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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Découvrez sur le site www.vivantmag.fr, le catalogue des spectacles repérés... et l'ensemble des services de l'Association d'Aide à la Diffusion Interrégionale du Spectacle Vivant, l'AdAdiff.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 15:08

delirium-saga-circus.jpgSpectacle de la compagnie Bazar Forain, vu le 26 juillet 2013 à 21h30 sur le Terrain Vannier (collectif le Petit Chap Rond Rouge) dans le cadre du festival Off Chalon dans la Rue.


De et avec : Thomas Barès, Luc Grall, Yann Provost, Jordane Terpant.


VIVANT2-toiles-3Genre : Cirque et musique

Création : 2013

Durée : 1h

Jauge : 230 personnes

À partir de 6 ans


Amateurs/trices de spectacles à l'eau de rose, passez votre chemin. Ici, tout est fait pour vous mettre mal à l'aise : personnages torturés, ambiance inquiétante... L'ensemble, très esthétique, dégage un côté malsain assumé. On est d'ailleurs accueilli par un hurluberlu au pied enchainé qui nous invite à applaudir (déjà ?!) en hurlant une sorte de grommelo. 


Un seul artiste assume en fait tous les moments de cirque (jonglage, corde, funambulisme...). Ses numéros, intéressants esthétiquement et techniquement, s'enchainent sans que j'y ai vraiment vu de liens, si ce n'est les 3 autres artistes qui apparaissent entre les scènes, mais sans trop de raison d'être... Seul Monsieur Loyal (muet) semble être à sa place puisqu'il installe, range et nettoie, le tout avec prestance et dignité. Mais l'ensemble sonne creux et manque cruellement de sens. Peut-être suis-je passé à côté ? Je n'ai pas non plus apprécié le moment de jonglage avec une massue, agitée à pleine vitesse au nez des gens. C'est une sorte de mode cette année, semble-t-il, de vouloir faire partager aux publics les risques pris par les artistes. Si j'avais voulu me refaire une beauté, je serai allé chez le chirurgien !!  

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 18:23

Compagnie Théâtre Java (75)Si-ca-va-bravo.jpg

Théâtre des Carmes, 6-28 Juillet 2013, 18h, Avignon, festival off

De Jean-Claude Grumberg

Interprètes : Etienne Coquereau et Renaud Danner

Mise en scène : Johanna Nizard

Costumes : Agnès Roland VIVANT2-toiles-3 

Scénographie : Othello Vilgard

Lumières : Paul Boreilles  

Chorégraphie : Marie Bonnet

Genre : théâtre

Durée : 1h

Public adulte (à partir de 12 ans)

Création Luncernaire 2012

 

Etienne Coquereau et Renaud Danner  interprètent magistralement ces saynètes à deux voix savoureuses de Jean-Claude Grumberg ; cela commence par "çà va" ou par "Bravo", ca cause de la vie quotidienne avec dérision et impertinence qui servent magistralement cette série d'écrits sur les quiproquos et les paroles dites.

La scénariste Johanna Nizard évoque avec un plateau désespérement vide, pour mieux explorer cette langue à la mécanique diaboliquement drôle.

"Si ça va bravo" parle aussi du vide et du trop-plein, de la difficulté à vivre heureux et libre dans ce vide et ce trop-plein.

C'est du théâtre court qui évoque le passé , parle d'aujourd'hui et, qui sait, de demain, pour peu que demain ressemble à aujourd'hui.

Jean-Claude Grumberg à propos de  ce texte : "Si ça va bravo est une une tentative moderne de la Comédie humaine de Balzac rédigée virtuellement pour SMS et smartphone ..;"

Grumberg , auteur tragique le plus drôle de sa génération signe avec ce texte une caracature  grinçante et drôle , un texte pertinent, fin,accessible.

Un spectacle de qualité qui vous permettra  d'accéder à une écriture incisive sur le temps présent grâce la joute  théâtrale d'un excellent duo d'acteurs.

