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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 09:35

sous ma peau

Spectacle vu le 30 juillet 2013 à 15h30 au théâtre les Trois Soleils dans le cadre du festival Off d’Avignon.

Présent au Festival Off 2014

 

De et avec Geneviève De Kermabon


vivant-3-toiles-4

Genre : Théâtre

Durée : 1h10

Public : adulte au dessus de 16 ans

 

 

 

L'affiche de ce spectacle, des plus troublante, m’avait interpellé dès le début du festival… et, autant vous le dire tout de suite, il s’agit d’un travail remarquable !

 

Remarquable par le soin donné à entendre, à écouter, et à croiser les confidences de ces anonymes auprès desquelles Geneviève De Kermabon (au parcours impressionnant) a tendu son oreille et son cœur sur le thème du désir... sans juger, sans donner d'a priori et sans filet ; comme ces fragments de récits écrits par Grisélidis Réal, artiste et prostituée, qui commencent le spectacle.

Remarquable aussi par le traitement théâtral de ces confidences. Pour rendre chair à chacun des personnages, pour en montrer la multiplicité et la diversité, Geneviève de Kermabon a réussi à se glisser sous leurs peaux avec élégance, délicatesse, poésie, parfois brutalité mais, bien sûr, aussi avec humour ; au cœur même de ces femmes qui nous parlent de désir, de passion, de frustration, de sexe, d’amour… Car chaque personne est unique, composée de tant de visages et de secrets. Sur le chemin du désir chacun fait sa route au milieu d’un univers changeant, mutant dans le temps ou dans l’instant, et doit être réactif, au risque de se perdre sur des horizons fantasmagoriques.

 

Jouant avec des masques, des marionnettes et des accessoires, elle donne une vie très particulière à ces confidences qui nous parlent à demi-mots de choses inavouées, ou au contraire nous les jettent au visage. Cela donne un spectacle rythmé, animé à la fois d’une grande violence et d’une grande tendresse, porté par une poésie décalée et parlant d’un sujet incontournable et tant de fois contourné. Le public se retrouve un peu, beaucoup, passionnément, à la folie dans ce spectacle hors norme, sans toutefois répondre à la question posée par l'auteur "Qui suis-je ?". Un peu de tous ces fragments de personnages. Bravo !

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 07:30

Spectacle de la compagnie Art'eMissTer, vu à l'espace Présence Pasteur lors du festival Off d'Avignon 2012. Une création de Marion Saussol librement inspirée des pièces de Lilian Lloyd.

Présent sur le Off 2013 et 2014

Interprète(s) : Marion Saussol
Metteur en scène : David Le Rheun
Régisseur : Jérémie Kalil

 
VIVANT2-toiles-3.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Dans "A Mourir aux Eclats" on est, dès notre entrée en salle, mis "au parfum". En effet, comme seul élément de décor se trouve une corde lumineuse qui se termine par un noeud de pendu...

Mademoiselle Meutut a comme unique but de se donner la mort, mais toutes ses tentatives on échoué. La mort n'a pas voulu d'elle... Elle décide donc d'ouvrir sa petite entreprise afin de, peut être, réussir sa vie en aidant les autres à abréger la leur.

 

Marion Saussol est seule sur scène. Elle a créé le spectacle à sa mesure à partir de l'oeuvre de Lilian Lloyd. La mise en scène de David Le Rheun utilise la lumière pour découper l'espace et le temps, créant des lieux au fil du texte, éclairant de manière juste et avec une délicate habileté un sujet pas facile à traiter : le suicide. La comédienne nous embarque dans son histoire, enchaîne avec brio la chronique de ses différents ratés, nous conte comment elle a été amenée à croiser des personnes désireuses de mettre un  terme à leur existence. L'actrice glisse avec aisance d'un personnage à l'autre, et ce sans fausse note ni lourdeur, avec pour seul accessoire une écharpe blanche. En quelques tableaux succints elle brosse le portrait d' êtres en situation de détresse... ses futurs clients potentiels.

 

Au fil du récit, une photographie sociale du temps présent nous parvient, dénonçant l'individualisme et la solitude d' êtres vulnérables dans la société d'aujourd'hui. Ainsi nait son projet personnel de créer une sorte d'agence, afin de venir en aide aux personnes désireuses d'atteindre leur but final. Dans  le même temps,inventaire est fait des différentes techniques pour parvenir à ses fins. Cette parabole farfelue est menée avec talent et aisance. Le rythme happe  le public et l'amène à une prise de conscience. Le spectateur est conquis, une réussite !

