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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
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On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 15:39

Moi je crois pas 2Spectacle de la compagnie de l’Echarpe blanche (34), vu le 14 Novembre 2013, 19h30 au théâtre Pierre Tabard, Montpellier.


Auteur: Jean-Claude Grumberg

Mise en scène : Jean-Louis Sol

Interprètes : Suzanne de Morlhon et Jean-Louis Sol 

Direction d’acteurs : Jasmine Dziadon

Scénographie et Lumières: Jean-Louis Sol, avec la complicité de Dominique Raynal

Habillage sonore : Alexis Gigord

Remerciements au groupe musical Datcha

 

vivant-3-toiles-4Durée : 1h15

Genre : comédie

Public : adultes et adolescents

Première

 

 

La compagnie de "l'Echarpe blanche" créée en 2000 défend ici une pièce contemporaine sur un sujet d'actualité.


L’intrigue repose sur un extraordinaire dialogue entre Elle, Solange (Suzanne de Morlhon) qui dit croire, et Lui, Henri (Jean-Louis Sol) qui, avec une distance ironique, dit ne pas croire… à quoi ? Aux effets délétères des fayots ou à la vie sexuelle des Brahmanes en passant par l’immaculée conception ou le duc de Bordeaux, etc. Au fil de ces échanges souvent très drôles, le spectateur découvre la nostalgie, les incompréhensions, l’ennui, les regrets, le sexe, la tendresse et l’amour qui ont tissé la vie de ce couple aujourd'hui au seuil de la vieillesse. Les dialogues mesurent le temps qui s’écoule et finissent par trahir l’installation d'une maladie d’Alzheimer chez Henri, jusqu’à l’oubli de tout. 


Dans un salon où canapé et télévision occupent l’espace, les deux comédiens rythment le temps entre les « moi, je crois » de l’une auxquels répondent les « moi, je crois pas » de l’autre. Leurs dialogues ressemblent à des parties de ping-pong où gestuelle, mimiques et intonations montrent l’affrontement répétitif de deux logiques que seuls viennent rompre le sommeil ou quelques moments d’intimité tendre. Au fil de scènes rythmées par l’éclairage, je vois leur relation évoluer. Jean-Louis Sol qui incarne de manière amusante un homme luttant contre le vieillissement, commence à se montrer nerveux, puis perd son entrain, ses mots et la vivacité de son regard, jusqu’à l’effondrement brutal. Suzanne de Morlhon, impeccable en épouse lucide sous une apparence résignée, passe son temps devant des documentaires animaliers qui lui inspirent des réflexions d'une grande cocasserie. D'abord très réactive à la tension qui monte dans le couple, elle opère à la fin de la pièce un retournement spectaculaire en s'adressant longuement et tendrement à un mari au regard vide pour qui maintenant croyances et oubli ne font plus qu’un.  


Traiter ce sujet grave avec légèreté est intéressant et risqué. J’ai trouvé le pari réussi, tout en regrettant que l’écriture présente certaines inégalités, comme par exemple dans les modalités d'installation de la maladie d’Henri. Par contre, j’ai beaucoup apprécié la mise en scène et le solide duo des comédiens qui m’ont semblé porter la pièce avec intelligence, sensibilité et conviction du début à la fin. Ils apportent une finesse et un sens des nuances qui donnent une belle épaisseur et de l’élégance à ces personnages très attachants et nous permettent ainsi de nous identifier à eux. Elément important de la scénographie, le poste de télévision parfois délibérément envahissant joue presque le rôle d’un troisième personnage. Il se fait tantôt médiateur, tantôt témoin bruyant, gouffre infernal ou ouverture sur les instincts animaux, pour finir par se taire lorsqu'une forme de paix émerge avec le rééquilibrage des relations dans le couple.

A la fois drôle et pathétique, à l'image de la vie, ce spectacle étonnant et très bien joué soulève de belles émotions et suscite d’intéressants débats sur l’irruption d’une maladie de type Alzheimer au sein d’un couple. D’une manière plus large, je trouve que le duo complexe qu’il met en scène apporte une jolie contribution en faveur de la paix des ménages ! 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 12:02

Les Morts se vengent

Spectacle de la Compagnie des Grands Enfants (30), précédé de "Isobel la ressuscitée", vu le 31 Octobre 2013, 21h, à Montpellier, Théâtre Gérard Philipe. Texte intégral de deux contes de Claude Vignon (1856).