 

 

 

 

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 18:22

IMGP2284Spectacle de la compagnie "Thank you for coming", vu le 26 juillet 2013 au square Chabas (collectif Nezdames&Nezsieurs) dans le cadre du festival Off de Chalon dans la Rue.

 

De et avec : Fleur (la mezzo-soprano) et Sarah Selma Dolorès (la chanteuse des pavés)

 

VIVANT-3-COEURS-5Genre : chansons décapantes

Public ados & adulte

Durée : environ 1h

Jauge : environ 300 personnes

 

 

En voilà un spectacle qu'il fait bon voir ! Fleur et Sarah Selma Dolorés plongent les mecs dans le vitriol, et plutôt deux fois qu'une !! Vieux cons ringards et machos de tous bords s'abstenir... quoique. Ce spectacle (à déconseiller aux enfants qui ont des parents prudes) est un formidable bol d'air et de rire, qui détend tout en provoquant, qui pique et qui bouscule. Si en sus ça peut faire réfléchir, pourquoi s'en priver !! Attention messieurs, il vous faudra une sacrée bonne dose de second degré pour espérer apprécier ce "show" de bout en bout... car elles ont plein de choses à dire. Leurs chansons, géniales, vont crescendo dans le langage usité, jusqu'à une scène hilarante où Sarah Selma mime aux enfants de ne pas écouter les mots franchement crus, mais jamais vulgaires, proférés par Fleur.

 

Ces grandes dames, formidablement attifées façon Catherine Ringer, savent rebondir à merveille sur tout ce qui les entoure : un grillon, une sirène de police, un enfant en béquille, quelqu'un qui traverse la scène où s'en va avant la quête ! Vous l'avez compris, elles ne ménagent pas leur public. Mais pour ne pas faire de jaloux, elles manient également l'autodérision (vaudraient mieux pour elles, elles sont belges !). J'ai applaudi à m'en bruler les mains celles qui, avec force et finesse, savent chanter ce qui se dit tout bas... 

 

Commentaire et photo : François Polge

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 11:47

les-aventures-de-condom.jpgSpectacle de la compagnie Les Maladroits, rassemblé dans un lot de 4 spectacles autour du nom « Petites formes brèves relativement courtes », vu le 25 Juillet 2013 à 15h30 au Square Chabas dans le cadre du festival Off de Chalon dans la Rue.

 

VIVANT2-toiles-3Genre : Théâtre d’objets

 Création : 2013

Durée : 20 min

Jauge : 40 personnes

À partir de 12 ans

 

 

Spectacle intimiste, nous rentrons dans la caisse d’un 33 tonnes aménagée en deux salles de spectacles. Le marionnettiste est déjà là, tout en noir. Il nous attend sans broncher. Commence le spectacle. On le voit sortir une capote. Rien d’étonnant, vu le nom du spectacle… Puis il la déroule consciencieusement avec un air distant et visiblement interloqué, étonné par cette « chose ». En quelques manipulations, la capote devient (le jeune ?) Condom, un personnage muet qui va rencontrer différentes autres petites capotes qui n’auront qu’un seul mot à la bouche : l’Orgasme. As-tu déjà eu un orgasme ? Combien ? Avec qui le dernier ? Comment était le premier ? Dans ce qui semble être un parcours « initiatique », Condom va être ballotté par les uns et les autres, confronté à une sorte de pression sociale où règne le dogme de la performance, de l’expérience, de l’identité sexuelle, et qui ne laisse pas de place à la simplicité.

