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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 23:35
Au bout du rouleau

Spectacle de Boni and Prod (13), vu le 9 juillet 2017, dans le cadre du Festival Off d'Avignon, au théâtre des Carmes à 15h.

Auteurs et interprètes : Gérard Dubouche et Didier Landucci
Metteur en scène : François Bourcier

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h20

Un chômeur, monsieur Loiseau, joué par Didier Landucci (l’un des deux "Bonimenteurs" que l’on connaît dans d’autres registres), a kidnappé le PDG du leader mondial du papier toilette. Il compte, par cet acte, obliger le magnat du PQ à lire un message pour dénoncer les méfaits liés à cette industrie : déforestation, pollution, et autres effets indirects. Ce huis clos teinté d’humour, nous offre ainsi un plaidoyer contre la sur-consommation, la croissance, la télévision et autres serviteurs du grand capital.

Le registre théâtral choisi, complété d’un dispositif vidéo d’images projetées pour apporter un peu de poésie graphique, permet des échanges argumentés où chacun défend son point de vue. Par exemple, sur les contradictions des consommateurs qui, sachant bien que le tabac tue, continuent de fumer? J’ai pour ma part, un peu regretté que le preneur d’otage puisse être perçu comme un personnage un peu simplet et illettré face au professionnalisme du grand patron, joué avec justesse par Gérard Dubouche. J’ai ressenti même de l’empathie (parfois) pour ce grand capitaine d’industrie, froid et cynique, dont le souci principal est de développer son entreprise et dont les arguments ne sont pas tous insensés.

Mais les ressorts de l’histoire font basculer la seconde partie du spectacle, vers des échanges plus justes, plus humains, et portés par une tension dramatique qui se conclut dans une émotion très forte, sans pour autant vous divulguer la fin ici. On y parle de ne plus être sous pression, de la tragédie du Hamster qui tourne en rond dans sa roue sans jamais avancer, pour vivre simplement sa vie, et de l’engagement citoyen de chacun pour faire sa part, à l’image du Colibri de Pierre Rabhi.

Le changement citoyen est dans la conscience de chacun, et les chemins empruntés pour prendre cette direction sont multiples. Ce type de spectacle permet certainement de faire un pas vers ces prises de conscience, qui me semblent être un premier pas pour ensuite trouver des solutions.

Eric Jalabert

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 10:02
Enfin la fin

 

Spectacle de la Compagnie Cordes pas sages (84), compagnie de "théâtre mouvementé", vu dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, le 6 juillet 2017 à 23h, au Théâtre des Carmes.

Mise en scène : Thomas Billaudelle
Interprétation : Régis Rossotto

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 56 min

"Enfin la fin" n’en est en fait qu’au commencement, puisque ce soir c'est la première!

Très petit comité, public privilégié, la générale commence. Une scène fondue dans le noir, un abat-jour et au centre de cet espace, un homme, l’air serein, clope en coin. Le silence se fait lourd et l’atmosphère sombre, on attend alors les premiers mots : "je vais compter jusqu’à mille et me tuer". Le ton est donné. Une mise en scène sombre pour une prestation théâtrale lumineuse.

Le décompte commence alors... tic tac, tic tac… On est avec lui, on compte avec lui, les chiffres passent et on attend de voir où le comédien va nous emmener au cours de cette course folle contre le temps. Ses pas s’enchaînent en cercle et mon regard suit le mouvement avec attention.

Un récit de vie y est peint autour des différents rôles que cet homme, que tout homme peut avoir : le rôle du collègue, de l’employé, du père, de l’enfant. Vrai, pas vrai ? Et pourquoi se tuer ? Des questions qui restent en suspens. Mais doit-on chercher sans cesse la raison, le pourquoi du comment, comprendre, vouloir satisfaire notre esprit cartésien ? Ou se laisser porter par le récit de vie que nous propose Régis Rossotto dans cette vraie performance ? Des anecdotes précises avec de l’humour noir bien maîtrisé, que j'aurai aimé encore plus présent. Ces anecdotes alternent ainsi avec de longs moments de silence. Parfois un peu longs pour moi. Et toujours ce décompte qui revient auquel s’enchaîne une logorrhée autour de sujets de plus en plus vastes, qui nous concernent tous, dans notre vie personnelle mais surtout dans la société qui nous entoure. Puis le silence de nouveau.

