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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site.
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 16:49
Silence, on tourne !
Silence, on tourne !

Spectacle du groupe Pockemon Crew (69), vu au Chai du Terral, St Jean de Védas (34), le 17 Mars 2015

Dir. artistique : Riyad Fghani assisté d’Abdelhafid Sour

Musique: Alexis Roure

Lumières et scénographie: Arnaud Carlet

Danseurs: Gael Bafinal, Fares Baliouz, Nagueye Mahmoud, Patrick Mbala Mangu, Mehdi Meziane, Adbelhafid Sour, Moncef Zebiri

Genre: Danse hip-hop, break dance

Public: Tous à partir de 7 ans

Durée: 55 min.

Création 2015

Ce groupe né en 1999 en rassemblant des artistes de rue, fut longtemps en résidence à l'opéra de Lyon. Champion dans l’univers de la compétition "battle" et fortement investi dans la formation, Pockemon Crew crée des spectacles d’inspiration diversifiée.

Aujourd'hui le monde du cinéma rencontre celui du hip-hop. La salle est comble. Devant nous, un plateau de tournage où les danseurs, enchaînant des mouvements de break dance, installent du matériel de cinéma, circulent, balayent, s’entraînent ou font des bouts d'essais tandis que le metteur en scène, un peu dépassé, gesticule. Ça chauffe sur ce plateau, en groupes, en duos, en solos: mouvements aériens, tours sur 360°, chutes sur le dos, postures figées, jambes écartées ou tendues, tourbillons sur la tête, sauts périlleux, mouvements désarticulés ou ondulants. Le tout est varié et élégant, avec des enchaînements rapides, des pantomimes, des ralentis cinématographiques suivis d’accélérations fulgurantes. Je devine une grande force physique en amont de cette créativité. C'est très expressif, avec des clins d’œil au monde du cinéma et plusieurs scènes franchement comiques. Au terme de ces 55 minutes de préparatifs frénétiques, le metteur en scène, énervé et armé de son porte-voix, peut enfin crier "action !... silence! on tourne!" ... fin du spectacle. La salle accompagne les saluts acrobatiques de la fin en claquant des mains. Grand succès auprès des plus âgés comme auprès des plus jeunes.

Un beau travail de lumière accompagne les mouvements avec de très beaux effets, que ce soit pour des éclairages typiquement cinématographiques, ou pour donner du relief aux danseurs, jouer des ombres et des couleurs: je n'oublierai pas le jeu magique de l'un des artistes, seul face à son ombre. La musique rythme l’action, aussi bien avec un air de music-hall des années 40, qu'avec du jazz, de la guitare, du rock, ou même des sons de boîte à musique, et peut passer d’un rythme calme à des répétitions lancinantes. Des bruitages de machinerie de cinéma complètent l’ambiance. Bravo!

Avec ce tout nouveau spectacle, Pockemon Crew ouvre les structures traditionnelles de la break dance en intégrant ses figures acrobatiques dans un scenario saupoudré d’humour. C’est à la fois éblouissant et réjouissant. Cette démarche très créative est à soutenir car elle donne une belle visibilité à la culture hip-hop et à la break dance en particulier. Pour tous les âges et tous publics curieux de découvrir la richesse de cet art et lui reconnaître la place qu’il mérite. A noter que ce spectacle exige un bon espace scénique.