 

Je trouve très délicat d’écrire (et jouer) un spectacle sur ce thème, le risque étant de tomber dans le graveleux, le romantisme niais ou de se faire piéger par des généralités. Ici, ni l’un, ni l’autre, ni le troisième. Le sujet est traité avec simplicité, sans donner de leçons, en posant juste des questions… mais cette profusion de capotes et cette surexploitation du mot orgasme ont été pour moi autant d’obstacles à occulter, pour apprécier le reste. Peut-être qu’une utilisation plus légère et drôle des préservatifs comme marionnettes m’aurait permis de chasser ce mal à l’aise qui me guettait. L’humour (présent au début du spectacle mais qui s’estompe un peu par la suite) est pour moi est bon moyen d’aborder des sujets délicats. Par ailleurs, j’ai été un peu déçu par la fin, dont j’attendais plus de sens. Il est cependant certain que j'aurais du prendre plus de temps pour aller voir les 3 autres spectacles, et ainsi apprécier la globalité de la proposition…

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 22:01

Compagnie du Visage - Association Cabo Mundo (34)Hannah-Arendt.jpgVIVANT-3-COEURS-5

Pièce écrite par Avner Camus Perez

Vue au Thy Théâtre, le 20 Juillet 2013, 13h

Festival Off d'Avignon

Mise en scène : Avner Camus Perez

Interprétation : Théodora Carla (comédienne, violoniste, composition musicale) et Stefo Linard

Lumière et son : Gérald Farroux et Avner Camus Perez

Genre : théâtre

Durée : 1h20

Public : adultes et adolescents, à partir de 14 ans

Création 2013

 

Avner Camus Perez est dramaturge, professeur de philosophie, essayiste et comédien. Dans cette pièce magnifique il porte à la connaissance du public  la pensée d'Hannah Arendt, grande figure du XXè siècle, en évitant le piège du discours didactique. Le spectacle s'ouvre avec un terrifiant préambule de Shakespeare sur la xénophobie et l'empathie, annonçant l'alliance fructueuse du théâtre et de la philosophie politique par-delà les époques.

 

Pendant la guerre de 39-45, Hannah Arendt, philosophe allemande, auto-déclarée juive, s'évade d'un camp de transit et fuit à Lisbonne où elle séjourne brièvement en 1941 pour obtenir un sauf-conduit vers les Etats-Unis. Les archives quasiment muettes sur cet épisode de sa vie autorisent la fiction à s'en emparer.

A.C.Perez met magistralement en actes ces 3 mois d'attente en imaginant les rencontres entre Hannah et Jose Pedro de Azevedo, son intermédiaire fictif. Jose, journaliste, est le passage obligé pour l'obtention du coup de tampon qui déclenchera l'ouverture de la porte de "l'exil atlantique". La pièce suit leurs rendez-vous successifs dans différents lieux, toujours clos mais où s'insinuent les rumeurs de la ville, les mystères du Tage et les embruns de l'océan. L'ambiance est celle d'une ville de passage accueillante aux réfugiés dont nous voyons la triste affluence au début du spectacle sur un écran en fond de scène, dans des films d’époque.

Hannah ne fléchit jamais, ni durant l'interrogatoire de Jose, ni devant ses sous-entendus, ni quand il essaie de la séduire. Sans rien cacher de l’horreur des drames personnels ou collectifs, elle expose raisonnablement les motifs de son engagement ainsi que ses réflexions sur l'humanité, Dieu, le mal, le totalitarisme, l'exil, la clairvoyance, la citoyenneté, la Palestine etc. Elle aurait pu dissimuler sa judéité. Elle l'a au contraire proclamée et s'est engagée contre la barbarie, solidaire de ceux qui sont mis "hors le genre humain" et devenus "acosmiques".

 

 J'ai été frappée par le  jeu de Théodora Carla qui entre et sort de scène en glissant sans à-coups, silencieusement, comme si elle réservait la force de sa présence à l'expression de la pensée et des émotions ou au violon dont elle tire des airs sombres et violents de sa composition. Les phrases parfois dures sonnent clair, exprimant amour de l'humain, liberté de pensée et intelligence. Sa gestuelle et ses jeux de scène sont nets. Un terrible regard accompagnant le claquement sec du couvercle de sa valise, et tout est dit sur Vichy et le suicide de Walter Benjamin, son ami. Bref, comment penser maintenant à H.Arendt sans revoir son interprète ?