Le trop plein d’information, de bruit, l’éloignement de soi, la folie... autant de sujets qui nous parlent de près ou de loin. Une diversité de sujets abordés que j'aurai souhaité voir se développer peut-être plus en détail dans l'écriture du spectacle. Tout au long du spectacle, le décompte incessant donne une tension palpable qui nous tient en éveil. Je suis bien là, avec lui, avec ce temps qui nous attrape, qui nous rattrape. Qui nous rattrape comment ? à quelle vitesse ? Et jusqu’à quand ?

Valérie Desbrosse

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 23:32
Nous qui sommes cent
Nous qui sommes cent

Spectacle de la compagnie Les cris de l’horizon (93), vu au Théâtre des Déchargeurs (Paris 1er), le 26 juin 2017.

Mise en scène : Laura Perotte
Ecriture et Interprétation : Caroline Monnier, Laura Perrotte, Isabelle Seleskovitch

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h10

Mi-juin, c’est le début de la grande transhumance : les compagnies parisiennes migrent vers Avignon et il est fort difficile de se mettre un spectacle sous la dent ! "Nous qui sommes cent" avait le mérite d’être encore à l’affiche en cette fin juin alors qu’il sera au Ring, à compter du 5 juillet. Sauf à être amateur de divertissement télévisuel, je ne suis pas certaine de le recommander.

Sur le petit plateau nu du Théâtre des Déchargeurs, trois jeunes femmes, de justaucorps noirs vêtues, jouent à réinventer leur destinée. Nous assistons à l’une des parties que l’on imagine maintes fois recommencées. A chaque tentative, le scénario semble achopper sur les mêmes traumas : la rencontre du futur époux, Arthur ; l’aventure avortée avec un inconnu au retour d’une fameuse conférence ; un incendie fatal. On comprend, à la fin, que les trois jeunes femmes n’en font qu’une, qu’elles sont les voix, les "moi", d’un tiraillement intérieur qui déchire la personnalité de la narratrice. Il y a d’une part l’incarnation d’une vie "normale", normée et mortifère, et d’autre part celles qui ne veulent pas se résigner au silence : la rebelle et la suiveuse.

Le texte de Jonas Hassen Khemiri traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy est intéressant. Il y a de jolies trouvailles d’accessoires comme ces attributs de genre que l’on scratche sur les justaucorps à l’aube des premiers émois (mais le procédé ne va pas sans me rappeler le spectacle "C’est (un peu) compliqué d’être à l’origine du monde") ou bien ce petit praticable rouge qui fait tout autant office d’estrade que de toit dangereusement pentu. Il y a quelques scènes particulièrement réussies comme ces flashes de lumière rouges et bleus qui dessinent de folles soirées en boîte, ou comme cette séquence où notre héroïne se rêve en Dalida. Elle en embrasse avec talent la robe, les poses, la voix, le chant.

Mais le parti pris de mise en scène ne m’a pas convaincue. Pour ce drame existentiel, la metteuse en scène Laura Perrotte a choisi un ton résolument léger et parodique. Il s’accompagne d’un jeu extérieur, superficiel et dénué d’émotions. Les voix, généralement haut perchées, achèvent une distanciation qui dessert le propos. Les accrocs dans le texte sont fâcheux. Le contact physique (câlins, bagarres) n’est qu’effleurement. Les regards qui cherchent systématiquement la connivence avec le spectateur réduisent le spectacle à une prestation d’officine de formation théâtrale.

"Nous qui sommes cent" présente un texte original, nouvellement édité en France. Les quelques beaux moments et jolies trouvailles ne compensent malheureusement pas un parti pris de mise en scène contestable.

Catherine Wolff

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 15:41
Ceux qui naissaient
Ceux qui naissaient

Spectacle de la compagnie Le Cri du Lombric (34), vu le 05 février 2017, au Théâtre de la Reine Blanche à Paris (75).

 

Avec : Pierre-Alexandre Culo, Thibault David, Irène Le Goué, Camille Mouterde

Mise en scène : Marianne Griffon et Camille Mouterde

 

Genre : Théâtre, danse
Public : Tout public
Durée : 1h15

 

"Ceux qui naissaient" réussit avec subtilité le pari de mettre le divertissement et l’art au service de la culture et de la science. Le transhumanisme devient un sujet accessible, qui, au lieu de tomber dans une forme de carcan intellectuel, suscite la curiosité et l’intérêt des spectateurs avec dérision, rêverie et poésie. Une pièce contemporaine jouée avec brio, dans laquelle le public se retrouve à la fois témoin, spectateur et personnage, afin de nous interroger ensemble sur le devenir du corps humain.

