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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 16:43
Sans effort

Spectacle de la Cie Snaut (CH) vu au Théâtre du train bleu lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 26 juillet 2021, à 22h05

Durée : 1H15

Public : Dès 14 ans

Genre : Théâtre contemporain

Auteurs : Tiphanie Bovay-Klameth, Joël Maillard, Marie Ripoll

Mise en scène : Joël Maillard

Interprètes : Joël Maillard et Marie Ripoll

J’entendais de partout “Sans effort c’est très fort, c’est à voir dans une vie” alors comme j’en ai une de vie, à remplir d’autres vies sur accoudoirs, je me suis dit moi aussi je veux parler aux autres de “Sans effort”, mais avant d’aller poser mon oreille bouche cousue sur un siège j’ai voulu voir un peu de quoi ça parlait mais bouche cousue aussi j’ai pas pu lire grand chose à part que ce spectacle on pouvait le lire nulle part, qu’il n’avait pas été écrit, que c’était une contrainte qu’ils s’étaient mis, les artistes, sur le coup ça me fait penser à l’Oulipo moi, je me dis chouette, ça a l’air rigolo, j’y vais, j’y suis allée et rigolo ça l’a été.

Dans le dossier de presse que seuls les journalistes ils ont droit de le lire, Joël Maillard a mis qu’il peut pas, je cite, “décrire, ni présenter les personnages, ni détailler sa fable ou sa forme, ni évoquer ce René R crédité d’absence au générique”, et juste après, paragraphe en-dessous “heureusement, des journalistes l’ont fait à ma place”. Et là je me suis rendu compte de la sacrée responsabilité que j’avais, moi comme journaliste : l’espérance de vie de mon compte-rendu elle est plus grande que celle du spectacle, alors pas de bêtise, va falloir être au plus près de lui, mais sans non plus dire trop fidèlement ce qu’il y a dedans, déjà que j’ai attrapé des phrases toutes entières dans mon carnet, première bêtise, c’est mal parti.

Mais pour eux aussi c’est mal parti, au début, René le comédien en chef il est parti, cinq jours avant la première, et sa femme aussi elle est partie mais dans son dernier souffle elle a eu le temps de lui souffler, à René, tout un poème long comme une épopée que les deux comédiens sur scène ils vont nous répéter, épaules contre épaules pour s’épauler et sauter dans les trous de mémoire de l’autre quand il en tombe un ou alors pour s’écarter, lever l’ancre, le bras, donner chacun de leur côté mais bien en choeur la version qu’ils préfèrent, avec métaphores, synonymes et détails singuliers, et c’est beau de voir deux paroles symétriques se défaire l’une de l’autre sans qu’on en perde une seule parce que nos oreilles sont deux donc elles peuvent tout attraper. Tintamarre parfaitement harmonieux ça oui, entre ses fugues, ses variations, ses refrains, tout ça sur fond de percussions endiablées, mais aussi patatrac, de baguettes cassées, de cordes fendues, eh oui la bêtise chez ces frénétiques indolents fait partie du jeu tant et si bien qu’au premier rang un spectateur s’est mis à rêver de Beyrouth à voix haute, bêtise ? Non, non, si le poème n’arrête pas de scander “écoute, écoute bien” c’est que toutes les voix peuvent y être accueillies et de lui-même Jacques Rancière a fini par taire son “Beyrouth, Beyrouth partage du sensible...”

Mais le poème il parle de quoi ? D’une île, de barques qu’on pousse du pied, de racines joyeusement hallucinatoires qui poussent entre leurs pieds et leur font des pieds de nez au moment de disparaître, de stylos qu’on enterre, d’histoires qui se transmettent en rythme et en musique, de générations qui se succèdent, de vieux qui meurent contre les troncs et dont on mange les entrailles pour retrouver une mémoire première, une écriture figée, la racine, le tronc, comme le bâillement menace toujours la bouche qui voit à travers les âges et derrière les eaux le monde qu’on peut étaler au-delà de ce qu’il montre. C’est confus ? Sans doute un peu, c’est que sont brassés beaucoup de vers et que s’enchaînent tant d’années dans l’île où peu à peu les primitifs deviennent les captifs, mais finalement, je crois que la question que soulève ce spectacle, mais attention, ce n’est que celle que j’y ai lu, et lu sans rien lire, donc bon, et puis il y en a certainement beaucoup d’autres ou alors il y en a aucune, de questions, mais bon que ce spectacle soit problème ou solution, qu’il demande “pour ou contre l’écriture ?” ou déclare “nous avons une bonne mémoire” finalement ce qui compte ce n’est pas le conte mais qu’il y soit.