Agent d'une cause ambiguë, José le journaliste « littéraire » équivoque s’applique dans  son rôle d'enquêteur puis s'éprend d'Hannah et lui fait miroiter les "délices de l'abandon". La fin de la pièce donne une indication sur ses intentions. Le rôle de Stefo Linard aurait pu se limiter à un faire-valoir. C'est le contraire. Par son jeu qui passe de l'attitude contrainte aux débordements les plus expressifs, il incarne  les petitesses d'un personnage de chair et d'émotions piégé dans ses calculs. J'ai même eu l'impression que le costume faisait le moine, selon que José était sanglé ou négligé. Pitoyable et sans repères stables, il vit dans un autre monde que celui où évolue la pensée d'Hannah. Dans une ultime scène d'affrontement dansé, le rapprochement de leurs corps associé à la colère exprimée par leurs pieds qui frappent violemment le sol illustrent magnifiquement leur éloignement radical.

Eclairages, projections d'extraits filmés, musique, bruitages, emportent le spectateur dans ce monde douloureux. Nous voyons Amalia Rodrigues, jeune, chanter "Barco Negro" un fado de la séparation, dans un extrait des "amants du Tage". Des chants liturgiques hébreux et des chants du ghetto, nous accompagnent ponctuellement. La scène se noie dans une obscurité trouée de rouge, plonge dans la nuit complète ou dans une  lumière blafarde, et les rouge, blanc, noir, gris se succèdent, se mêlent ou jouent les contrastes.

Le travail théâtral rend captivante cette présentation d'Hannah Arendt. En abordant l'essentiel de sa pensée j’ai découvert une femme sensible, irréductible à tout compromis et en assumant les risques. Le langage puissant et souvent poétique, le rythme et la richesse de la mise en scène, le jeu des comédiens, procurent de grandes émotions.

Ma curiosité a été émoustillée. "A quoi sert" la philosophie ? Quels enseignements tirer de cette page de l'histoire du XXe siècle ? Comment concilier efficacement  l'action et la liberté de pensée ? Les spectateurs éloignés de la philosophie comme les plus experts pourront à mon avis partager le même plaisir devant ce spectacle bouleversant et intelligent.

 

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 13:14

la fleur au fusilSpectacle de la compagnie Théorème de Planck (75), vu le 16 juillet 2013 à 19h20 au Collège de la salle, lors du festival Off d’Avignon.

 

Interprète : François Bourcier

Auteur : Alain Guyard

Mise en scène : François Bourcier

Lumière : Frédéric de Rougemont

Son : Philippe Latron

 

vivant-3-toiles-4Durée : 1h15

Genre : Théâtre

Public : Adultes et adolescents à partir de 12 ans

 

 

 

 

Ce spectacle est basé sur un texte d'Alain Guyard qui a réussi, à partir de témoignages authentiques et de chroniques du front de la guerre de 14-18, un travail d’écriture remarquable.

 

J’avais déjà vu François Bourcier dans "Lettres de délation" et "Résister c’est exister". Cette fois-ci il nous entraine dans la boucherie des tranchées en interprétant plusieurs personnages de poilus, et nous raconte l’histoire de ces jeunes soldats, paysans, ouvriers sans grade... ces  gens de peu pris dans la folie meurtrière de la guerre. 

 Tous ces hommes ordinaires vont chercher à échapper à la mort en utilisant divers stratagèmes. L’un va se réfugier dans les prières, l’autre dans l’alcool, un autre dans la folie… Un, plus rebelle, sera fusillé pour avoir refusé d’enfiler le pantalon souillé de sang et d’excréments d’un de ses camarades mort ; pour l’exemple. Certains se mutileront  avec le fol espoir de retourner à la vie civile. Il y-a aussi celui qui, dès le début, s’interdit toute forme d'empathie envers ses camarades, et ce jusqu’à ce que son meilleur ami tombe sous les balles. Le personnage principal rugit contre ces gradés planqués derrière la ligne de front. Les obus tombent, des soldats gémissent, la Madelon retentit. François Bourcier, en incarnant tous ces personnages, s'engage et se révolte. Il joue avec ses tripes, jusqu'au bout.

