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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 15:14
Source catalogue off 2021

Source catalogue off 2021

Spectacle d’Antoine Payen, alias Tonycello, produit par Le Terrier Productions (59), vu au Théâtre l’Arrache Cœur, le 21 juillet 2021 à 11 h 30. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

 Interprète : Antoine Payen

Mise en scène : Marie Liagne

Création lumières/régie : Vincent Masschelein

Régie son et lumières :  Michaël Bouey

Regard sur le conte : Rachid Bouali et Dominique Langlais

Genre : Solo burlesque et musical  

Public : à partir de 7 ans

Durée : 1 h 05

 

Évidemment, le titre ne peut que susciter la curiosité. Et comme j’aime beaucoup les spectacles humoristiques ET musicaux, je décide d’aller faire connaissance avec Tonycello, personnage créé par Antoine Payen, qui n’est pas tout à fait nouveau venu dans le monde de la musique, ni d’ailleurs à Avignon (Off 2013). Diplômé d’état de violoncelle, agrégé de musique, fondateur du quatuor Winston, intervenant dans des écoles de musique, et membre de l’orchestre de l’opéra théâtre de Limoges où il a créé « Violoncelle ou grosse guitare ? » qui a obtenu le P’tit Molière du meilleur spectacle musical en 2013 : plutôt pas mal !  Il crée la Migration des Tortues en 2017.

 

Aujourd’hui, après un parcours solo dans la chanson, Tonycello a décidé de tout faire pour accéder à son rêve, faire partie d’un orchestre ! Pour l’heure, c’est sa maman qui plaide sa cause, en voix off. Elle écrit au chef d’orchestre pour lui demander de prendre son fils, ne serait-ce qu’en stage, ça ferait vraiment plaisir à toute la famille. 

Mais il ne suffit pas de vouloir. Beaucoup de candidats et peu de postes. Comment arriver à sortir du lot ? Il n’y a guère que les concours pour départager les candidats. Tonycello entreprend donc de candidater dans les villes voisines de son domicile. À force de persévérance, après avoir affronté plusieurs jurys, il finit par intégrer l’orchestre d’une petite ville de province.

C’est le moment, à grand renfort de multiples facéties, de nous expliquer le fonctionnement et les codes, qu’il va lui-même découvrir, qui régissent une telle institution. Géographiquement, dans un orchestre, les musiciens ne sont pas placés au hasard, et sont regroupés par instruments, ou pupitres, face au chef et en rangs d’ordre. Tonycello, dans un premier temps, sera seulement stagiaire (c’était bien ce que maman voulait !), avec de plus la lourde charge de tourner les pages des partitions, aux côtés d’un violoncelliste en titre. Mais il va tomber sous le charme d’une belle hautboïste, placée dans sa ligne de mire, ce qui sera on ne peut plus néfaste à sa concentration ! Il sera également amené à se produire dans l’orchestre d’opéra, relégué avec ses collègues dans la fosse située au-dessous du niveau de la scène. Espace généralement sous-dimensionné pour de trop nombreux musiciens devenus ainsi « invisibles ». Là aussi, vous allez en apprendre de belles sur la « construction » d’un opéra...

Ce spectacle intelligent, gentiment didactique, qui dévoile une part de l’envers du décor, se joue sous la baguette du personnage farfelu qu’est Tonycello. Affublé d’un kilt à carreaux – c’est franchement pas l’idéal pour jouer du violoncelle, mais il a tout prévu (avec tout de même chemise blanche, gilet et cravate). Les gambettes à l’air, sans chaussures, mais avec de belles chaussettes jaunes. Cheveux hirsutes à la Beethoven, cet émule de Mr Bean - avec un petit air de François Morel - qui accumule les bévues en cascade, nous entraîne dans son univers pendant plus d’une heure.  Après ça, vous ne regarderez plus les musiciens d’orchestre et les chanteurs d’opéra de la même façon. La musique est évidemment présente tout au long du spectacle, en fond sonore, et avec quelques interventions directes (trop peu nombreuses) sous l’archet de Tonycello, qui sait parfaitement faire semblant de mal jouer !