 

Relevons le travail de Marion et celui du metteur en scène... un challenge pas évident avec un tel sujet. Merci à cette jeune comédienne d'avoir osé un pari courageux et audacieux !

 

 

 

Lydie-Gisèle Brogi

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 12:13

Spectacle de la Cie "Conduite Intérieure" (30), vu le samedi 10 mai 2014, à Saint Laurent d’Aiguouze (30), dans le cadre de la résidence « Vivons le Théâtre en Petite Camargue ».

  

Auteurs: Dario Fo et Franca Rame

Mise en scène: Christian Chessa

Avec: Nicole Colchat et Tony Cecchinato.


vivant-3-toiles-4Genre: théâtre

Public: adulte

Durée: 1h

Création 2014

 

Christian Chessa reprend ce texte qu’il avait déjà mis en scène il y a quelques années, en proposant une version qui peut être jouée en appartement, et dans toutes sortes de lieux, au plus proche du public. Les spectateurs sont installés de part et d’autre de l’espace scénique, sur des gradins disposés de manière bi frontale, les acteurs évoluant au milieu dans un décor extrêmement allégé.


 Cette installation convient particulièrement à cette banale et intemporelle histoire de couple. L’épouse accumule scènes de ménage et menaces de suicide dictées par les frasques d’un mari volage. Les spectateurs sont pris à témoin par les personnages, chacun tentant de justifier son comportement. Le mari, obtus macho, se trouve de multiples bonnes raisons pour « aller voir ailleurs », et veut imposer à son épouse sa conception du couple « ouvert à deux battants », à vrai dire surtout de son côté… ce qui ne l’empêche pas de jurer à son épouse qu’au fond, il n’aime qu’elle, comme un refuge, une « maman », alors qu’elle rêve juste d’être désirée, aimée physiquement! De guerre lasse et pour sauver ce qui peut l’être, elle finit par céder à ses desiderata et évolue vers cette liberté de moeurs. Elle change alors son look, son comportement, sort de chez elle… Mais elle est une femme, et elle ne peut décidemment se cantonner à une relation purement sexuelle, finissant par tomber amoureuse d’un autre homme, (quasi) parfait! Ceci alors n’est plus du goût du mari, la situation initiale bascule, et c’est maintenant lui qui fait des scènes et veut se suicider!


 Les acteurs campent des personnages ordinaires, auxquels chacun de nous peut s’identifier, d’autant plus qu’en l’occurrence, les comédiens jouent au milieu de nous, et c'est presque comme si nous étions entre amis, témoins de leurs difficultés. Le rythme est vif, c’est certes souvent drôle, mais l’on devine en filigrane le profond besoin d’être aimé et respecté, particulièrement mis en évidence dans le rôle de l’épouse par Nicole Colchat. On ressent une profonde empathie pour son Antonia, pourtant pas si résignée qu’on pourrait le penser… C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé l’écriture si particulière des époux  Fo/Rame, acide, grinçante, émaillée de dialogues souvent crus et cinglants, mais tellement réaliste et inspirée du quotidien.


 Cathy de Toledo

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 13:02

le cri des mursSpectacle de la « Compagnie El Triciclo » (34), vu à la Maison Pour Tous Frédéric Chopin de Montpellier (34), le dimanche 11 mai 2014, à 15h30.

 

Mise en scène : Juliette Mouchonnat

Comédiennes : Eloïse Alibi, Juliette Mouchonnat, Ana Melillo.

 

vivant-3-toiles-4Genre : théâtre

Public : adultes et grands adolescents

Durée : 1h

 

La pièce s’ouvre dans le vif d’une histoire, où trois femmes en quête de liberté évoquent leur exil. La scène, fait paraître un désordre comme pourrait l'être celui d’une personne qui fuit dans l’urgence. Les comédiennes vêtues sobrement portent un cabas, qui constitue l’unique accessoire de leur condition d’exilées. Dans leur errance, elles donnent corps à des poèmes de Darwich, Garcia Llorca, Sénac… pour dénoncer les atrocités perpétrées par les hommes entre eux.