 

"Bonjour ! Bienvenue dans l'institut". Avant même d’entrer dans la salle de spectacle, une femme nous accueille en blouse blanche et nous fait mettre des chaussons blancs comme à la crèche. Tout est bien pensé pour que le public se sente directement impliqué. Une manière de le faire entrer dans la ronde du cercle scientifique ou de planter le décor d’une salle d’attente pour le plonger instantanément dans le milieu hospitalier. En tout cas, c’est bon de se laisser surprendre. Et pour couronner le tout, le spectacle a lieu dans la salle Marie Curie.

 

Le spectacle a tout d’abord le mérite d’aborder un thème qui est loin de figurer parmi les classiques. "Ceux qui naissaient" sort du lot. Le transhumanisme inspire engouement, espoir, inquiétude, doute… Les nouvelles technologies vont-elles sauver l’humanité ? Sont-elles un remède contre notre finitude ou représentent-elles un danger ? Les évolutions scientifiques soulèvent un véritable débat éthique et le théâtre peut être aussi le moyen de provoquer l’éveil des consciences. En nous projetant dans un futur imaginaire, la pièce propose un tableau nuancé, sans parti pris. 

 

"Ceux qui naissaient" interroge sur notre finitude, mais bien sûr, tout commence à la naissance. Le titre est bien choisi. Dès le départ, la métaphore des spermatozoïdes personnifiés par des comédiens en justaucorps blancs, nous fait entrer dans un univers original et intrigant. Ils parlent et gesticulent aux pieds des spectateurs assis en cercle pour délimiter le plateau. La chaleur du pancréas, surnommé "paradis rose", contraste avec la dureté de la vie extérieure. Des jumeaux représentent à la fois les similitudes et les différences inhérentes à l’existence. L’inégalité et la compétition commencent dès la vie intra-utérine avec la course aux spermatozoïdes. "Les abîmés" désignent les chromosomes porteurs de handicap ou de maladie génétique.

 

Face aux facteurs "risque" et "chance", la pièce dresse un tableau métaphorique de ce que pourrait être la vie de demain, en allant plus loin dans les expérimentations scientifiques et la lutte contre les déficiences. L’inégalité entre les êtres peut-elle être compensée par la science ? Faut-il mettre des limites ? Peut-on aller contre la nature ou utiliser ses vertus à bon escient ? Doit-on s’inspirer des OGM pour le corps humain ? Des questions graves sont abordées avec recul, tournées en dérision ou sublimées par la danse. Le ton n’est pas moralisateur mais permet, au contraire, de faire naître une multitude d’interrogations sur un sujet parfois tabou qui a peu d’aura médiatique, alors qu’il concernera les générations futures et s’invite déjà dans notre présent.

 

La peur de la mort illustrée par une comédienne qui tombe dès que ce mot est prononcé, un homme qui se transforme en sirène, des cris qui oscillent entre souffrance et folie, des humains qui ressemblent davantage à des robots… Le spectateur peut y voir l’absurdité de la course effrénée de l’Homme vers la longévité. "Ceux qui naissaient" rend compte de questions existentielles sans pathos ni manichéisme. Des faits réels sont évoqués, comme la possibilité de choisir les traits de son enfant (on le voit déjà aux Etats-Unis), le clonage ou encore la médecine anti-âge. Puis ces réalités sont extrapolées à travers l’invention d’un institut qui promet une forme d’immortalité. Une opération risquée, avec des individus totalement déshumanisés appelés par leurs numéros.

 

Dans cette atmosphère allégorique, teintée d’une lumière tamisée, tout est fait pour retenir notre attention. On ne décroche pas, on ne part pas dans des rêveries. La mise en scène est propre, travaillée et ciselée, tout en restant fluide. Une heure quinze de spectacle, juste ce qu’il faut pour éviter les longueurs, avec de bons ingrédients pour ponctuer la pièce : interventions dans le public, épisode musical rock’n’roll, chorégraphie poétique… La danse et le mouvement tiennent une place importante pour illustrer les capacités insoupçonnées du corps humain. Le jeu des interprètes sonne juste. Ces jeunes comédiens sont bluffants par leur naturel, ne manquant pas de nous surprendre lorsqu’ils viennent s’asseoir dans le public.