Catherine Polge

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 16:38
Dix histoires drôles sur la connerie de la guerre
Dix histoires drôles sur la connerie de la guerre

Spectacle de la Cie du Capitaine (34), vu au théâtre Gérard Philipe, Montpellier (34), le 14 Mars 2015, 21h

Ecriture et mise en scène: Julien Masdoua

Avec: Marion Trintignant et Julien Masdoua

Musique: David Rigal et Robert Tousseul

Genre: Théâtre

Durée: 1h30

Public: Tous dès 12 ans

Création 2006

Le titre annonce le thème et le style : soit, en dix sketches, l'absurdité de la guerre, où l'adjectif "drôle" se décline sous toutes ses significations, jusqu'au renversement en son contraire, "pas drôle du tout". Vues à travers les prismes de l'armée, des enfants, des politiques, etc., voilà, saisies à vif, dix tranches de vie qui flirtent avec la mort. Ce reporter, ces gradés ou ces soldats, cette réfugiée et son bébé, cette prisonnière et son tortionnaire, ces dirigeants cyniques, ces enfants joueurs, tous nous rappellent ce que nous croyons savoir de la guerre et de son bruit de fond auquel nous nous habituons... L'angle humoristique délibérément choisi par la Cie du Capitaine amplifie les ambiguïtés et les contradictions de questions telles que le droit de tuer, le pacifisme, la torture...

En amont de la création du spectacle, J.Masdoua a collecté de nombreux témoignages lors de rencontres et d'entretiens (ONG, associations), en retenant situations ou détails qui donnent son expression de vérité au spectacle. L'auteur ne recule pas devant des scènes très fortes où l'absurde sert de miroir grossissant au cynisme, à la bêtise, à l'iniquité, à la cruauté. Mais il arrive qu'un soupçon d'empathie affleure sous la cruauté imposée par "les règlements". Alors un soldat trouve une issue à ses contradictions ou un tortionnaire sombre dans le non-sens. Il n'y a ni apitoiement ni manichéisme, mais de la complexité, des hésitations, des revirements souvent sources de cocasserie. De là émerge l'étrange, et souvent bienfaisante, drôlerie du spectacle. Le texte est percutant grâce à sa grande concision, et crée du sens avec de véritables collisions verbales, comme dans cette expression "ex-tués et à tuer" définissant les soldats ou dans ce "fun de la guerre" qui anime un enfant soldat. J'ai ri... le public a ri... rire franc déclenché par l'absurdité, rire jaune devant la bêtise, rire "sombre" de dérision, et de nombreux silences sous l'impact de cette démonstration réussie. La fin du spectacle laisse perplexe sur l'avenir de la paix.

A un très bon rythme, les comédiens endossent des personnages typés et contrastés. Déplacements, gestuelle et voix donnent leur poids de réalité aux différents sketches. Tous deux expriment avec justesse cette "drôlerie" décalée des tragédies humaines, jusqu'à la plus sinistre bouffonnerie comme lorsqu'au milieu du spectacle un gradé s'adresse au public. Le ton reste toujours juste, en tension entre l'absurdité comique et la monstruosité. Bravo ! Musique, lumières et costumes participent à la réussite du spectacle.

Oui, on peut rire de la c... de la guerre. Oui, on peut en rire sans pour autant la transformer en farce ou en plaidoyer. Ce spectacle n'est ni antimilitariste ni de propagande. Fondé sur du vécu, il prend de la hauteur, donnant ainsi une belle démonstration de la liberté et de la puissance de la création artistique. Tous publics, évidemment !

Catherine Polge

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 16:28
Le Conte d'hiver
Le Conte d'hiver

Spectacle de la Cie Arkétal (06), vu à la Vignette, Montpellier (34), le 4 Mars 2015

D'après W. Shakespeare (1610)

Mise en scène: Sylvie Osman

Adaptation et dramaturgie: Béatrice Houplain

Marionnettes: Greta Bruggeman et Marius Rech (visages)

Jeu: Mathieu Bonfils, Carol Cadilhac, Marion Duquenne, Fanny Fezans, Youna Noiret, Jean-Baptiste Saunier

Genre: Marionnettes (tringles et fils)

Public: Tout public dès 11 ans

Durée: 1h30

Création 2012

Entre tragédie et comédie, Shakespeare a construit cette pièce en deux parties que sépare un intervalle de seize ans. Léontes, roi de Sicile, est pris d’un délire de jalousie qui provoque la mort de son épouse Hermione, l’abandon de son bébé Perdita, la mort de leur fils et la fuite de son ami Polixènes, roi de Bohême. Le Temps fait son œuvre. Perdita, recueillie en Bohême et ignorante de ses origines, est amoureuse de Florizel, déguisé en paysan mais fils de Polixènes. D’illusions en méprises, de mystifications en découvertes, cette seconde partie est fertile en coups de théâtre extravagants, dont le plus fameux est le retour à la vie d’Hermione. Et tout peut recommencer.