 

Mise en scène : Compagnie des Grands Enfants

Lecture / interprétation : Sidonie Amiot (Isobel, le cadavre) et Eric Doussaud (récitant, le médecin)

Mise en espace : Colette Pierolo et Eric Doussaud

 

VIVANT2-toiles-3Durée : 50 minutes

Jauge : Salle petite ou moyenne (peut se jouer en extérieur)

Genre : Théâtre, Lecture-spectacle

Public : à partir de 16 ans (une autre version à partir de 10 ans)

Sortie de création

 

La Compagnie des Grands Enfants explore les trésors des bouquinistes pour trouver des textes forts et les faire vivre en lectures théâtralisées. Ici sont réunis en un seul récit deux "Contes à faire peur" de Claude Vignon (pseudonyme de Marie-Noémi Cadiot), auteure de textes fantastiques. En cette soirée d'Halloween les morts vont se venger au Théâtre Gérard Philipe. Dommage que cette ténébreuse histoire n'ait attiré qu'une vingtaine de spectateurs, car elle se déroule à Montpellier à une époque où les avancées de la médecine faisaient marcher les imaginations... 

 

C'est dans le salon de Madame de M. que la triste vie de "Isobel la ressuscitée" nous est contée. Terrorisée par son mari, Isobel mourut jeune, mais revint d’entre les morts. Veuve vampire errant dans son manoir, elle séduit et épouse de jeunes hommes qui meurent ensuite d'un vieillissement accéléré. Un médecin raconte à son tour l'aventure terrifiante qu’il vécut en 1806, alors qu'il était jeune étudiant à Montpellier : ainsi commence "Les Morts se vengent". Enfermé par mégarde toute une nuit dans l'amphithéâtre d'anatomie de la Faculté de Médecine, il y fut violemment interpellé par des corps voués à la dissection... L'année suivante, dans le salon de Madame de M., alors que l'on s'étonne de la disparition du médecin, un fantôme passe dans l'obscurité et je reviens à la réalité des lumières et de mon fauteuil...

 

Eric Doussaud et Sidonie Amiot se relaient ou s'associent pour lire et théâtraliser les deux récits. L’émotion dégagée par ces textes lus ou dits est amplifiée par une scénographie simple mais qui m’a semblé efficace. L’ombre fugitive d’Isobel marque du sceau du fantastique la diction au ton inquiétant d’Eric Doussaud. Les formes allongées sous des draps dans l’obscurité de l’amphithéâtre d’anatomie et le glas qui sonne, provoquent un sentiment d’effroi avec une plongée forcée dans le réalisme. J’ai trouvé Sidonie Amiot excellente en cadavre de femme se réveillant pour lancer des imprécations contre les vivants, dans une diatribe surprenante pour l’époque sous une plume féminine. Les deux contes sont adaptés de façon à s’emboîter l’un dans l’autre. Et bien qu’un peu déroutée au début par l’incarnation d’Isobel, j’ai trouvé que la mise en scène articulait de façon fluide les passages d'un lieu à l'autre (du salon au manoir, puis à l’amphithéâtre, et retour au salon). Le fil narratif crée une boucle mais reste cohérent avec une bonne tension dramatique entre le surnaturel et le commun. Ne tombant ni dans la farce ni dans le grotesque ce spectacle associe le sexe et la mort, joue avec les malédictions et le Mal, ose l'occulte et le macabre. Je m’y suis laissée immerger avec délices !


Ce spectacle original m’a séduite (alors même que c'était une sortie de création) pour le choix des textes et la qualité de la théâtralisation. Pour qui veut bien se laisser emporter, il offre un voyage dépaysant dans le fantastique, ce monde où tout est possible, en sortant ces deux contes de l’oubli. Comme la violence crue du texte de la scène située dans l'amphi d'anatomie ne convient pas à un jeune public la Compagnie propose, en "spectacle détachable", une version pour enfants à partir de 10 ans.

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 10:51

love me tender 2 - les origines du malSpectacle de Manuel Pratt, vu le 19 octobre 2013 au Théâtre de Poche (Sète - 34).

 


Texte : Manuel Pratt

Conception et jeu : Manuel Pratt

 

VIVANT2-toiles-3


Genre : Création Solo

Durée : 1 h

 

 

 

Il est comme ça, le Manuel Pratt, depuis ses premières vannes sur Emile Louis et ses premiers gags autour de Mère Térésa : il s'attaque directement au foie, à grands coups de savate... et le pire, c'est que c'est drôle.

 

Ce n'est pas avec "Love me tender 2" que le compère s'est assagi, c'est le moins qu'on puisse dire : le voilà sur les traces d'un serial-killer pur et dur, qui décrypte pour nous les raisons de son job de tueur, décrivant longuement les tortures qu'il fait subir à une prof de biologie ou les duels horrifiques auxquels il se livre avec son alter-ego  féminin (car, oui, on peut tomber amoureux chez les serial-killers).