Ce qui est sûr, c’est que Tonycello ne fera pas carrière, car il s’avère « qu’il n’a pas le profil ». Il ne sait pas « jouer collectif », ce qui est un réel problème dans une équipe. 

Antoine Payen semble lui réussir sa carrière de musicien d’orchestre. Peut-être aussi grâce à l’espace de liberté que lui apporte son personnage ! 

 

Cathy de Toledo

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 15:00
Source chargé de diffusion

Source chargé de diffusion

Spectacle de la Compagnie Mezzanine Uzège (30), vu à l’Atelier Florentin, le 22 juillet 2021 à 11 h. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Texte : Rémi de Voos

Mise en scène : Eric Rossi et Antoine de la Roche

Interprètes : Johan Daisme et Arnaud Apppréderis

Régie et création lumière : Eric Rossi

Scénographie : Eric Rossi

Création sonore : Benjamen Furbacco

Genre : théâtre contemporain  

Public : à partir de 12 ans

Durée : 1 h


Trois histoires, mais un même couple qui incarne les protagonistes. Trois situations différentes, comiques et tragiques à la fois, mais trois ruptures inévitables…

L’écriture de De Voos est incisive, précise, crue et aborde tous les sujets de société sans tabou. En l’occurrence dans ce texte, il est question de la domination masculine, de l’homosexualité, de l’avènement de la toute-puissance de l’enfant.
 

Sa chienne

L’homme est en train de déguster le repas que sa femme lui a préparé. Elle est à ses petits soins. Le repas à peine terminé, elle lui annonce brutalement qu’elle le quitte, et que c’était là un festin d’adieux. Elle ne le supporte plus, ni lui, ni sa chienne, qui passe avant tout, surtout avant elle ! Il est d’abord abasourdi, puis commence à chercher des explications. Renversement de situation. La femme est attachée sur une chaise et l’homme l’oblige à manger de la pâtée pour chien, une cuillerée après l’autre… C’est son repas d’adieux à lui ! L’échange verbal vire au règlement de comptes, ils se balancent à la figure des vérités salées. Elle devient franchement grossière, voire vulgaire. Mais l’homme a repris la main, et c’est finalement LUI qui la quitte...

Le pompier  

L’homme avoue à sa femme qu’il a rencontré quelqu’un, dont il est tombé amoureux. Un homme, un pompier, rencontré à la salle de sports. Elle se focalise totalement sur le fait qu’il s’agisse d’un pompier. Peut-être est ce tout simplement un fantasme ?  Sa surprise fait rapidement place à des questions directes et triviales. Cependant, il ne veut pas la quitter, car il l’aime malgré cela. Il veut vivre les deux relations en parallèle. Pas d’accord, elle décide de le quitter, au moment-même où le pompier a décidé de rompre. Deux ruptures dans la même journée, « quel horoscope de merde » ! Après quelques réflexions cinglantes, l’homme contraint sa femme à intercéder pour lui auprès du pompier, la menaçant de la brûler vive après l’avoir arrosée d’essence si elle ne s’exécute pas !   

Un enfant

Au début, on ne sait pas exactement de quel « enfoiré » parlent l’homme et la femme. Puis on comprend qu’il s’agit de leur fils, aux bons vouloirs duquel ils sont soumis. Et que leur vie est tout entière soumise à ses diktats. Le problème, c’est qu’il n’a que cinq ans. Même à l’école, ils n’en veulent plus. Incapables de gérer leur enfant, ils retournent l’un contre l’autre leur rancœur. La dispute se calme lorsqu’ils envisagent des solutions pour se débarrasser de lui. Jusqu’à une éventuelle séparation pour n’avoir à le supporter qu’en garde alternée ! Sauf que là encore, c’est lui qui va décider...

