Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Profil

  • www.vivantmag.fr
  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr

Bienvenue

Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
Si vous souhaitez prendre contact avec l'une des compagnies présentées, adressez nous un mail à blog@vivantmag.fr, nous vous adresserons rapidement leur coordonnées.
Découvrez sur le site www.vivantmag.fr, le catalogue des spectacles repérés... et l'ensemble des services de l'Association d'Aide à la Diffusion Interrégionale du Spectacle Vivant, l'AdAdiff.
Le Catalogue Vivant 2013/2014 des Spectacles repérés est disponible...
> Commande en ligne sur le site.

Rechercher

Mode d'emploi...

Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 12:40

le-chien-au-croisement_la-voix-des-clochards-celestes.jpgSpectacle de la compagnie "Le chien au croisement" (34), vu au Théâtre Pierre Tabard (Montpellier) le 19 Mai 2013 à 16h, dans le cadre du festival Midi-Minuit.

 

Extraits de "La montagne intérieure" de Lionel Daudet (2001)

Mise en scène et interprétation : Julien Assemat

Direction d'acteur : Benjamin Guillaume

Regards extérieurs : Thomas Laurent et Myrtille Bastard

Régie lumière : Thierry Jacquelin


VIVANT-3-COEURS-5

Genre : Théâtre

Durée : 1h10

Public : Adultes et adolescents

Création 2009 en partenariat avec la Cie Afikamaya 

 

Pour la compagnie "Le chien au croisement", le théâtre est un engagement au service d'une idée : "vivre poétiquement". Ce spectacle a été inspiré à Julien Assemat (passionné d'alpinisme) par la lecture de Lionel Daudet, poète et alpiniste discret mais aux exploits hors normes.

 

Seul en scène, Julien Assemat escalade, évalue un parcours, calcule les prises, se glisse entre les parois, admire l'immensité du ciel, la clarté de l'air, dort suspendu à 600 mètres au-dessus du vide, jouit de la solitude, explose de bonheur et de liberté, souffre, s'obstine, tombe, se réveille hurlant à la mort. Il est alpiniste en action, il est "nous" aussi, dans nos projets et notre quotidien...C'est enthousiasmant, et j'ai enfin compris ce qui pousse ces fous toujours plus haut, plus loin, plus difficile : la liberté, les rituels du bivouac, le carré de chocolat à sucer lentement, l'inutile. Les plaisirs de l'exploit physique intense et rigoureux, du contact avec la roche, du bonheur d'exister, tout cela jaillit de scène. La poésie du texte traduit les états d'âme pendant l'effort, les pensées fugitives dans les brefs instants de réussite ou d'erreur, les rêves. C'est aussi très violent. L'alpiniste en position scabreuse "voit passer le train de sa vie"... Il chute même en direct, un vrai choc, et  "laisse le temps se dissoudre" avant de "rejoindre les frères inhumains". Les pentes du Cervin lui gèlent huit orteils et  il hurle contre sa souffrance, dans une longue lutte hallucinante. Mais la vie"flamme étrange et vacillante" s'obstine. En nous bousculant, ce spectacle nous montre qu'au-delà des souffrances on peut choisir "l'inutilité gratifiante" de l'exploit contre "la prison du côté du bitume"...

 

La gestuelle et les mimiques de Julien Assemat évoquent aussi bien les émotions et les situations concrètes que les paysages et ambiances de l'altitude, de l'air et du froid qui deviennent palpables. Les éclairages efficaces, et d'une grande beauté, ouvrent un large champ imaginaire à l'exaltation, l'effort, le repos, la souffrance, la mort annoncée, la solitude et les joies. Sur scène avec le comédien, on ne trouve rien qu'un grand sac poubelle et un caddie, détournés de manière surprenante et émouvante.

 

Magnifique dans sa dimension poétique, généreux par le partage qu'il propose, émouvant et parfois dramatique, avec quelques pointes de tendresse et d'humour, ce spectacle s'adresse directement à l'imaginaire du spectateur et à sa conception de la vie. Egalement très percutant, il me semble que les programmateurs doivent en tenir compte pour le proposer à des spectateurs, adultes ou adolescents, capables d'en apprécier le texte et la force scénographique sans se laisser envahir ni submerger. "La voix des clochards célestes" procure à la fois un plaisir esthétique, mais aussi une vision de notre propre montagne intérieure, parfois fort malaisée à gravir !

Partager cet article

Repost0
30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 11:05

compagnie-theatrale-francophone_Antigone.jpegSpectacle de la Compagnie Théâtrale Francophone, vu au théâtre Pierre Tabard (Montpellier) le 18 Mai 2013 à 14h, dans le cadre du festival Midi-Minuit.