La scénographie ne se sert pas de détails inutiles : un crâne, un képi, un casque, des tenues de soldats, et un poilu attablé avec sa bouteille de vin. Les sont éclairages magnifiques, la mise en scène est superbe.

 

Lâchement j’avoue que, par moments, j’ai espéré que la représentation se termine tant le comédien et l’auteur savent nous démontrer l’injustice, la cruauté et la boucherie de la guerre. Un spectacle bouleversant.

 

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 13:42

duo-poetique-pour-voix-et-violon-a-flaxlanden.jpgSpectacle de la compagnie Les Trois Temps (75)vu le jeudi 11 juillet 2013 à 17h40 à Présence Pasteur, dans le cadre du festival d'Avignon Off.

Comédienne : Maud Ivanoff
Violoniste : Aurélie Branger
Mise en scène : Emilie Wiest

 


VIVANT-3-COEURS-5

Genre : duo voix/violon

Durée : 1h


 

  Deux femmes sont sur scène. L'une en robe vert sombre, assise en retrait et tenant un violon, l'autre tout en noir et debout devant nous, digne et droite. Sur la scène, des lampes rondes à différentes hauteurs donnent une ambiance tamisée, comme des flammes assoupies. Le public est invité à se placer très près sur les côtés, aussi bien que devant, ce qui m'a fait penser à une agora. C'est une très bonne idée qui donne une proximité parfois troublante avec la voix et la musique, dans une pénombre tout aussi inquiétante et inquisitrice que douce et intimiste. La voix naît de cette femme jeune, belle et vêtue de noir, mais elle naît aussi du violon, voix sans mot tout aussi puissante et évocatrice. On nous explique tout d'abord que le texte a été écrit par Jean-Pierre Siméon (le créateur du printemps des poètes, lui-même poète) suite à un voyage au Liban en 1997, et qu'il s'agit d'un long cri contre la guerre. À quoi sert de crier contre la guerre ? À rien peut-être, mais on ne peut pas s'en empêcher, comme de crier lorsqu'on reçoit un coup sur le pied...


Le monologue poétique commence, dit par cette femme qui ne veut pas comprendre que l'on puisse briser la joie ; car comprendre, c'est commencer à accepter. C'est par moments une évocation de l'enfance, de la jeunesse, de l'émerveillement, des bonheurs petits et grands. Durant plus d'une heure la comédienne, excellente par sa présence, sa diction, sa sincérité et sa vérité, alternera murmures, narration tranquille, descriptions, révoltes et cris jusqu'au hurlement parfois. Elle accusera aussi. Oui, l'Homme de guerre, qui est-il ? Pourquoi se permet-il de tuer, de profaner, de torturer ? L'homme de guerre, qui a aussi été enfant et que la femme a enfanté. Comment comprendre ? Il ne faut pas comprendre. La comédienne, cette femme furieuse debout, se déplace tout près de nous et nous regarde dans les yeux, sans ciller, pour nous parler des bonheurs explosés en plein vol, et de la pulsion criminelle dont elle refuse toutes ces justifications que l'on entend couramment. Voix et violon se croisent, adoptent parfois la même ligne, s'accompagnent et se soutiennent. Parfois le violon, seul, joue. La violoniste se déplace également et joue tout près du public. D'autres fois le violon accompagne la voix, ou bien il la couvre. Il est silence ou fracas, douceur ou fureur...

 

Je me suis sentie totalement en empathie avec cette voix et ce violon. J'ai été portée par ces mots superbes et violents. Portée et emportée avec un grand plaisir, en même temps que bouleversée par l'horreur sans nom et par la vie en un cri. J'ai ressenti à la fois révolte et sérénité. Sans doute parce que tout m'a paru juste. C'est un coup de coeur, véritablement, car l'urgence du texte et son interprétation vocale et musicale sont porteurs de vérité, quelle qu'elle soit, et de beauté, dans sa simple pureté. C'est superbe, courez-y.