 

Il est à noter que Rémi de Voos n’impose que très peu de didascalies, donnant plutôt des indications sur le rythme. Avec la mise en scène sobre qu’a choisie la compagnie, l’attention est tout entière portée sur le texte, interprété avec brio par les deux comédiens au plateau, qui savent parfaitement communiquer le tragique et l’absurde des situations, et nous tenir en haleine jusqu’au dénouement. Ils évoluent quasiment sans accessoires, dans un décor minimaliste composé de quelques cubes en bois, modulables en fonction du contexte. Les changements de tenues s’effectuent à vue, ce court laps de temps permettant aux spectateurs de reprendre leurs esprits et de se préparer à l’affrontement suivant.

 

Cathy de Toledo

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 06:14
Caligula
Caligula

Spectacle de la Compagnie des Perspectives (75), vu au théâtre La Factory le dimanche 25 juillet à 18 h 10. Dans le cadre du Festival Off d'Avignon du 7 au 31 juillet 2021.

 

Mise en scène : Bruno Dairou, Edouard Dossetto

Interprétation : Pablo Chevalier, Edouard Dossetto, Josselin Girard, Céline Jorrion, Antoine Laudet, Antoine Robinet

Genre : Théâtre contemporain

Durée : 1 h 30

Public : à partir de 10 ans

 

Le palais de l'empereur est dans tous ses états : Caligula a disparu, et c'est dans la file d'attente que nous sommes interpellés en qualité de « sénatrices et sénateurs » par quelques-uns des comédiens qui sont à sa recherche.

Lorsque celui-ci réapparaît, il a changé, il pleure une maîtresse disparue et se transforme en tyran en quête de la liberté absolue en opérant un processus de transformation de l'espèce humaine. Parfois surpris de l'étendue de son pouvoir, Il est très intelligent, drôle, parfois attachant et fragile, mais se comportera en tortionnaire implacable, tuant arbitrairement sans l'once d'un remord ses proches et nombre de ses sujets. Sa vie sera brève, mais Caligula lui-même nous le dira : « je ne suis pas mort ! ». 

Ce texte magistral d'Albert Camus, chef-d’œuvre de la littérature contemporaine, est le reflet d'une criante actualité qui nous questionne : et si la bête immonde ressurgissait ?

La mise en scène de Bruno Dairou et Edouard Dossetto, très bien servie par l'ensemble des comédiens, est ancrée dans le monde d'aujourd'hui : costumes, musique, tout nous ramène au présent et à nos dictateurs très contemporains.

Le jeu de comédiens est exceptionnel, avec un remarquable Caligula nous embarque du début à la fin de cette tragédie, un « classique » à voir sans tarder.

 

Evelyne Karam

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 15:55
Mr. Moon

Spectacle de la Compagnie Moon cabaret (Pays-Bas), vu au Hangar de la Scierie, le 23 juillet 2021 à 19 h 45, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Mise en scène : Eva Schumacher

Interprètes : Laurien Schreuder, Osito Moro Von Ropi, Nora Tinholt, Joséphine Terme, Cynthia Martinez, Alan Gunga Purves, Arno Bakker, Alberto Pérez, Charly Porcelaine

Genre : Pluridisciplinaire

Type de public : Tout public

Durée : 55 minutes

 

Sur la scène du Hangar de la Scierie, neuf artistes nous entraînent dans leur monde étrange, mêlant à merveille la musique, le chant, la danse pour un voyage fascinant.

Avant même le commencement du spectacle, pendant que nous sommes dehors, un joueur de tuba nous accueille et nous fait patienter en jouant un morceau. Alors que nous entrons dans le hangar, nous rencontrons sur notre chemin un percussionniste qui nous suit du regard ; nous pénétrons dans la salle et les artistes, perchés sur le décor, assis, nous observent (certains engagent quelques gestes pour mettre le public à l’aise). Ils arborent un maquillage particulier, qui annonce déjà l’univers dans lequel nous venons de nous engouffrer.

Il est d’abord un peu difficile de rentrer dans le spectacle, car l’on ne sait jamais trop quand les numéros commencent (les comédiens discutent ensemble, semblent parfois confus, et tout cela donne une impression de non-préparation sans doute assumée), mais tous les numéros valent l’attente.