Cette pièce de trois heures a été ramenée à 1h30 avec quelques coupures bienvenues, tout en respectant l’original, son rythme, son style fantastique et l'humour sous-jacent. L’intrigue reste claire. Originalité : certains épisodes sont racontés par un narrateur et une narratrice, un peu comme si des spectateurs s'installaient sur scène. C'est intéressant.

Vêtus de noir, les comédiens sont en vue et chacun forme avec sa marionnette un étrange couple au sein duquel je sentais comme une complicité et un jeu de maître à élève. C'est un peu comme si les marionnettes se prenaient au jeu en subtilisant la voix des comédiens. Mais qu'apparaisse une main humaine, qu'un visage de femme soit éclairé, ou que des fils dansent au-dessus des personnages, et la dépendance des marionnettes est cruellement exposée. J'ai trouvé cette volonté de mise en scène émouvante. La présence, l'épaisseur et la cohérence des personnages ne sont jamais rompues. La dramaturgie, la musique, les bruitages, les costumes des marionnettes et les éclairages concourent à la qualité de l'ensemble.

Dans ce beau spectacle, le théâtre houleux de la vie se boucle sur un heureux dénouement et la langue de l'auteur est accessible. La créativité de la mise en scène et du jeu ne pourra qu’intéresser les amateurs de Shakespeare et, pour les publics non initiés, voilà une occasion de découvrir les marionnettes à fils dans le répertoire classique. Enfin, ambitieuse, attractive et sensible, cette adaptation du Conte d'hiver est, pour un public scolaire, une excellente introduction aux grands textes.

Catherine Polge

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 15:33
Où est ma demeure?
Où est ma demeure?

Spectacle de l'ensemble Joïa, vu à la Chapelle-Gély le 21 Nov.2014, 20h

Direction: Fabiola Dalle

Musiciens et/ou chanteurs: Sebastien Belin, Thomas Bourgeois, Pierre Diaz, Fabiola Dalle, Fabrice Ducognon, Florent Gabard, Claire Menguy, Régis Piel, Morgane Tréheux

Avec le chœur d'hommes Les Costards d'Aumelas

Genre: Musique et chant

Public: tous à partir de 5 ans

Durée: 1h

Création: 2014

La Chapelle, lieu où se tissaient des liens, nous avait habitués à des rencontres originales. Ce jour-là rassemble pour la première fois deux formations musicales qui se partagent la même chef de chœur, Fabiola Dalle. L'ensemble Joïa propose une musique issue du pourtour méditerranéen, jazz/world. Le chœur les Costards interprète des chants du monde.

La salle est comble. Avec chant de Noël et berceuse, les Costards ouvrent la soirée. "Oh Mamma, quelle est la langue de mon peuple ?" répond Joïa, et percussions, cris, clameurs, saxo, violoncelle et guitare s'associent à la mélodie chantée par F.Dalle. Quelle émotion lorsque les 20 artistes s'unissent pour une véritable apothéose, ou lorsque M.Tréheux d'une voix venue d'ailleurs, passant du nasal aux graves, chante en duo avec C.Menguy au violoncelle! Tout au long de ce spectacle magique, l'émotion du public était presque palpable et nous aurions bien passé la nuit à voyager ainsi. Ovations, et il a bien fallu les laisser partir...

