribution de la parole n'est-elle pas la preuve qu'elle a pu revenir à tout citoyen dont l'avis et la mémoire constituent notre identité nationale, et non pas seulement la parole émérite du sociologue ? Je vous invite vivement à pousser les portes du studio pour vous en faire votre propre avis...


 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 18:55
Hétérograhpies circassiennes
Hétérograhpies circassiennes

Spectacle produit par le Centre International des Arts en Mouvement (CIAM), la Cie Les Singuliers et la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (CNRS), vu le 17 janvier 2020 au CIAM d’Aix en Provence.

 

Clown, jongleur et auteurs de cirque: Cédric Paga Vincent Berhault

Ethnomusicologue et directeur de recherche au CNRS, IDEMEC : Olivier Tourny

Chercheur au CNRS, IREMAM, politiste et sociologue spécialiste de l’Islam en France : Vincent Geisser

 

Genre : Cirque interdisciplinaire

Public : adolescents, adultes

Durée : 1H15

 

Au CIAM (Centre International des Arts en Mouvement d’Aix-en-Provence, lieu magique pour les adeptes de cirque), nous découvrons deux fruits délicieux d’une collaboration insolite.

Le CIAM construit depuis sa création des ponts entre les arts du cirque et d’autres univers, afin d’enrichir mutuellement les connaissances et les pratiques respectives. Pour cette édition, la collaboration a été réalisée avec des chercheurs du Laboratoire Méditerranéen de Recherche en Sciences Humaines.

Les résultats de la collaboration des deux binômes sont très différents :

L’un porte sur la laïcité, la Laïcité, Madame Laïcité. Nous assistons à une conférence menée par un passionné de son sujet et visiblement aussi de la mise en scène, tant on perçoit son plaisir à être sur scène. Son discours nous rappelle les amphis que nous avons fréquentés. Mais l’ambiance universitaire se trouve interrompue, complétée, agrémentée par les apparitions d’un drôle de personnage. En caleçon, puis costume blanc moulant et ensuite en robe élégante, il accompagne le discours de jongleries, tentatives de collaboration intempestives et séances d’habillage.

L’autre hétérographie nous parle d’ethnomusicologie. Un dialogue s’établit entre un chercheur, plutôt discret et posé et un clown, personnage multiple et naïf. Tantôt drôle, tantôt exubérant, tantôt attendrissant, il questionne le chercheur sur son travail et y prend goût jusqu’à vouloir l’accompagner … Nous ne saurons jamais si ce sera possible, puisque nous découvrons, qu’en réalité, il est dans la tête du chercheur.

Cedric Paga incarne son rôle à merveille, performe par ses qualités d’expression corporelle et vocale.

Une collaboration touchante à la croisée de deux mondes que la société oppose souvent : l’art du cirque et la recherche scientifique. Quand l’ouverture, le désir d’échanger et de créer arrivent sur le devant de la scène, de belles rencontres s’opèrent.

Un spectacle dans lequel la recherche se présente décomplexée, drôle et accessible.

 

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 00:22
theatre-odeon.eu

theatre-odeon.eu

Oncle Vania

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre des Nations (Moscou) et vu au Théâtre de l’Odéon le 16 janvier 2020.

 

Texte : Anton Tchekhov

Mise en scène : Stéphane Braunschweig

Comédiens : Nina Gouliéva, Anatoli Béliy, Evgueni Mironov, Nadejda Loumpova, Victor Verjbitski, Elisaveta Boyarskaya, Dimitri Jouravlev, Ludmila Trochina

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 2H30 (avec entracte)

 

En principe, j’évite les spectacles en langue étrangère. Cependant, ma bonne connaissance du théâtre de Tchekhov en général et d’« Oncle Vania » en particulier m’autorisait à tenter l’expérience. Cet « Oncle Vania » inaugurait le cycle des « Saisons Russes 2020 » à l’Odéon. Le public était donc pour moitié composé de spectateurs russes et c’est haut la main qu’ils ont reporté le concours de l’élégance !

