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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 01:20
Les 7 planches de la ruse
Les 7 planches de la ruse

Spectacle de la Compagnie 111 (31), vu au 104 (Paris 19°), avec le Théâtre de la Ville, le 20/11/2015

Conception : Aurélien Bory

Interprétation : 14 acrobates-chanteurs de l’opéra de Dalian (Chine)

Genre : Cirque

Public : Tout public à partir de 14 ans

Durée : 1h10

Quand Aurélien Bory présente un nouveau spectacle, je me précipite toujours pour le voir. "Les 7 planches de la ruse" ne sont pas, à proprement parler, un spectacle nouveau puisqu'elles ont été créées en 2007. Fidèle au formalisme de l’auteur, cet opus est beau mais décevant. La marque de fabrique d’Aurélien Bory, c’est le dessin de l’espace, la lumière, le jeu de l’acteur-acrobate avec ou contre une structure mouvante. "Les 7 planches de la ruse" n’échappent pas à la règle. La structure – personnage principal de la pièce – qu’il va falloir défier, c’est un tangram géant, vous savez, ce jeu chinois très ancien, constitué de 7 pièces triangulaires que l’on associe à sa guise pour créer de nouvelles formes. Cette structure nous invite naturellement en Chine et c’est à une troupe de 14 acrobates-chanteurs de l’opéra de Dalian qu’il revient de dompter la "machine".

Je suppose donc qu’Aurélien Bory veut nous donner sa vision de la Chine contemporaine. Une société écartelée entre tradition (incarnée par les chanteuses d’opéra, une violoncelliste, et une scène fugace de tai-chi en ombre chinoise) et modernité écrasante (le tangram dessine tantôt des masses urbaines, tantôt des mâchoires dévorantes) ; une société où la foule avance en ordre et se compacte pour déplacer collectivement des montagnes (le tangram) ; une société où l’individu – ici une jeune femme et un jeune homme – semble toujours sur le point d’être écrasé sous le poids d’une machinerie qui le dépasse.

Aurélien Bory est catalogué, à tort ou à raison, comme circassien. En conséquence, il n’y a pas de texte. Que de la musique, trop de musique, une musique qui, hormis l’opéra chinois, génère une certaine angoisse. La lumière, toute en cyclo aux couleurs vives, participe de cette ambiance. Bref, les images sont belles mais on s’ennuie terriblement ! Il n’y a pas de rythme. A chaque nouvelle figure, on se dit : "Tiens, ça va démarrer !" Mais ça ne démarre jamais. On a la fâcheuse impression qu’Aurélien Bory, après avoir joué en solitaire au solitaire et découvert les ressources plastiques et mathématiques du tangram, s’est contenté de le transposer sur scène avec un vague propos. De fait, le spectacle se résume à un déplacement des pièces du tangram ! Et quand on sait l’incroyable potentiel des artistes chinois, il est bien triste de les voir réduits au simple rôle de manipulateurs !

Aurélien Bory reste un maître incontesté de l’espace et de l’image. De ce point de vue, le spectacle est réussi. Mais les belles images ne font pas un spectacle ! Dénuées de jeu, de rythme et de narration claire, "les 7 planches de la ruse" ne convainquent pas.

Catherine Wolff

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 00:24
Visage de feu
Visage de feu

Spectacle du collectif Cohue (14), vu au Monfort (Paris XIV°), le 10/11/2015

Mise en scène : Martin Legros

Texte : Marius von Mayenburg

Interprétation : Stéphane Fauvel, Sophie Lebrun, Julien Girard, Joana Rosnoblet, Baptiste Legros

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h35

Le collectif Cohue, dans "Visage de feu" de Marius von Mayenburg, donne à voir un huis clos familial digne des plus tragiques faits divers. Dans un décor minimaliste en noir, quelques objets blancs au design soigné, campent un intérieur plutôt aisé. Il est occupé par Monsieur et Madame (Stéphane Fauvel et Sophie Lebrun) et leurs grands ados, Kurt et Olga (Baptiste Legros et Joana Rosnoblet). La première partie, toute en distanciation (les personnages se présentent en pleine lumière, les didascalies sont dites), montre une famille dans laquelle le couple parental, mort, balance entre vacheries et incommunicabilité. Pour survivre à ce fiasco, les deux enfants se sont construits un monde à part, à priori vif, indissociable et solidaire dans l’opposition aux parents. Tout cela est d’une banalité déconcertante jusqu’à ce que la seule figure du dehors, Paul (Julien Girard), le petit ami d’Olga, fasse irruption, révèle le dysfonctionnement profond de toute la famille et enclenche, à son corps défendant, le drame.