Célia Jaillet

 

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 14:57
Rachel, danser avec nos morts

Spectacle de la Cie By collectif (31) Vu au 11 Gilgamesh lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 29 juillet 2021, à 13h10

Durée : 1H30

Public : Tout public

Genre : Théâtre contemporain

Ecriture et mise en scène : Delphine Bentolila

Interprètes : L. Barbier, D. Bentolila, S. Brel, N. Dandine, J. Kpéré, A. du Rivau, L. Roy, J. Sabatié-Ancora

Le mariage de Rachel va être célébré, toute la famille se réunit dans la grande maison pour s’occuper des préparatifs, mais à mesure qu’approche l’instant du grand bonheur amoureux, des cris remplacent les murmures enthousiastes. “Hannah, arrête s’il te plaît, c’est mon mariage” mais non, Hannah ne s’arrête pas, par des cris, des lumières, des douleurs, des pardons, elle en a trop au bord des lèvres, faut tout laisser tomber, sinon c’est elle qui tombe du bord, comme la dernière fois où son frère est venu la chercher dans une mer agitée, pour y trouver la mort. Des cris, ils en ont tous à se jeter au visage les uns des autres : les parents ont perdu leur fils et leur fille puisqu’Hannah a été internée et Rachel, leur dernière, n’existe qu’à moitié, entre deux douleurs qui n’arrêtent pas de crever la surface en s’y reflétant. 

Mais on ne crie pas, il ne faut pas crier, pas de vague, c’est le mariage de Rachel, on chuchote plutôt ses cris, ses chagrins, ses doutes, ses regrets au mort. Le frère au visage si mélancolique flotte avec sa planche de surf entre les tables en robes blanches, bouts d’écume endeuillés, tables en dessous desquelles on se cache à ses côtés pour rire un peu, s’enlacer ou lire un destin rassurant dans les cartes. Il y a même du rire et de jolis numéros entre les rides de leurs rancunes. Mais il faut bien que quelqu’un déchire la lenteur et délie les langues pour qu’on puisse enlever les draps cadavériques qui recouvrent les tables, arrêter ce flot ininterrompu d’images océaniques qui s’y projettent, que se fasse un pas pour que cesse le silence absurde qui se prétend dialogue ; apprendre à dialoguer avec des absences qu’on regarde droit dans les yeux et danser sans oublier qu’on danse. 

Rachel donne son titre à la pièce alors qu’elle y est en filigrane parce que c’est elle qui danse, qui absout la famille et la réconcilie dans un geste simple, élégant, abandonné. Son égoïsme devient salutaire : elle veut juste être heureuse et toute sa famille apprend à savourer ce bonheur avec elle sans le grignoter.

Célia Jaillet

 

 


 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 10:30
Requiem pour Pessoa

Spectacle de la compagnie Ars Poetica (34) vu au théâtre de la Carreterie lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 30 juillet 2021, à 16h20

Auteur : Fernado Pessoa

Metteur en scène : Benjamin Perez

Interprètes : Benjamin Perez, Theodora Carla

Genre : spectacle poétique et musical

Public : tout public

Durée : 1 h

“Nous vivons tous, ici-bas, à bord d’un navire parti d’un port que nous ne connaissons pas, et voguant vers un autre port que nous ignorons. Nous devons avoir les uns envers les autres une amabilité de voyage.” Fernando Pessoa