 

D'après la pièce de Sophocle (442 av.JC)

Traduction : Philippe Brunet 

Mise en scène : Damiane Goudet

Assistante : Mona Cambon

Interprètes : Arthur Clot, Quentin Gratias, Elena Masson, Jacques Rebouillat, Lili Sagit

Costumes : Mira Belle Gille


VIVANT2-toiles-3

Genre : théâtre

Public : Adultes et adolescents

Durée : 1h20 environ

Création : 2012

 

 

C'est une terrible histoire de famille où deux frères, Etéocle et Polynice, se sont entre-tués ; le premier défendant son oncle le roi Créon, l'autre la mémoire de son père Oedipe. Créon décrète que Polynice, le rebelle, restera sans sépulture. Mais, enfreignant l'ordre royal, Antigone tente d'enterrer son frère malgré les conseils de sa soeur Ismène. Ici se scellera le destin tragique des quatre enfants issus de la lignée incestueuse d'Oedipe et Jocaste.

Passionnée et poursuivant un objectif paraissant absurde pour un esprit rationnel (puisqu'elle renonce à la vie pour défendre un mort), Antigone ouvre plusieurs débats sur la vie, le pouvoir et ses abus, la rébellion. J'ai vu dans cette pièce une succession d'affrontements exemplaires entre les discours raisonnables d'Ismène, Hémon et Tyrésias, et les entêtements inébranlables d'Antigone et de Créon, tous deux aveuglés par la passion. Quant au choryphée, il intervient calmement pour préciser les débats. 

 

Les dialogues commencent par un exposé des griefs, puis viennent des phrases brèves et incisives, sonnant comme des échanges de balles où Sophocle nous interpelle à 2500 ans de distance. Ismène se désespère de ne pas réussir à dissuader sa soeur de son projet mortifère : "De choses froides, voilà de quoi ton coeur est chaud". Entre Créon et Antigone, deux sens du devoir s'affrontent (la morale chez l'une, le pouvoir despote chez l'autre) dans une lutte très dure. Antigone sera condamnée à être immédiatement emmurée vivante... Hémon, son fiancé, fils de Créon, échoue à la sauver et critique violemment son père "Il n'est pas d'Etat qui soit la chose d'un homme seul". Quant au devin Tyrésias, intermédiaire aveugle entre les dieux et les hommes, il utilisera toute sa sagesse pour faire fléchir le roi, mais trop tard. Les dieux sont contrariés et le chaos annoncé est en route, semant la mort autour de Créon, impuissant et désespéré. On ne peut s'empêcher de faire le lien avec certaines de nos obstinations contemporaines, créatrices de discordes et de désastres.

 

La récente traduction utilisée dans cette pièce est percutante et accessible, avec des images fortes, parfois crues. Sur un texte magnifique plein de poésie violente, Lili Sagit campe une Antigone sensible mais déterminée, qui peut à la fois dire qu'elle n'était "pas faite pour haïr mais pour aimer" et que la mort ne lui serait pas "fatale". Les acteurs jouent sans masque. Le choeur, caché, ne m'a pas vraiment convaincue. J'ai aussi regretté que les costumes, créés dans un esprit d'évocation dépouillée, soient dans un état si négligé que cela m'a bien souvent gênée pendant la représentation. La tenue du garde m'a un peu étonnée par son aspect grotesque, mais peut-être est-ce voulu pour ce personnage craintif, servile et comique.

Experte dans la création d'Antigone de Sophocle, Damiane Goudet a réalisé ici une mise en scène simple qui a le mérite de rendre cette pièce accessible à un public non initié. Ces personnages tourmentés sont impliqués dans une vie politique qui scelle leur destin avec l'aide des dieux. Il me semble intéressant, à l'heure actuelle, d'écouter cette pièce qui se termine sur ces mots "Les discours hautains apportent des coups aux orgueilleux : leur châtiment avec les ans se mue en sagesse". Ce spectacle peut, à mon avis, être une source de débats enrichissants sur l'Antiquité grecque, les passions et le pouvoir, pour tous les publics curieux, y compris en milieu scolaire.

Partager cet article

Repost0
24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 12:53

karine-centanni_pourquoi-les-filles.jpgSpectacle de Karine C. (Suisse), vu le 9 Mai 2013 à 21h, à la Laiterie des Beaux-Arts, Montpellier, le 9 Mai 2013, 21h

 

De et par Karine Centanni

Regard extérieur : Nathalie Pfeiffer


VIVANT-croix 1

Genre : one-woman-show

Public : adultes et adolescents

Durée : 1 h environ  

Création 2012

 

 

Karine Centanni, formatrice de métier, se lance dans le spectacle avec ce one-woman-show, après une pratique d'écriture.