 

La réaction des spectateurs est enthousiaste. Pas besoin d’être un expert pour apprécier la pièce, même si la compagnie a su attirer des spécialistes en la matière. Déjà trois débats ont été organisés avec des scientifiques par Le Cri du Lombric. La troupe montpelliéraine jouera dans le Sud de la France au mois d’août et espère, à l’avenir, pouvoir présenter le spectacle dans des hôpitaux et des instituts, l’idée étant de faire avancer le débat en organisant des spectacles suivis de conférence.

 

"En France, le milieu de la recherche transgénique reste très encadré et tourne surtout autour de la question de la réparation, explique à la sortie du spectacle Marianne Griffon, co-metteuse en scène. Concernant l’amélioration de l’être humain, la peur de l’inconnu et le verrou éthique restent les principaux blocages. Pourtant, la recherche scientifique est en marche et tend vers cette direction".

 

Lauren Muyumba

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 10:54
Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre

Spectacle de la Compagnie Nova et FAB (Paris), vu à la Loge (Paris 11e), le 28 mars 2017.

 

Mise en scène : Margaux Eskenazi

Interprétation : Armelle Abibou, Yannick Morzelle, Raphael Naasz, Christophe Ntakabanyura, Eva Rami

 

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h40

 

"Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre" est un si joli titre de résistance qu’il a su éveiller ma curiosité.

Le spectacle se joue à la Loge, scène alternative parisienne, sise en une admirable impasse, témoin du grand passé artisanal du 11e arrondissement. Dans ce lieu improbable, la salle fait un peu piètre figure. On s’y entasse à 80 sur des petits bancs très bas, très étroits (mais gentiment dotés d’un petit coussinet !). L’espace de jeu est tout aussi exigu. Ce qui pourrait être un atout pour instaurer une proximité avec le public constitue plutôt ici un handicap dans la mesure où ils sont cinq comédiens à se partager la scène. Bref, tout cela fleure bon Avignon. Et, comme en Avignon, les projets a priori jolis ne tiennent pas toujours leurs promesses.

"Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre" est un montage de très beaux textes signés Césaire, Senghor, Edouard Glissant, Aragon et Léon-Gontran Damas, pour ne citer que les plus convoqués. Bienvenue en "négritude" et à sa question subsidiaire posée par Césaire : "Comment écrire quand on est dominé ?" Nous assistons tout à la fois à la genèse de cette prise de conscience de l’homme de couleur à partir des années 1920, à une sorte d’hagiographie des représentants de ce courant à travers l’exposé théorique et poétique de leurs écrits, à la dénonciation en creux du colonialisme et des séquelles contemporaines de cette domination, pour en arriver à une sorte de manifeste pour la préservation du patrimoine linguistique dont la diversité constitue la mémoire et l’imaginaire de l’Homme. S’ensuit une litanie de dates contemporaines qui doit, je suppose, convaincre le spectateur de cette impérieuse nécessité. Et de la tolérance qui va avec. Loin de moi l'idée de les contester. Juste de m’interroger sur le sens du spectacle ou plus exactement sur un trop plein de thèmes qui finit par faire perdre totalement le sens du propos.

Le jeu et la mise en scène souffrent du même défaut. Il y a de très jolies scènes et de très jolies performances. Je citerais parmi d’autres la reconstitution d’un blackface, la présentation hystérisée de l’exposition coloniale de 1931, l’émotion du poème de Césaire "dans ma mémoire sont des lagunes", dit en théâtre d’ombres, ou la drôlerie douce amère de l’éducation reçue par Léon-Gontran Damas. Les scènes sont tantôt déclaratives, tantôt chantées, tantôt chorégraphiées. On entend de la musique en live ; on assiste à un plateau TV grotesque ; on écoute une conférence. Bref, le spectacle met en œuvre une grande variété de registres. Mais, là-encore, c’est le trop-plein. Toutes les techniques ne sont pas également maîtrisées ; il y a des accrocs dans le texte ou de vilaine raclures de gorge dans une jolie voix chantée ; les enchaînements ne sont pas franchement clairs et, surtout, ça n’en finit pas de finir.

"Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre" est un spectacle ambitieux, décevant en raison même de son ambition. A vouloir tout dire et tout montrer, le spectateur en ressort avec l’impression d’avoir assisté à un projet de fin d’études où il importe davantage de montrer tout ce que l’on sait faire plutôt que d’opérer des choix. C’est dommage.