 

Ce spectacle mêle chant, poésie, musique et peinture. Il donne une forme et une force à des poèmes qui sont habituellement lus. Le choix des poètes internationaux reflète le caractère universel de l’oppression quelle que soit sa forme. Certains poèmes sont déclamés ou chantés dans leur langue d’origine. Ils dénoncent tous types de violences, qu’elles soient physiques, morales ou matérielles, et les aberrations qu’elles engendrent. Ces poèmes engagés, ont traversé l’histoire mais restent toujours d’actualité et témoignent de la mondialisation de la violence.

 

La performance scénique d’Eloïse Alibi retransmet avec générosité la douleur et incarne la rage qui ressort des textes. La voix magnifique de l’artiste, accompagnée de son piano, invite à la réflexion et donne un ton grave à la pièce. L’artiste, volubile, s’exprime en variant les rythmes au gré de ses émotions jusqu’à en perdre haleine et s’effondrer.

La peinture réalisée par Ana Melillo au cours de la pièce, est importante par sa dimension autant visuelle que symbolique. Le tableau sert de toile de fond et évolue avec le spectacle sous les coups de pinceaux du personnage. La toile représente différents symboles d’oppression et de liberté que chaque spectateur interprète en fonction de son imaginaire ou de son vécu.

Enfin Juliette Mouchonnat sort de sa situation d’exilée pour se métamorphoser un instant en dictateur cynique qui évoque, sans état d’âme, les atrocités qu’il inflige.

Sans donner de leçons, les comédiennes nous rappellent que la liberté n’est jamais acquise. Les aliénations évoluent avec le temps pour prendre des formes plus insidieuses, et apparemment plus inoffensives.

 

Le spectacle livre un moment d’émotion et de poésie au spectateur. Néanmoins, le rythme au début du spectacle gagnerait à être moins soutenu afin que le spectateur apprécie la musique des mots, et rentre dans l’imaginaire proposé. Le spectacle fort en intensité dramatique s’adresse davantage aux grands adolescents et aux adultes.

 

 

Richard Gineste

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 10:15

Les derniers feux 26 04 2014 FouzilhonSpectacle de Eric Jovencel, vu le 26 avril 2014, au Théâtre de Pierres, à Fouzilhon (34). 
 

 

De et avec : Eric Jovencel

Mise en scène: Julien Guyomard

Régie et regard : Frédéric Lopez

Création lumière : Alexandre Dujardin

Remerciements à Camille Radoux et la Cie Pôle Nord.

 

vivant-3-toiles-4Genre : théâtre

Durée : environ 1h15

Public : adultes


Eric Jovencel est un sagouin : pour parler d'une micro-seconde capitale de son existence (le franchissement d'une porte qu'il ne fallait pas franchir...), il aime en mettre partout, tâcher la nappe, prendre des chemins de traverse qui vont nous emmener à l'autre bout du monde, crier, se « répandre » comme dit sa sœur. Et c'est cet excès qui fait toute la beauté de son spectacle intimiste « Les derniers Feux », récemment joué au Théâtre de Pierres de Fouzilhon.


Arriver à parler de la chose la plus intime qui soit en « prenant la bande » comme au billard, en parlant d'autre chose, puis en nous y amenant après 1000 détours... quand cette seconde arrive dans le spectacle, quand le texte subitement se vrille pour toucher à cette intimité, on est tout étonné, on est ému, on est content, et on est admiratif.

Eric Jovencel est un Burlador, séduction dandy et verbe facile comme son modèle. Tout part de là, de la pièce de Tirso de Molina (1583-1648) qui invente le personnage de Don Juan. Le comédien va nous résumer la pièce à sa façon, physique, symbolique, habitée, distante, critique. Parce que sa sœur, un jour, lui a dit qu'il ressemblait au personnage, il va fouailler les arcanes du texte, tenter d'en tirer cette vérité qu'il ne saisit pas, ce miroir qu'il voudrait bien enfin avoir en face. Le spectacle est aussi ça : un hommage à la pièce originelle, à ce personnage à la fois minable et grandiose, téméraire et couard, humain, trop humain. C'est en passant par cette humanité-là que le processus intime va se faire ; c'est en combattant le Commandeur épée à la main façon Errol Flynn que la vérité va se faire jour. C'est en résumant point par point la pièce qu'il va parvenir à parler de lui, de sa sœur, de ses fantasmes sexuels terriblement banals, de son identité fluctuante.