 

Je n'ai pas été convaincue par ce spectacle qui, même si il démarrait sur une vision assez drôle de la séquence mariage/divorce/célibat, m'a semblé rapidement s'égarer. Karine Centanni porte sur la vie amoureuse et conjugale le regard acéré d'une jeune femme de sa génération, et tente de le partager avec le public sur un mode comique décalé. J'ai relevé des idées amusantes sur la séduction, le mariage, les bébés, ainsi que quelques pointes d'humour acide, noir ou anthropologique. Par contre, j'ai été gênée par une surabondance de texte, ainsi que par des épisodes hors sujet ou un peu gras, le tout dans un ensemble trop hétérogène. La réponse à la question du titre accrocheur n'est arrivée qu'à la fin, et assez artificiellement à mon avis. J'ai regretté que la causticité et le jeu (médiocre) de Karine Centanni ne s'appuient pas sur des textes plus sobres qui donneraient plus de rythme. Les spectateurs semblaient partagés. Aimant rire, j'ai été frustrée car j'ai senti ce soir-là un spectacle inabouti.

Partager cet article

Repost0
22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 09:05

zigzag michel arbatz poetreSpectacle de la compagnie Zigzags-Michel Arbatz (34), vu le 15 mars à 18h30 au Carré d'Art (Nîmes) et le 17 Mars 2013 à 16h au musée Paul Valéry (Sète) dans le cadre du Printemps des Poètes.

 

Interprêté par des comédiens de la Brigade d'Interventions Poétiques (BIP) : Charo Beltran, Michel Arbatz, Julien Guill, Marc Pastor, Patrick Vendrin.


vivant-3-toiles-4Genre : spectacle de poésie / "puzzle scénique"

Durée : 50 min

Public : adultes et adolescents

Sortie de création

 

La Brigade d'Interventions Poétiques, créée en 2003 à Montpellier sous l'impulsion de Michel Arbatz, rassemble des comédiens qui disent de la poésie par coeur, en tous lieux, toutes circonstances, de façon impromptue ou concertée.


Avec "Poêtre", je découvre un spectacle original et plein d'allant. Ici, pas de succession de déclamations, pas de théâtralisation de textes ni de réflexion distanciée. Au lieu de cela, les cinq comédiens discutent vivement de la poésie, de son «utilité», de ses formes et de ses objets ; et chaque question soulevée déclenche immédiatement une controverse. Circulant entre la salle, les coulisses et la scène, c'est alors par poèmes interposés qu'ils s’interpellent et se répondent, se croisant, s'associant, se dissociant. Scène et salle deviennent des lieux de surprise et de découverte avec la trentaine de textes qui sont ainsi parlés ou chantés, pièces d'un grand puzzle. Cette mise en scène interactive, où les comédiens endossent leurs multiples rôles avec bonheur, prend les spectateurs à témoin. C’est un vrai régal !

 

La tournure souvent contradictoire du débat fait réfléchir, la qualité et la profondeur des textes touchent profondément. Ainsi, lorsque de la salle Julien Guil crie avec Maïakowski « Ça ose s’appeler poète et carcailler tout  gris comme une caille » et continue en bondissant sur scène, nous sommes d'autant plus saisis que Charo Beltran s'approchant tranquillement  l’interpelle alors avec Leonard Cohen « Ne crie pas …l’angoisse des organes que tu tripotes n’intéresse personne ». Plus tard, alors que les cinq comédiens alternent les strophes d’un superbe « Bateau ivre » en rap, c’est pour moi la découverte d’un Rimbaud terriblement contemporain... et une autre vision du rap. Quand Charo chante en espagnol pendant que ses partenaires disent « Le chant » de Guillevic, c’est l’ouverture vers une autre manière d’écouter (et d'entendre) la musique des langues. Lorsqu’étrangement, au milieu du spectacle, tout le monde fait sur scène une pause sandwich qui débouche immédiatement sur « La faune » (de Norge) et « Est-il bon le goût du sang ?», nos propres repas prennent une dimension surréaliste. Et, quand Marc Pastor, Michel Arbatz, Charo Beltran et Patrick Vendrin s'apostrophent sur le sexe par poètes interposés (Neruda, Audiberti, Cortazar,  Petreu et Hardellet) avec des tentatives d'approches variées, c'est l'enchantement... Autant de poèmes, autant d'inattendu !