Catherine Wolff

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 14:43
Le Cabaret électrique
Le Cabaret électrique

Spectacle de la compagnie Le cirque électrique (Paris 20e), vu au Cirque électrique (Paris 20e), le 18 mars 2017.

 

Mise en scène : Hervé Vallée

Interprétation : Hervé Vallée, Séverine Bellini, Justine Bernachon, Selwan Cherfi, Antoine Delon, Kiki Picasso, Monsieur Poudre, Lalla Morte, Siyoula Jins, Raùl Veiga, Jean-Baptiste Very

 

Genre : Cabaret

Public : Adulte (et c’est spécifié, à juste titre!)

Durée : 2h30

 

 

A l’heure de la Réaction triomphante, du "Cabaret électrique, revue n°4" souffle, en forme de manifeste, un vent de liberté salvateur. Avant de vous précipiter, il convient de vérifier que vous saurez apprécier la performance. Ames sensibles s’abstenir. Il y a notamment un numéro de fakir que, personnellement, j’ai détesté et que je n’ai pu soutenir. J’ai passé le temps à regarder le public, étonnée de sa jouissance à voir un homme se faire agrafer par sa meneuse... Mon dégoût n’a duré que le temps du numéro parce que j’éprouve par ailleurs une sympathie certaine et/ou une fascination pour les cultures punk, queer, rock et libertaire et qui sont l’essence même de ce cabaret.

Qui dit cabaret, dit tables pour se restaurer autour de la piste. Au choix, au bar, un menu complet ou des encas. Le service est assuré par "un personnel" en tenue coquine ou queer, éventuellement juché sur rollers. L’orgue de barbarie annonce le plat de résistance, le spectacle. Comme dans tout cabaret qui se respecte, nous assistons à une succession de numéros. Les disciplines circassiennes sont privilégiées mais savent laisser la place à d’autres formes : performances, mini-conférence, peinture corporelle. Le tout dans une tonalité très libertaire, très dénudée et très sexuée. Après tout, le sous-titre annonce bien une revue. La musique d’Hervé Vallée, alias Tapman, accompagne quasiment tous les numéros, sait soutenir les plus faibles (la roue cyr) et magnifier dans une sorte de transe punk, les plus périlleux et/ou les plus poétiques.

Ils sont 11 à se produire pour une moyenne de deux numéros chacun. Dans ce foisonnement de propositions, j’ai particulièrement apprécié Raùl Veiga, sorte de marlou héritier de Freddie Mercury qui du haut de son mât chinois chauffe la salle. Son numéro d’équilibriste en dictateur macho est un prodige de vulgarité maîtrisée. Selwan Cherfi offre un effeuillage au trapèze d’une grande technicité et d’un érotisme fort avenant. Rebelote au tissu aérien en duo avec Séverine Bellini. Les enchaînements sont très soignés et se déroulent soit dans la continuité du jeu soit par l’intervention de Kiki Picasso, le Monsieur Loyal. C’est ainsi que tous les soirs, il propose "Les 7 minutes de Kiki", un espace de parole offert à un invité surprise. Ce soir-là, Guillaume Dessange et François Piron, commissaires de l’expo "L’esprit français, contre-culture, 1969-1989", ont égrené, telle une litanie des dates-clefs, des luttes, des mouvements intellectuels dont l’énumération donne la mesure du "paradis perdu" à l’aune de notre époque du tout sécuritaire. Alors, pour se défouler, à l’entracte, quoi de mieux que d’aller tirer à la carabine sur l’effigie de certain(e)s de nos candidat(e)s à la fonction suprême. C’est gratuit et, promis, ça défoule.

Le "Cabaret électrique" est une pépite subversive. C’est précisément parce qu’il ne lâche rien quant à l’exigence artistique qu’il sait transmettre par la gestuelle, la musique, le costume, un message alternatif à la pensée unique mortifère qui règne aujourd’hui. A voir de toute urgence.