Eric Jovencel est un homme courageux : au bout de ces 75 minutes de spectacle façon « de cape et d'épée », qui nous auront fait rire et nous auront emmenés au fin fond de l'Espagne, il nous cueille avec cet autoportrait à la frontière entre réalité et fantasmes, et l'on ne sait plus vraiment où est le théâtre ni où il est, lui, entre ce qui s'est passé et ce qu'il aurait aimé qu'il se passe. L'artifice de la représentation est là (projecteurs manipulés en direct, simplicité du lieu, ton très « stand-up »), mais son émotion directe aussi ; le comédien parvient, par son jeu entre naturel et sophistication, à nous entrainer sur ses pas, à la recherche de ce moi que l'on voit naître en direct.


Subtilement écrit, joué avec effronterie et sincérité sans rien cacher de ses défauts, habillé d'une mise en scène sobre mais intelligente (Julien Guyomard aux manettes, attentif et patient directeur d'acteur qui a su faire accoucher une souris d'une montagne), le spectacle « Les derniers feux » m'a emballée : l'impression d'une vie qui se raconte en direct, pudiquement mais sans rien cacher. La force du comédien et du sujet, la délicatesse qui prend des airs de crânerie, l'humour, la précision de la mise en scène, tout y est : Eric Jovencel nous a offert un grand moment.


Danielle Krupa / www.allez-zou.fr 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 13:32

l-heure-avant-l-heure.jpgSpectacle de la compagnie "Prends en de la Scène", au Théâtre du Point Com' (Montpellier), Samedi 29 mars 2014 à 21h15.

 

Auteur : Jacques-François Piquet

Mise en scène : Didier Lagana

Comédiennes : Marie-Anne Abric, Caroline Boogaerts, Sylvia Claret.

 

 

VIVANT2-toiles-3Genre : théâtre

Public : adultes

Durée : 1h

Création 2013


La scène se passe une heure avant la représentation. La comédienne Sylvia Claret s’installe seule dans sa loge. Elle se prépare et se maquille devant son miroir. Elle pense à tous ces évènements qui ont peuplé et construit son passé. Sans doute pour chasser le trac, son esprit s’échappe et vagabonde pour remonter le cours de sa vie. Elle se revoit à différents moments, et fait le bilan de ces années passées comme chacun peut le faire aux évènements clefs de son existence. Ses joies, ses rencontres, ses regrets, ses peines, ses relations avec son entourage, ce qu’elle a fait ou aurait dû faire, ses victoires, et ses défaites.

 

A l’origine Jacques-François Piquet avait écrit la pièce en monologue pour une comédienne. Pour lui donner plus de rythme et d’interactivités, Didier Lagana l’a transformé en trio: deux comédiennes, Marie-Anne Abric et Caroline Boogaerts, accompagnent Sylvia Claret et incarnent les pensées et le parcours de l’artiste à différentes périodes de sa vie. Parfois sages, parfois délurées, parfois surexcitées, elles jouent sa conscience, et arrivent à nous emporter dans son imaginaire. La complicité et la complémentarité, réelles, animent le groupe où chacune avec sa personnalité nous dévoile une facette de l’artiste.

 

Au texte très bien écrit, plein d’humour et de sensibilité et où tout le monde peut se retrouver, s’ajoute une mise en scène intelligente et inspirée. La pièce est ponctuée de notes musicales, et le temps des cerises joué sur différents tempos apporte une touche distincte qui suit l’humeur de l’artiste. Cette dernière ne dit pas un mot, mais mime ses pensées qui sont interprétées de manière magistrale par ses deux complices. On a même l’impression qu’un lien de parenté existe entre ces trois femmes d’âges différents, tant leur complicité est forte. Cette réflexion sur le temps qui passe m’a fait passer un très bon moment, et permis de valider ma vision de la vie: il faut la vivre pleinement

 

Richard Gineste

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 11:31

Louise-elle-est-folle.jpgSpectacle de la compagnie "Le Chien au Croisement" (34), vu le 20 Mars 2014, 20h30, au Carré Rondelet, Montpellier (34).


