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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 14:32
La Ronde

Spectacle de la compagnie Ligne 9 Théâtre (93), vu au théâtre Présence Pasteur à Avignon le 19 juillet 2021 à 15 h 10. Dans le cadre du Festival OFF Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Texte : Arthur Schnitzler

Metteur en scène : Natascha Rudolf

Comédiens : Fanny Touron et Arnaud Cheron

Genre : Théâtre

Public : Adulte 

Durée : 1 h 15

 

J’entre dans la salle ou va se dérouler le spectacle. C’est une petite salle de classe, une vingtaine de chaises sont disposées autour d’une petite estrade noire de la taille d’un lit pour deux personnes. Le spectacle n’a pas encore commencé, mais déjà, la disposition des chaises et le frôlement des bras de mes voisins spectateurs m’indique le ton intimiste de la pièce.

Les comédiens apparaissent enfin : un homme et une femme. Il n’y a ni effet sonore, ni effet lumineux, seul leurs corps font évènement. Face au public, le corps féminin et masculin apparait dans toutes leurs complémentarités, leurs différences.  

La Ronde est constituée de dix brefs dialogues entre un homme et une femme. Chaque nouvelle scène investie des personnages différents et donc, des rapports de force différents : la séduction, la domination ou encore l’amitié. J’ai était très amusé de constater que cette complexité infinie dans les rapports hommes/femmes s’achevaient prosaïquement dans l’acte sexuel. En effet, lorsque, pour la troisième fois, les comédiens se rhabillent après l’acte (très pudiquement camouflé sous un drap) la pièce semble prendre une dimension attendue. Les corps s’habillent, se déshabillent tant de fois que toute mystification des rapports homme/femme devient dérisoire. La tendresse, les promesses d’amours, le viol, les agressions sexuelles ne sont plus des évènements, mais deviennent une succession de schéma possible et attendu. L'enjeu de cette pièce est de chercher une part d’inattendue dans cette chorégraphie mystifiée et orchestrée par les siècles.

Excellent spectacle qui donne à voir et à penser !

 

Claire ESTIVALET

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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 11:55
4.48 Psychose

Spectacle du Collectif 4.48 (67), vu à la Scierie à Avignon, le 15 juillet 2021 à 11 h 37, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Auteur : Sarah Kane

Metteur en scène : Jocelin Massé

Interprètes : Mila Tisserant, Justine Stremler, Yasmine Khechab, Manon Clément (Créa son), Lucie Rouxel (Voix)

Genre : Pluridisciplinaire

Type de public : Adulte

Durée : 55 minutes 

 

Trois jeunes femmes interprètent sur la scène de la Scierie une pièce de Sarah Kane, traitant de sujets comme la dépression, la maladie mentale et le suicide.

Nous ne sommes pas très familières avec le théâtre particulier de Sarah Kane, c’est donc sans trop d’attentes et avec une grande curiosité que nous sommes entrées dans la salle. Assise au premier rang, avant même l’arrivée des spectateurs, il y a une femme cachée sous une bâche. Au fond de la scène, une deuxième attend près d’une statue en aluminium et une troisième nous regarde à l’avant.

Toutes trois sont vêtues de blanc, rappelant les tenues des malades en hôpitaux psychiatriques, également symbole de pureté et d’innocence. Pour exprimer les émotions des personnages, elles dansent, crient, comptent en attendant 4 h 48, heure du suicide.

Le texte est intéressant, mais difficile, nous offrant une introspection dans la tête d’une femme atteinte de dépression ; la mise en scène nous y projette, utilisant la lumière, les musiques ainsi leurs dialogues incessants. Cependant, le jeu des comédiennes ne nous a pas conquis ; le ton utilisé était le même tout le long de la pièce, la rendant vite lassante. Nous avions souvent l’impression de nous faire crier dessus, ce qui rentrait en résonance avec l’état mental du personnage, mais lui retirait la possibilité d’être nuancé.