Ces numéros sont variés. Il y a du chant : une grande femme juchée sur de hauts talons (qui amplifient l’impression d’une géante) entre, et une sensation de rêve commence à flotter ; elle chante avec une voix et une technique opératique et nous emporte. Mr. Moon, lui aussi possédant une belle voix (il me semble de baryton), lui succède. Il y a entre eux un numéro de scie musicale, mais également par la suite un numéro de danse entre deux femmes et des peluches de lunes blanche et noire, qu’elles enfilent à tour de rôle sur la tête, ou un petit numéro de contorsionniste. Tous les numéros sont réalisés sur de la musique jouée par les artistes en live, qui maîtrisent plusieurs instruments (entre autres deux trombones, deux guitaristes, un tuba, des percussions, une clarinette).

Mr. Moon est un spectacle très onirique ; le thème de la nuit revient à plusieurs reprises, notamment dans le nom du spectacle et la danse entre les deux lunes. On ressort de la salle en ayant l’impression d’avoir rêvé ; je pense que pour pleinement apprécier la beauté de leur art, il ne faut pas essayer de le comprendre, il faut le vivre.

 

Juliette Lartillot-Auteuil

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 22:54
Crédit : Arnaud Bertereau

Crédit : Arnaud Bertereau

Les détaché.e.s

Un spectacle de la compagnie le Chat Foin (76), vu au 11 à Avignon le 11 juillet 2021 à 22 h 15. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.



Texte : Manon Thorel

Mise en scène : Yann Dacosta, Stéphanie Chêne et Manon Thorel

Interprètes : Bryan Chivot, Jade Collinet, Aurélie Edeline, Martin Legros, Manon Thorel



"Tu penses que c'est simple ? Ça fait quinze ans, Jean ! Quinze ans. Je sais pas comment on fait."

Je sais pas comment on fait. On est une épouse, on a un mari violent, comment on fait. On est psychologiquement instable, on nous retire la garde de notre enfant, comment on fait. On a un fils en prison, on le retrouve quinze ans plus tard. Comment on fait. Comment on dit. Quand on a la bouche pleine de points de suspension à s'en mordre les mots, quand on a l'adjectif nauséeux et la tendresse violente. Comment on compose avec le reste, les cris, les corps, le rire, la danse, pour sortir quand même quelque chose, parce que tout ça ne peut pas rester coincé dans la gorge. Dans la gorge, il n'y aura jamais assez de place pour une famille, à part pour une famille une famille où tout va bien, une famille qui n'existe pas.

Alors on rit bien sûr. Parce que tout ne va pas si mal, parce qu'on peut bien faire comme si tout allait bien et pour un moment tout ira bien. On peut étendre le linge en famille, jouer à des jeux de société, mettre des lunettes de soleil pour cacher les bleus et faire croire que sur nos pommettes c'est le ciel qui s'y reflète. On peut serrer les dents et rendre coup pour coup. On peut rejouer la même scène à toutes les générations, tous les soirs, dans toutes les familles et tous les théâtres. Au bout du compte on se retrouve toujours au même parloir, et c'est le même fils, et c'est la même mère, parce que c'est toujours le même silence.

Et d'où vient-il, ce silence ? Procède-t-il d'une parole, d'une erreur, d'un pot cassé dont on pourrait patiemment recoller les morceaux ? À qui la faute ? Le fils, qui commet l'irréparable ? Les parents ? Les parents des parents ? Les ministères de la culture et de l'éducation ? Dieu ? Suffit-il de ne plus chercher de coupable pour détruire le crime ? Elles servent à quelque chose, mes questions ? Non.