Texte : Leslie Kaplan (2011)

Mise en scène : Julien Assémat

Avec : Anaïs Assémat et Justine Boulard.

 

vivant-3-toiles-4Genre : théâtre

Durée : 1h20

Public : adultes et adolescents

Jauge : 100 à 500 (peut être adapté à 40)

Sortie de création

 

"Le Chien au Croisement" entreprend, comme à son habitude, de représenter un texte difficile et au propos très actuel. On retrouve ici la créativité de cette compagnie, au service de la réflexion politique et ironique de Leslie Kaplan, sur les femmes, la société, le sens des mots. Salle comble (40 spectateurs). Le décor est simple, constitué d'empilements de boîtes en carton blanc délimitant l'espace scénique,  une table-bar occupe le devant de plateau. A peine entré, le public est impliqué avec humour dans le spectacle.

 

Louise ? Elle n'apparaît pas sur scène, mais sa "folie" revient comme un leitmotiv dans la dispute entre deux jeunes femmes qui s'affrontent. Malmenées par tout ce qui est censé leur procurer le bonheur dans la société, elles cherchent à se raccrocher à des "vérités".  Elles se reprochent mutuellement leurs habitudes, se chicanent sur le sens des mots, s’interrogent sur tout ce qu'elles pensent. De la consommation de la cuisse de Berthe la vache, jusqu'à la complexité des relations humaines, tout est sujet à affrontement : les achats irréfléchis, Dieu, la grammaire, le sexe, l’injustice, le RER, les vendeuses, etc. Elles épuisent les sujets à toute allure. Et régulièrement, comme pour se rassurer sur sa propre santé, l’une ou l’autre déclare qu’elle ne fait pas comme Louise, car "Louise, elle est folle". Ensuite la conversation bifurque, Louise le contre-exemple devient à leur insu une parfaite illustration de leur propre vie. Le spectacle progresse sur un mince fil entre le comique et le tragique, et tout va finalement se déglinguer. La folie qui apparaît et enfle à travers ce duo féminin, semble bien être celle de notre monde, qui court à l’explosion.

 

Le langage poétique de Leslie Kaplan suit le cheminement conflictuel de la pensée des deux femmes, avec des ruptures et des répétitions. Ardue à la lecture, la langue de l’auteure est rendue ici dans sa puissance évocatrice, jouant sur tous les registres, du cocasse jusqu'au pathétique. Cette originalité du texte se répercute dans la mise en scène où rien n'est livré au hasard et qui alterne rythme effréné et pauses, utilisant le décor avec beaucoup de drôlerie. De nombreuses surprises font réagir la salle. Les comédiennes jouent adroitement mais sans outrance sur le contraste de leurs personnages. L’une (Anaïs) essaie de réfléchir calmement sur le sens des mots et cherche avec obstination "une cohérence" à sa vie quotidienne alors que sa partenaire (Justine), plus angoissée, bataille et se révèle finalement poète après une crise de mutisme à la fois inquiétante et comique. Terriblement tragiques lorsqu’en se disant heureuses elles fondent en larmes, elles sont en même temps très drôles ! Souvent étonnantes dans leur gestuelle et leurs déplacements, elles se croisent, s’associent, se fuient, se font face, se perchent, disparaissent, réapparaissent de manière facétieuse, etc. C’est très prenant. Tout est mis en jeu pour rendre la pièce accessible. L’utilisation humoristique du décor et des effets sonores apporte de bonnes ponctuations comiques et le public rit de bon cœur. Ces pirouettes ne gomment pas la profondeur du propos, mais l’accompagnent en nous incitant à rire de nous-mêmes et de nos absurdités. Une réussite.

 

Cette pièce propose une réflexion intéressante sur notre monde encombré, compliqué et où nous passons beaucoup de temps à chercher un sens aux mots, à la vie quotidienne et à notre rôle. Ce spectacle convient parfaitement à un public attentif au langage ou curieux des questions de société. Cependant l’inventivité de sa mise en scène et l'humour qui s'en dégage donnent à la pièce un dynamisme qui séduira un public plus large, tout simplement amateur de plaisir théâtral.