On découvre alors deux enfants, assoiffés de sensations fortes et qui se sont constitués en petit couple au sens propre du terme. On comprend que Kurt est un pyromane pathologique rongé par la jalousie. On mesure à quel point les parents sont déçus par leurs enfants, à commencer par le père qui jette son dévolu sur Paul, "un homme, un vrai". A mesure que les enfants explosent, le couple parental se ressoude jusqu’à la tragédie finale. A ce stade du spectacle, la distanciation laisse place à un jeu très physique et qui fait fi des conventions théâtrales. Les personnages se prennent au corps, le plateau est maculé tour à tour de gerbe, de fumée, de sang. Cette seconde partie est très forte parce que l’intensité dramatique de la pièce est rendue perceptible par une mise en scène presque punk, une bande son oppressante et un jeu où l’émotion se libère enfin. Le jeu de Paul en particulier qui sous couvert d’être l’idiot du village apparaît comme la seule figure rédemptrice mais qui échoue.

On regrette que les autres comédiens n’aient pas cette même amplitude de jeu. Outre des accrocs dans le texte, le jeu des uns et des autres reste convenu pour ne pas dire quelque peu faux. A commencer, à mon sens, par la mère, bien trop jeune pour le rôle. Je déplore également la trop grande platitude la première partie. Certes, il fallait montrer le quotidien morne de cette famille où la musique (trop présente) comble le vide de la parole. Certes la distanciation est une excellente idée. Mais il manque la violence du dysfonctionnement familial dont on peut imaginer qu’il génère le passage à l’acte des enfants. Cette violence initiale est trop passée sous silence pour que l’on comprenne pleinement le déchaînement de violence qui s’ensuit. Malgré ces quelques réserves, c’est un travail rigoureux qui, sans doute, se bonifiera en se rodant. On assiste à un spectacle de bonne tenue et qui a le mérite de faire découvrir ce texte et cet auteur peu montrés en France.

Catherine Wolff

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 17:59
Dans la solitude des champs de coton
Dans la solitude des champs de coton

Spectacle de la Cie Vertigo (34), vu le 20 Juil., Avignon Off 2015, 18h, théâtre des Italiens

Pièce de Bernard-Marie Koltès (1985)

Mise en scène : Fred Tournaire

Jeu : Yves Ferry (le client), Jérôme Frey (le dealer)

Dramaturgie : Guillaume Fargas

Genre : Théâtre

Public : Adultes et adolescents

Durée : 1h05

Création : 2014

Salle comble (une cinquantaine de places).

La pièce : B-M. Koltès raconte ici une histoire, à partir d'une anecdote qu'il a lui-même vécue. Un "dealer" intercepte un "client" une nuit dans l'ambiance glauque d'une rue déserte. Ici le "deal" se définit comme toute transaction, tout échange. Etonnamment bienveillant, le dealer offre au client de satisfaire tout désir, quel qu'il soit. Ce dernier se dérobe, associe le désir à l'illicite, puis nie tout désir, refuse tout échange, se met en colère. Les deux hommes négocient, s’affrontent. Les questions de la drogue ou du sexe tarifé n’occupent pas ouvertement l’essentiel des propos, car c’est le désir même qui est au centre de la pièce et la transaction évoquée porte sur…"rien". Le rapport de force en arrive à s'inverser, jusqu'à un affrontement final violent dont le spectateur est libre d'imaginer l'issue. Le très beau texte de Koltès fascine et peut surprendre. C’est une œuvre forte et dense sur l'incommunicabilité dans un monde où l’on croit pourtant se parler.