Ce n'est pas un récital, c'est un spectacle complet où une vingtaine d'artistes se rejoignent sur fond d'allégresse, douleurs, murmures, pour nous offrir des "chants du ventre de la Terre", mélodies du fond des âges et des langues, mêlant les cultures. Ce spectacle m'a impressionnée par ses multiples qualités: l'entente entre les deux groupes, le choix des morceaux et la qualité des interprétations, les improvisations, la puissance de l'ensemble avec ses intensités fulgurantes et ses accalmies, la mise en espace et l'ambiance, l'excellent éclairage. Au fil des interprétations les artistes bougent, se regroupent ou se séparent, les voici deux, six, ou vingt. Chez Joïa, écritures et improvisations se mêlent avec bonheur, le corps entier chante, on danse aussi. Les Costards apportent une note virile mâtinée de fantaisie, et l'ampleur de leur "chant sensoriel" est captivante. Chez tous, chanter et jouer d'un instrument est un plaisir qu'ils savent partager avec le public.

Deux groupes réunis pour une unique représentation... recommenceront-ils ? Chacun séparément peut nous faire voyager avec bonheur. Accessibles à tous publics, de tous âges, qu'ils soient musiciens ou non, ces deux formations suscitent beaucoup d'émotions en mêlant nos racines, celles d'ici, celles d'ailleurs.

Catherine Polge

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 14:22
Opticirque, cabinet de curiosités
Opticirque, cabinet de curiosités

Spectacle de la Cie Longshow (75), vu au théâtre Luteva, Lodève (34), 22 Nov. 2014, 14h30

De et avec Nicolas Longuechaud

Genre: manipulation graphique et jonglerie nouvelle

Public: tous à partir de 5 ans

Durée: 40 min.

Jauge: variable selon le format du spectacle

Création: 2012

Avec une double formation de plasticien et d'arts de la piste, dont 10 ans de jonglage, N.Longuechaud crée son propre univers.

La salle est comble (200 à 300 personnes), en majorité des enfants. Sur un scenario burlesque de spectacle de cirque traditionnel qui renvoie à Tod Browning ou Chaplin, N.Longuechaud réalise d'étonnants jonglages optiques avec des cerceaux à l'éclat métallique brillant. Le rire et le rêve sont au rendez-vous.

Une excellente entrée en matière (à découvrir!), nous met immédiatement dans une ambiance burlesque assez intrigante. Nicolas joue pour nous un spectacle de cirque, mimant tous les numéros. Mais c’est un cirque très personnel car l’inventivité de l’auteur nous emmène au bout des illusions et au-delà des apparences : superbe expérience ! Ici, entre autres tours étonnants, le contorsionniste se déboîte en tronçons et le vendeur de popcorns ne compte plus ses mains... Au détour de numéros déjantés, Nicolas manipule de grands cerceaux brillants, dans la pénombre, avec un jonglage contact fait d’effleurements et très rapide. Accessoires du dompteur, du trapéziste ou de l'Hercule de foire, ces cercles créent d'excellents effets comiques là où je ne les attendais pas forcément. Quand Nicolas les manipule en figures géométriques mobiles ou en pyramides recomposées dans l'espace, ce sont des rêves optiques captivants.

La complexité de ce spectacle exige de Nicolas une gestuelle, des mimiques et des regards précis et constamment sous contrôle dans une action toujours en mouvement. En contraste avec ces exigences, il s'est créé un personnage très détendu, presque étonné par le résultat de ses tours ! Vêtu dans un style graphique qui rappelle les photos de circassiens des années 30, il se transforme très simplement devant nous au gré des rôles. Les références au cinéma de l’époque sont omniprésentes : scènes cultes (cage à lions de Chaplin, lanceur de couteaux de Browning), épisodes burlesques, éclairages, jeu précis, rapide et quasiment muet. J’ai apprécié l’effet « cabinet de curiosités » produit par cette succession de numéros datés. Par contre, la fin dans laquelle j’ai cru voir un hommage à Chaplin, m’a semblé un peu abrupte et a laissé le public indécis. N.Longuechaud a ensuite consacré de longs moments à répondre aux questions des enfants sur les cerceaux, qui sont en fait en PVC, sur les illusions d’optique, les techniques de mime et de jonglage, etc. C’était passionnant.