Nous saluons la performance des trois comédiennes qui ont tout de même impeccablement délivré ce texte avec une diction propre et une projection très correcte. Nous n’avons malheureusement pas été séduites, malgré le discours de la pièce qui sensibilise à la condition des malades mentaux et leur rapport au monde qui les entoure.

 

Gabriette

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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 13:45
Le procès Eichmann à Jérusalem

Spectacle de la compagnie Ivan Morane (81), vu dans la Chapelle du Théâtre des Halles à Avignon, le 14 juillet 2021 à 19 h 00, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Auteur : D’après Joseph Kessel

Metteur en scène et Interprète : Ivan Morane

Genre : Théâtre contemporain

Type de public : Adulte

Durée : 1 h 20

 

Seul en scène, Ivan Morane raconte d’après des textes de Joseph Kessel le procès d’Adolf Eichmann, membre du parti nazi responsable de la mort de plus de 6 millions de juifs.

Ayant entendu parler d’Eichmann et de son procès assez extraordinaire (pour lequel Hannah Arendt parle de « banalité du mal »), nous appréhendions un peu cette représentation, curieuses d’en savoir plus sur cet évènement historique, mais conscientes que celle-ci allait être éprouvante émotionnellement.

La puissance de ce spectacle tient d’abord du texte, arrangement des écrits journalistiques de Joseph Kessel qui couvre le procès pour France Soir en 1961. Il rappelle les nombreux chefs d’accusation et décrit avec précision son déroulé, les différents personnages impliqués ainsi que leurs motivations. Ce texte est soutenu par la diction impeccable et l’intensité émotionnelle du comédien. Être capable de réciter ces écrits pendant 1 h 20 est à nos yeux une performance, car ce sujet puissant ne laisse pas de marbre (d’autant que l’histoire personnelle de l’artiste est intrinsèquement liée à cet évènement historique).

La mise en scène accompagne ce récit de façon ingénieuse et très imagée. À l’aide de puits de lumière dont l’intensité varie, nous comprenons dans quel espace nous sommes, qui prend la parole et dans quelles dispositions. Sur la gauche de la scène, une grande cage en verre, semblable à celle qui protégeait Eichmann des attentats possibles lors du procès ; le comédien l’utilise pour le représenter et s’adresser à lui. Il diffuse des extraits audios de l’interrogatoire de l’accusé par la police, nous faisant entendre sa voix et le projetant dans la salle avec nous. De temps en temps, une musique se fait entendre, une musique sans doute juive d’Europe de l’Est, nous plongeant encore plus dans cette sombre époque.

L’austérité de la salle (la Chapelle du Théâtre des Halles d’Avignon) confère une gravité et une poésie au tableau, qui nous transporte au travers de cet évènement marquant du XXe siècle.

 

Gabriette

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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 17:14

Spectacle de la compagnie Théâtre du Midi (77), vu à la Fabrik Théâtre à Avignon le 8 juillet 2021 à 17 h 50. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Adaptation et mise en scène : Antoine Chalard

Interprètes : Florent Malburet, Antoine Chalard, Clémentine Yelnik

Costumes : Marie Vernhes

Masque : Galina Molotov

Public : Adulte

Durée : 1 h 15

Genre : Théâtre contemporain

 

Cette histoire qui se déroule à Londres en 1884, nous raconte sous une forme nouvelle et théâtrale l’histoire de John Merrick, alias Elephant man. Sur le plateau, il y a un voile, par lequel le public aperçoit une forme : Madame Kytes. Elle harangue la foule, invente une histoire de femme enceinte sauvagement bousculée, écrasée par des éléphants pour attirer les curieux à venir voir le monstre qu’elle exhibe dans les foires. Il n’est pas homme, mais bête. C’est l'homme éléphant.