La mise en scène profite ici de la marge de liberté prévue par l'auteur (aucune didascalie : consigne de mise en scène) mais en respectant la force du texte. J'ai apprécié la scénographie sobre qui joue sur une lumière froide et glauque sur fond de silhouettes de buildings. Le dealer n’est pas joué par un Noir, comme le souhaitait Koltès, mais la cohérence de l'ensemble du spectacle est totale. Liberté n’est pas pour autant synonyme de facilité. Car la pièce associe une grande densité (règle des trois unités) à une originalité de pensée et de langage. Quelques instants d'une nuit au bord d'un trottoir suffisent à exprimer sans lyrisme une solitude fondamentale chez deux êtres que tout oppose. La majorité des répliques sont de longues tirades complexes, contradictoires ou répétitives et pour lesquelles les comédiens alternent débit percutant, ou ton déclamatoire. Malgré une belle diction où chaque mot a son poids, la grande place donnée à la déclamation a parfois produit un effet de pesanteur, à tel point que j'avoue avoir un instant décroché. Par contre j’ai été impressionnée par la dynamique du duo. De manière éperdue et précipitée ils se traquent et se battent avec des mots tels que : regard, contact, vêtement, pesanteur, ligne droite ou courbe, haut et bas, amitié, peur, haine, cruauté... Considérations philosophiques ou commerciales sont énoncées dans la langue de tous les jours, et émaillées de comparaisons incongrues ironiques et de métaphores animalières imagées. J'ai regretté que tout effet comique soit ici atténué. En dépit de ses inégalités, ce spectacle m'a touchée. Notons qu'il n’en est qu’à ses débuts et laissons-le mûrir.

"Dans la solitude des champs de coton" occupe aujourd'hui une place importante dans le répertoire contemporain tant par son caractère novateur que par son thème, encore et toujours d'actualité. Ce spectacle s'adresse à tout public familier des salles de théâtre, mais également aux lycéens, avec de passionnants débats à la clef. A condition d'être précédée d'une introduction à son contexte, cette œuvre pourrait également séduire un public non initié.

Catherine Polge

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 15:50
Bohème de Chic (Les amours jaunes)
Bohème de Chic (Les amours jaunes)

Spectacle de la Compagnie Le Temps de Dire (84), vu à Avignon dans le cadre du festival Off, Maison de la parole, le 22 juillet 2015 à 19h

D'après Tristan Corbière

Interprétation et mise en scène : Bernard Meulien.

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h

Ce spectacle est une reprise ; joué en 1984 à la Tâche d'encre, il reçut alors le prix d'interprétation poétique Avignon OFF. Plus de trente ans après, le spectacle est encore plus fort : l'acteur de théâtre Bernard Meulien n'a de cesse d'y affirmer son talent, son professionnalisme. Il s'approprie les textes de ces maudits poètes et nous les livre seul sur scène un peu plus ardemment à chaque nouvelle rencontre avec le public.

En effet, Corbière se trouve être, comme le fut Gaston Couté, un de ces poètes maudits qu'affectionne particulièrement Meulien. "Les amours jaunes" publiés juste avant sa mort, sont le seul et unique récit de Tristan Corbière, passé inaperçu de son vivant. Dix années après Verlaine, Corbière comptera parmi les poètes maudits. Déformé par les rhumatismes, de santé médiocre, il vécu sur les côtes de sa Bretagne natale une existence solitaire, d'inutile ; la mer fut sa passion de toujours. Son écriture est faite de vers boiteux, disloqués, reliés d'interruptions, tirets et points de suspension ; elle pratique l'imperfection d'être lucide, au risque d'être bannie de l'art officiel ou classique.

Meulien s'immerge véritablement dans cette parole, seul sur scène, dans sa baignoire, providence de sa propre mise en scène en ce juillet 2015 caniculaire. Alors le public se laisse volontiers embarquer vers le grand large, rafraîchissant, non loin de Roscoff, par ce véritable poète du verbe.

"On ne les connaît pas, ces gens à rudes nœuds. Ils ont le mal sur vos planchers à bœufs : à terre oiseaux palmés ils sont gauches et veûles. Ils sont mal culottés comme leurs brûle-gueules. Quand le roulis leur manque... ils semblent se rouler : à terre, on a beau boire, on ne peut désaouler !"