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 20:20

spectacle_9112.jpg

Spectacle de la compagnie "La Kolima"

vu le lundi 8 juillet 2013 à 16h au théâtre du Chapeau Rouge, dans le cadre du festival d'Avignon

 

Texte : Claude-Henri Buffard

Mise en scène et interprète : Marie-Line Rossetti 

vivant-3-toiles-4

 

 

 

 

 

 

  Une femme d'intérieur parle à Paul, son mari. Entre bruits de vaisselle rangée ou dérangée, disparitions dans la cuisine d'un air affairé, elle va et vient au rythme de ses réponses à Paul, dont on ne voit que le bas du pantalon et les chaussures qui doivent être propres (elle les nettoie pour qu'elles brillent). On n'entend pas les réponses de Paul, mais elle semble les entendre et y répond. Elle est heureuse : Paul lui propose un voyage. Enfin ! pense-t-elle, dit-elle. Enfin tu as compris que j'étais belle ! Elle est heureuse, sauf qu'elle ne connaît pas la destination du voyage et qu'elle a toutes les peines du monde à la faire avouer par Paul. C'est important, pourtant, car on ne prend pas les mêmes vêtements, ni les mêmes chaussures, suivant qu'on se rend ici ou là !

Pour ce voyage, Paul lui offre une robe rouge... et les choses basculent à ce moment, par un seul geste qui sème le trouble. Une robe jetée, un mensonge face à nous autres, spectateurs, qui n'avons alors plus que deux choix : nous sentir trahis, ou suspecter la femme au mieux d'incohérence, au pire de folie. Peu à peu, le sentiment d'incommunicabilité se mue en tragédie de la solitude.

 Le texte de Claude-Henri Buffard est très sensible, intelligent et percutant. Il a été écrit au début de ce siècle, et traite en grande partie du passage du XXe au XXIe siècle. Il est daté par un détail étrangement choisi : le décès de Jacques Deleuze (en 1995) qui s'est défenestré à 70 ans. Cela jette le trouble (pourquoi cette référence ?), mais ce trouble est latent depuis le début de la pièce : cette femme et sa façon de vivre sont d'un autre siècle, le dernier. Dans sa solitude, elle convoque de nombreux stéréotypes qui n'ont plus cours, ou si peu (en tout cas je l'espère) : elle attend que l'homme l'emmène en voyage, elle attend que ce soit lui qui lui offre la robe rêvée, elle attend qu'il lui réponde, elle est suspendue à chacune de ses réactions qui n'arrivent pas, ce qui lui donne le prétexte de ne pas prendre sa vie en main... Sous couvert d'agitation et d'occupation permanentes, elle est d'une passivité et d'une dépendance très dérangeantes pour nous, femmes du XXIe siècle. On espère qu'elle va enfin comprendre la destination de ce voyage en passant dans le siècle nouveau où elle trouve que rien ne change. Il faudrait que ce soit un devenir d'elle-même. Je vous laisse découvrir si l'auteur nous fait cette joie.

La comédienne Marie-Line Rossetti, seule sur scène dans ce long monologue, a beaucoup de présence et sait mener le spectateur où elle le désire. C'est une jolie performance, toute en finesse. Elle est d'ailleurs à l'initiative de la création de la compagnie, qui travaille dans la recherche de textes contemporains.

Un bon spectacle, en somme, mais dont le texte perd peut-être un peu de sa force au fur et à mesure que nous nous ancrons pour de bon en ce siècle déjà plus si nouveau.