La musique choisie pour accompagner ces propos de Klauss Nommi amplifie la situation terriblement tragique de John, maltraité par cette odieuse femme. Les trois rôles féminins de cet Elephant man adressé aux adultes sont interprétés par la grande comédienne Clémentine Yelnik qui met une fois de plus tout son talent à jouer de la tendresse amicale comme de la méchanceté, ces femmes de personnalités extrêmes.

John n’ose se montrer que lorsque le Docteur obtient la possibilité de l'accueillir, moyennant de l'argent pour l'examiner en son service à l’hôpital. Ce médecin parvient à un diagnostic : outre sa tête difforme, son dos ainsi que son épaule droite sont déformés. Sa grosse main apparait la peau grise fripée comme une peau d’éléphant. John progressivement bouleverse les certitudes du Docteur, à qui, au fil du temps, il accordera toute sa confiance. Le docteur Treves et le Directeur Gomm de l’hôpital sont interprétés par Antoine Chalard. Un jeu très maîtrisé en délicatesse. Il laisse passer un message positif de tolérance, d'empathie et d'amour de l’autre.

Cela en sera de même lorsque l’infirmière et le directeur d’hôpital, tous deux peu convaincus que John a sa place en leur établissement, basculeront, dans l’acceptation et l’accueil inconditionnel.

Par les visites dans sa chambre d’hôpital où les élites de Londres le visitent, John apparait de plus en plus ouvert et élégant. Ainsi, il est amené à rencontrer chez lui Madame Kytes. Cette femme sensible et cultivée lira la bonté d’âme dans les yeux de John. Lors de sa première visite, elle lui apporte un livre. Puis, elle revient avec un phonographe pour John, son ami, saisit sa main et elle l’invite à danser. En prenant congés, Madame Kendal lui déclare : la plus belle des amantes : la musique.

Si dure que soit la réalité, John est à présent heureux. Il revient de son premier spectacle de théâtre avec son ami Docteur et Madame Kytes. En rentrant, il déclare au médecin : « Merci, vous m’avez sauvé ! », qui lui répond « Mais c’est vous, mon ami ».

L’équipe, dont le metteur en scène qui a adapté la pièce Antoine Chalard, m’a avoué ne pas sortir indemne de la représentation. Mais, on en ressort plein d’amour.

Pour conclure, j’adresse un immense merci à Florent Malburet qui incarne John Merrick avec justesse et sensibilité rare. Pour toutes les prochaines représentations qui s’enchaînent en Avignon, je lui envoie force et ténacité pour ce rôle fort et une pièce qui restera inoubliable pour moi.

S’il y a un spectacle important à voir, c’est incontestablement cet Elephant man à la Fabrik'théatre. Par-delà cette histoire haletante et magnifique, cette pièce permet d’affirmer le droit à la différence. Elle nous rappelle que le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit.

À Madame Kytes (Clémentine Yelnik) de conclure la pièce :

"Le théâtre, un miroir brandit à la face des hommes et qui les interroge et tout à coup, on y voit plus clair !"

 

Gisèle-Lydie Brogi 

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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 23:45
Ma parole!
Ma parole!

 

 

Un spectacle produit par « Samovar productions » (75) et vu au Théâtre du Rond Point le 12 juin 2021.

 

Texte : Vincent Roca

Mise en scène : Gil Galliot

Comédiens : Vincent Roca

Genre : Seul en scène

Public : adulte

Durée : 1H20

 

 

Il y a pour moi comme une urgence à renouer avec le spectacle vivant et les salles dont j’appréciais, du temps d’avant, la programmation. Je me saisis des invitations sans trop choisir. Juste envie d’y aller. C’est ainsi que j’ai répondu à l’appel de « Ma parole ! » de Vincent Roca. Une découverte plutôt plaisante.