Il arrive à Lisbonne, c’est la première fois qu’il rencontre cette ville et les parfums qui s’y respirent, il déambule dans les rues, mime les trajets qu’il fait en tramway, s’installe au bureau d’un petit hôtel. Mais qui ça ? Pessoa ? Non, un voyageur, rien qu’un voyageur, grand, une barbe fine, des petites lunettes, il ressemble quand même beaucoup à Pessoa… Mais non, non, un voyageur ne doit rien chercher, rien chercher de particulier pour trouver quelque chose, quelque chose d’autre, d’introuvable, d’inespéré. Un violon fait son apparition entre deux considérations poétiques, la langue portugaise s’entremêle au français qui nous est si familier, et peu à peu, les deux comédiens immobiles sur les planches anciennes de ce théâtre exigu nous emmènent autre part, avec eux.

Avec eux ? Avec Pessoa aussi ? Mais oui, bien-sûr que c’est un spectacle sur Pessoa, bien-sûr que le voyageur ne poursuit pas son seul voyage mais bien quelqu’un. C’est juste que je ne voulais pas le dire trop vite, ce nom de Pessoa qui veut dire “personne”, ce nom qui ne se cache même pas mais qu’on peine à trouver, Pessoa est par-ci, par-là, omniprésent sur les étagères de la bibliothèque à Cour, et sur les traits portugais du comédien et dans sa bouche époustouflée.

On rencontre ce qui entoure le poète, sa mère, ses livres, mais aussi ce qui fait que le poète est poète, ses mots. Ses poèmes sont récités par cœur, les yeux comme fermés, alors on peut fermer les yeux, le violon nous berce tendrement ou nous réveille en augmentant le tempo, le voyageur souffle dans nos cheveux les rêveries couchées en phrases de ce frère lui aussi égaré, lunatique, phrases dont les échos parlent aux déambulations qui nous promènent. On voyage dans Pessoa, et pourtant comme pour Lisbonne, à part quelques détails, quelques sons, quelques danses, tout nous reste profondément étranger... De toute façon, même lorsqu’on est pays, ville ou Pessoa, on n’en finit jamais d’essayer de se trouver, de se connaître. “Je ne change pas, je me visite moi-même, comme un pays perpétuellement inconnu.”

En compagnie de ces deux artistes, vous voyagerez, pas d’un point à un autre mais d’ici à là-bas, et lorsque vous reviendrez de là-bas votre ici ne vous dira plus rien. Il faudra s'avancer un peu pour l'écouter.

 

Célia Jaillet

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 15:48
source Catalogue Off 2021

source Catalogue Off 2021

Spectacle de la compagnie du Kairos (75) vu à la Manufacture Intra-Muros, le 23 juillet 2021 à 10h40 dans le cadre du festival Off d'Avignon.

Texte et Mise en scène David Lescot

Interprètes  Suzanne Aubert, Charlotte Corman, Théodora Marcadé, Elise Marie, Caroline Menon Bertheux, Camille Roy, Marion Verstraeten (en alternance)

Scénographie François Gautier Lafaye

Assistante à la mise en scène Faustine Noguès

Costumes Suzanne Aubert

Lumières Guillaume Rolland

Genre théâtre   

Public  tout public à partir de 8 ans

Durée 50 min 

Un jeune garçon fait face à ses angoisses à son entrée en 6ème. Il espèrait retrouver ses copains de CM2, histoire de ne pas se sentir perdu, mais le voilà propulsé dans une classe où il ne connaît personne, alors que tous les anciens du CM2 sont en 6ème C ! Et avec ça il va devoir se familiariser avec les codes qui régissent la vie au collège… C’est pas gagné !

Trois comédiennes jouent sur le plateau les six protagonistes de cette histoire, indifféremment garçons ou filles, en utilisant quelques accessoires – casquette, sweat à capuche, lunettes, perruques, pour les différencier.

La comédienne qui ce jour-là incarne le récitant est tout à fait crédible dans son rôle de jeune garçon bon élève de 11 ans, qui fait son entrée au collège pas très rassuré. Autant que les autres comédiennes, elle a su adopter l’habillement, le vocabulaire et la gestuelle, d’ailleurs bien observés, des ados.