Evocation des légendes anciennes, de la vie maritime ; cette œuvre forte sert l'acteur Bernard Meulien en ce qu'elle révèle la puissance d'interprétation de ce comédien qui réalise une réelle performance en Avignon OFF 2015, habité par cette écriture puissante, intemporelle, humaine.

Un grand moment de Théâtre à la Maison de la parole donc, avec ce comédien au talent exceptionnel, vraiment ! Pour faire connaître et apprécier un texte d'exception, allez voir Bernard Meulien seul en scène, c'est époustouflant !

Coup de cœur.

Lydie-Gisèle Brogi

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 10:10
Dialogue à fables
Dialogue à fables

Spectacle de La Compagnie Affable, vu le lundi 06 Juillet 2015, à 15h00, Au Pittchoun Théâtre, Festival Avignon Off

De : Valentin Martini

Interprète(s) : Valentin Martinie, Florian Spitzer

Genre : Comédie

Public : Tout public

Durée : 1h10

Cela commence comme un one man show, le comédien Valentin Martini entre seul sur une scène dénuée de décor, il est revêtu d’un costume de gentilhomme. Il attend son collègue qui n’arrive pas et en profite pour nous parler de Jean De La Fontaine et de Bouba (le rappeur). Etrange parallèle entre les deux qui me laisse dans l'incompréhension. Arrive Florin Spitzer, son comparse, en short et tongues dans un style décontracté qui contraste clairement avec le premier. Ils sont là pour nous déclamer des fables mais cela tourne rapidement à la joute verbale entre eux. Le retard de l’un, le costume de l’autre nourrissent les prémices d’une dispute qui perdure durant toute la représentation.

Une fois le feu de la discorde allumé, c’est bien sûr sur le terrain des fables que vont se confronter les deux comédiens. Le fond, la forme et la morale, tout est prétexte à la querelle et surtout à dire des extraits d’oeuvres de Jean De La fontaine bien sûr mais aussi de Jean Anouilh, Hugo, Ionesco, Queneau, Esope ainsi que de Jacques Mougenot, fabuliste contemporain dont j’ignorais l’existence jusqu’ici.

Les deux comédiens mettent en avant l’ambivalence de certaines morales qui se prêtent à des doubles lectures et démontrent aussi toute l’intelligence de cette forme littéraire désuète et pourtant si utile pour dire les choses de manière indirecte. J’ai particulièrement bien aimé la proposition d’improvisation d’une fable grâce à un animal choisi par le public. J’aurai supporté que cela dure plus longtemps car cette interaction avec le public est originale et rigolote. Moderniser le vocabulaire, utiliser la syntaxe d’une fable très connue en la truffant de néologismes sont autant de procédés de transformations astucieux qui donnent un certain relief au déroulement du spectacle.

Tout de même, je trouve la relation conflictuelle entre les deux comédiens trop linéaire, la dispute n’évolue pas, ni dans un sens ni dans l’autre. C’est dommage car l’idée est bonne et l’on aurait pu imaginer une résolution du conflit ou l’amplification de la discorde jusqu’à son paroxysme comique.

Toutefois c’est la première pièce de l’auteur Valentin Martini, gageons qu’avec un peu plus d’expérience d’écriture, il trouvera les ressources pour tonifier le tout, à suivre donc et à revoir peut être d’ici quelques temps.

Marie-Madeleine Pons

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 09:51
Ça résiste !
Crédit photo : Violaine Parcot
Crédit photo : Violaine Parcot

Electrons, résistance et messages personnels

Spectacle de la Compagnie Vocal 26, vu le mercredi 8 juillet 2015, à 17h15, au Théâtre des Lucioles, durant le festival d’Avignon Off

De et par Luc Chareyron

Regard extérieur : Hervé Peyrard

Lumière, régie générale : Franck Besson

Costumes : Dominique Fournier

Lumière Avignon : Julie Berthon

Postiches maquillages : Mireille Sourbier

Genre : Théâtre

Public : à partir de 16 ans

Un homme seul debout sur un tabouret clame des phrases apparemment sans queue ni tête… Pour tout décor il a, au-dessus de sa tête, une lampe simplement accrochée à son fil. Comme une idée qui traverse l’esprit, le comédien s’éclaire de cette métaphore matérialisée, image incongrue qui met en exergue le comique de la situation.