   

Catherine Polge

 

Autres spectacles commentés :

« La Voix des clochards célestes »

« Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne »

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 09:00

L'Arrache-coeurSpectacle de l'Arthur Théâtre (34), théâtre Pierre Tabard, Montpellier (34) le 19 Fév. 2014, 20h30.


A partir du texte intégral de "L'Arrache-coeur" (Boris Vian, 1953)

Adaptation, mise en scène et interprétation : Carole Ventura

Oeil extérieur : Luca Franceschi

Costumes : Caroline Deleens. 

  

vivant-3-toiles-4Genre: monologue théâtralisé

Durée: 1h15

Public: à partir de 15 ans

Création 2009 en Chine

 

 

Fondé en 2009 par Carole Ventura à Pékin, l'Arthur Théâtre est à Montpellier depuis 2013. Carole Ventura, familière de l’œuvre de Boris Vian, a adapté "L’Ecume des jours" et créé "Histoire de Vian" et "Vian Jazz et Blues".


L'intrigue : Près d’un village dont les habitants ont d'étranges mœurs, la maison d'Angel et Clémentine, entourée d’un jardin, est perchée sur une falaise d'où elle domine la mer. Clémentine, assistée du psychiatre Jacquemort, accouche de "trumeaux" (2 jumeaux et un 3ème). Traumatisée par les douleurs et accablée par cette triple maternité, elle renonce à toute vie sexuelle, décide que ces petits n’appartiennent qu’à elle et chasse Angel, leur père. Seul Jacquemort est toléré par Clémentine qui se torture jour et nuit en imaginant les effroyables dangers qui menacent ses enfants. Alors que les "trumeaux" essaient d’échapper à l’emprise de leur mère dans des jeux risqués, celle-ci cherche par tous les moyens à les protéger. Finalement, au paroxysme de l’angoisse, Clémentine les mettra en cage. Le roman de Vian, d'inspiration autobiographique, est très noir et ne manque pas d’annotations cruelles.

 

Du texte original, Carole Ventura a sélectionné une majorité de dialogues de la mère, évitant ainsi toute dispersion. La trame narrative est centrée sur la montée en puissance et la violence de l’angoisse de Clémentine et sur l'appétit de vivre de ses enfants. Les anecdotes un peu barbares du roman sont laissées de côté. Le découpage donne un rythme très soutenu tout en transmettant la poésie, l'onirisme, la cocasserie et l'humour incisif de Vian. C’est réussi.

 

Seule en scène, Carole Ventura, avec une diction magnifique, joue Clémentine, les 3 enfants et même Jacquemort. Clémentine apparaît comme une femme épuisée, littéralement "vidée" mais en colère, se sentant incomprise dans ses blessures de l'accouchement. Elle s'en prend à "l’homme", Angel. Il se matérialise sur le plateau par une lumière hésitante qui s’efface ensuite dans les coulisses : c’est excellent. Une fois le père chassé, Clémentine est livrée à son imaginaire, et craint les pires horreurs pour ses fils. Agitée frénétiquement par une inquiétude subite, elle se crispe ou sourit pour essayer de se rassurer. Mais, poussée par un besoin irrépressible de contrôle, elle se lance toujours à la recherche des enfants. Bref, elle n’est jamais en paix. Le jeu de la comédienne est fascinant et m’a fait vivre tous les sursauts du débat intérieur de Clémentine. La voix, les mimiques, le regard, la gestuelle, le corps entier de Carole Ventura donnent vie à ce personnage dramatique. Son incarnation des enfants qui jouent le soir en cachette dans le jardin est surprenante et lumineuse. L’une après l’autre leurs têtes blondes un peu hirsutes apparaissent en haut d’un mur. Echappant à leur mère ils s’échangent des secrets et apprennent à voler. Carole Ventura leur prête des regards et des voix pleines d’une vérité émouvante. Il y a ainsi, hors de la présence de la mère, quelques moments de paix dans cette pièce à l’atmosphère tourmentée. La nature, la mer, le ciel et les oiseaux, qui pour Clémentine sont sources de dangers à contrôler, ouvrent malgré elle de merveilleux horizons.