Egaré donc dans la 6ème D, notre héros fait connaissance avec Basile, son voisin de table, qui semble être le neuneu de la classe,  avec son air ahuri, ses grosses lunettes et sa capuche remontée sur la tête. D’emblée, Basile souhaite savoir s’il est « populaire ». Il ne s’est jamais posé cette question et ne sait même pas ce que cela peut signifier ! Il comprend bien vite qu’il est franchement largué, et la rencontre avec Clarence le leader « populaire » de la classe, ne lui laisse plus aucun doute… Clarence fait en sorte qu’il soit élu délégué, et dans la foulée lui colle son ex-copine Marguerite dans les bras.  Bref il décide et organise pour lui, comme pour toute la classe, sans demander l’avis de qui que ce soit .… Les garçons « populaires » ne candidatent jamais aux postes de délégués, c’est la place des « bolosses », sur lesquels ils font pression ensuite.  Et notre héros a le profil  qui convient... Il n’est pas dans le coup, ,ne connaît rien à la musique que les jeunes écoutent, n’a pas les chaussures à la mode, et même pas de téléphone portable ! D’ailleurs, Clarence lui impose  de s’en procurer un au plus vite, il doit pouvoir lui transmettre ses directives à tout moment. Sinon…

Le pauvre garçon ne sait comment se sortir de cette situation. Et contre toute attente, c’est sa petite sœur, qui elle rentre à la maternelle, qui va l’aider à y voir clair, car elle, elle a déjà pigé les codes ! Décidemment, il n’y a plus d’enfants…. !

La scénographie est organisée autour d’une sorte de grande estrade de bois, équipée de trappes et d’éléments modulables qui se déplient et se transforment en tables, bancs, et peuvent ainsi figurer des lieux différents. Les comédiennes évoluent dans et autour de cette structure, qu’elles  manipulent à vue, et d’où émergent parfois les protagonistes, tels des pantins d’une boite, en particulier la petite sœur, qui déclenche l’hilarité à chacune de ses apparitions. Il faut dire qu’elle est particulièrement impayable avec ses couettes et ses chouchous, et sa façon de parler bébé, mais néanmoins très avertie... Belle réussite que ce personnage très comique. La mise en scène sobre, les jeux de lumière réduits à l’indispensable, font que l’on se concentre pleinement sur le jeu., et permettent en outre une parfaite adaptabilité du spectacle à tous types de lieux.

Le texte, précis et drôle, n’occulte pas cependant les souffrances auxquelles sont confrontés les collégiens, dont les parents n’ont même pas conscience, car bien souvent, leurs enfants ne parlent pas de leurs difficultés d’intégration au groupe, pas plus que des brimades et du racket. Ils se sentent bien trop nuls…  

Heureusement l’histoire de notre héros se termine bien. David Lescot a certainement voulu rester positif et léger, le propos n’étant pas ici d’aborder les problématiques du collège,  mais plus  simplement de démystifier le passage de l’école primaire au secondaire, quand on redevient « petit », alors qu’on était « grand » au CM2.

Voilà finalement un spectacle qui réjouira jeunes et moins jeunes, peut-être même plus encore les aînés, auxquels il rappelle « le bon temps », même si le monde des ados n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’ils ont connu !

 

 

 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 15:34
Chagrin d'Ecole
Chagrin d'Ecole

Spectacle de l’Atelier Théâtre Actuel (84) vu à L’Actuel Théâtre à Avignon le 29 juillet 2021 à 12h25. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

Auteur : Daniel Pennac

Metteuse en scène : Christèle Wurmser

Interprète(s) : Laurent Natrella

Lumière : Franck Walega

Son : Dominique Bataille

Collab. artist. : Laure Sagols

Genre : Théâtre

Durée : 1h25

Créé en 2014 et situé en plein coeur de la ville, le Théâtre Actuel est devenu rapidement l’un des lieux incontournables du Festival d’Avignon. A l’arrière, une petite cour où l’on peut se rafraîchir en compagnie du chat de comptoir.