Non, parce qu'il ne s'agit pas d'un problème sociologique ni d'une leçon de morale. Il s'agit ici fermement de théâtre. Oui, on donne des coups sur ce plateau, des gifles et des injures, oeil pour oeil et dent pour dent, commerce des offenses. Mais on donne surtout quelque chose de bien plus contingent, de nécessairement gratuit, qui n'appelle pas de réponse : tous les caillots de larmes, tous les cailloux pleins les poches et les poches plein les yeux. Ici, la douleur, elle se tient bien droite, bien digne, et elle ose se dire. Larme pour coup. Bleu pour coup. Couleur pour coup. Couleur pour douleur. Bien sous le feu des projecteurs, qu'on en voit toutes les nuances, et n'ayons pas peur que le public soit voyeur, ça ne risque pas de le réjouir d'un pli.

Les détaché.e.s . Mais moi je ne veux pas me détacher, je ne veux pas qu'on me lâche la main, on sera tous tout seul au sortir de la salle et on ne saura pas quoi faire. Heureusement qu'on était au théâtre pour que nos solitudes tiennent compagnie à leurs impossibilités. Heureusement que j'ai encore cet article à écrire pour ne pas me taire.



Mathieu Flamens

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 18:18
Source catalogue Off 2021

Source catalogue Off 2021

Spectacle de la RIDZ Compagnie (83), vu au Théâtre de l’Entrepôt, le 21 juillet 2021 à 9 h 45. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Direction artistique : Simonne Rizzo

Création/interprétation :  Anne Brinon, Claire Chastaing, Dalila Cortes, Benjamin Tricha ou Thomas Queyrens  

Dessins : William Bruet

Costumes : Corinne Ruiz

Scénographie numérique : Michaël « Caillou » Varlet

Composition Musicale : Jérôme Hoffman

Collaboration univers plastique : Ivan Mathis, KOSKA

Musique : Joe Hisaishi

Genre : Œuvre picturale chorégraphiée  

Public : à partir de 6 ans

Durée : 50 min

 

Simonne Rizzo signe ici son premier spectacle inspiré de l’univers du cinéaste d'animation japonais Hayao Miyazaki, œuvre qui s’adresse prioritairement au jeune public. Le teaser du spectacle ayant éveillé ma curiosité, j’ai décidé de faire une incursion matinale au théâtre de l’Entrepôt. 

Tout commence dans le noir dans une ambiance musicale « création du monde » si j’ose dire. Peu à peu, la lumière donne des coups de pinceau sur ce qui semble être un corps, puis plusieurs corps. Finalement trois filles, un garçon, s’extirpent de cet enchevêtrement, comme une naissance laborieuse.

Je pressens déjà que je vais vivre une grande émotion, alors que se dévoile progressivement un décor quelque peu magique. Ce ne sont pourtant « que » des kakémonos qui tombent du plafond, sur lesquels sont dessinées des formes en noir et blanc, œuvres de William Bruet, reflets d’un univers paisible, peut-être une forêt préservée...

Une dizaine de tableaux se succèdent, tous magnifiques, curieux, drôles, qui interrogent, portés par des créations musicales qui mettent à profit avec brio les techniques modernes de synthétisation et de distorsion de la musique et des sons, livrant un univers sonore minéral, électrique, très sensoriel.  Parfois, seulement le silence, des corps qui épousent l’environnement, se croisent, juste une ambiance esthétique. Et je remarque d’un coup que le décor évolue,  « bouge »… sans bouger ! Qu’une lune à peine teintée de roux saute d’un kakémono à l’autre. Que les formes  tracées sur ces panneaux, prennent vie… Ou disparaissent complètement, pour laisser place à la pluie, l’orage, la neige, au défilé des saisons. Remarquable travail de scénographie et jeux de lumière savamment dosés.

Les « bestioles » et autres animaux qui peuplent ce lieu hors du temps surgissent, créatures étranges parfois sans bras, amibiennes. Des masques indéfinissables complètent les costumes. Les danseurs sont le plus souvent vêtus de blanc, mais un peu de couleur s’invite parfois : bleu, gris bleuté, violet, par touches. Soudain des tâches de lumière violettes apparaissent en cercle sur le sol, bientôt reliées au ciel par des rayons lumineux de même teinte. Les danseurs entrent et sortent de cette cage virtuelle. C’est du plus bel effet…

Il faut juste se laisser porter et savourer ce « voyage en terre inconnue » esthétique, surprenant et apaisant à la fois, en souhaitant que cela dure longtemps !