 

Surtout, il en profite pour emprunter de savoureux chemins de traverse où il assassine au passage nos contemporains, jouant sur l'ambiguïté de la violence moderne : qui est le plus monstrueux, du politique ou de l'assassin ? Et ne sommes-nous pas tous des bourreaux en puissance si on laisse le champ libre à nos pulsions ?

Ca pourrait être une thèse socio pénible ; mais c'est oublier que Pratt est avant tout un maître de l'humour noir et du trash.

 

Du coup, c'est triste à dire, mais voilà : j'ai ri comme une clé à molette devant les excès néo-punk de l'ami Pratt, véritable Sioux tatoué qui impose peu à peu le rire au milieu de l'horreur (et sur les sièges grinçants du Théâtre de Poche je peux vous dire que ça fait de l'effet !).


Difficile numéro d'équilibriste que Manuel Pratt effectue en maître, jonglant sans cesse entre le film d'horreur et le pamphlet antisocial, entre Hannibal Lecter et Lenny Bruce. Bien sûr, son personnage est caricatural, et on peut grincer des dents devant le schématisme des situations ou de la psychologie du personnage. Mais parvenir à faire rire avec des arrachements d'yeux et des dissections de petites vieilles relevait de la gageure, et je ne cacherais pas mon plaisir devant les monstruosités verbales (débitées en staccato, le rythme de parole du sieur étant proche de l'épilepsie) de Manuel Pratt.

 

Le jour où celui-là sera racheté par le bon goût, les poules auront des dents. Ca fait du mal, ça fait du bien. Respects.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 12:13

Ce-que-j-appelle-oubli--vu-le-18-octobre-2013-a-Sortie-O.jpg

Spectacle vu le 18 octobre 2013 à Sortie Ouest (Béziers - 34).

 

Texte : Laurent Mauvignier

Conception et jeu : Alex Selmane

Collaboration artistique : Michel Quidu

Coproduction : ACB Scène nationale de Bar le Duc, avec le soutien du Théâtre de la Mauvaise Tête de Marvejols. Avec le soutien de Réseau en scène Languedoc-Roussillon dans le cadre de son accompagnement collectif En Jeux.


VIVANT2-toiles-3Genre : Théâtre

Durée : 1 h 30

 

 

 

 

Je ne connaissais ni les textes de Laurent Mauvignier, ni le jeu d’Alex Selmane. Deux raisons suffisantes pour me rendre sur les lieux du crime commis d’office par ces deux amoureux du théâtre contemporain.

 

Jour de décembre 2009 dans un supermarché de Lyon : un homme marginalisé emprunte une bière dans un rayon. Il ne le sait pas encore, mais c’est sa dernière boisson. Quatre vigiles lui bondissent dessus, le tabassent et le tuent. Vendredi soir à Béziers, ce drame s’est joué dans une église, lieu témoin par excellence, univers froid et rempli de lumière blanche comme dans les supermarchés, justement. Tout le paradoxe entre la lumière et la mort, la croyance et la certitude, l’écho que personne n’entend, l’oubli, le conscient. Le drame fait partie du spectacle de notre monde, et nous sommes ce monde. Mauvignier ne cherche ni à nous faire porter le poids de l’indignation, ni les voix de la victime ou du bourreau. Jamais il ne dit ce qui est bien ou mal, il témoigne. C’est lui qui est indigné. Mais évidemment, nous le sommes surement tous et toutes. Car le spectateur devient témoin à son tour. C’est ce qu’a parfaitement compris Alex Selmane dans ce monologue qui raconte la scène sous tous ses angles, en parlant aussi bien des faits, des lieux, que de la victime ou de ses bourreaux. Le spectateur est ainsi invité à écouter, en silence, comme le frère de la victime disparue.

 

Les deux gars ont une approche plutôt "spéciale" du fait divers et de la banalité. Jouer un drame de supermarché dans une église, le paradoxe est grand. Et plutôt habile. Laurent Mauvignierl’auteur, le raconte dans un style littéraire dépourvu de points ; si puissant qu’il porte tout le sens et les représentations des scènes de cruauté jusqu’à l’épure, un peu comme quand le prélat prononce son dernier ave maria. Et Alex Selmane, le comédien, l’interprète de manière si suspendue et minimaliste que, presque mort dans lui-même et dans un état semi-religieux, plongé parfois dans le noir dans ce décor mis à nu, il installe un espace silencieux, étrange et pur entre le public et lui.