 

La mise en scène qui s’adresse directement à l’imagination du spectateur a réussi à me transmettre les éléments oniriques ou burlesques du texte, autant que sa violence et ses moments de grâce. Scénographie et  décor jouent sur l’évocation plus que sur la représentation. Ainsi, 3 petits berceaux dorés sont accrochés au fond et un écran translucide permet les retours de Carole Ventura dans le personnage de Clémentine. Une petite estrade suffit à nous faire imaginer la servante appelée par Clémentine. Un simple chapeau et voilà Jacquemort. Et en final, une jolie cage enrubannée hissée au plafond tourne dans la lumière, aboutissement tragique de ce délire maternel.

 

Tout concourt à la réussite de cette très belle adaptation qui respecte l'auteur : l'excellent jeu de Carole Ventura, la scénographie simple et efficace, l’éclairage expressif et la musique. L'évocation dramatique de la naissance et les terreurs de Clémentine peuvent être éprouvantes pour certaines sensibilités (femmes enceintes, par exemple…), mais les discussions à la sortie montrent que la poésie permet de prendre de la distance avec le propos. De bons débats sur "l'amour maternel" peuvent prolonger la représentation !

 

Autre spectacle de la compagnie commenté sur le blog : lecture théâtralisée dans "L'écume des jours ".

 

Catherine Polge

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 11:05

BorgesVSGoya- 5-12-2013 Sortie Ouest photo Joel Cornetspectacle de la Compagnie Akté, vu le 5 décembre 2013 à Sortie Ouest, Béziers.

D’après : Rodrigo Garcia

Mise en scène : Arnaud Troalic

Avec : Julien Flament et Arnaud Troalic

Conseil scénographique : Raphaëlle Latini et Pascale Mandonnet

Collaboration artistique : Anne-Sophie Pauchet et Patrick Amar
Dramaturgie : Florence Gamblin
Création vidéo : Vincent Bosc.

vivant-3-toiles-4

 

Catégorie : Théâtre
Durée : 1h15
Public : à partir de 15 ans 

A jardin, enfermé dans sa voiture, agité, tendu, un amoureux de Borges ; tellement amoureux qu'il a assisté jadis à une conférence du maître, au cours de laquelle l'écrivain l'a déçu ; depuis, il ressasse sa rancune, faisant tourner en boucle son passé intellectuel, le confrontant à son présent guère reluisant.
A cour, avachi sur son canapé, hystérique, nerveux, un amoureux de Goya ; il aimerait bien dépenser la petite somme qu'il a amassée à mener ses enfants au Prado voir les toiles du génie ; mais ceux-ci préfèrent Disneyworld ; et il ressasse ses envies de grandeur artistique, faisant tourner en boucle dans sa tête son présent de prolétaire inculte.

Le lien entre les deux : Rodrigo Garcia, l'auteur le plus punk du moment, qui nous donne une nouvelle fois avec ces deux textes courts un aperçu de son univers entre Mickey et Schopenhauer. Il est question en vrac, dans ce spectacle éprouvant et provocateur, de Culture, de culture, de philosophie, de sodomie, de chanson populaire, de canapé en cuir, de capitalisme, de Mickey Mouse, de slip kangourou et de dépression. Il va surtout être question de deux hommes d'aujourd'hui, rêvant d'intelligence mais se heurtant aux contingences de la société marchande et consommatrice, et noyant leur chagrin dans des cris, des danses frénétiques et des injures à la face du public.

J'aime ce théâtre engagé, frontal, cachant sous les potacheries de mise en scène la profonde tristesse de qui est né au mauvais endroit, au bas de l'échelle sociale.
La langue de Garcia, expressive et directe, est superbement mise en scène par Arnaud Troalic, qui la fait écouter aussi bien en espagnol qu'en français, et qui surtout a compris qu'elle se lance en direction du public comme une arme dévastatrice, comme un instrument pour déclencher le malaise autant que la réflexion.
Le public est tour à tour hilare, choqué, géné, dubitatif, charmé, ennuyé, bousculé par ces mots qui préfèrent questionner plutôt que de donner des leçons.
C'est ça, Garcia : toutes les émotions du monde y passent, les bonnes comme les mauvaises. Arnaud Troalic l'a compris, qui utilise la kitscherie autant que la grande culture dans son esthétique et tout autant les influences de Godard que celles du punk.
Si le spectacle est parfois en dents de scie, c'est parce qu'il accepte les moments de creux, qu'il accepte d'être parfois déplaisant ou facile. Si le public entre dans ce jeu, s'il accepte de ne pas tout comprendre, s'il aime le théâtre qui ne se laisse pas attraper aussi facilement, il passera un moment unique et parfait à regarder "Borges vs Goya".