 

En transmettant la parole d'une vingtaine de poètes, Michel Arbatz et sa brigade nous font passer un merveilleux moment qui laisse des traces. En vers ou en prose, parlée ou chantée, sur le ton de l’humour, du drame, de la passion ou de la mélancolie, la poésie, ce soir-là, nous raconte des histoires, parle de meteo, d’amour, de sexe, de politique et d’aventure, pose des questions fondamentales ou légères, bref, musclée et habitée, elle déroule la vie devant nous... Alors, finalement, à quoi sert la poésie ? Chaque spectateur apportera sa réponse… en reconstituant son propre puzzle.

 

Ce spectacle nous emmène loin du "convenu" et des codes du quotidien. Peu importe que l’on connaisse ou non la poésie, il y a là 50 minutes de bonheur à ne pas laisser passer.

 

Autre spectacle de la même compagnie commenté sur ce blog : "Villon la vie"

Autre spectacle de Michel Arbatz : Michel Arbatz de A à Z

Partager cet article

Repost0
15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 10:47

broutille-Dracula.jpg

Spectacle de "Broutille et Compagnie" (Lyon), vu le le 13 Février 2013 à 20h30 au Carré Rondelet (Montpellier). D’après le célèbre roman de Bram Stoker (1897).

 

Lecture, découpage et adaptation du texte : Nicolas Guépin

Mise en scène, scénographie, images : Nicolas Guépin

Jeu : Eline de Lorenzi, Mathieu Rousset et Nicolas Guépin

Son : Mathieu Rousset

Images et éclairage  : Nicolas Guépin et collectif

Costumes, maquillages : Eline de Lorenzi

 

A partir de 12 ans

Durée : 1h30                   

Création 2012


VIVANT2-toiles-3

"Dracula" est un roman épistolaire de 600 pages, composé d'extraits de journaux intimes, lettres et coupures de presse. Nicolas Guépin a choisi de respecter ce style narratif et en a réalisé un découpage qui suit exactement la trame de l'histoire.

 

Je ressens ce soir-là un choc en entrant dans la salle du Carré Rondelet, plongée dans une semi-obscurité. Tout est noir et blanc, même les acteurs qui nous attendent immobiles. Nicolas Guépin nous accueille, énigmatique. Nous sommes hélas peu nombreux...

La scénographie est très originale, à la fois visuelle et métaphorique. Installé à une table devant nous, côté jardin, Nicolas Guépin est le récitant. Tout en parlant, il pianote sur son ordinateur (invisible pour nous) qui projette les phrases dites ou des cartes géographiques sur un écran en fond de scène. En bas de cet écran, un bandeau noir servira de petit théâtre d'effigies. Une lanterne magique, d'époque, permet au récitant de produire un théâtre d'ombres dans lequel les silhouettes des acteurs se découpent sur un grand cadre de papier blanc, côté cour. Le décor intègre d'autres éléments naturalistes en référence à la technologie de l'époque, très présente dans le roman. Ainsi Eline de Lorenzi pianote sur une antique machine à écrire pendant le récit de sa correspondance, et le petit mobilier de scène a été récolté dans des vide-greniers.

En contrepoint de la lecture faite par le récitant, les comédiens muets jouent en pantomimes sur le plateau ou en ombres portées sur le cadre blanc avec une gestuelle épurée très esthétique. Eline de Lorenzi et Mathieu Rousset interprètent 7 personnages, tous vêtus de noir et blanc, le visage blanchi et les yeux charbonnés. L'austérité des costumes et des maquillages accentue l'étrangeté du récit. Dracula, lui, n'apparaît jamais qu'en silhouette d'ombre : expressionniste et menaçante. Une très belle musique suggestive, quelques bruitages et d'intéressants jeux d'ombres et de lumières s'ajoutent à l'intensité dramatique de l'atmosphère.

 

L'histoire se déroule à la fin du XIXè s en Angleterre et en Transsylvanie. Jonathan Harker (M. Rousset), jeune clerc de notaire anglais, part en Transsylvanie négocier la vente d’une maison londonienne auprès du Comte Dracula. Son séjour dans le château de Dracula est chaque jour plus terrifiant. Après avoir séquestré le jeune homme, Dracula embarque sur un bateau pour l'Angleterre : une goutte de sang rouge vif suit sa progression sur une carte projetée sur l'écran. Les marins mystérieusement terrorisés sautent à la mer, et l'arrivée de Dracula à Londres s'accompagne d'une série de tragédies. Une aliénée au visage halluciné (E. de Lorenzi, en effigie au bas de l'écran) mourra après avoir essayé de lancer l'alerte. Une jeune fille (E. de Lorenzi) anémiée par d'étranges blessures au cou, mourra aussi malgré les efforts de deux médecins (M.Rousset) et deviendra vampire. Jonathan, à moitié fou, arrive à rejoindre Londres mais Dracula séduit sa fiancée Mina (E. de Lorenzi). C'est alors que Jonathan, Mina et leurs amis traquent le vampire en fuite jusque dans son pays et réussissent à lui transpercer le coeur d'un pieu. Mina et Jonathan peuvent vivre en paix.