On ne peut que saluer l’immense travail réalisé par les concepteurs de ce projet qui offrent ainsi aux danseurs un écrin où leur art peut s’exprimer pleinement, pour finalement livrer tous ensemble au public, petites et grandes personnes, un moment d’émotion sans pareil.  

Et merci à Simonne Rizzo de permettre aux néophytes dont je suis, de leur rendre l’univers de la danse accessible, de manière poétique.

 

Cathy de Toledo

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 18:00
Source Catalogue Off 2021

Source Catalogue Off 2021

Spectacle de la Cie Les Swingirls (38), vu au Théâtre l’Arrache Cœur, le 21 juillet 2021 à 15 h 30, dans le cadre du Festival OFF d'Avignon,  du 7 au 28 juillet. 

 

Écriture/compositions/arrangements : Les Swingirls

Mise en scène : Carlo Boso, Alain Bertrand, Elisabeth Buxhoeveden

Interprètes : Marianne Girard/JEAN, Marion Rybaka/BECKY, Violaine Soulier/MARY

Régie son : Frédéric Finand

Régie lumière : Daniel Felice

Genre : Spectacle Musical    

Public : tout public

Durée :1 h 15

 

Après la Migration des Tortues, je reviens à l’Arrache Cœur faire connaissance cette fois-ci avec un trio de nanas qui m’ont l’air bien pêchues, dont c’est le deuxième spectacle musical. Salle comble, même avec l’entrée en vigueur ce jour du pass sanitaire. 

La première chanson donne d’emblée le ton : « À deux, c’est bien, à trois, c’est mieux ». Évidemment les paroles à double sens laissent à penser que nous allons entendre d’autres textes du même acabit… voire pire !

Ces trois jolies filles dynamiques enchaînent reprises déjantées et compositions personnelles tout aussi déjantées. Elles sont multi-instrumentistes talentueuses toutes trois : Jean aux guitares, banjo, mandoline, chant, Becky aux claviers, accordéon, claviers, chant et Mary à la batterie, violon, percussions, ukulélé, chant et passent aisément d’un instrument à l’autre. L’espace scénique semble un peu étroit pour leur énergie débordante, et l’on peut imaginer qu’elles pourraient être encore plus surVOLtées sur un plateau plus à leur mesure.  

Bien plus qu’un concert, leur prestation est un véritable spectacle, agrémenté d’histoires, d’anecdotes, de chants a cappella, de mises en scène des reprises (bel hommage à Prince et à ses excentricités sur scène) et compositions, dont les paroles sont parfois un peu hard, mais aussi très drôles. Malgré l’humour, des sujets sérieux sont évoqués, comme les violences conjugales, « je prends mes cliques, et je te laisse tes claques ».

Pas de temps mort, un spectacle ficelé, une belle présence scénique, et un look étudié, avec des tenues en noir et rouge, robe, pantalons, ou short et boots pour Jean (super avec les cheveux blancs coiffés en pétard). Le public répond volontiers à leurs sollicitations pour chanter en chœur, et très enthousiaste, il en redemande, mais malheureusement à Avignon, les rappels ne peuvent guère durer…

 

Cathy de Toledo

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 14:50
Je suis une saucisse

Spectacle de la compagnie Les Semeurs (75), vu au Studio de la Scierie, le 23 juillet à 15 h 20, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 7 au 31 juillet 2021.

 

Auteur et interprète : Isabelle Esposito

Genre : Théâtre contemporain

Type de public : Adulte

Durée : 50 minutes

 

Seule en scène, Isabelle Esposito incarne une saucisse Montbéliard voulant devenir knacki Herta, pour parler avec inventivité des diktats imposés aux corps des femmes.