C’est peut-être dans ces langueurs que je me suis perdue justement, regrettant souvent que l'interprétation du comédien ne soit pas plus brutale, plus enragée face à l'injustice. La pièce invite à être témoin de l’absurde, de l’atroce, du monde... Comment ne pas être indigné ?! Voilà pourquoi je pense que la pièce est par trop moralisatrice. Elle ne donne aucune piste face à l'incapacité de répondre à ces questions triviales et maintes fois rebattues : "combien valait-il de bières ? Au final, dis ?" Il est évident que l'on n'imagine pas une seconde que l'on puisse tuer quelqu'un pour des bières ! Les faits sont scandaleux, estomaquant. Les scènes décrites sont d'une violence barbare, alors pourquoi enfoncer des portes ouvertes sans envoyer ses tripes ? Le comédien, presque statique, rend le témoignage suspendu. J’ai eu l’impression de glisser petit à petit dans une forme d’engourdissement de mes sens, à la fois témoin de l’absurde, de l’atroce, du monde et des injustices de la vie, et pourtant incapable de trouver une réponse ou une solution. C'est peut-être ça être abasourdi.

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 13:05

Panier-Piano.jpgSpectacle de La Familia Stirman (69), vu le dimanche 29 Septembre 2013 à la 2ème édition du Festiv'halles « Complètement Berges » de Saint-Gilles (30).

 

De et par Léonor Stirman.

 

vivant-3-toiles-4

 

Durée : 1 heure

Public : à partir de 7 ans

Genre : Théâtre/one woman show 

Création 2011

 

 

Seul en scène, un piano. Puis entre une pianiste, Golda Schmendrick. On pense assister à un récital... mais pas du tout. Elle nous convie à une conférence sur le piano classique ! La conférence débute, sérieuse. Mais à l'évocation de l'ancien professeur (et mentor) Ivan Gorevitch, une cheville se tord. Un premier faux pas dans ce qui s'annonçait comme un discours bien huilé ; un détail qui donne le ton et qui reviendra comme un gimmick à chaque évocation de l’amant perdu !

Puis très vite le public est interpellé. Il parait que tout le monde peut jouer de la musique, sauf que certains ont la fibre musicale, et d'autres non. Cette fibre musicale, Golda Schmendrik la jauge au toucher des mains ! Elle jettera son dévolu sur William, qui a l'air si doué. Elle lance alors une gageure : faire de William un pianiste virtuose le temps du spectacle, grâce à la méthode révolutionnaire que lui a transmise son maître. Mais, en se rapprochant de William, la pianiste va petit à petit nous dévoiler ses failles. Et plus elle devient triste, plus les gags deviennent drôles ! On apprend que Ivan Gorevitch l'a un jour abandonnée sur le quai d'une gare. Alors elle noie son chagrin dans la vodka. Le rimmel coule, le rouge à lèvre déborde et on oscille entre rire et larmes... jusqu'à la fin, avec une émouvante interprétation d'une chanson de Barbara. Golda Schmendrick est plus pathétique que jamais, mais si touchante ! Même les enfants, qui avaient un peu décroché, reviennent au silence ; ne sachant pas très bien si la pianiste s'est écroulée « pour de vrai ». Le charme a opéré.

 

La comédienne prend un risque certain en invitant un spectateur sur scène pour la plus grande partie de la représentation. Mais j'ai senti qu'elle maîtrisait cet exercice et y prenait même du plaisir. L'heureux élu n'est jamais mis mal à l'aise, au contraire. Elle le valorise et c'est toujours d'elle que l'on se moque ! Son humour et ses capacités de jeu avec le public (et donc d'improvisation) donnent à ce spectacle interactif une couleur originale et unique.

J'ai vraiment beaucoup aimé, j'ai ri et été émue. Je ne trouve d'ailleurs pas mieux que les mots de l'artiste pour parler de ce qu'elle a fait vivre au public en jouant avec lui. En créant une « vulnérabilité réciproque : aucun, d’un côté ni de l’autre de la rampe, n’est à l’abri ! On se toise, on se teste et, au final, on se donne beaucoup les uns aux autres ». Un spectacle généreux donc, comme la comédienne qui, après une heure seule en scène, est restée échanger avec un public avide de la rencontrer.

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 09:44

car-tu-es-poussiere-25 septembre-13 vents

Spectacle vu le 25 septembre au théâtre des 13 vents (Montpellier).

 

Création : Harold Pinter
Mise en scène : Stéphane Laudier
Jeu : Fanny Rudelle et Jean-Marc Bourg

 

VIVANT2-toiles-3Durée : 1h 

 

 

 

 

 

Harold Pinter a tendance à être oublié dans le théâtre contemporain... mais le metteur en scène Stéphane Laudier a eu la bonne idée de remettre les pendules à l'heure, en nous faisant découvrir un texte fascinant de cet auteur anglais adepte de l'absurde et du non-dit.