 

Tout fonctionne pour créer une ambiance de suspense : l'ombre furtive de Dracula est terrifiante ; le blanc, le noir et les touches rouge sang sont les seules couleurs. Récit, images, pantomimes, ombres et musiques s'accompagnent, se succèdent ou se croisent sans jamais nuire à la cohérence ni à la clarté de l'intrigue. Mis à part une petite longueur dans la scène sur le bateau qui transporte Dracula, l'attention est toujours soutenue. La sobriété de ton du récitant, la gestuelle, les éclairages, la musique, les costumes et les maquillages... tout concourt à recréer la magie de ce roman fantastique, sans jamais céder à la facilité des interprétations romanesques.

 

J'ai apprécié ce spectacle pour sa beauté, sa rigueur et sa force dramatique. Le texte original et sa valorisation scénographique nous montrent combien Bram Stoker était en prise sur son siècle, avec la place aux progrès technologiques (presse écrite, machine à écrire), médicaux (hypnose, transfusion) et la traduction de l'angoisse cristallisée autour de Jack l'éventreur. Ce Dracula pourra plaire à tous les publics à partir de 12 ans. Avant, il peut faire peur...

 

Partager cet article

Repost0
27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 13:10

thalr_aries-et-scorpio_le-barillet.jpgSpectacle de la compagnie "Thalr" et de la compagnie "Ariès et Scorpio", vu le jeudi 14 Février 2013 au théâtre La Vista (Montpellier).

 

Auteur : Jean-Pierre PELAEZ

Mise en scène : Philippe GOUDARD

 Jeu : Nathalie ROBERT, Gérard MASCOT

 

1h15

Public ado & adulte

Genre : comédie, satire sociale

 

vivant-3-toiles-4.jpg

En entrant dans la salle nous tombons sur un plateau nu, ou presque. Je me dis "mince, qu'est-ce que ça va être" et "pourvu que je ne me fasse pas trop chier...". Puis les comédiens font leur apparition. Le jeu est bon, le texte aussi et il peut être interprété par le spectateur de milles façons. Je me dis "Ouf..." puis "Chouette !". Au final, peut-être est-ce aussi bien que la scénographie s'efface un peu.

 

Ce spectacle, annoncé comme une satire sociale, décline le thème du revolver dans une multitude de mini-scénettes avec, comme trame de fond, une haine envers un "autre" qui semble aussi détestable que flou. Des phrases si impersonnelles (et maintes fois entendues) comme "Ya plus rien qui va", "On nous manipule", "Ils ne font rien" ou "C'était mieux avant" m'ont rappelé ces nombreuses soirées où l'esprit critique de chacun est si peu stimulé. Une brève discussion avec le metteur en scène à la sortie du spectacle m'a confirmé que c'était bien de misère sociale dont on parlait ici. Cette misère qui conduit à l'ignorance (ou est-ce l'inverse ?) et amène "les gens" à toujours accuser "un autre", totalement impersonnel mais symbole d'un pouvoir insaisissable et omniprésent. Cependant le message m'a paru certaines fois un peu trop simpliste, comme par exemple ce répondeur du Pôle Emploi qui s'enclenche au début et à la fin du spectacle et semble pousser, par sa "faute", les protagonistes à la violence puis vers une fin funeste. Mais quelle faute ? Le chômage ? L'assistanat ? Ou, plus largement, l'indifférence des institutions qui vous réifie ? Trop facile. La misère sociale me parait multiforme et ne saurait être réduite à si peu de facteurs. Cette vision un peu hautaine m'a d'ailleurs laissé un léger gout amer en rentrant chez moi.

 

En lisant le recueil de l'auteur (acheté sur place le soir de la représentation) je me suis rendu compte que, malgré les nombreux textes faisant allusion à ce pouvoir impersonnel et grand coupable des temps modernes, d'autres n'en parlaient tout simplement pas et traitaient de sujets bien différents (comme, par exemple, une inépuisable et formidable réflexion sur l'art contemporain), et ce de mille façons (baroque, philosophique, épistolaire...). J'aurais aimé que cette diversité de fonds et de formes soit plus exploitée (à l'image de cette scène hilarante sur la méthode peu orthodoxe d'un prêtre pour amener de nouveaux fidèles dans sa paroisse). Elle aurait apporté plus de corps à cette réflexion sur l'ignorance et la violence des Hommes. Toutefois, j'ai été largement surpris et interpellé par cet humour et cette vivacité qui traversent tout le spectacle, et j'ai littéralement été emporté par deux comédiens pleins d'assurance et d'énergie. Pour tout cela, bravo.