C’est tout d’abord le titre qui m’a intrigué. Un spectacle qui parle des femmes en faisant une métaphore avec des saucisses, on ne voit pas ça tous les jours. Et pourtant, c’est une métaphore qui est ici très intéressante : la saucisse Montbéliard, qui est une belle saucisse parfumée (la meilleure si je puis ainsi donner mon avis) veut devenir une star, une actrice (après avoir vu le film Sausage Party, dans lequel elle admire l’actrice principale, une knacki). Pour ce faire, elle subit des opérations pour modifier son corps et le rendre « parfait » (elle n’a plus aucune forme, elle est plate, ses proportions sont égales partout) : elle devient ainsi « reproductible à l’infini ».

Dans cette société de saucisses, qui ressemble beaucoup à notre société d’humains, elle doit se considérer comme un objet pour être reconnu, et effacer tout ce qu’elle a de singulier et de beau. De saucisse de Montbéliard, « parfumée et chair », elle devient knacki Herta, « fade et plastifiée ». Ces propos que la métaphore nous révèle sont aussi appuyé par des références que j’ai découvertes avec plaisir. "Beauté fatale : Les nouveaux visages d’une aliénation féminine" de Mona Chollet, dont la saucisse nous lit des extraits, parle de l’emprisonnement du corps de la femme dans la sphère culturelle, et pourtant tout ce que dénonce Chollet la saucisse le fait.

Comme support de la parole, elle projette à côté d’elle des photos (parfois assez amusante, qui illustrent l’anecdote qu’elle est en train de raconter en montrant effectivement une saucisse avec un petit bonnet), des images de films ou des vidéos.

Le personnage, interprété par Isabelle Esposito, est attachant. Malgré quelques hésitations de la comédienne qui bute parfois sur les mots, on a envie d’écouter son histoire et rire sur ses anecdotes ou jeux de mots. Son costume, une robe à carreaux rouges et blancs, m’évoque peut-être une certaine marque de saucisson (mais était-ce voulu ou seulement une interprétation de ma part ?)

Ce spectacle dénonce avec humour la place du corps des femmes dans la société d’aujourd’hui, notamment des stars qui doivent entrer dans des cases normatives pour être appréciées du public ; c’est un sujet qu’il est important de révéler de nos jours, afin avoir une chance de libérer les femmes de ces normes et leur enlever leur position d’objet.

 

Juliette Lartillot-Auteuil

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 12:17

 

Spectacle de la compagnie Les Mille Printemps (17) vu au théâtre des Carmes - André Benedetto le 24 juillet 2021 à 16 h 30 dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Auteures : Gabrielle Chalmont et Marie-Pierre Nalbandian

Mise en scène : Gabrielle Chalmont

Auteur et interprète(s) : Claire Bouanich, Bastien Chevrot, Sarah Coulaud, Louise Fafa, Maud Martel, Jeanne Ruff, Hugo Tejero, Benjamin Zana

Genre : Théâtre citoyen

Public : à partir de 8 ans

Durée : 1 h 30

 

Un spectacle dont j’ai entendu parler par le bouche-à-oreille et qui me faisait très envie. La salle de 180 places est archi complète d’un public mélangé, et nous sommes accueillis de façon conviviale par les comédiens.

Sur scène, une vieille tente rapiécée nous ramène à un serment d’enfance fait en 1998 quatre enfants se promettent de vivre ensemble sous une yourte quand ils seront grands. Nous voici 20 ans plus tard, et nous allons suivre dans une belle énergie communicative, les retrouvailles de ces jeunes et les enjeux sociétaux auxquels ils aspirent sans savoir toujours par quels bouts le prendre.

Maxime, frère jumeau d’Hélène et le seul à avoir lâché ses rêves de jeunesse, est coach d’entreprise, ne jurant que par la productivité et sa réalité. Il vient accompagné de ces deux anciens amis et retrouve sa sœur pour fêter le premier anniversaire de cette Yourte communautaire. C’est la confrontation des réalités, des rêves altermondialistes et d’une société différente qui nous sont ainsi proposés.