Nous sommes une bonne vingtaine de spectateurs en cette fin de festival d’Avignon. Une petite scène nous attend, c’est une salle de classe. Le prof, seul en scène, mais accompagné par ses élèves via une bande son, arrive et nous raconte ….

Nous sommes au collège, au lycée aussi. Ici, l’appel du matin, c’est le seul moment où l’élève existe. Où il sort de l’anonymat.

L’emploi du temps est – comme toujours – saucissonné. C’est le cours de français. La grammaire, premier outil de la pensée organisée. La dictée, avec correction de chaque mot par les élèves pour les élèves. La lecture, le goût de lire est un héritage du besoin de dire. Le par cœur pour l’éveil du plaisir de la langue et qui se termine en compétition organisée par les élèves à l’insu de leur enseignant. Naissance de passions ? Puis les notes …. Le prof, un guide d’une visite obligatoire.

Visite obligatoire qui se transforme en voyage passionnant pour sortir de la pensée magique qui nous enferme. « Je n’y arriverai pas. » Y ?

Les élèves sont ici la matière de nos matières. Ils ont parfois besoin de repartir de zéro pour pouvoir y croire à nouveau. Ils vont jouer avec le savoir pour rompre un sort. Pour briser la fatalité de cette foutue croyance de ne jamais pouvoir y arriver. Y ?

La mise en scène est simple et astucieuse avec le fond de scène en guise de tableau blanc sur lequel les élèves écrivent et dessinent. Le comédien incarne parfaitement le prof.

Ce texte, issu du roman autobiographique de Pennac est une leçon de vie. Il devrait faire partie du programme obligatoire de formation de tous les enseignants, en primaire, en secondaire, dans le supérieur. Programme obligatoire pour une visite guidée obligatoire.

A consommer sans modération.

Maren Scapol

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 13:55
Angels in America

Compagnie Philippe Saire (CH) Vu à la Manufacture lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 25 juillet 2021, à 21h30

Auteurs : Tony Kushner, Pierre Laville

Metteur en scène : Philippe Saire

Interprète(s) : Adrien Barazzone, Valeria Bertolotto, Pierre-Antoine Dubey, Joelle Fontannaz, Roland Gervet, Jonathan Axel Gomis, Baptiste Morisod

Création lumières : Eric Soyer

Scénographie : Claire Peverelli

Création sonore : Jérémy Conne

Genre : théâtre contemporain

Public : tout public

Durée : 2 h 30

 


Dans l’Amérique des années 80, où le grand R de Reagan flamboie, le sida se répand dans les communautés homosexuelles à vitesse grand V. Il y a Prior, jeune, beau, sensible, qui tombe malade et se trouve abandonné tout seul à l’hôpital par son compagnon Louis. Tout aussi jeune, beau et sensible, ce dernier entame une liaison avec Joe, homosexuel refoulé timide et indécis, marié à Hannah, rêveuse lyrique addicte au Vallium, dont le mari, Joe donc, est sous les ordres de Roy Cohn, raciste, homosexuel et homophobe se révélant lui aussi séropositif. Oui, c’est un peu compliqué quand on a pas leurs yeux sous les yeux, de savoir avec précision qui est qui et qui est avec qui.. Les anges ont tressé des ponts entre les cheveux de tous ces personnages aux destinées divergentes.

Alors que la pièce pourrait n’être qu’intime, sociale et politique (et c’est déjà beaucoup), voilà qu’elle se pare d’accents allégoriques et fantastiques. Un ange aux habits de fumée exhorte Prior à devenir prophète, Roy en changeant d’habits devient la mère de ce même Prior, Hannah assiste en compagnie de Prior encore, aux rencontres adultères de Louis et Joe… Non, promis, ce n’est plus aussi compliqué, il faut simplement se laisser bercer par la chorale de ces êtres abandonnés, qui atteint l’apogée de son tragico-comique lors d’une projection faite par Joe, dans une église mormone, de petites marionnettes conquérantes dont on se fiche un peu. Car il faut s’occuper de la grande marionnette empêtrée dans ses fils, s’occuper de Louis qui coupe la séance, couper les liens qui relient Hannah à Joe, Prior à Louis, petites marionnettes qu’on voit seulement parce qu’elles assistent sur scène en secret aux scènes.