Ce beau spectacle fascine, émeut et fait rire. Riche en performances et créativité artistique, avec une belle mise en scène, il s’adresse à de nombreux publics, adultes ou enfants.

Opticirque est aussi proposé en format pour chapiteau, et pour spectacle de rue.

Catherine Polge

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Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 13:47
Cubeo et Bouliette
Cubeo et Bouliette

Spectacle de la Cie ONG DAM (34), vu le 18 Février 2015 à 14h, à la Médiathèque Jean Motte, Baillargues (34).

De et avec: Jasmine Dziadon

Collaboration artistique: Marion Debenay

Genre: Théâtre d'objets et musical

Public: Enfants 2 à 6 ans

Durée: 35 min

Jauge: 50 enfants environ

Création: 2014

Les enfants, très nombreux, sont rassemblés dans une salle de la médiathèque. Sur scène, face à un tableau noir, deux enfants (grandes marionnettes) s'installent à leur pupitre. Derrière eux les jeunes spectateurs, eux aussi élèves. Nous sommes tous en classe. S'accompagnant au piano ou manipulant cubes et sphères colorés, la maîtresse (J.Dziadon) raconte une histoire d'amour entre Cubeo (tout carré) et Bouliette (toute ronde), les deux plus jeunes rejetons de deux familles ennemies depuis des siècles : les Carrés et les Ronds se détestent mais ne savent plus pourquoi. Comme Romeo et Juliette, Cubeo et Bouliette se heurtent au refus catégorique de leurs parents. Mais eux, ils sauront s'affirmer, argumenter et amener leurs familles à d'autres sentiments. Au-delà d'une histoire d'amour contrarié, ce spectacle parle de tolérance, de différence, d'enrichissement dans la diversité, et aussi de conflit et d'apaisement.

Bien que Cubeo et Bouliette soient charmants, l'histoire n'est pas toujours rose et le récit est fertile en aventures. Disputes, guerre entre carrés et ronds, intransigeance de Maman Rond, tout cela est captivant sans dépasser les capacités émotionnelles des enfants, qui restent très attentifs. Le choix de cubes et sphères me semble un excellent vecteur de communication avec les petits car rond et carré sont les premières formes qu'ils s'appliquent à maîtriser par le dessin. Elèves-acteurs dans ce spectacle, les enfants sont invités à dessiner au tableau ou à mimer et J.Dziadon les aide à découvrir par l'action que l'assemblage des deux formes est créatif (maison, bonhomme, etc). Plus fort encore, les efforts de Cubeo pour devenir rond sont un échec car il vaut mieux s'affirmer que chercher à ressembler à l'autre ! Ainsi un message positif sur les différences émerge entre manipulations, récit et musique, en douceur et avec la participation active des enfants. Bravo pour cette belle démonstration.

J.Dziadon emploie des mots simples, avec une élocution claire et des intonations porteuses d'émotions, sans exagérations ni infantilismes. J'ai apprécié ce respect de l'enfant. Elle soutient souvent le récit avec l'intervention des marionnettes ou en jouant quelques notes expressives au piano: allégresse, attente, gravité, force, etc. Les enfants montrent qu'ils suivent l'histoire. De temps en temps un air du répertoire classique, mais ce jour-là la longueur de certains morceaux a provoqué quelques décrochages dans le jeune public, dommage. C'est après le spectacle que j'ai appris que Jasmine lance aussi elle-même les bruitages et s'occupe des éclairages... activité qui passe inaperçue : le spectacle reste fluide, ou bien étais-je tellement captivée que je n'ai rien vu des tours de force de l'artiste ?