Ça fuse, ça pique, c’est calé, c’est pertinent, débordant d’énergie. Ça sent le vécu, tant j’ai pu moi aussi partager leurs questionnements dans mes expériences collectives, et ça doit faire écho à beaucoup de personnes. Nous participons avec eux à cette construction de rêves et à toutes les questions que cela pose : la place de la démocratie (on fait une AG pour savoir si on achète des piles ?), sa propre place dans la société, (Il faut renoncer à l’ascension sociale), la violence nécessaire (on le fait péter ce Carrefour Market !). Mais aussi le travail, l’argent, l’enfantement et l’impact de nos actions. Et bien sur la question cruciale : celle de l’environnement et de l’effondrement de nos sociétés. Je me suis laissé embarquer avec jubilation dans ce spectacle très drôle et débordant de vie et de questionnements sur la transition indispensable à la poursuite de l’aventure humaine.

La très bonne idée vient du puits aux démons – dans lequel chacun laisse ses vieux démons personnels avant d’intégrer la Yourte. On y retrouve ainsi les agents pathogènes de l’humanité : l’égo, l’argent, l’autorité, la médiocrité et l’intolérance, joués par les cinq comédiens qui les ont eux-mêmes laissé avant d’intégrer la Yourte, et qui souhaitent sortir du puits pour « profiter » de la vie. Nous le savons tous, c’est la variable humaine malheureusement liée à chacun qui représente souvent nos plus grands freins.

Yourte est le deuxième spectacle de la compagnie Les Mille Printemps (après Olympe, sur le féminisme en 2015) et elle y travaille depuis octobre 2017 à travers une construction collective et un vrai travail documentaire. C'est un instantané de notre jeunesse (mais pas que) et des enjeux qui nous attendent. Plus qu’un grand bonheur à partager, c’est une nécessité.

Courrez les voir et ouvrez leur les portes de vos programmations ! 

 

Éric Jalabert

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 10:30

Spectacle produit par Le Bijou (31), vu à l’Arrache-Cœur le 22 juillet 2021 à 17 h 30 dans le cadre du Festival OFF d'Avignon. Jusqu’au 24 juillet uniquement.

Mise en scène : Matthieu Mailhé

Auteur et Interprète(s) : Matthieu Mailhé, Gaspard Moison

Genre : spectacle musical

Public : Tout Public à partir de 10 ans

Durée : 1 h 05

 

Un spectacle de reprises musicales avec un duo de faussaires qui écrivent de fausses-vraies chansons. Un travail de falsification très pointu qui permet de sortir des habituelles reprises ou imitations.

Accueilli par une bande son qui n’en finit pas de disserter de façon très délirante et quelque peu moqueuse sur le gel et les gestes barrières, le duo maquillé façon Rapetou m’a beaucoup amusé.

Le propos est simple : ils réécrivent et composent les chansons de grands artistes français (Brel, Renaud, Montand, Brassens, Aznavour… mais aussi Philippe Katerine, M ou Akhenaton) en reprenant les thèmes, les rythmes et tout le champ lexical de ces stars de la chanson. Mathieu Mailhé est également un bon imitateur et cela vient compléter leur dispositif au point que l’on pourrait s’y tromper.

Ils font participer un public encore assez présent dans la salle après le 21 juillet, entrecoupant leurs chansons de commentaires sur l’intérêt d’écouter les paroles et de jeux. C’est rythmé, original et bon enfant tout en étant un peu piquant.

Une bonne façon de présenter un aperçu de la chanson française, avec ses tics et ses caricatures et de découvrir le travail d’imitation dont je ne suis pourtant pas forcément adepte.

La belle complicité existant entre les deux comparses apporte la bonne énergie nécessaire à ce type d’exercice.

Un spectacle à découvrir pour renouveler le genre ! 

La faussaire ne se joue plus sur Avignon, mais Mathieu Mailhé joue jusqu’à la fin du festival avec The Band from New York (chroniqué ici)

 

Éric Jalabert

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