 

Une découverte, j’admets. Pourtant, Vincent Roca est un vieux routier du verbe qu’il présente tantôt dans des chroniques radiophoniques, tantôt dans des livres, tantôt sur scène. « Ma parole ! » est, dit-il, une « forme d’inventaire » de textes de différentes époques. Neuf au total et dont le point commun  est de montrer la puissance humoristique intrinsèque de la langue française même quand le thème abordé est tragique (la vieillesse, le suicide).

Le dispositif scénique est économe : à cour, un tabouret et un porte-manteau, à jardin, une table parisienne sur laquelle trône un « Petit Robert », au centre, une simple chaise en bois. Vincent Roca en extirpe une paire de gants blancs et un chapeau claque. Tel un magicien, il met des gants pour manipuler l’évanescente substance, le mot. Il le triture dans tous les sens, l’associe en oxymores, le détourne en sonorités, le conjugue à la folie et le parodie à l’absurde. Cette fête du verbe est particulièrement réussie dans « la langue française » et « Proust ». Les contrepèteries s’y enchaînent en réparties si naturelles qu’elles forcent l’admiration.

Malheureusement, ces deux textes sont un peu l’exception. Les autres sont fort riches en trouvailles aussi. Mais on sent trop le travail de l’auteur : les jeux avec les mots s'enchainent plus par conjonctions (" alors j'ai dit...", "puis le monsieur s'est énervé pour dire... ") que par contexte. Comme s’il fallait précisément le placer, le bon mot. C’est d’autant plus laborieux à suivre que la mise en scène est monocorde. Même les protagonistes imaginés pour donner la répartie ont la voix de Vincent Roca. Le rythme en pâtit sérieusement  et le spectateur, régulièrement mais faussement interpellé par le comédien, reste précisément spectateur d’une démonstration virtuose mais qui tourne avide de jeux de mots.

 

« Ma parole ! » est un spectacle pour les amoureux de la langue. Vincent Roca, maître en la matière, nous invite à jouer avec. Mais pour que la magie opère totalement, il faudrait parfois pouvoir oublier le travail d’auteur au profit de l'acteur.

 

Catherine Wolff

 

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 22:24
Avec le paradis au bout
Avec le paradis au bout

Spectacle de la Cie le Théâtre de l’Eclat  (75) vu le 24 octobre 2020 au LMP.

 

Texte : Florian Pâque

Mise en scène : Florian Pâque

Interprétation : Sanda Bourenane, Florian Pâque, Léolia Salvador, Nicolas Schmitt, Lisa Toromanian.

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 1H 30

 

Dans la myriade d’annonces de spectacle que reçoit l’Adadiff, il y avait celle du LMP. Nous sommes voisins. Le synopsis d’ «avec le paradis au bout » était intéressant ; le spectacle avait remporté « le coup de cœur de la Presse » au festival Off d’Avignon 2018. L’Adadiff ne l’avait pas chroniqué à l’époque. C’était donc l’occasion rêvée de le faire.

 

« Nous sommes les enfants de la brèche, les enfants de la chute ; et nous sommes devenus des adultes emmurés ». Cette jolie phrase résume le propos de la pièce : cinq comédiens trentenaires, trois femmes et deux hommes, nés donc peu ou prou au moment de la Chute du Mur, entreprennent de raconter l’atroce désillusion politique et sociale qui a suivi cet événement pourtant porteur de tous les possibles.

Nous suivons donc les soubresauts de ce bas monde par le prisme de tableaux successifs qui mettent en lumière tantôt une décade, tantôt une année ou un évènement particulièrement marquants.  Un très beau poème et une devise propre au groupe sont réitérés à des moments-clefs et rythment l’ensemble.

La mise en scène et la scénographie sont ingénieuses. Les murs de scènes sont recouverts d’une installation faite de sacs plastiques. On dirait une grotte. Ces sacs contiennent les innombrables accessoires du spectacle. Les changements se font à vue. A force de farfouiller dans les sacs, la scène est jonchée de détritus, à l’image de notre monde. L’éclairage, très soigné, dessine des espaces de jeu. Le jeu est riche et varié. Les comédiens campent de multiples personnages avec virtuosité. Ils entonnent des chorégraphies et des chants ; ils n’hésitent pas à interpeller les spectateurs et à rebondir sur l’actualité. Malgré la gravité du propos et la dénonciation politique, le spectacle est enjoué et souvent drôle.