Voilà comment commence cet atypique seul en scène. Intriguant juste assez pour que le spectateur s’ouvre à l’originalité de la proposition. Le personnage, truculent mélange entre professeur tournesol et inspecteur gadget nous offre avec bonheur toute la richesse contenue dans le mot : résistance.

C’est physique, c’est chimique, c’est mécanique ! C’est une véritable démonstration grâce à de belles trouvailles scéniques et visuelles : la résistance d’un radiateur explose devant nos yeux ; grâce à une mystérieuse machine, nous entendons les ondes qui sortent de nos têtes ; une photo et un dessin étrangement similaires représentent respectivement l’infiniment grand et l’infiniment petit. Rien de difficile à comprendre là-dedans pour mon esprit pourtant rétif aux sciences. Il faut dire que Luc Chareyron incarne merveilleusement l’électron libre qui s’échappe et crée l’énergie. Ah ! Pourquoi mes professeurs de physique-chimie n’ont-ils pas eu la folie créatrice de se mettre en scène durant leurs cours ? Je pense que j’aurais été bien meilleure élève !

Toujours avec humour et légèreté, les transitions coulent de source. Ni vu, ni connu, nous glissons d’un sens à l’autre, du propre au figuré. La résistance c’est aussi ce qui se met en marche, qui crée la rupture, nous plongeons alors dans la psychologie, la philosophie, l’histoire… Vient s’ajouter une profonde émotion quand enfin la boucle est bouclée. Nous comprenons alors le sens des phrases dites en introduction du spectacle. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir les subtilités de l’écriture, du jeu du comédien, de la mise en scène et de ces lumières.

Malgré toutes ces explications, entre réalité concrète, fiction et métaphore, la résistance ne perd rien de sa magie bien au contraire car, devant nous, dans un big bang d’idées et d’images s’entrechoquant naît : la pensée libre.

C’est un grand moment, un message d’espoir venu de la science et de la poésie, un spectacle unique et atypique qui ouvre l’horizon, fait rire et donne confiance.

A aller voir et revoir de toute urgence !

Marie-Madeleine Pons

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 16:31

Oui

Oui.jpeg

Présent sur le Off 2015

Spectacle de la "Cie de la Traversée" (34) et de "C'est Maintenant" (30), vu au théâtre Pierre Tabard, le 23 Avril 2014, 19h30.

 

Texte : Gabriel Arout (1971)

Mise en scène : Kader Roubahie

Avec : Joël Abadie (Raphaël) et Ernaut Vivien (Max)

Créations lumières : Nicolas Ferrari.

 

VIVANT-3-COEURS-5Genre : théâtre

Durée : 1h30

Public : adultes et adolescents

Sortie de création

 

 

Kader Roubahie, qui s'intéresse aux textes forts sur notre monde contemporain, met en scène ici la dernière pièce de Gabriel Arout, considérée comme un testament humaniste.

 

Salle comble (une centaine de personnes) pour cette première au théâtre Pierre Tabard. Ce "oui" c’est la reconnaissance de l’être humain chez l’autre, au-delà des différences qui sécrètent si facilement agressivité, discriminations et haines. C’est un "oui" à la solidarité vers laquelle vont s’acheminer douloureusement deux prisonniers condamnés à mort que tout oppose : Max, ancien SA, cynique, castré par les nazis et Raphaël, juif, tranquille, et grand séducteur. Ils doivent être exécutés demain, à moins que l'un ne tue l'autre cette nuit et ait ainsi la vie sauve. Ils se jaugent, se battent, s’exaspèrent mutuellement. Ce sont les dernières cigarettes de Raphaël qui ouvrent la voie à une communication entre hommes. La violence reflue par vagues, laissant la place à de la nostalgie et à des souvenirs. De manière hésitante et pudique, ils se reconnaissent dans leur humanité commune et fraternisent. Leur vie s’efface dans la nuit alors qu’ils s’étreignent, réunis par la même peur et la même colère.