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 17:31

Compagnie Un jour j'irai (71) yves-cusset-petit-manuel-d-engagement.jpg

Vu au Théâtre Pierre Tabard, Montpellier, le 14 Mars, 17h

Auteur et interprète : Yves Cusset

Direction d'acteur : Fanny Fajner

Adaptation d'un texte littéraire, solo théâtral

Durée : 1h10

Public : adultes et adolescents

 

Présent sur le Off 2013 

 

vivant-3-toiles-4

 

En 2008 Yves Cusset, touriste à bord d'un charter à destination de Kinshasa fut témoin direct de l'expulsion d'un Africain sans papiers. S'y étant ouvertement opposé, il fut interpellé par la police et mis en garde à vue.

A la suite de cette affaire, il a écrit sur l'engagement politique, d'abord un livre, puis ce spectacle où il met en scène un homme « ordinaire » qui, tel son double, se livrera au même acte de rébellion.

Une cinquantaine de spectateurs sont réunis ce soir-là. Le décor est réduit à quelques accessoires au service du texte.

Y. Cusset nous invite ici à suivre les aventures de son personnage dont l’état d'esprit passera par plusieurs phases, matérialisées de manière originale par des changements de costume effectués sur scène. En tenue décontractée et pieds nus, cet homme est poussé à "faire l'effort de s’engager politiquement - et nécessairement à gauche - parce que la droite c'est naturel."

C'est tout d'abord dans l'absolu qu'il explore les possibilités d'engagement, avec des jeux de mots désopilants qui déferlent à un rythme soutenu. Cusset malmène autant la droite que la gauche, pointe au passage les impasses des systèmes de pensée et débusque nos contradictions en jouant sur le mot "identité".  L'humour omniprésent est percutant et accentué par des mimiques étonnées et décalées.

Lorsque dans dans un second temps l'engagement  du personnage s'incarne dans l'action, un silence impressionnant tombe sur la salle. Nous assistons en direct à la tentative d'opposition à l'expulsion d'un Africain par Easy jet to come back home . La pantomime et les jeux de mots soulignent la tragique absurdité du fait divers et le public est carrément secoué. Toujours pieds nus mais en tenue asilaire, pour sa garde à vue, Cusset se dirige vers un asile immense : le monde, où il perd son ardeur protestataire. Alors, enfilant un superbe costume blanc et des chaussures, images de sa rentrée dans l'ordre, il s'accommodera du pire puisque "tout est question de vocabulaire. "Expulser" c'est comme "prendre un enfant par la main, l'emmener vers demain"…On retrouve le cynisme de Desproges, sur un fond musical ironique des chœurs de l’armée rouge.

La conclusion est laissée à Blaise Pascal "Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou, par un autre tour de folie, que de n'être pas fou". Enfin, en remettant ses vêtements "de ville" avant de quitter la scène, Cusset abandonne son personnage à ses compromis.

J'ai particulièrement apprécié la virtuosité linguistique et le jeu scénique d'Yves Cusset qui font monter le spectacle en puissance, jusqu'au "fait héroïque", puis le dégonflent comme à la sortie d'un rêve. Au-delà du feu d'artifice verbal d'une grande drôlerie, le personnage exprime un désenchantement qui ne lâchera pas les spectateurs. Pour un mammifère doué de raison ce "petit manuel" joue le rôle d'une fable en mettant en scène avec un humour incisif  les contradictions et  les petits arrangements dont nous sommes bien souvent tentés de nous satisfaire.

Un spectacle à conseiller à tout public, de droite, de gauche ou autre, pourvu qu'il soit doué aussi d'humour.

 

Autres commentaires des spectacles de Yves Cusset :

Rien ne sert d'exister  et N'être pas né.

 

Le theatre Pierre Tabard, c'est ici.

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 13:23

alexandre-berdat_les-bonnes.pngSpectacle de la compagnie Alexandre Berdat

à partir de la pièce de Jean Genet

vu au théâtre Au bout là-bas lors du festival OFF d'Avignon 2012.