Avant le lever de rideau, Stéphane Braunschweig est intervenu pour prévenir le public qu’en raison des grèves le spectacle était maintenu mais quelque peu amputé dans sa scénographie et sa lumière. Au-delà de mon soutien inconditionnel au mouvement, force est de constater que le spectacle, dans la forme présentée ce soir-là, a répondu à toutes mes attentes.

 

Pour rappel, « Oncle Vania » raconte la fin du séjour estival du vieux et tyrannique professeur Serebryakov et de sa jeune épouse Héléna chez Ivan, frère de la première épouse du professeur et oncle (Vania, donc) de Sonia, née du premier lit.

L’originalité de la mise en scène de Braunschweig réside dans un parti pris résolument écologique et qui s’appuie sur le personnage visionnaire inventé par Tchekhov, le docteur Mickhaïl, grand ami de la famille. Ce végétarien avant l’heure, amoureux de la forêt dissèque les relations intrafamiliales comme il inventorie, sur son ordinateur, le déclin de la forêt de son district.  Car l’écosystème familial se délite sous nos yeux à l’image de la nature. Le décor, splendide et manipulé par une dizaine de techniciens malgré la grève, participe de ce point de vue. Tout en bois de bouleau, sur deux étages, il figure, selon la lumière, aussi bien un bain russe, qu’une terrasse de jardin ou une forêt.

Le jeu confirme, s’il en était encore besoin, la force de l’école du théâtre russe. Mention toute spéciale à Evgueni Mironov qui campe un oncle Vania cynique à force de désespoir et d’amour et à Nadejda Loumpova qui interprète une Sonia, avec toute la détermination d’une jeune personne. Toute ressemblance avec une certaine Greta Thunberg n’est peut-être pas fortuite ! Le rythme est enlevé et les quelques moments de jeu sans parole, autour d’un accessoire, introduisent des espaces comiques bienvenus.

 

Cet « Oncle Vania », porté par le Théâtre des Nations de Moscou et mis en scène par Stéphane Braunschweig, se range d’emblée parmi les plus belles représentations de Tchekhov qu’il m’ait été donné de voir.

 

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 01:02
TGP

TGP

Le train zéro

 

 

Un spectacle produit par la compagnie Image et 1/2 (93) et vu au TGP le 17 janvier 2020.

 

Texte : Iouri Bouïda

Mise en scène : Aurélia Guillet

Comédiens : Miglen Mirtchev

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H

 

C’est un peu par défaut que je suis allée voir « le train zéro », l’autre spectacle du mois de janvier au TGP ayant été décalé à la saison prochaine. Par défaut ou pas, j’ai assisté à un très beau spectacle et découvert un auteur dont j’ai acheté le livre.

 

« Le train zéro », c’est le « désert des tartares » au pays des soviets. Mais à l’absurde d’une situation reconduite indéfiniment, s’ajoute toute l’horreur du totalitarisme. Ivan, le narrateur, raconte le quotidien d’une colonie ferroviaire dont la seule finalité consiste à assurer le passage quotidien  et « ric-rac » du train zéro, « 100 wagons, deux locomotives devant et deux derrière ». D’où vient-il, Où va-t-il ? Que transporte-t-il ? C’est un secret et « les secrets sont toujours contre les hommes ». La suite le confirme. Ivan nous raconte comment la bête, symbole de tout le système idéologique, emporte peu à peu tous ses proches dans des fins tragiques.

Seul en scène, légèrement sonorisé, le comédien Miglen Mirtchev a la stature du rôle : un léger accent slave, une belle voix grave, un physique de bucheron. Malgré ce corps qui en impose, il sait se faire tendre. Il évolue dans un décor à l’unisson du texte, lugubre. La pièce se joue dans la salle dite « du Terrier », qui porte admirablement son nom et qui est une véritable aubaine pour la pièce. Elle se situe en sous-sol et ressemble à un ancien parking, en béton brut de décoffrage. Elle est agrémentée de deux allemandes en bâches transparentes. Celle du fond sert occasionnellement d’écran. La lumière, très belle, fait surgir d’autres espaces que l’on identifie grâce à un simple accessoire (une table, une chaise, une lampe à pétrole) ou aux bruitages. Cette économie de moyens permet de faire ressortir la force de la narration. J’aurais été encore plus loin dans cette parcimonie : certaines paroles se suffisaient à elles-mêmes sans avoir besoin d’être soulignées par un signe extérieur redondant, objet scénique ou voix off.