Catherine Wolff

(crédit photo : F. Beddok)

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 11:29
Requiem

arles-agenda.fr

 

Spectacle de Sonia Wieder-Atherton et André Markowicz, vu au TGP (Saint-Denis), le 14 janvier 2017

 

Texte: Anna Akhmatova
Musique: 3e Suite pour violoncelle seul, opus 87 de Benjamin Britten
Interprétation: Sonia Wieder-Atherton, André Markowicz

 

Genre: Théâtre musical
Public: Adulte
Durée: 1h

 

Parfois, les amalgames ont du bon. Je pensais avoir réservé pour écouter le "War Requiem" de Benjamin Britten. J’ai bien entendu du Britten mais en accompagnement de la tragique poésie de résistance d’Anna Akhmatova. Dans la petite salle du TGP, complète, le plateau est nu. Côté cour, assis à une table de travail, siège André Markowicz, le grand traducteur de russe, ici présent pour dire "Requiem" d’Anna Akhmatova. A sa droite se tient la non moins prodigieuse violoncelliste Sonia Wieder-Atherton. Ils font résonner ces deux œuvres, intimement liées, pour mieux faire entendre la tragédie du peuple russe dont Anna Akhmatova se fait le porte-parole.

Anna Akhmatova, grande poétesse russe du XXe siècle, est par sa vie même l’incarnation des souffrances subies par tout un peuple durant la Terreur stalinienne. Elle perd successivement ses trois maris, fusillés ou déportés. L’Etat tente, en vain, de la faire taire. Son fils unique en prison, Staline lui propose un pacte faustien: une éventuelle clémence pour son fils moyennant un panégyrique. Anna Akhmatova répond par "Requiem". "Requiem" ce sont 12 longs poèmes (8 seront lus dans la soirée) en mémoire de son mari, de son fils et, au-delà, de toutes les victimes de la Grande Purge. Les poèmes ont été composés "de tête", appris par cœur par des amis et, ainsi, diffusés à l’oral seulement, jusqu’à leur transcription en 1962. André Markowicz restitue le texte, toute proportion gardée, comme Anna Akhmatova l’avait, pour des mesures évidentes de sécurité, conçu: pas de traduction figée mais des notes qui laissent place à l’improvisation. Pour dire l’indicible, les poèmes sont dits en trois langues: le français, le russe et le violoncelle. L’œuvre de Britten qui ponctue les récitatifs et les explications de texte n’est pas choisie au hasard. Le compositeur l’avait dédiée à Rostropovitch. Lequel avait entendu les poèmes d’Anna Akhmatova. Il y a donc une filiation naturelle entre la musique et les poèmes.

La voix d’André Markowicz est douce et flûtée, même dans l’exaltation. Il récite en russe et passe au français par un simple "ça dit ça". Il commente le texte, explique les références difficiles à entendre pour un non-spécialiste de la littérature russe, pointe pour le spectateur les assonances et autres allitérations que le russe fait entendre mais que le français trahit. Par contraste, le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton joue une voix plus grave ou plus stridente, c’est selon. Tantôt mélodieuse, plus souvent dissonante et saccadée, "la suite", qui exige un jeu très technique, fait deviner les sous-entendus terrifiants des métaphores graves mais pudiques d’Anna Akhmatova. C’est un spectacle exigeant mais rendu très accessible par la pédagogie d’André Markowicz, l’entremêlement des quatre voix (français, russe, violoncelle et enregistrement d’Anna Akhmatova elle-même), et par la durée resserrée de la représentation. Il en ressort une grande densité émotionnelle.

Catherine Wolff

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 23:50
Au bord du lit

Spectacle de la Compagnie Théâtre atelier Frédéric Jacquot (75), vu au Théâtre de l’Archipel (Paris X), le 25/10/2016

 

Texte : Guy de Maupassant,

Adaptation : Frédéric Jacquot

Mise en scène : Frédéric Jacquot assisté de Lina Veyrenc

Interprétation : Elisa Birsel, Lina Veyrenc, Frédéric Jacquot

 

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h

 

A l’approche de l’hiver, rien n’est plus doux que d’entendre parler d’amour ! Dans "Au bord du lit", l’équipe de Frédéric Jacquot nous susurre à l’oreille les croustillants secrets d’alcôve de personnages extraits des nouvelles de Maupassant.

Le spectacle s’ouvre par une ode à la femme, un tantinet misogyne mais déclamée avec tant de gourmandise qu’on en demande encore ! S’ensuivent, rythmés par des intermèdes de jazz New Orléans, cinq tableaux mettant en scène différents états amoureux : "Le signe" parle de cette jeune épousée qui, tant par désœuvrement que par curiosité, aguiche le passant et vient raconter à sa meilleure amie cette expérience grisante ; "Les caresses" nous exposent comment, par la seule force des mots, un homme parvient à convaincre une jeune prude des vertus de l’amour charnel ; "Sauvée" nous rend témoin du stratagème trouvé par une jeune mariée pour obtenir le divorce ; "Mots d'amour" est une délicieuse leçon d’amour donnée aux femmes par un fin connaisseur ; enfin, "Le bord du lit" nous conte la façon dont une femme a pris son mari volage au pied de la lettre pour mieux lui rendre la monnaie de la pièce.