Je déplore néanmoins quelques défauts qui gâchent un peu l’ensemble. C’est d’abord beaucoup trop long, à commencer par la dernière scène littéralement interminable. A force de vouloir tout dire, on tombe un peu dans le catalogue et pire, parfois, dans le hors sujet. La mise en abime du spectacle, à un moment, n’apporte rien à mon sens si ce n’est de nous perdre un peu dans une chronologie somme toute fort aléatoire. Enfin, les transitions mériteraient d’être atténuées.

 

« Avec le paradis au bout » est un spectacle prometteur en texte et en trouvailles scéniques, porté par une belle équipe de comédiens  mais qui ne m’a pas complètement convaincue.

 

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 12:10

 

 

L'ambigü[e]

Spectacle de la compagnie Miettes de spectacles (75) vu le 20 septembre au théâtre Mouffetard (75)

 

Texte : d’après l’Ambigu de Roland Topor

Mise en scène : Elzbieta Jeznach

Interprète : Sarah Olivier

Genre : marionnettes

Public : Adultes

Durée : 1h

 

 

 

Dans le cadre du festival Scènes ouvertes à l'insolite, le Théâtre Mouffetard et le Théâtre aux Mains Nues proposaient plusieurs parcours permettant de découvrir des "artistes émergents et des créateurs audacieux", représentant de la nouvelle génération de marionnettistes. Le parcours que je suis allée voir au Théâtre Mouffetard se composait d'une adaptation pour marionnettes de « l'Ambigu »de Roland Topor et d'une création de théâtre d'objets, «  killed the Monster », très librement inspiré par le chanteur compositeur Daniel Johnston. 

 

Dans cette pièce de Roland Topor, un Don Juan vieillissant découvre en lui-même une moitié féminine dont il va s'éprendre. La pièce chemine depuis la découverte de cette moitié féminine : l'apprentissage et le jeu avec ce nouveau corps hybride féminin / masculin, la séduction, l'envahissement, le malentendu, la trahison, la séparation. 

La manipulation de la marionnette signe une belle maîtrise. La comédienne, Sarah Olivier, partie droite du corps féminin, partie gauche masculine, manipule une marionnette de Don Juan à taille presque humaine, au visage presque triste. Elle a le visage recouvert d'un voile noir, et se joue du dédoublement permis entre la marionnette et la moitié féminine de Don Juan qu'elle peut incarner ou cacher en se décalant. Des morceaux de corps apparaissent et disparaissent, en métonymie des personnages.

L'effet produit par ces jeux d'apparition et de cache-cache est très réussi visuellement. Des moments de poésie et d'humour émergent. Quelques éléments grivois ne viennent cependant que peu chambouler ce spectacle qui m'a semblé un peu sage. 

Hélène Lambert

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:45
Crédit : Le Bruit de la Rouille

Crédit : Le Bruit de la Rouille

Antoine et Cléopâtre

Un spectacle produit par la Cie Le Bruit de la rouille (69) et vu au théâtre du Balcon le 26 janvier 2020.

 

 

Mise en scène : Melaine Catuogno

Texte : William Shakespeare

Interprètes : Mélaine Catuogno, Vivien Fedele, Julien Perrier et Alexandre Streicher

Durée : 1h40

Genre : Théâtre 

 

Il faut du muscle pour s’attaquer à Antoine et Cléopâtre, et ce n’est pas chez la compagnie du Bruit de la Rouille qu’il fait défaut. A perdre haleine au rythme du tambour, quatre comédiens jonglent durant une heure quarante avec huit personnages pour tenir l’attention du public d’une poigne de fer. Pas question de cligner des yeux : dans ce blockbuster antique, un battement de cils et le monde s’effondre.