A retrouver très vite au Théâtre des 13 vents, donc, le sulfureux metteur en scène hispano-argentin ayant tout récemment succédé à Jean-Marie Besset pour diriger le Théâtre des 13 vents, Centre Dramatique de Montpellier.

 

Danielle Krupa - Allez Zou !

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:32

La Mort de Don Juan 1Spectacle de la Compagnie Théâtrale Francophone (34), vu le 19 Janvier 2014, 15h, au théâtre Pierre Tabard, Montpellier (34).

 

Texte et mise en scène : Damiane Goudet

Assistant : Arevik Martirossian

Interprète : Luc Antoni (Don Juan)

 

vivant-3-toiles-4Genre : théâtre

Public : tous à partir de 15 ans

Durée : 1h10

 

Création 2009

 

 

Chez Molière, Don Juan est un jeune noble sicilien séducteur, cynique et blasphémateur, qui a fait sortir la jeune Elvire du couvent pour l'épouser et très vite la négliger. Constamment à la recherche de nouvelles proies dans une quête permanente de défis, il séduit les femmes pour aussitôt les délaisser et sème le malheur et la haine. A l'occasion d'une de ses perpétuelles provocations, il tue un commandeur dont la statue de pierre le provoque jusqu’aux enfers. Mourant, il laisse passer une dernière chance de se repentir avant d'être dévoré par les flammes. Ainsi se termine ce classique.

 

Prenant la suite de Molière au moment où Don Juan vient de mourir, Damiane Goudet lui accorde un peu de temps entre la mort et l'Au-delà pour s'adresser à toutes celles et tous ceux qu'il a détruits ou offensés. Seul face à Dieu, peut-il encore se repentir ? Alors que l'issue de l'intrigue est connue, j'ai ressenti tout au long de la pièce une tension analogue à du suspense, tant les émotions y sont contrastées. Cynique Don Juan est glaçant, arrogant il choque, malheureux il fait pitié, vaniteux il est comique (et la salle rit). Ne justifiant pas ses crimes, il proteste au contraire de sa sincérité, et se met ainsi à nu au moment d'entrer dans la légende. Dramatiquement seul au seuil de l'enfer, il lance ses derniers défis et assume sa vie passée. 

 

Tout au long de ce monologue intense, je n'ai pas vu le temps passer. Ce beau texte, où chaque mot est pesé, est très bien servi par la mise en scène, et par une scénographie qui cible l'essentiel. La pièce progresse dans un « entre-deux » fait de dévoilements et de masques, de mensonges et de vérités, de théâtre et de réalité, de vie et de mort... et Damiane Goudet nous conduit au seuil du mythe. Quelques touches d'humour amènent par moments une distance amusante. Luc Antoni donne une arrogance aristocratique à son personnage, sur le ton de la revendication comme de la confidence. Haute silhouette vêtue d'un somptueux costume inspiré du théâtre Nô, il transmet le poids des mots autant par la diction que par le corps, avec de brusques volte-face, une gestuelle parfois comme suspendue ou vive et fendant l'air. Sur le maquillage blanc du visage, les yeux, les sourcils noirs et la bouche rouge sont vifs dans les expressions. Au fil de son monologue, progressivement, le comédien quitte son costume et se démaquille. En pantalon et chemise noirs à la fin de la pièce, il cache à nos regards l'éventail et le masque du commandeur : le jeu est terminé pour l'acteur qui a repris sa personnalité. Il s'efface, Don Juan entre dans la légende et "une légende ne peut pas mourir". A noter que la qualité des éclairages et des choix musicaux complète la réussite du spectacle.


"La Mort de Don juan"  captive et offre matière à discussion sur le théâtre, les masques, les mythes et les passages d'un monde à l'autre. Bien que le texte de Damiane Goudet explicite l'intrigue, il me semble intéressant de prendre connaissance de la pièce de Molière pour apprécier pleinement ce très bon spectacle.

 

 

Autres spectacles de la Compagnie Théâtrale Francophone déjà commentés sur ce blog :

Titam Cmoi, Lune et l'accordéon, Pelagia, Antigone

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