 

Au fond de leur cachot plongé dans une pénombre glauque, Max et Raphaël ne sont que deux silhouettes dans une lumière blafarde. Alors le poids des mouvements et des paroles prend une ampleur et une force d’où suinte l’angoisse. A cette atmosphère sombre et froide que troue ponctuellement un faisceau lumineux envoyé d'en-haut, s'ajoutent de lourds sons métalliques. Cette irruption épisodique d'un extérieur menaçant ajoute à l'horreur de la situation et contribue à rapprocher les deux hommes dans une colère partagée. Les comédiens jouent sur des registres différents : désir de calme chez Raphaël, volonté de provocation exaspérée chez Max. Et chacun poursuit sa quête et affirme son personnage social, par la voix et la gestuelle. Puis les deux prisonniers évoluent. Par des accélérations brutales, des ralentissements ou une immobilité soudaine, les corps de J. Abadie et E. Vivien découpent dans la pénombre la violence, la crainte, les replis et les tentatives d’approche. Les subtiles variations d'éclairage et le point incandescent de la dernière cigarette rythment ce pas de deux tragique. Dans le huis-clos de cette "nuit infernale", le silence du cachot est presque perceptible, la peur monte avec les bruits extérieurs et la moindre inflexion de voix transmet des émotions décuplées. Le jeu nuancé des comédiens qui communiquent le moindre sursaut d'émotion, jusqu'à un peu de tendresse, donne beaucoup de chair à cette relation étrange. Max et Raphaël sont attachants et leur présence persiste longtemps après le spectacle. Mise en scène, jeu, univers visuel et sonore s'associent pour une très belle réussite. En dépit de la cruauté de la situation, il se dégage beaucoup d’optimisme de l'évolution de cet extraordinaire duo.

 

Ce magnifique spectacle dépasse son inscription temporelle dans la guerre de 39-45, pour pointer l’absurdité de la haine que l’être humain peut s'ingénier à développer envers son "semblable". Nécessité de se débarrasser des oripeaux des personnages sociaux pour aller vers l’autre, c’est ce que transmettent les derniers mots de Max et Raphaël : "dignité" et "parole".  Un très beau spectacle à tous points de vue, idéaliste certes, mais peut-être n'est-ce pas inutile ?

 

Catherine Polge

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 15:17

King-Lear-Fragments.jpg

Présent sur le Off 2015

Spectacle du collectif Main d’œuvre, vu le vendredi 26 juillet 2014 à 21h, place Pierre Chenu, dans le cadre du festival Off de Chalon dans la Rue 2014.

 

Mise en scène : Caroline Fay

Interprétation : Frédéric Fialon, Jérôme Kocaoglu

 

 

vivant-3-toiles-4

Genre : Classique revisité

Création : 2012

Durée : 1h10

Jauge : 200 pers.

À partir de 10 ans

 

Waouh ! Prenez le Roi Lear, amenez le chez le teinturier, offrez-lui une nouvelle coupe, apprenez-lui nos us et coutumes et envoyez-le à toute berzingue direction Chalon. Vous obtenez un concentré d’improbabilité, une fabuleuse rencontre entre l’éternel génie et une indubitable audace.

 

Après un petit échauffement à vue assez comique, Frédéric Fialon nous explique avec un accent unique le contenu de la pièce qui va suivre : une interprétation libre de ce grand classique de Shakespeare qu’est le Roi Lear. Et c’est parti pour 1h10 de grand délire. Entre texte original et diction précise, les deux comédiens virevoltent de personnages en personnages à un rythme effréné, aidés de seulement un ou deux accessoires pour rentrer dans les rôles. Ca va vite, très vite. J’ai d’ailleurs un peu perdu le fil à la deuxième partie puis l’ai repris à la troisième (et dernière). Heureusement Frédéric Fialon et Jérôme Kocaoglu sont là pour nous aider à raccrocher les wagons en s’adressant directement aux spectateurs, au cas où ils soient perdus (tiens donc…).

Le Roi Lear est magistral dans son rôle et les liens entre chaque scène sont véritablement désopilants. La mise en scène, hardie et un poil effrontée, implique constamment le public et va jusqu’à l’intégrer dans l’histoire en le faisant devenir membre de la cour décadente ! Il est, comme qui dirait, assis sur la scène... 