Partager cet article

Repost0
12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 12:32

compagnie-des-lumas_les-bonnes.jpegAdaptation du texte de Jean Genet (version de 1947) par la Compagnie des Lumas, programmée hors les murs par l’Amphithéâtre de Pont de Claix (38) aux Ateliers Marianne. En effet, le metteur en scène souhaitait que cette proposition prenne corps dans un espace de travail réel, et différent d'une scène de théâtre. Nous y étions le vendredi 17 janvier 2013.

 

- Texte : Jean Genet (version de 1947)
- Conception et mise en scène : Eric Massé
- Avec : Cécile Bournay (Claire), Marie-Laure Crochant (Solange), Camille Rutherford (Madame, en vidéo)
- Collaboration à la mise en scène : Julie Binot
- Collaboration à la dramaturgie : Catherine Ailloud-Nicolas
- Scénographie : Yvan Robin
- Création vidéo : Thomas Rathier
- Création lumières : Jérémie Papin
- Création costumes : Laura Garnier
- Régie générale et son : Arnaud Olivier
- Sound designers : Aranaud Olivier et Yi-Ping Yang
- Composition musicale : Yi-Ping Yang

 

Public : adultes et ados
Durée : 1h environ

Création 2012

VIVANT2-toiles-3.jpg 

Ce soir-là, le jeu nous a conduits successivement dans deux espaces. Tout d'abord celui où les deux sœurs mettent en place une cérémonie malsaine où dépendance(s), imbrications et confusion(s) s’interpénètrent, où leur quotidien, leurs frustrations et leurs dérives montent en épingle sur une sorte d’autel sacrificiel. Ensuite celui qui pourrait représenter la "réalité", avec les relations à Madame et la projection de sa disparition, par le truchement d’actions engagées par les comédienne et la non matérialité de la patronne (vidéo sur écran TV). 

 

Dans le premier, on est peut-être dans la chambre des bonnes, ou dans un endroit de la maison qu’elles investissent temporairement en l’absence de leurs patrons. Sommes-nous témoins, spectateurs, complices ou observateurs ? L’un, l’autre ? Tout à la fois ? Cela rappelle les greniers d’enfance où les gosses s’emparent de bouts de choses pour maquiller et transformer le réel. En même temps, il y a cette manière grossière et grotesque de se farder les lèvres qui donne une couleur sexuée-sexuelle à la scène. Elles sont deux, elles sont une, indi-visible(s), à entonner la comptine maladive : "l’assassinat est un chose inénarrable".

 

Dans le second, il nous est proposé des frottements entre le vrai, le fantasmé, ce qui se passe et ce qui se dit dans le champ et hors-champ... ce qui induit une confusion également. Pouvons-nous savoir, à ce moment-là, ce qui se déroule vraiment, ce que les bonnes entendent vraiment, ce dont elles sont les instigatrices ? Pas sûr. Si nous cherchons ici un miroir, nous en trouverons un plutôt déformant.

 

Finalement, dans l’un comme dans l’autre, le gothique, la grandiloquence et le clownesque sont de mise, à l'image de cette liqueur de mort d’abord destinée à Madame mais avalée par l’une des soeurs. Nous sommes sortis en nous demandant qui en fin de compte mourrait... pris que nous étions entre un texte, un fait divers et un traitement scénique !

 

Autre spectacle de la compagnie, commenté sur ce blog

Autre spectacle de la compagnie, commenté sur ce blog

Autre adaptation du même texte par la compagnie Alexandre Berdat, commentée sur ce blog


L'amphithéâtre du Pont de Claix, c'est par ici

Partager cet article

Repost0
5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 11:57

atelier-theatreelles_tu-vois-cque-jveux-dire.jpgSpectacle de la compagnie "Atelier Théâtr’Elles", vu le 17 Février 2013 à 17h30 à l’Espace La Jetée (Montpellier).


Pièce originale de Maïssa Bey, inspirée d'un fait divers et traduite de l’algérien par Tahar Hadri.

Mise en scène : Jocelyne Carmichael

Interprétation : Abel Divol et Pierre-Luc Scotto

Video : Renaud Dupré


Public adultes et adolescents

Durée : 40 min + discussion avec le public

Genre : Théâtre

 

VIVANT-3-COEURS-5.jpg

La compagnie Atelier Theatr'Elles fait la promotion de créations théâtrales féminines. 