Beaucoup de douleur au plateau donc, rendue par un important travail sur la physicalité. Lors des scènes de couple, le corps qui souffre et ne se sent plus aimé au point d’organiser en rêve des voyages avec Mister Lies (monsieur mensonge) s’abandonne aux bras de celui qui abandonne. La chorégraphie qui se construit entre les glissements, les tournoiements, les redressements, est faite en somme de relâchements qu’on oblige et qu’on rattrape. Ce n’est pas un flashmob ni de la haute voltige, c’est un tango maladroit, une valse sans musique, une fatigue qui rebondit encore et encore, parce qu’il est encore temps de parler. Pas impressionnant non, mais précis, si précis et rythmé que c’est beau, surtout quand les couples ont des répliques entremêlées par un rythme propre à leurs dualités. Ce traitement de la douleur et des rapports de domination au sein des couples, induit un décalage, un détachement, un sourire facétieux au drame, également présent dans le texte : “ne vous inquiétez pas, c’est plus grave que vous ne le croyez” dit l'infirmier drag-queen au séropositif. Surtout, l’humour ne jaillit pas uniquement sur fond de malheur : il y a du début à la fin des instants de bonheur pur, à croquer tout entier, avec des sourires déjà pleins.. Quand Louis croque le bout de pain que Joe tient naïvement sur son sexe, quand la neige en sac plastique craque sous les pieds de Hannah, quand le méchant patron craque et laisse l’infirmier prendre une partie de sa réserve de médocs, et puis quand sur les canapés, par-ci par-là, chuchotis confondus en gloussements, ça fait crac-crac.

Dans cette pièce, on rit plus qu’on ne pleure, on pleure plus qu’on ne meurt, et l’amour se cherche une éternité, et les anges nous ennuient, et on y reviendra, in America.

 

Célia Jaillet

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 13:07
Histoire de la violence

Spectacle de la Compagnie Anima Motrix (85), vu à la Manufacture à 13 h 45. Dans le cadre du festival OFF d’Avignon, du 7 au 31 juillet 2021.

 

Metteur en scène : Laurent Hatat et Emma Gustfasson

Chorégraphe : Emma Gustfasson

Interprètes : Mathias Zakhar, Julie Moulier, Samir M'Kirech

 

Durée : 1 h 30

Public : plus de 15 ans

Genre : théâtre contemporain, nouvelle création

 

Histoire de la violence alors histoire du viol ? Non, histoire d'un viol, celui d'Édouard Louis, mais qui le détruit trop pour ne pas prendre les dimensions du monde.

Reda l'a pris de force un soir de Noël. Mais à la suite de cette violence fondamentale, d'autres violences lui sont faites : le comédien chargé d'interpréter le rôle du jeune écrivain doit courir après les projecteurs qui éclairent par fractions, par fragments le plateau, courir, crier pour ne pas rester dans l'ombre, pour que son témoignage soit entendu des policiers. Ses plus grands cris de douleurs succèdent au viol ; c'est lorsque à l’hôpital on examine avec mépris ses blessures qu'il est encore plus étranglé, le comédien se courbe, nos souffles sont coupés. Si "faire ce qu'on ne veut pas faire" est une définition du viol elle renvoie également à la violence omniprésente à laquelle Édouard est confronté alors qu'il se sent exclu de sa propre histoire, forcé de la raconter. Violence par-ci, violence par là, et même contre Reda réduit au stéréotype du “maghrébin” alors qu’il est kabyle.

 

Si Reda reste le grand coupable, le théâtre nous présente un homme aux traits charmants, conforme à la description qu'en donne Édouard. Il danse avec chaleur, aborde élégamment ce blondinet égaré entre les flocons qui pleurent du plafond, l'invite à tournoyer contre son corps pour la beauté du geste, et le geste est beau parce qu'ils sont beaux de le prolonger. Pas d'ironie tragique, on sait que la tragédie arrive pourtant rien ne l'annonce, ils font l'amour, deux, trois fois et déjà on comprend que le viol sera d'autant plus insupportable, agressif, douloureux, d'avoir été insoupçonné. La représentation scénique qui en est donnée est tellement surprenante qu'on en est pétrifié : un enchaînement chorégraphique précis et qui se répète, les corps roulent au sol, série d'à coups, Édouard est pantin, Reda aussi, et ça recommence. “Tu n’as plus besoin de parler, ton corps raconte ton histoire” mais une fois que les traces de coups, de coupures, de strangulation auront disparu, qui racontera l’histoire ?