 

Un trésor théâtral, une démonstration d’intelligence et de talent. Que dire de plus… A qui dire ? Peut-être un message à mes profs de français qui se sont successivement échinés à nous donner le goût des classiques sans jamais trop y parvenir (enfin en ce qui me concerne…).

 

François Polge

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 12:23

michel-arbatz_villon-la-vie.png

Présent sur le Off 2015

Spectacle de la compagnie Zizags. Etape de création vue à la Baignoire (Montpellier) le 19 Décembre 2012 à 20h30, puis nouvelle version vue à l’Imprimerie (Montpellier) le 2 Février 2013.

  

Adaptation, compositions, montage, jeu et chants : Michel Arbatz

Musique, arrangements musicaux et sonorisation : Olivier-Roman Garcia (guitares, bouzouki, percussions)

Costumes : Florence Mourriéras et Tatsumi Miyagi 

Lumières : Laetitia Orsini

Participation de Jean-Louis Trintignant en voix off

 

Public adulte et adolescent

Genre : théâtre musical

Durée : 1h40

 

nouvelle création

 

VIVANT-3-COEURS-5.jpgFrançois Villon est né à Paris en 1431. Rebelle et joyeux drille, il mène une existence mouvementée faite d'errances, subit emprisonnements et tortures, puis disparaît à 30 ans, laissant "Le Testament". Michel Arbatz, passionné de Villon, a adapté ce poème à partir du moyen français. Le texte, rendu compréhensible, garde ses qualités dans une mise en scène éblouissante. D'une représentation à l'autre, j'ai pu voir  la scénographie évoluer.

 

Salle pleine à La Baignoire, nous sommes une quarantaine ! Un fond de scène noir, une estrade, un tabouret, une échelle, un trépied portant chandelle, pichet et 2 verres... Olivier Roman-Garcia est installé sur le côté. Où est donc Michel Arbatz ??  L'obscurité tombe, un projecteur... puis on entend "Frères humains qui après nous vivez ...". C'est la voix off de Jean-Louis Trintignant qui dit avec gravité la 1ere strophe de l'épitaphe de Villon, puis une rapide biographie. Magnifique. La voix se tait. Montent des bruits de rue, de marché... et soudain, par une trappe, Michel Arbatz surgit sur l’estrade. Voici Villon. Avant de mourir, il nous prend comme témoins de son testament : une énumération de legs grotesques ridiculisant celles et ceux qui ont trahi ou malmené le poète.

Entre les legs, des ballades que Arbatz chante avec sa guitare, accompagné par Olivier-Roman Garcia. La misère, la malchance, la jouissance, la violence déboulent pêle-mêle à travers les regrets et les invectives. Ces poèmes aux nombreuses ruptures de ton sont terriblement vivants, insolents, drôles, tragiques ou tendres. Ils associent termes réalistes et langage poétique. On est ému, on sourit, on rit aussi.

 

Arbatz nous fait découvrir cet étonnant sens du spectacle qu'avait Villon : un style ciselé pour camper des personnages d'un réalisme cruel, des hésitations, des poses, des reprises fulgurantes, des digressions... Avec vigueur les mots sonnent et frappent, souvent chargés de double-sens. Un régal. Le public savoure des moments de tendresse, de moquerie, ou de violence extrême telle "la ballade des langues envieuses" où les syllabes râpent et craquent comme du slam. Arbatz suscite ostensiblement des applaudissements et laisse du temps pour les rires, comme aurait fait Villon (cabotin, dit-on).

Même si à l'époque de Villon ça ne se faisait plus, Arbatz choisit de chanter les ballades, ce qui valorise leur qualité d'évocation en opposition aux injonctions des legs. Sa voix est profonde, la musique très belle. Olivier-Roman Garcia, excellent, soutient et rythme les textes à l'aide d'une guitare ou d'un bouzouki, sur des sons andalous, des rythmes rap ou façon blues. Assis à la place de "Firmin le clerc", il écrit les legs sous la dictée de Villon puis revient à la musique pour les ballades.