Obscurité. Soudain, occupant le fond de scène, apparaît en video un mouvement continu de containers qui défilent. Ces images, en blanc/gris/noir, diffusent une lumière blafarde et évoquent une ambiance portuaire glauque. C'est le seul élément de décor. La scène est obscure et vide. Deux jeunes hommes, vêtus de sombre, marchent prudemment en longeant ces containers. On entend leur souffle et leurs chuchotements. Lorsque, tournés vers nous, ils s'arrêtent au milieu de la scène, nous pouvons entendre leur conversation.

Dans ce grand port d’Algérie, ils guettent le passeur à qui ils ont confié leurs économies. Bientôt passagers clandestins sur un cargo (car « même pour l’enfer il faut un visa »), ils en ignorent la destination. Farid (P.L. Scotto) s'en inquiète, mais pour Kamel (A. Divol) "l'essentiel, c'est d'y aller"... car ici, aucun avenir pour eux. Et ailleurs ? Ailleurs, pour Farid, ça ressemble au paradis... mais il regrettera sa mère et avoue sa peur. Il a besoin d'être poussé pour partir. Kamel, lui, veut effacer les mots "peur", "chance" et "espoir" mais ressent la nécessité d'emmener son copain avec lui. Lorsqu’enfin ils aperçoivent le passeur, Kamel entraîne Farid et lui lance : « Les voilà  les portes du paradis ! ». Les deux hommes s'élancent vers nous et se figent dans un mouvement d’envol.

Obscurité. Une voix off nous apprend que Kamel et Farid ont été stoppés net dans leur envol... c'était en 2002. Ils sont morts noyés, jetés d'un cargo par-dessus bord.  Un troisième clandestin a survécu à la mer et a parlé, fournissant à Maïssa Bey de la matière pour cette pièce.

 

Abel Divol et Pierre-Luc Scotto semblent habités par une tension prudente, allant à leur rendez-vous avec des glissements furtifs, des immobilisations soudaines, dans un véritable art du geste. Leurs voix assourdies tentent de maîtriser des émotions qui parfois leurs échappent en colères ou plaintes. Par moments c'est comme si, dépassant leurs personnages, ils nous montraient tous les autres migrants.

En 2011, sous le titre "Au péril de leur vie", deux comédiens algériens se sont joints à eux pour interpréter cette pièce, chacun jouant dans sa langue. La profondeur de leur jeu, disent-ils, en a été enrichie.

 

Ce spectacle nous fait palper le silence, la nuit, l’attente. Le temps s'écoule au rythme des containers qui passent lentement, avec des inscriptions qui évoquent l'ailleurs rêvé des clandestins. La blancheur diffusée par l’écran révèle les acteurs comme en négatif. Si un bout de ciel se montre, il est vite caché par d’autres chargements. Lorsque la lune se lève, l'éclairage jaune pâle réchauffe légèrement l'ambiance et les personnages sont moins fantômatiques. Quelques bruits inquiétants, au loin : aboiements, sirènes, cliquetis. On salue le travail de Renaud Dupré à la video et la mise en scène de Jocelyne Carmichaël.

La représentation est toujours suivie d’une discussion, ce que nous avons apprécié car à l'émotion s'ajoutent des interrogations. L'énergie vitale de ces jeunes "haragas" (c.a.d. "qui brûlent" les papiers) poussés à migrer malgré les risques est peu médiatisée. Leurs illusions nous questionnent. Autant de problématiques qui alimenteraient un débat fructueux avec un public de collégiens ou de lycéens.

 

On sort profondément remué par ce spectacle fascinant et accessible à tous. A voir absolument, autant pour la thématique que pour la mise en scène et le jeu des comédiens.

Partager cet article

Repost0
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 11:38

gilgamesh_le-livre-de-damas-et-des-propheties.jpgSpectacle de la compagnie Gilgamesh (Avignon - 84) vu le jeudi 29 novembre 2012 à l’Heure Bleue (St Martin d’Hères - 38), dans le cadre du Festival International de Théâtre Action. 

 

Auteur : Saadallah Wannous
Metteur en scène : Fida Mohissen
Assistant : Gersende Michel
Musique originale : Michel Thouseau
Chorégraphie : Alain Louafi
Maquillage et accessoires : Colette Kramer
Avec : David Ayala, Ramzi Choukair, Khadija et Madhi, Malik Faraoun, Stéphane Godefroy, Corinne Jaber, Benoit Lahoz, Bruce Myers et Michel Touseau

 

Public adultes et adolescents

Durée : 2h30

Création 2012  vivant-3-toiles-4.jpg

 