 

Au premier siècle, le monde est un trépied qui court vers l’apogée des Empires ; que deux de ses piliers s’enlacent et le voilà qui s’effondre. Cléopâtre, Reine d’Egypte, tient à son bras Antoine qui régit l’Orient. Leur union vient contrarier les ambitions de César, maître de l’Occident. L’adversaire est un territoire qu’il faut conquérir sous peine de disparaître. La destinée du monde se joue dans les lits comme dans les grands conseils, dans les alcôves comme dans les guerres. La politique ne connaît pas d’intimité puisqu’elle se résume aux relations entre ces trois icônes, dont la grandeur et les décadences façonnent l’Histoire. L’interprétation de la compagnie rend limpide la géniale analyse que fait Shakespeare du sentiment amoureux et de la marche de l’histoire. Les personnages y sont entiers : pas question que l’amour (ou la guerre, si l’on considère qu’il s’agit de deux choses distinctes) mène à autre chose qu’à la mort. Certes, ces rois sont des enfants qui jouent aux dés avec des continents, mais leur engagement total, pour égoïste qu’il soit, les rachète aisément. 

 

Le Bruit de la Rouille ne manque pas de ressources pour faire concurrence aux superproductions américaines en la matière. Les batailles navales ou terrestres sont au rendez-vous : il suffit d’une souplesse au moment de déposer le bateau en papier sur la table pour en faire une armada, d’un geste leste du poignet en remontant la manche pour que la veste enfilée transforme un serviteur en empereur. Le théâtre pallie son manque de moyens par un atout majeur que tous les arts lui envient : la présence. Melaine Catuogno campe une Cléopâtre armée jusqu’aux dents de charisme et de sensualité face à un Alexandre Streicher en Antoine bestial. Les corps sont avides de jeux, de mouvements, de baisers, d’alcool et de festins. C’est l’intention qui compte, dans le présent comme dans les présents, et l’intention est au rendez-vous. 

 

Je ne peux que vous inviter à prêter l’oreille au Bruit de la Rouille, qui saura se faire entendre avec une nouvelle création populaire et intelligente où se conjuguent à merveille épique et romantisme. 

 

Mathieu Flamens

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:36
Victor Tonelli

Victor Tonelli

Les Analphabètes

Un spectacle produit par le Balagan' retrouvé (94) et vu le 23 janvier 2020 au Théâtre d'Arles

 
Mise en scène et texte : Gina Calinoiu et Lionel González, librement inspiré du film "Scènes de la vie conjugale" d'Ingmar Bergman
Comédien.ne.s : Gina Calinoiu, Lionel González et Thibault Perriard
Musique : Thibault Perriard
Scénographie : Lisa Navarro
Lumières : Vyara Stefanova
Genre : Théâtre
Public : adulte, conseillé à partir de 14 ans
Durée : 2h30 avec entracte


Les portes s'ouvrent, je me faufile pour prendre ma place (c'est bien ma veine, elle est au beau milieu du premier rang, aussi proche des deux comédiens en bord plateau que de mes camarades mitoyens). "Si c'est une forme immersive, me voilà en première ligne", je pense. Autant vous dire que j'en ai eu pour mon argent.

Bien que l'on me laisse tout à ma passivité de spectateur, la proximité avec les acteurs crée une tension qui va tambour battant pendant toute la durée du spectacle. Il s'agit de recevoir de plein fouet la destruction progressive et systématique de deux vies humaines. Simplement l'histoire d'un couple sans histoire, fier d'une stabilité familiale durement construite et dûment gagnée, qui vole en éclats. La crise ne tarde pas, sans raison, sans avoir besoin de raison. Les cris et les coups bas remplacent les baisers. On s'étrangle faute de pouvoir s'étreindre, on s'applique à tout salir. La pièce est faite d'autant de tableaux que de tentatives de reconquérir l'autre et de l'abandonner, tentatives désespérées dans lesquelles personnages et comédiens s'engagent, si désespérées qu'ils s'y confondent.