Voilà un bon spectacle dont le message d'actualité est transmis de manière originale. L'association conte, manipulations et musique (avec les réserves énoncées précédemment) fonctionne bien. Les enfants de 2 à 6 ans s'y retrouvent, c'est perceptible, et les adultes devraient aussi y prendre plaisir et - qui sait - trouver matière à réflexion !

Ce spectacle, très "portable", gagne sans doute à être joué sans dépasser la jauge conseillée.

Catherine Polge

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 12:31
Le but d'une vie
Le but d'une vie

Spectacle de la Cie Moustache (34), vu au théâtre de La Plume (34) le 18 et revu le 25 Fév 2015, 21h.

Pièce écrite et mise en scène par Philippe Hassler

Avec: Marine Monteiro, Benoit Ramos et Philippe Hassler

Oeil extérieur: Gilles Simonin

Genre: Théâtre

Public: Tous à partir de 10 ans

Durée: 1h15

Création: 2013

"Le but d'une vie" ? C'est celui qu'un pays entier a marqué en hurlant du fond d'un fauteuil ! Réunis autour d'un canapé à l'heure de la retransmission d'un grand match de foot, les trois comédiens interprètent huit scénettes, dans une plongée incisive et drôle au sein de la société des années cinquante, suivie d'une remontée progressive jusqu'en 2022 (année d'un mondial!). Plongée accentuée par la sonorisation et par la projection de films d'actualités des diverses époques, qui font sourire ou réfléchir "Tiens ! on avait oublié"... Dans un décor simple la vie de couple ou familiale, les relations hiérarchiques et les amitiés sont parasitées ou relancées par le rythme des buts et suivent ainsi un tracé plutôt syncopé ! C'est cocasse, drôle ou pathétique, et assaisonné de quelques quiproquos hilarants ou grinçants.

J'ai apprécié ce spectacle et la qualité de son texte, net et vif, qui le rend immédiatement accessible. En outre personnages et action font partie de notre quotidien, tel l'ado vautré au téléphone, les chicaneries, les digressions amoureuses (très drôles), etc. Alors, on s'y croit ! Les trois comédiens incarnent avec bonheur au fil des scènes des rôles aussi différents qu'une ménagère affairée ou une passionaria des années 68, un patron distant ou un ado pénible, un clochard ou un amant hésitant. Quelques clins d’œil au cinéma sont assez savoureux, en particulier lorsque M.Monteiro et B.Ramos, couple digne de "Mon oncle", accueillent un J.Tati (P.Hassler) plus vrai que nature. J'ai trouvé que la projection d'actualités introduit bien chaque scénette et permet de suivre le spectacle sans rupture. Dommage que l'équipement assez modeste de ce petit théâtre ait un peu réduit la qualité des projections. Des accessoires, des bruitages et des chansons d'époque contribuent à l'efficacité du spectacle. Si elle est très drôle, cette pièce pose aussi un regard incisif mais plein d'humour et de finesse sur la société. En tirant le fil du football, l'auteur fait adroitement débouler la place de la femme, l'utilisation du temps, l'attention aux autres, la pauvreté, une certaine rugosité des relations, l'amitié. Intéressant.

Ce spectacle sympathique et intelligent est très divertissant et accessible à tous. J'ai pu constater à la sortie que les plus jeunes y font des découvertes et que les plus âgés remontent le temps avec amusement. Quant aux férus de foot, ils retrouvent avec plaisir les ambiances, les grands noms et la furie des matchs célèbres. A voir ! Vous ne serez pas déçus !

Catherine Polge

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Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 10:47
Histoires d'hommes
Histoires d'hommes

Spectacle de la compagnie Belle Pagaille, vu à La Laiterie des Beaux Arts, le 7 avril 2015

De : Xavier Durringer

Mise en scène : Jean-Michel Boch

Avec : Charo Beltran, Capucine Mandeau, Marie Simoneau

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 45 minutes

 

Dans un bar, une serveuse se met à parler fort, à invectiver un client, elle envoie valdinguer son plateau et va au comptoir demander un "gin'to".