Dans une ambiance mortifère et intemporelle, entre cauchemar lynchien et théâtre bourgeois, entre fin du monde et rêve éveillé, un couple parle. Sont-ils mariés, s'agit-il d'une patiente et de son psychanalyste, sont-ils en pleine séance d'hypnose, est-elle sous le joug d'un tortionnaire ? On ne sait pas vraiment, mais il va s'agir pour lui d'extirper sa parole à elle. Peut-être juste pour lui faire avouer une infidélité, peut-être pour qu'elle raconte beaucoup plus. Alors les mots sortent, chaotiques et sans ordre, frôlant souvent le non-sens mais abordant aussi des thèmes bien sombres. Et peu à peu, je comprends que cette parole arrêtée, ce difficile travail du verbe cache une impossibilité de dire ; dire l'horreur du monde moderne, l'Histoire effroyable de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Pinter n'utilise pas les mots directement, puisque la parole est condamnée à n'exprimer que la surface des choses. Alors pour dire la déportation il parle de football, pour parler de la responsabilité collective il évoque un stylo... Les mots sont toujours à côté. Et pourtant, la parole rythmée et acérée comme un scalpel est d'une précision diabolique. Et peu à peu, je saisis que ce dialogue étrange ne sert qu'à cacher quelque chose de beaucoup, beaucoup plus vaste. Et quand il évoque des bébés arrachés des mains de leurs mères ou des trains partant vers des destinations inconnues, le public se met à écouter ce dialogue d'une autre oreille.


Dans ce numéro d'équilibriste de la parole, il est évident que les deux comédiens (Fanny Rudelle et Jean-Marc Bourg) sont idéaux : ils font effectivement dans la dentelle. Leur travail est parfait, millimétré, musical. Le sens du rythme, induit par le texte mais savamment pesé par le metteur en scène et ses comédiens, fait pénétrer le spectateur dans un univers étrange, à cheval entre la quotidienneté la plus triviale (certains passages sont proches du théâtre de boulevard) et l'intellectualité totale. Dans un décor sobre (un fauteuil sombre, un sol tapissé de cendres, le tout entouré de velours rouge), dans des costumes et des lumières évoquant les à-plat d'Edward Hopper, dans des images d'une simplicité implacable (peu de mouvements, mais des placements de corps et de regards très contrôlés), le dialogue minutieux de Pinter prend tout son (non-)sens.

J'ai trouvé ce spectacle plus intéressant quand il était pleinement abstrait que quand il se risquait au dialogue comique, ou quotidien. En effet, les deux comédiens étaient plus à l'aise dans cette cérébralité toute de lenteur que dans les brusques accélérations de texte. Mais l'ensemble constituait un spectacle insaisissable et envoûtant, d'une intelligence constante et qui m'a placée face à une interrogation béante : comment raconter les horreurs de notre monde, comment parler aujourd'hui de l'inhumanité ? C'est à travers une main mise en baillon que la femme parviendra enfin à exprimer l'indicible, final bouleversant qui finit de me convaincre que j'ai assisté là à un spectacle précieux. Neurones titillés, yeux satisfaits : mission accomplie. Et malgré un rappel encore nécessaire, un seul regret : les gens ne savent toujours pas éteindre leurs portables.  

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 11:59

Spectacle de la Compagnie de La Mentira (34), vu à La Laiterie des Beaux-Arts (Montpellier) le 1er Oct. 2013 à 20h.Cabaret-des-passions-4.jpg


Auteurs et interprètes : Charo Beltran Nuñez et Leonardo Montecchia


vivant-3-toiles-4Genre : théâtre

Durée : 45 minutes

Public : adultes et adolescents

Sortie de création

 

Charo Beltran Nuñez, comédienne au répertoire varié, et Leonardo Montecchia, comédien et chorégraphe, se retrouvent ici dans un duo aux couleurs de cabaret. Ce spectacle est aussi joué en performance de 20 minutes dans des espaces alternatifs, dans le cadre du réseau "Hors Lits" de La Mentira.


Nous sommes une quarantaine réunis à la Laiterie des Beaux-Arts pour la première de ce spectacle. Sur le plateau, un canapé à motifs voyants et un abat-jour à franges. Charo, en lamé moulant et perruque flamboyante, et Leonardo, coiffé d'une moumoute bouclée, entrent en scène en musique et jouant la séduction. Leur démarche dansée et saccadée (façon cinéma muet) s'emballe puis s'enraye et débouche sur une incroyable conférence sur la passion, vite transformée en tango. Le ton est donné. Pendant 45 minutes et sur un rythme soutenu, tous deux jouent, miment, dansent et chantent des scènes passionnelles cultes du cinéma, de la chanson et du théâtre (parodies d'« Hôtel du Nord », de « Titanic », ou même de la mort de Juliette sur le texte de Shakespeare en Anglais et en Espagnol...). Cependant, bien qu’inspiré par des scènes célèbres ce « cabaret des passions » ne se réduit pas à une succession de tableaux. En effet, musique, gestes et dialogues s’entrecroisent et s'enchaînent avec aisance à partir d'un mot, d'un cri, d'une posture ; le tout formant un ensemble cohérent. Et c’est très drôle !