 

« Le train zéro » est une heureuse découverte tant d’un point de vue littéraire que théâtral.

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 23:27
Amandine Nandrin

Amandine Nandrin

En chemin

Un spectacle produit par Cie SIC.12, La «S» Grand Atelier (B) (13) et vu au Théâtre des Halles le 22 novembre 2019.


Conception et mise en scène : Gustavo Giacosa

Comédiens : Kostia Botkine, Fausto Ferraiuolo, Gustavo Giacosa, Akira Inumaru, Philippe Marien et Francesca Zaccaria
Durée : 1h05
Genre : Théâtre tout public

Se mettre en chemin, être en chemin, être un chemin, aller vers, aller contre, s'avancer, avancer. L'oeuvre de Gustavo Giacosa place le destin à la croisée de l'individu et du mouvement dans une succession de tableaux oniriques, un voyage vers la pureté.

Ce n'est pas vraiment l'histoire d'un pingouin rejeté par une famille de pingouins et ce n'est pas non plus l'histoire d'un humain rejeté par une famille d'humains qui met un masque de pingouin pour trouver une famille de pingouins. Ce n'est pas vraiment dans sa tête et ce n'est pas vraiment pour de vrai. Rien n'est vraiment définitif, tout est en route - dans l'esprit du spectateur comme dans celui du personnage principal. Ne pas immerger le public dans une intrigue définie, c'est donner libre cours à toutes les possibilités poétiques de la scène. Qu'y a-t-il au plateau ? De la danse, du piano, de la pantomime, des tissus, des formes et du mouvement. L'apparition de la vierge fait suite au pool dance, le pingouin ne parvient pas à s'intégrer dans un repas de famille mais rencontre une tortue. Les langues se mêlent, les face-à-face émerveillent. « En Chemin » est une collection de moments humbles et justes dans leurs intentions.

La mise en route n'est cependant ni naïve ni gratuite. Le jaillissement répond à l'urgence de dire, de partir, de rejoindre. Le combat n'est pas gagné d'avance : il faut tenter de trouver le lieu ou l'état où l'on a le droit d'être soi-même, il faut donc aussi se trouver soi-même et faire le pari d'un accord possible. L'individu est en manque d'identité, d'altérité, et ce manque appelle nécessairement une réponse. Les cauchemars affluent, dissipés par des lumières inattendues, une main sur une épaule ou un regard profondément adressé. Le chemin n'est pas une fuite mais la difficile progression d'un personnage vers nous. Comment rester indifférent face à l'espoir d'harmonie ? À notre tour de nous mettre en route vers celui qui cherche une place à nos côtés, et par là-même de nous changer, de nous étendre.

Quoi de plus politique qu'un spectacle qui nous désarme face à l'Autre, et nous prépare à l'accueillir ? Ce théâtre agit humblement, loin d'une complaisance prétendument politisée vouée à ne pas dépasser la simple revendication. J'avoue avoir eu quelques à priori à ce sujet. Certains comédiens sont en effet en situation de handicap. J'avais peur d'assister à un spectacle « concept » où ces comédiens auraient été instrumentalisés, réduits à leur handicap. Je suis heureux d'avoir été détrompé. Les comédiens sont tous présents en tant que tel et au même titre. Leur travail se nourrit d'expériences et d'attentes singulières, sans hiérarchisation. Et quoi de plus universel que cette question, précisément, de la différence et de la singularité ?

Un très beau bord de scène a suivi la représentation. La rencontre entre le public et les artistes était d'un naturel confondant, dans un respect et une reconnaissance très pure de l'autre et de son travail. Le spectacle n'y était pas pour rien... Je le conseille à tous ceux qui espèrent la beauté d'un regard sincère qui confirme : « tu as le droit de jouir du sentiment d'exister ».

 

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