Le dispositif scénique reproduit avec une grande économie de moyens un intérieur bourgeois : trois chaises, deux guéridons, deux lampes. Leur disposition, ingénieuse, permet de dessiner trois espaces scéniques. Cette prouesse, sur un si petit plateau, donne au spectacle une réelle dynamique. Tout le spectacle est à l’aune de ce petit rien qui fait toute la différence : l’adaptation est d’un naturel déconcertant et les chutes de chaque tableau tombent à point nommé, comme dans les nouvelles. Le jeu est généreux et sait faire entendre la truculence du verbe et des situations. Frédéric Jacquot est des plus convaincants en épicurien ; Elisa Birsel est tout simplement adorable en petite femme des faubourgs aussi jolie qu’écervelée ; Lina Veyrenc est redoutable de coquineries tout en nuances ! La mise en scène, à l’instar du dispositif scénique, installe une réelle dynamique. Par exemple, dans "La caresse", la conquête de la dame se déroule par voie épistolaire. Côté jardin, monsieur écrit. Quand il lit sa prose à haute voix il est en lumière. Côté cour, Madame reçoit les mots et quand, d’étonnement, elle se met à lire à haute voix, la lumière passe de son côté. Au fur et à mesure que les mots pénètrent la destinataire, les comédiens se lèvent, se rejoignent et disent ensemble la conclusion : « les femmes heureuses sont celles à qui ne manquent nulle caresse » !

"Au bord du lit" est un joli spectacle, sans prétention mais sincère, honnête et généreux. Le ton est léger, le rythme est enlevé, le fond est coquin, le verbe est haut. Il a manifestement remporté un vif succès au festival off d'Avignon en 2016 ; succès amplement mérité. Car enfin, c’est un remède très efficace en cas de coup de cafard et de blessures amoureuses, précisément ! Croyez-en mon expérience !

Catherine Wolff

 

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 17:00
Seuls
Source : legrandt.fr
Source : legrandt.fr

Spectacle de Wajdi Mouawad, vu au Théâtre national de la Colline, le 4 octobre 2016

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Interprétation : Wajdi Mouawad

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 2 heures

Wajdi Mouawad vient de prendre les rênes de la Colline. Et quand Wajdi Mouawad monte un spectacle, j’y vais, quand bien même la critique du journal "Le Monde" est mauvaise. Et devant la complexité de la proposition, je serai bien plus nuancée.

Le dispositif scénique est trompeusement simple. Wajdi Mouawad a beau être seul en scène, l’équipe technique du projet est très lourde. L’auteur-comédien-plasticien, juste d’un caleçon vêtu, évolue sur un praticable gigogne qui, sous l’effet des jeux de lumières, des vidéos, des ouvertures et des paravents, se métamorphose en tous les espaces possibles. C’est l’histoire d’un étudiant en sociologie de l’imaginaire, Harwan, qui rédige une thèse sur Robert Lepage. Notre thésard semble jouer de malchance : une rupture sentimentale, un téléphone capricieux à la vertu théâtrale plutôt comique, un Robert Lepage qui disparaît à l’autre bout du monde alors que Harwan vient juste de le traverser pour le rencontrer, un père hospitalisé pour un AVC, jusqu’à une conclusion qui n’en finit pas de ne pas vouloir s’imposer. A la façon de "Shutter Island", la pièce bascule totalement à mi-parcours ; à la façon de l’écriture nord-américaine, tous les faisceaux d’indices disséminés ici et là pendant le spectacle se réunissent pour faire sens.

Pour le néophyte qui ne connaît ni Robert Lepage ni Wajdi Mouawad, c’est un spectacle total, un choc esthétique qui crée le ravissement et emporte les ovations du public. Pour un spectateur plus averti, c’est autrement plus mitigé ! La première partie du spectacle au cours de laquelle nous découvrons les déboires de notre étudiant est d’une banalité confondante, bavarde et ennuyeuse. Le jeu est tout juste passable, fort heureusement relevé de quelques notes d’humour salvatrices. J’ai tout de même piqué un petit somme ! Puis le tempo change et le presque plagiat de Lepage m’a littéralement exaspéré ! Quand arrive la performance finale, au sens plastique du terme, c’est enfin une explosion de beauté, de sens, de profondeur et qui invite à reconsidérer tout ce qui précède.