Les deux comédiens nous offrent  un déchaînement de tous styles de passion : romantique, puérile, sauvage, belliqueuse, dévorante (au sens figuré comme au sens propre !)... Il y a des disputes, des dos tournés, une bagarre hallucinante, un décarpillage accéléré derrière le divan, et même du sexe dans scène hilarante où chacun reste assis sur le canapé. IIs  se chicanent, se lèchent, se donnent des coups, se réconcilient...  En monologues ou en duos menés crescendo, les textes hauts en couleurs (inspirés d'auteurs connus ou créations personnelles) fusent : paroles lancées comme des flèches, déclarations grandiloquentes, mots d’amour bêtifiants et comiques... L’humour, décapant, piège souvent les mots au pied de la lettre.

 

Le jeu intense de Charo, avec de fortes vibrations émotionnelles et un humour bien trempé, allume toutes les tonalités de la passion. Leonardo, élégant et précis, provoque des ruptures comiques inattendues par un jeu d'abord surpris, puis enfiévré... jusqu'à tourner à vide ! Leurs gestuelles se règlent ou se dérèglent follement entre tranquillité et délire complet. J'ai apprécié également "l'orchestration" de la mise en scène, qui tient souvent de la chorégraphie.

Au regard de cette première représentation, ce duo enthousiaste et plein d'humour me paraît plus que prometteur ! Ce spectacle saupoudre d’une bonne dose d’humour décalé les chicaneries amoureuses, les disputes et les drames passionnels. Une bonne soirée en perspective !!

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 11:42

Spectacle de la compagnie Amarante (30) et de la compagnie Yvonne Septante (23), vu le 22 Juillet 2013 au Nautilus (Palavas - 34)De l'usage des bottines

 

Création et mise en scène collectives

Interprétation : Colinda Ferraud, Mélène Gibert, Juliette Lapeyre, Céline Mellier

Création musicale et adaptation : Frans Middelkoop, Bénédicte Derasse, Julio de Gouvenain

Textes des chansons : créations collectives et 4 reprises (Franca Rame, Virginie Despentes, Grisélidis Réal)

Aide à la chorégraphie : Séverine Gracia

Créations lumières : Thomas de Givry

Création décor : Bruno Vignon

Costumes : Cerise Meulenyzer, Juliette Lapeyre, Fanny Boix

 

VIVANT-3-COEURS-5

Genre : cabaret tout-terrain

Public : adultes et adolescents à partir de 14 ans

Durée : 1h30 environ

Création Juillet 2011

 

 

Dans l'esprit d'un théâtre populaire, et avec une exigence de qualité, c'est la première fois que les des deux compagnies collaborent. Les quatre comédiennes, formées à l'école Lassaad (Bruxelles), ont une pratique du corps en mouvement à travers des techniques variées.  Hélas, trop peu de spectateurs sont présents ce soir-là. Il faut dire que la salle, très belle et bien fléchée, est cachée derrière un immeuble. Dommage qu'aucun affichage accrocheur n'informe les touristes en front de mer ! 

 

Ambiance cabaret 1930 (paravent, bar, canapé "de style", coiffeuse...). Je suis tout d'abord frappée par le mélange des genres, avec un côté décalé dans les costumes et les maquillages : bottines, bas résille, justaucorps décolletés, shorts de couleurs (assez éteintes), bretelles masculines. Rien n'est flashy, ni lumineux. Les yeux charbonnés, sans faux-cils, ni fards, ni rouge à lèvres, elles parlent sans affectation. Ces femmes ne seraient donc pas juste de charmants êtres décoratifs ?

 

Freddie, Rose, Jojo et Billie se présentent, et je dresse l'oreille : "Elle mange, elle bouffe, etc." bref, l'une d'elles a toujours faim. Rose, elle, aime boire. Prostituée de métier, elle nous explique comment elle vit son activité. Jojo, quant à elle, a découvert l'auto-érotisme le jour de sa première communion "grâce" au puritanisme d'une religieuse. Puis Billie nous pose "les questions qui tuent" sur les métiers "pour femmes", sur le rose, le bleu et autres stéréotypes. Et voilà qu'au fil des paroles plaisir, masturbation, frigidité, simulation, orgasme, vaginite, clitoris, sont nommés. Je jette des coups d'oeil vers mes voisin(e)s... après un premier vacillement, le public est scotché. Quant à moi, d'abord interloquée, je constate que le jeu talentueux des comédiennes efface la honte et le mépris qui nourrissent trop souvent grivoiserie ou vulgarité lorsque l'on parle du sexe féminin. Je situe ce spectacle dans la lignée des textes des "Monologues du vagin" et "Appeler une chatte". Elles chantent, elles parlent fort ou bas, elles bougent, elles dansent, elles expriment leurs étonnements, leurs interrogations, leurs protestations, leurs révoltes aussi, avec un émouvant  poème sur le viol et la honte. Ne pas nommer les choses, ça crée tant de problèmes... mais l'humour arrive toujours à point nommé : "Mange ta salade fruits, ou j'appelle l'orgasme !".