Présent sur le Off 2013

Interprètes : Marine Assaiante, Céline Mauge, Lise Pujol
Mise en scène : Alexandre Berdat

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Le chef d'œuvre de Jean Genet (dont on dit qu'il est inspiré de ce fait-divers tragique qui deviendra l'Affaire Papin avec le procès des domestiques « modèles ») a éveillé l'intérêt de la France entière en 1933, des couches populaires aux milieux littéraires et intellectuels (parmi lesquels les Surréalistes qui étaient fascinés par ce double meurtre). Si la similitude entre les Bonnes et l'histoire des sœurs Papin est frappante, Jean Genet a toujours farouchement nié s'être inspiré d'un fait divers particulier pour sa pièce, à laquelle il donne d'ailleurs une issue différente. Il reprend, de toute façon, le même thème débattu après ce fait divers : le rapport de forces entre grands bourgeois et personnel de maison qui pouvait prendre des allures de relation maître-esclave, à une période où la domesticité avait pignon sur rue, tout du moins aux étages supérieurs des immeubles cossus des beaux quartiers parisiens ou provinciaux... Dans sa pièce, Jean Genet illustre cette tendance à travers une quête identitaire douloureuse.

Les bonnes sont Solange (l’aînée, qui semble plus révoltée) et Claire (qui paraît plus réservée). Elles sont au service d’une riche femme bourgeoise depuis plusieurs années. Ces deux sœurs entretiennent une relation assez ambiguë, peut-être homosexuelle, s’habillent à tour de rôle des robes de leur maîtresse, Madame, lors de scènes où les personnalités se mélangent, où les notions de personnages du théâtre perdent leur sens habituel : Claire se prend pour Madame, et Solange pour Claire. Au début, on est déroutés, on ne sait pas qui est qui, puis la folie du jeu sadique se révèle dans toute son horreur, au sein d'un huis-clos étouffant. Les deux comédiennes jouant le rôle des deux soeurs adoptent un jeu très physique, très en contact, où les regards sont aussi d'une grande force. Violence et érotisme sont très présents, jetant le trouble chez le spectateur pris dans cette relation auto-destructrice. Car Claire et Solange sont des pantins tragiques qui se débattent tout en sachant, au fond, qu'elles courent à leur perte. Il ne leur reste qu'à choisir la perte, si tant est qu'elles aient ce choix... En attendant, elles improvisent sans cesse sur le même canevas, jusqu'à ce que celui-ci dérape. Madame entre en scène, et c'est une respiration pour le spectateur mais de courte durée, car on comprend alors d'où viennent les rôles que se donnaient les deux bonnes. C'est elle, Madame, qui est à l'origine de tout, qui manipule les ficelles, sans s'imaginer une seule seconde la violence réelle qui se joue dans l'âme de ses domestiques.

Lorsque Marc Barbezat publie en 1947 "Les Bonnes" de Jean Genet, la pièce est précédée d’un  avertissement : « Comment jouer Les Bonnes ». On en connaît la phrase la plus célèbre : « Les actrices sont donc priées, comme disent les Grecs, de ne pas poser leur con sur la table. ». Genet blâme « l’érotisme individuel au théâtre » et ne cesse de répéter qu’il a écrit un conte : « Il s’agit d’un conte... c’est un conte... un conte... sous forme de conte... ». Peut-être cherche-t-il à se démarquer du fait divers qui l’a inspiré, mais il y va aussi d’une quête de "clownerie", et d'outrance figurative. « Chaque geste » écrit encore Genet « suspendra les actrices. ». Les trois comédiennes (surtout celles qui jouent les bonnes) sont fidèles à cet avertissement, où Genêt  écrit encore : « Je vais au théâtre afin de me voir sur la scène (restitué en un seul personnage ou à l’aide d’un personnage multiple et sous forme de conte) tel que je ne saurais - ou n’oserais - me voir ou me rêver, et tel pourtant que je me sais être. ». Le spectateur peut garder cette phrase en tête en allant voir cette adaptation des Bonnes.

On suit avec effroi le cheminement des deux soeurs, mais aussi avec fascination. Les comédiennes savent interpréter nos plus sombres penchants. On est captivés.

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