Ce que j’avais d’abord pris pour une œuvre de jeunesse est plutôt une œuvre charnière. Wajdi Mouawad entreprend de dire autrement que par le lyrisme des mots, les maux – ceux de la relation au père (réel ou de théâtre), à la guerre, à l’identité, à la création. Les nombreuses références théâtrales – Robert Lepage, bien sûr, mais aussi Deborah Warner ou Ilka Schönbein – et plastiques – Pollock, Dubuffet et surtout Rembrandt – disent la naissance même de l’art: faire acte de création, c’est d’abord s’emparer de ses prédécesseurs pour mieux trouver sa propre voie/voix. "Seuls" de Wajdi Mouawad ne m’a pas bouleversée comme ont pu le faire précédemment "Incendie" au théâtre ou "Anima" en roman. Mais c’est une pièce qui se révèle sur la longueur et qui dit le projet créatif à venir de son auteur. Il en faut du courage et de l’authenticité pour se présenter ainsi, humblement et à nu, à son nouveau public !

Catherine Wolff

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 16:29
Espaces insécables (pièce commune)
Source: http://www.ciemodesdemploi.com
Source: http://www.ciemodesdemploi.com

Spectacle de la compagnie Modes d’emploi, vu dans le cadre du Festival Plein Feux sur la jeune création, Théâtre de l’Opprimé, le 16 septembre 2016

Texte : écriture collective

Mise en scène : Johanne Débat

Interprétation : Léo Boulay, Alix Kuentz, Claire Marx, Ana Torralbo

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h20

Parfois le désœuvrement a du bon : dénicher, alors que la saison théâtrale n’a pas encore repris, une belle performance. Il s’agit de "Espaces insécables (pièce commune)" par la compagnie Modes d’emploi.

Le dispositif scénique est simple : quatre comédiens, un plateau encombré de cartons de déménagement, de lampes en tout genre, d’un fauteuil et de chaises, de quelques nippes et d’un paperboard. Cet espace est celui du jeu : jeu théâtral qui, pour aborder la question délicate du deuil, va s’appuyer sur le jeu du loup-garou. Cette mise à distance permet paradoxalement l’implication du public dans la réflexion : nous sommes les villageois. Surtout, elle autorise l’irrévérence et donc la catharsis.

Les scènes de jeu de loup-garou fonctionnent comme des intermèdes entre deux types de situations aussi jubilatoires que profondes : le stage collectif pour réussir son oraison funèbre et l’entretien d’embauche d’un préposé aux services funéraires de la ville de Paris. La première situation ponctue tout le spectacle. Elle permet aux personnages de s’incarner. Il y a Marie, d’abord timorée, qui anticipe, dans l’ordre du trauma, le décès de son chien Hubert puis de son père. Il y a Hélène, manifestement fâchée avec les hommes, rétive et obsédée par l’argent. Il y a Samuel, gentil paumé et qui vient, délégué par son ami sourd et muet. Et enfin notre fringant animateur. Autour du paperboard, ça balance : tout ce que vous n’aviez jamais osé dire sur cette grave question est verbalisé dans un texte haut en couleur : "On dit que la vie a un prix, on oublie de dire que la mort a un coût" nous assène ainsi Hélène. Face à l’épreuve, même anticipée, chacun se révèle et la farce tourne peu à peu à l’émotion. Les frontières entre le jeu et la possible réalité s’estompent. Chacun se retrouve irrémédiablement seul, confronté à lui-même. La pièce se vide inexorablement comme une maison que l’on vide après un décès, les lampes s’éteignent comme le souffle de la vie.

Le jeu est généreux, varié et subtil. Les personnages sont bien campés. La réflexion est d’autant plus intelligente qu’elle passe par l’humour et la mise en situation. Seul bémol : les transitions entre le jeu du loup-garou et les situations ne fonctionnent pas bien. Par la note d’intention, j’en comprends intellectuellement la nécessité. Pour de vrai, ce n’est pas clair. Mais la jeune compagnie Modes d’emploi, à l’aune de ce beau spectacle, est prometteuse. Et il faut saluer ici l’initiative du Théâtre de l’Opprimé : offrir un bel espace à de jeunes compagnies méritantes et à un moment de l’année où, faute d'autres sollicitations, le public est disponible pour une belle rencontre.

Catherine Wolff

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