 

Ce spectacle offre une grande diversité de tons : comique franc (mais jamais gratuit) comme cette invocation du poil et de la moustache, facétie plus subtile avec une histoire de doigts aventureux, séduction et déshabillage en belles ombres chinoises, ode aux amours adolescentes... Un discours décoiffant de Rose pose la question du bonheur (de quel côté du trottoir se situe-t-il ?) et s'achève dans un vrai délire ! Elles jouent même épisodiquement, et toujours avec à-propos, les scènes successives d'un film muet. Une partie supérieure du paravent est rabattue, découpant ainsi un grand cadre. Derrière, deux comédiennes apparaissent à mi-corps et interprètent (comme à l'écran) la rencontre, la séduction, la vie de parents et le vieillissement du couple. Désirs, disputes et  réconciliations. Clin d'œil aux relations cinéma-théâtre, une troisième comédienne échange divers objets avec le couple "à travers l'écran". Gestes et mimiques surjoués, paroles muettes et teintes en blanc/noir/gris me transportent aux débuts du cinéma. C'est jubilatoire ! Enfin, un intermède où toutes quatre nous servent "au fauteuil" une délicieuse salade de fruits permet de papoter en se rafraîchissant.

La musique créée pour le spectacle est impeccable, et les chansons (pour la plupart composées collectivement) montrent un bel usage des mots. J'ai beaucoup apprécié la chorégraphie des comédiennes, très travaillée, qui leur permet de jouer toutes les émotions en donnant constamment une impression de spontanéité. L'ensemble, ajouté à la justesse des propos, met en lumière le sexe féminin et les complications liées au seul fait d'être une femme. Les hommes sont interpellés, mais pas critiqués dans leur virilité. Par contre, l'intérêt des études de genres pour l'éducation à l'égalité saute aux yeux, loin des conflits idéologiques. Je me suis prise à rêver que le féminisme n'ait plus d'objet, et ceci grâce à une éducation à la connaissance et au respect de soi et de l'autre...

 

Un très beau spectacle à proposer, pour faire rire et réfléchir tout en bousculant très habilement les spectateurs. Pudibond(e)s ou non, hommes et femmes, jeunes ou moins jeunes et surtout, adolescent(e)s, n'hésitez pas à aller applaudir cet "usage des bottines" qui provoque de bonnes discussions ! Pour information, ce spectacle peut aussi se jouer sous une yourte. 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 13:55

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Spectacle de la compagnie La Révérence de l'Escabeau (34) d'après la pièce d'Eugène Ionesco (1952), vu au théâtre Gérard Philippe (Montpellier) le 18 Mai 2013 à 21h.


Mise en scène : Aurelia Gonazalez et Alexandre Cafarelli

Interprètes : Virginie Nieddu, Julien Meynier

Chorégraphie : Patricia De Anna

Création musicale : Aurelia Gonzalez, Arslan Elbar, Clément Danais, Pascal Musso

Décors : Julien Valluet, Julien Meynier


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Genre : Théâtre

Public : Adultes et adolescents

Durée : 1h30 environ

 

 

 

C’est la première pièce de cette nouvelle et jeune compagnie, qui affronte ici un morceau difficile du répertoire tout en résussissant à donner un excellent spectacle.


Un couple très âgé va et vient à petits pas dans une salle de séjour aux fenêtres ouvertes sur la mer, et dont nous entendons le bruit régulier. Des silences, une conversation puérile ponctuée de trous de mémoire, des redites, des colères infantiles, des jeux et des disputes accompagnent leurs déplacements et semblent remplir une vie en suspens. On comprend vite que ce couple attend (ou joue à attendre) des invités, et qu'il se sent investi d'un message à transmettre. Lorsqu'enfin ceux-ci arrivent un à un, il se déroule un jeu inouï où les deux acteurs apportent de plus en plus de chaises pour accueillir des hôtes invisibles, se lançant dans des conversations enjouées, ou même intimes, et parfois cocasses. Assez émus et excités, ils évoquent des souvenirs peut-être... des regrets sans doute... mais aussi des rêves. La scène se remplit de chaises jusqu'à bloquer toute circulation, l'angoisse monte et tout s'affole. Le couple, convaincu d'avoir rempli sa mission pour "ne pas être oublié" et dépassé par son imagination, disparaît alors dans un dernier geste tragi-comique tel une envolée théâtrale. Cette folle effervescence qui fut édifiée sur rien s'achèvera dans l’ironie, avec le discours d’un orateur incapable de délivrer le fameux message car muet.