Les costumes évoquent le XVeme siècle avec finesse, par quelques signes bien vus. Le blouson (de) fauve donne un caractère affirmé à Villon et s'harmonise avec les tons bruns et noirs dominants du décor. Six projecteurs au plafond jouent avec la pénombre par des éclairages croisés et quelques flaques de couleurs au sol.

 

C'est un très beau spectacle. Le public, initié ou non à la poésie, est surpris et séduit par la modernité de Villon (qui parle de temps si reculés...). Peut-être aura t-il envie de le (re)lire ? Méditation mouvementée sur la vie, la mort, l'injustice, la misère et le pouvoir, mais traversée par une joie de vivre, un humour et un tonus revigorant, ce spectacle s’adresse à tous celles et ceux qui aiment vivre des moments chargés d'émotions.

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 15:15
Effet Bekkrell (titre instable)
Effet Bekkrell (titre instable)

Spectacle du Groupe Bekkrell, vu à Monfort (Paris, 15ème), le 12/05/2015, dans le cadre du festival Cirque au Féminin.

Mise en scène et interprétation : Fanny Sintès, Sarah Cosset, Océane Pelpel, Fanny Alvarez

Genre : Cirque

Public : A partir de 14 ans

Durée : 1h15

Elles sont quatre. Elles se sont rencontrées au CNAC. Depuis, elles créent collectivement. Elles donnent à voir, à l’image du titre, un spectacle ambitieux mais instable. Il s’agit, par le langage du cirque, de montrer que les découvertes du physicien Becquerel (pour rappel, la radioactivité et l’instabilité de la matière) sont la métaphore parfaite du cirque. Pour ce vaste propos, elles ne lésinent pas sur les moyens : outre les quatre agrès (mât chinois, planche à bascule, fil et corde lisse), un vaste plateau, trois rampes de projo à hauteur d’homme, effets sonores et fumerolles à gogo et, pour aider à la manipulation du tout, un technicien plateau.

Malgré tous ces moyens, on assiste moins à une démonstration qu’à une juxtaposition de tableaux dont on a bien du mal, parfois, à saisir le lien. Certains parlent d’équilibre, de déséquilibre, d’explosion et peut-être même de fission, quand d’autres sont résolument féministes! Certes, le spectacle se jouait dans le cadre du festival Cirque au féminin de Montfort mais il en a été conçu indépendamment. Bref, on s’y perd passablement. Cependant, certains tableaux sont particulièrement réussis. Le numéro à la corde qui n’en finit pas de faire des siennes, quand Océane Pelpel n’y contribue pas de façon espiègle, est exceptionnel de drôlerie et d’inventivité. Le tableau final offre aussi une belle image. Après que le décor a explosé pour laisser place à un champ de ruines, les quatre filles saisissent câbles, fils, cordes, planche à bascule ; elles bâtissent un improbable vaisseau du haut duquel, juchées, elles entonnent une Internationale féministe. Par ailleurs, la mise en relation inédite et parfois incongrue des différents agrès donne un fondu intéressant et visuellement efficace. On peut ainsi déclencher la planche à bascule en sautant du fil de fer ou bien faire une pyramide sur la planche à bascule pour saisir la corde lisse. On notera aussi d’autres trouvailles particulièrement drôles comme la danse endiablée où des poulies rouges font office de couilles ballotantes et ballotées. Ou bien de ce joli soutien-gorge à plumes porté par Fanny Alvarez et dont les plumes se déclinent ensuite sur un casque de moto pour une opération commando à haut risque, entre planche à bascule et corde lisse.

Le spectacle du Groupe Bekkrell présente les qualités et les défauts de la jeunesse. Les quatre circassiennes déploient une énergie sans pareil, de l’audace, du métier. Mais elles veulent aussi montrer qu’elles savent tout faire au risque de saturer l’espace de sons, de lumières, de fumées, de cris, de textes, et de perdre en cohérence. Le spectacle, bien que tout jeune, gagnerait sans doute à être recentré et écourté.

Alors que le spectacle est indiqué à partir de 6 ans, il me semble plutôt à conseiller à partir de 14 ans.

Catherine Wolff

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