 

La violence de l'agression sexuelle existe aussi par son esthétisation, sa transformation, par cette manière qu'ont les personnages de voler à Édouard sa parole trouée : les jacasseries et digressions de sa sœur retranchent souvent dans un coin de scène son corps qui danse, tremble et tombe en silence. Clara se plaint à son mari ainsi qu’au spectateur de n'avoir pas été mise au courant plus tôt, s'étonne de cette horreur qu’il ressent à la vue du bonheur des uns et de l’illégitimité qu’il attribue aux malheurs des autres, se plaint, s’étonne, s’épouvante en remuant fort les bras. “La guérison vient de la possibilité de nier le réel” pourtant Edouard y est sans cesse ramené. Comment renouer avec son histoire ? Le théâtre qui s’approprie ses mots et lui greffe un visage au-dessus d’un corps, n’ajoute-t-il pas une violence symbolique à la violence physique, politique et sociale dont il est déjà la proie ? Non, car son roman polyphonique accueille toutes les voix idiotes ou cruelles qui accaparent sa bouche et s’il ouvre la bouche ce n’est pas pour crier, mais pour trouver un accord, un milieu, une parole qui puisse être entendue.

Edouard ne hurle jamais, mais arrache les longues bandes noires pendues comme des barreaux de prison au fond de scène transparent : nos œillères tombent, nos oreilles s’ouvrent, on commence à voir ce qui se murmure parmi les éclats et alors la violence s’éclipse un peu.

 

Célia Jaillet

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 09:47
Quelques mots d'amour
Quelques mots d'amour

Spectacle de la Compagnie L’Écho du Soleil (84), vu à La Chapelle des Italiens, à Avignon le 29 juillet 2021 à 11 h 15. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Metteur en scène : Yves Sauton

Chorégraphe : Amélie Silva

Interprète(s) : Eric Despretz, Yves Sauton

Musicienne : Jade Saget 

Danseuse : Ninon Curé

Régie Lumière : Christine Eckenschwiller

Genre : Théâtre

Durée : 50 minutes 

 

La Chapelle des Italiens, lieu magnifique d’art sacré, mais aussi de culture pour tous. Sur scène, trois sculptures ou seulement deux ? Immobiles, une femme allongée par terre, une violoncelliste.

Je t’aime, je t’aimais, je t’aimerai. Un hymne à l’amour à deux voix. Un hymne aux mots.

Et s’il fallait être amoureux pour apprendre à parler ? À maîtriser la grammaire du silence ? À donner vie à la parole qui ruisselle sous les chairs du vivant ? Nous sommes faits de ce que nous aimons.

Deux acteurs pour porter ce beau texte de Bobin, texte illustré aussi par la danse désarticulée et pourtant plein de grâce. La danseuse est comme manipulée par les sons du violoncelle, tel une marionnette. Elle danse pour elle, pour nous, danse avec les comédiens et les sculptures, témoins silencieux de ce qui se joue au travers les mots.

Spectacle en deux temps. Une symphonie, une harmonie parfaite entre les mots, le jeu d’acteurs, la danseuse et la musicienne. C’est magnifique, positif. On en redemande encore.

 

Maren Scapol

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 09:56
La Tombe du mec d'à côté
La Tombe du mec d'à côté

Spectacle de la Compagnie Les Babilleurs (69) vu au Théâtre des Corps Saints à Avignon le 28 juillet 2021 à 21 h 30. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Mise en scène : Séverine Anglada

Interprète(s) : Gaëlle Le Roy, François Tantot

Adaptation : Laure Jeggy

Genre : Théâtre

Durée : 1 h 30

 

Depuis une vingtaine d’années, le Théâtre des Corps Saints, situé en plein centre historique sur la place des Corps Saints face au Cloître des Célestins, fait partie des valeurs sûres du Festival d’Avignon.