 

Les deux comédiens, pourtant jeunes et sans grimage, m'ont tout de suite fait pénétrer dans la vie fiévreuse et étriquée d'un couple qui s'efforce de combler le vide de son existence. J'ai apprécié l'équilibre de leur jeu d'acteur. Ils traduisent un malaise face au vide, au rien, tout en donnant chair à un couple englué dans ses rêves et sa solitude. Les personnages ne me sont ni apparus comme des marionnettes absurdes, ni comme des victimes d'un drame de la vieillesse. Du début à la fin, le couple évolue dans une véritable chorégraphie exprimant et contrôlant leur énergie vitale. J'ai trouvé cela très intéressant. De la musique, des bruitages, une chanson, le rythme d'une pendule et un décor au réalisme démodé presque kitsch (il faut oser !) accentuent l'impression d'isolement à deux.

 

J'ai été émue par ce spectacle à la fois drôle, pathétique, tendre et cruel ; pur théâtre de l'absurde qui n'exclut cependant pas la dimension humaine. La salle était comble et les comédiens ont été à juste titre très applaudis. Ce spectacle me semble propre à séduire tout public (cependant prêt à apprécier avec humour les situations très décalées) et pourrait constituer une bonne source de débats pour des lycéens. Une compagnie à encourager !

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 23:20

Compagnie  Matador (75)Madame-Laculture.jpgvivant-3-toiles-4

Spectacle vu le  26 juillet 2013 à 18h15 à l’Espace Alya, dans le cadre du festival Off d’Avignon (jusqu’au 30)

 

De et avec Rafaële Arditti

Mise en Clown : Raphaël Almosni
Regard extérieur : Noémie Lefèbvre, Franck Lepage
Régisseur : Xavier Pierre

 

Genre : Théâtre de la réalité, clown

Public : adulte

Durée : 60 mn

 

Mme Laculture arrive en retard comme il se doit, un peu pompette au sortir d’un apéro à la mairie. Directrice du CEPGTN, Comité d’Ethique et de Programmation du Grand Théâtre de Niais, elle vient nous présenter le premier festival des arts novateurs et des réseaux innovants.

Tenant un superbe personnage de clown, Rafaële Arditi se moque de la culture et de ces discours vides de sens et « autoportants », semés de sigle à rallonge. Elle met en avant, parfois avec inégalité, les travers de ce binôme culture/politique qui reste étroitement entremêlé.

Drôle, pertinent, rythmé et jouant avec plaisir avec le public, ce spectacle est une bouffée d’air frais dans ce petit monde aseptisé qui joue souvent le club privé.

Pour ma part, il y manque une question fondamentale, c’est la notion de pouvoir, qui débouche essentiellement sur le pouvoir de donner (ou prendre) de l’argent ! Car ici aussi cela reste, malgré les négations offusquées de ce petit monde, le nerf de la guerre.

Ce spectacle fait suite à son précédent travail « Sarkophonie, dissection dyslexique du discours réactionnaire », reposant sur un vrai discours décortiqué de Nicolas Sarkozy. Ce spectacle qui a connu un certain succès à travers les réseaux culturels associatifs et militants a pourtant été l’objet d’un chantage économique de la part de la Drac Rhône-Alpes. Dans le cadre d’une programmation au festival « jouons sur les mots », près de Grenoble. Celle-ci a menacé de supprimer la subvention au festival si le spectacle n’était pas retiré. Un peu gros, et pourtant vrai !

C’est aussi donc suite à cette histoire, que Rafaële a souhaité analyser le contenu des discours et l’entre soi de ce monde culturel jouant l’ouverture mais complètement hermétique à d’autres visions. Au lieu d’exclure comme elle le fait trop souvent aujourd’hui, la culture devrait ouvrir, partager, faire découvrir.

Tous les textes sont donc tirés de réels discours, parfois réassemblés, prononcés lors de manifestations réelles : ouverture d’exposition d’art contemporain (là, elle s’est régalée), présentation de saison de scènes nationales ou festivals innovants.

Et au final, que tout cela ait pu être dit, c'est cela qui est alarmant. Alors amis courageux, n'hésitez pas à programmer ce clown politique qui souléve de vraies questions sur le sens et le non sens de la culture.

 

 

 

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