La mise en scène est plantée, ce sera la proximité, l'intimité des trois comédiennes au cœur du public, comme dans la vie. Dans la réalité on peut vivre cette situation, être pris à partie dans l'histoire de la vie des gens, dans les détails crus et même sordides de leurs anecdotes, de leurs péripéties, de leurs désespoirs. Et c'est là que certains se sentent gênés voire outrés d'être pris pour témoins de leurs situations, de leurs expériences du machisme, du sexisme et même de la violence conjugale. Car si l'on est au théâtre et même si la scène est cette fois dans la salle, le public est au centre de ce plaidoyer sur l'amour. Ce sentiment qui peut côtoyer la détresse et le dégoût, mais qu'on espère toujours revenir plus fort, plus exaltant.

Ces trois femmes, font passer les émotions contradictoires d'un claquement de doigts, alternant les tristesses et les euphories en quelques secondes. Comme dans la vie, mais une vie accélérée, échevelée, exagérée de tous les excès qui peuvent pousser à l'hystérie aussi bien qu'à la déprime, à l'hilarité comme à l'effondrement. On rit beaucoup, on est saisi par la dureté des situations, des dominations, des abominations dont sont capables les hommes envers des femmes qu'ils méprisent parfois, jusqu'à ce qu'elles se révoltent et crient leur besoin de liberté et d'indépendance. Et là apparaît comme une évidence la force du genre féminin sans qui l'homme ne serait rien.

Daniourk

(photo: Jean Marie Faucillon)

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 10:11
Allez Hop ! dans la valise
Allez Hop ! dans la valise

Spectacle de Hafedh Djedidi (Tunisie), vu au Carré Rondelet, Montpellier (34), le 18 Déc. 2014, 21h.

D'après "Le Ventriloque" (Philippe Andrieu)

Mise en scène de Hafedh Djedidi

Avec Sonia Daou et Tarek Zorgati

Genre: Théâtre

Durée: 1h15

Public: Tous à partir de 10 ans

Création: 2014

Hafedh Djedidi témoigne ici de sa passion pour le théâtre et la transmission culturelle sur les deux rives de la Méditerranée. Romancier, dramaturge et metteur en scène bilingue, il exerce de multiples fonctions d'enseignement et de recherche dans le domaine artistique et littéraire.

Nous sommes dans la loge du ventriloque Jasper. Sa poupée Miette est de taille humaine. Elle est posée sur un coffre, affalée. Le saltimbanque se prépare à entrer en scène et l'on entend le remue-ménage des enfants dans la salle de spectacle. Jasper rumine ses déceptions: le spectacle, ringard, ne marche plus. Miette s'anime, réagit, discute et, désespérée à l'idée de finir "hop! dans la valise", elle propose des solutions. Si Jasper accepte de prendre le risque de renouveler son répertoire, le couple maître-poupée va survivre !

Ce spectacle surprenant se déroule comme un pas de deux autour d'un coffre, et le rapport de force peut brusquement changer de camp dans le couple au fil de la discussion. L'association Jasper-Miette, c'est bien un couple... et il est d'une grande étrangeté! Dans l'éclairage feutré de sa loge, T.Zorgati incarne un homme découragé dans son costume rayé, prisonnier de ses échecs. Dans un rôle très risqué, S.Daou joue une remarquable poupée à l'allure démodée, parlant d'une voix enfantine sans maniérisme. Sa gestuelle complexe exige certainement une grande maîtrise corporelle car la mobilité de son personnage est particulière. Si ses mouvements évoquent parfaitement la raideur des articulations d'une poupée, ils peuvent aussi déployer le charme de ceux d'une fillette ou d'une danseuse. L'ambivalence est totale et permanente et lorsque vers la fin Miette prend voix et gestes de femme pour se révolter, qui est-elle ? Cette question, je me la suis posée au long du spectacle. Jasper se dédouble-t-il ? La solitude l'a-t-il rendu fou ? Miette est-elle de plastique... ou de chair? Cette ambiguïté s'insinue dans le spectacle, à mesure que Miette s'autonomise et se permet des libertés de langage, faisant monter une certaine tension entre l'intime et la distance théâtrale. C'est fascinant.