Cette pièce, découpée en actes annoncés, décline les composantes de deux faces en miroir ; deux sociétés avec leurs différences, leurs refus, leurs carcans, leurs déviances, leurs violences, leurs revendications et leurs (troublantes) ressemblances... Deux histoires où se jouent le rapport à la mère, à la femme, et la place et le rôle de l’homme : décidé, assumé ou subi. Aujourd’hui, avec des incursions du passé. Forces et faiblesses croisées, inattendues, imposées, dégradantes ou destructurantes, difficiles à assumer ou faussement intégrées pour être rassurantes. Une pièce qui se déroule (toujours) sous les regards : les nôtres, en tant que spectateurs, et ceux des comédiens-témoins qu’on pourrait aisément imaginer être des délateurs, des espions... en somme, des faux-passants. Une pièce où, pour parvenir à "dépasser l'horizon", la mise sur le divan est placée au centre de l’indispensable et de l’incontournable, non seulement pour les individus, mais plus largement pour les sociétés en raison de leurs dysfonctionnements.

 

 Si rien n’est clairement dit des lieux où se trouvent les protagonistes et où se déroulent les actions, il s’agit de la Syrie (dixit le titre) et de l’état d’Israël. En ce qui concerne la Syrie, on pourrait aussi imaginer que ce soit dans un autre pays arabe, dans des périodes de bouleversements, de quête d’identité(s), de remaniement et d’exercice des pouvoirs, d’emprise religieuse... Une des forces du texte réside dans le fait qu’il ouvre des perspectives au spectateur et le laisse y projeter ses propres images, ses éléments géo-politiques et sociaux, pouvant parfois même s’élargir à d’autres régimes et contrées du monde.

 

La durée annoncée du spectacle pouvait nous faire craindre des longueurs, une perte de rythme sur le long cours, et un décrochage de notre part. Cependant, force est de constater qu’elle ne nous a pas pesé et que nous avons même accroché de bout en bout ! De même, le propos aurait pu verser dans le didactisme et le manichéisme... mais ce qui est dit, montré et décrit est bien loin de se limiter à n’être que d’une seule couleur ! La mise en scène se révèle assez efficace, avec un investissement et une recomposition du plateau, des comédien(nes) qui endossent des rôles à deux visages, un éclairage précis qui accompagne le propos. Un moment fort et intense, basé sur un travail exigeant, qui nous a fait découvrir un auteur et une compagnie à suivre.

 

L'Heure Bleue, c'est par ici : http://www.ville-st-martin-dheres.fr/heure_bleue.html

Partager cet article

Repost0
14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 16:40

locus-solus_femme-non-reeducable-2.jpg

Spectacle de la plateforme Locus Solus qui présente un mémorendum sur la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006 ; vu le mardi 23 Octobre 2012 sur le plateau de l’Espace Aragon de Villard-Bonnot (38). 

 

- Texte de Stephano Massini
- Traduction de Pietro Pizzuti
- Mise en scène de Thierry Bordereau
- Avec Réjane Bajard, Thierry Vennesson et Marijke Bedleem
- Scénographie de Chloé Dumas et Julie Boilot
- Costumes de Cathy Ray
- Lumière et régie générale par Philippe Roy

 

Public : à partir de 13-14 ans
Durée : 1h05  

VIVANT2-toiles-3.jpg

Intéressante manière que voilà de traiter les personnages, et plus particulièrement celui de la journaliste : deux comédiennes sur scène qui tantôt se succèdent, tantôt jouent en même temps. Une femme, plusieurs facettes. Une femme qui (se) cherche dans les méandres sournois et obscurs de deux pays qui s’affrontent, tyrannisent et propagandent. A l'inverse, un seul comédien pour incarner les différents hommes de l’histoire, soit russes, soit tchétchènes, soit aux commandes du pouvoir, soit en révolte, manipulés ou manipulateurs, mais toujours assassins.

 

Comme cadre, des espaces d’enquête(s) où les choses se disent et se révèlent par les mots (entendus, écrits ou tus), des images sur les écrans et des ombres qui opèrent dans l’ombre. Enquêtes, témoignages obsédants, sur "une terre avec des corps mais personne dedans"... Témoin mais aussi coupable lorsqu'Anna dit "Moi aussi j’ai tué à cause des mots qui ont été dits". "Prendre position, c’est faire preuve d’intelligence". 

 

Un théâtre qui n’est pas forcément immédiat et évident. Un théâtre qui confronte les témoignages sur l’Histoire. Un théâtre de mémoire sur des évènements, qui offre une scène à des réalités, questionne le spectateur et éveille sa conscience. Un type de théâtre qui peut servir de point de départ à des réflexions et à des interrogations, notamment pour les jeunes, en éveillant et stimulant des rapports avec l’actualité et l’information, bon moyen pour creuser les éléments reçus, voire aller en chercher d’autres moins immédiats.

 

L'espace Aragon, c'est par ici : http://www.espace-aragon.net

Partager cet article

Repost0