Nous nous installons confortablement dans une salle à moitié pleine. Sur la scène ouverte, grange, cimetière et chambre à coucher en simultané, se découvrent juste en adaptant des accessoires et mobiliers divers dont les comédiens se serviront tout au long de la pièce et dont ils détourneront à de multiples reprises l’utilisation première.

L’histoire, beaucoup la connaissent grâce au livre et au film : Désirée, bobo écolo, se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement très tendance. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment.

Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, bourru et sensible, avec son bon sens paysan et une bonne dose d'autodérision. Chaque fois qu'il rencontre sa voisine de tombe, il est exaspéré par elle et son bonnet de feutre marron. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres, la magie opère, ils en restent tous deux éblouis...

C'est le début d'une passion dévorante. La pièce pose avec beaucoup de tendresse et un humour décapant et débridé la très sérieuse question du choc des cultures. Un amour est-il possible lorsque tout oppose les deux protagonistes ? Quelle articulation possible entre les sentiments et l’aspect rationnel de la relation ?

Les comédiens sont formidables. Lui joue plusieurs rôles et les interprète tous à la perfection. Elle, incarne son rôle jusqu’au bout des doigts. On rit, on pleure, on se questionne. C’est plus que convaincant, drôle, tendre et émouvant.

L’intention de la metteuse en scène est que toutes les femmes tombent amoureuses de Benny et que tous les hommes se prennent de tendresse pour Désirée. Paris gagné.

À voir sans hésitation !

 

Maren Scapol

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 09:48
CAMUS-CASARES, une géographie amoureuse
CAMUS-CASARES, une géographie amoureuse

Spectacle de la Compagnie Châteaux en Espagne (75), vu au Théâtre des Gémeaux à Avignon le 28 juillet 2021 à 19 h 30. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

Adaptation et interprétation : Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio

Mise en scène : Elisabeth Chailloux

Lumières : Franck Thévenon

Son : Thomas Gauder

Genre : Théâtre

Durée : 1 h 20

Situé au cœur d’Avignon, le Théâtre des Gémeaux, créé en 2019 dans un bâtiment vieux de 10 siècles d’Histoire, est un théâtre culturel dont les valeurs fondatrices d’humanisme, d’équité, de rigueur, se reflètent dans les spectacles proposés.

La pièce se joue dans la salle au deuxième étage. Après l’ascension, nous découvrons une salle ornée de magnifiques frises anciennes. Difficile de ranger ses jambes dans le minuscule espace qui sépare les rangs. Sur scène, quelques meubles anciens, des radios d’époque, une serviette en cuir.

Les deux comédiens entrent en scène et nous racontent leur histoire d’amour. Albert Camus et Maria Casarès se rencontrent le 6 juin 1944 à Paris. Il a 30 ans, elle 21. Lors du retour d’Algérie de la femme de Camus, Maria Casarès met fin à leur relation. Ils se recroiseront, encore un 6 juin, mais en 1948, et ne se quitteront plus jusqu’au décès tragique de Camus. Leur relation est marquée par la distance. Séparés régulièrement par les exigences de leurs vies respectives, l’amour et ce qu’ils partageaient ensemble sont plus forts. Pour Albert Camus, Maria Casarès sera l’Unique, et il restera, par-delà la mort, le seul homme qu’elle ait véritablement aimé.

La pièce, écrite à partir de la correspondance entre Camus et Casarès entre 1944 et 1959, retrace par ce très beau texte leur passion solidaire et tourmentée. Il est tout simplement magnifique. Mis en scène simplement, le jeu d’acteur ne m’a pas totalement convaincu. Teresa Ovidio vit le rôle de Maria Casarès, Jean-Marie Galey incarne un peu moins celui de Camus. Le public est conquis. À voir ne serait-ce que pour la beauté des mots.

Maren Scapol

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