Original, émouvant, tendre, tragique mais aussi parfois drôle, ce beau spectacle séduit, intrigue et pose des questions. Accessible à tous publics grâce à ses diverses facettes. A voir.

Catherine Polge

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Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 10:05
Duende Flamenco
Duende Flamenco

Spectacle de la Cie du Visage (34), vu au Carré Rondelet, Montpellier (34), le 18 Déc.2014, 19h.

D'après une conférence de Federico Garcia Lorca (1933) "Jeu et théorie du Duende"

Lecture, adaptation, mise en scène: Avner C.Perez

Chorégraphie, chant, interprétation: Julie Sapy

Accompagnement musical: Michael Perez

Genre : Danse, chant, narration

Public: Tous à partir de 15 ans

Durée: 1h

Création 2014

Salle comble au Carré rondelet (50 pers.), dans une ambiance rouge et noire. Qu'est-ce que "le Duende" ? Avant ce spectacle, ce mot intraduisible m'évoquait Espagne, douleur, flamenco, corrida. Après le spectacle, je vois un mouvement jaillissant des tréfonds, jamais identique, toujours flirtant avec des limites. F.Garcia Lorca parle d'un Duende qui "brûle le sang comme une pommade d'éclats de verre" et d'où surgit la véritable création artistique. Cette source d'inspiration a peu à voir avec l'ange ou la muse. C'est une lutte, c'est le spectacle de la mort, c'est la danse qui monte par les pieds, ce sont des "sonorités noires" et du sang... La mise en scène d'un tel texte est un défi.

Magnifique ! Un tourbillon de beauté ! Voilà en fait une magistrale démonstration du Duende, avec une montée en puissance jusqu'à la fin. Les langues espagnole et française sont alternativement employées, ce qui accentue l'intensité du propos en l'ancrant dans ses origines. Le récitant (A.C.Perez) transmet les paroles de Garcia Lorca avec émotion et force. J.Sapy, excellente, joue, danse et chante et M.Perez improvise sur guitare électrique et percussions. Mots glissés ou scandés, gestes souples ou violents et sonorités diversifiées se stimulent, se répondent. De très beaux chants, des bruits de bouche, des improvisations musicales et percussions corporelles surprennent et fascinent. Vêtue de différents costumes au fil du texte, J.Sapy joue de très beaux personnages, interprète les mots avec son corps et ravive leur force. Ondulante pour le "noir" elle frappe du pied. Lorsque l'homme lutte avec son Duende, elle revient, provocante dans ses volants, regard tendu. Et voilà le Duende - flamenco dans sa violence: ses escarpins roses posés sur un "autel" rouge, Julie danse pieds nus, tourne bras écartés, découpe l'espace avec son corps, follement accompagnée de percussions et guitare. Le chant sort comme un flot de sang. Lorsque toute vêtue de noir elle danse la mort sur un flamenco électrique très original, c'est d'une force inouïe. La création artistique triomphe et ce très beau spectacle se clôt sur deux voix accompagnées par la guitare. Ovations du public.

Véritable incarnation d'un texte difficile, intense et passionné, "Duende Flamenco" ouvre des perspectives lumineuses sur l'art. L'emploi épisodique de la langue espagnole ne nuit pas à la compréhension, au contraire. Tout public attiré par la danse et les expressions de la passion peut apprécier ce spectacle. Quant aux spectateurs avertis ou hispanophones ils y retrouveront en outre la force de Garcia Lorca.

Catherine Polge

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Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
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