La coïncidence entre le jeu et la réalité nous amène au plus près du jaillissement des mots, là où ils obéissent à l'urgence plutôt qu'à l'esthétique. Moins bien choisis, moins beaux, moins exacts et intacts que dans la plupart des pièces de théâtre. Plus authentiques, aussi. Une parole qui cultive ses fêlures, qui compose avec des débris et ne trahit pas le sentiment, mais ne suffit pas à le comprendre. C'est le sujet de la pièce et la source du tragique : nous sommes des Analphabètes des sentiments, émotions intraduisibles qu'il ne suffit pas d'incarner pour expliquer. Comment l'amour peut-il naître, disparaître et survivre à la fois, comment soudainement devient-on aveugle à la souffrance de l'autre, que deviennent les beaux mots de justice et de morale s'il est impossible d'être lucide sur ses actes ? "Heureusement que le théâtre est là pour nous permettre de reconnaître ces situations et de les dépasser !" dira-t-on. C'est certain ! En fait, rien n'est moins certain. Au sortir de la pièce, le sentiment de fatalité ne s'enrichit pas d'enseignement. Le froid sent la solitude ; comme quoi le théâtre ne fait pas toujours chaud au coeur.

Si vous n'avez pas peur de perdre le sourire, je vous conseille évidemment ce travail remarquable d'incarnation. On y trouve de jolies larmes qui se brisent comme des éclats de rire, de jolies notes de musique qui jouent au miroir avec les mots, et de jolies lumières pour attendrir les apocalypses.

Mathieu Flamens


 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 15:21
J'ai bien fait de revenir !
J'ai bien fait de revenir !

Spectacle de la compagnie « … et les étoiles » (84) vu le 22 février au Théâtre du Chien qui fume à Avignon.

 

 

Mise en scène : Jean-Marie Cornille et Gérard Vantaggioli

Comédiens : Vanina Delannoy, Elise Cornille, Florian Martinet et Jean-Marie Cornille

Musique : Sebum 

Création lumière et régie : Franck Michallet

Genre : Théâtre

Public : Tout public

Durée : 1H20

 

Un auteur, dans son bureau face à la mer se trouve en panne d’inspiration. Il a du mal à se concentrer ; il est, du reste, sans cesse dérangé : sa comédienne « fétiche » vient lui annoncer qu’elle le quitte pour un metteur en scène à la mode. Sa fille débarque à l'improviste afin de lui emprunter sa voiture et un étrange visiteur fait son apparition...si l'auteur et ce personnage semblent bien se connaître, leurs rapports ne sont pas tendres et surtout, il est le seul à le voir et à l'entendre, du moins dans la première partie du spectacle. Quand nous apprenons son identité, leur histoire commune peu à peu prend forme. Un ressentiment bien légitime habite l'auteur, et le « touriste » se défend d'une quelconque responsabilité envers notre ami. Qui des deux est le plus à blâmer ? L'auteur, qui a « bouffé de la vie » ou son acolyte, rétrograde et convaincu de sa légitimité ? Une autre partie se joue… Mensonges contre vérité, l’auteur et le visiteur vont s’affronter.  Leur histoire servira de terreau à cette pièce que l'auteur ne parvenait pas à écrire.

Une pièce légère qui traite d'un sujet grave, ponctuée par la vivacité de la très jeune et non moins talentueuse Elise Cornille, un texte qui emprunte des mots très « actuels » et une mise en scène dynamique : Quelques maladresses dans la diction ne m'ont pas empêchée d'apprécier cette performance de JM Cornille et de sa troupe que je vous recommande d'aller voir !

 

Evelyne Karam

 

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