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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 20:19
Matilda Olmi

Matilda Olmi

Bajazet en considérant Le Théâtre et la peste

Un spectacle produit par Théâtre Vidy-Lausanne, MC93 - Maison de la Culture de Seine St-Denis (93) et vu au Grand Théâtre d'Aix en Provence le 20 novembre 2019.

 
Textes : Jean Racine, Antonin Artaud
Mise en scène et adaptation : Frank Castorf
Scénographie : Aleksandar Denic
Avec : Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Claire Sermonne, Adama Diop, Mounir Margoum
Genre : Théâtre
Public : adulte (à partir de 16 ans)
Durée : 3h50 avec entracte
 

Un espace ouvert mais sombre, sali de paille et de poussière. Côté jardin se dresse une tente en forme de tête de niqab dominée par le regard d'un immense sultan peint sur un portant, sorte de BigBrother de fête foraine. Voilà le fameux sérail de la pièce de Racine, lieu virginal et sacré par excellence ? Cela sent plutôt l'héroïne que la myrrhe... À mort les idéaux de rigueur et de grandeur raciniens : faites place à la débauche.

Elle ne tarde pas à apparaître. Les cigarettes volent vers les bouches et les bouches volent vers les visages et les visages mordent la poussière dans une explosion de lumières, de sons, de hurlements ; les bouteilles se vident dans les gorges, on ne voudrait pas être à la place de la nourriture, les corps titubent à la recherche de leur proie ou d'une sortie. Qu'ils essayent de s'échapper hors du théâtre, la caméra embarquée les suit jusque sur la nationale. L'oeil du public est voyeur, violeur lorsqu'il s'introduit au plus profond de l'intimité du sérail. La vidéo est en effet retransmise sur un immense écran, seule lumière de la scène - mais quelle lumière ! Elle aveugle un public qui ne peut que se laisser éblouir. Les acteurs sont éclipsés par cet écran qui marque le triomphe du cinéma sur le théâtre ou la victoire du lampadaire sur la Lune pour les papillons de nuit. Rien ne résiste au maelstrom Castorf : les acteurs sont écrasés, le public sidéré, le texte de Racine foulé au sol, on n'entend d'Artaud que le rire. « Un théâtre où des images physiques violentes broient et hypnotisent la sensibilité du spectateur » annonce la préface du Théâtre et son double. C'est assez réussi.

Mais à force de sollicitations, je cligne des yeux, je tourne la tête vers des lumières moins vives. Le temps est long sous cet orage qui s'étire et s'étiole. Où est la tension dramatique propre à Racine, où est l'amour de Roxane pour Bajazet, où est la force des femmes et la vigueur des hommes ? À bas les valeurs, exhibons les caprices, les hommes ne vivent que pour se divertir, c'est entendu, c'est répété, c'est accablant. Quand le sens du saccage s'épuise (comptez une heure), l'absurde prend le relais. Les femmes en cage, Bajazet sous électrochoc, des coups de feu, des cancrelats, de la masturbation... « Là où ça sent la merde ça sent l'être » ajoute Artaud. Très bien, contemplons la déchéance d'une existence insensée pendant encore quelques heures - expérience intéressante, qui n'a pas été tellement instructive pour moi. Certes, à voir ces femmes qui ne peuvent exister qu'entièrement cachées ou entièrement nues, sous le regard intrusif d'hommes violents et avides, on songe à un engagement politique, qui ne s'est pas imposé à moi de manière nécessaire.

La note mise au spectacle est à relativiser. Je ne suis pas friand d'expériences totales : je préfère l'éveil à l'hypnose, et puis la dissonnance est douloureuse aux coeurs en mal d'harmonie. La pièce reste cependant un rêve cruel et audacieux loin de faire l'unanimité. Je vous invite vivement à vous en faire votre propre idée.

 

 

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 00:55
ladepeche.fr

ladepeche.fr

Berlin 33

Un spectacle produit par la Comédie RL (75) et vu au Théâtre de la Reine Blanche le 27 décembre 2019.

Texte : Sebastian Haffner

Mise en scène : Laurence Campet, Olivia Kryger, René Loyon

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

Le théâtre de la Reine Blanche se situe dans mon quartier. Je m’y rends environ une fois par an. La dernière fois, c’était à l’invitation d’une amie de passage à Paris pour assister à « Fauve », une leçon d’anthropologie théâtralisée (non chroniquée). C’est à cette occasion que j’ai constaté le changement radical de la ligne éditoriale du théâtre. Désormais associé au théâtre des Déchargeurs, le théâtre de la Reine Blanche se veut être la scène des arts et des sciences. Le programme laisse à voir une pluralité de propositions, depuis les mises en espace de conférences scientifiques jusqu’aux projections de cinéma italiens agrémentées d’un plat de pâtes en passant par des formes théâtrales plus classiques. « Berlin 33 » relève de cette dernière catégorie.

« Berlin 33 », dans le programme, m’a aussitôt interpellée par le texte que le spectacle ambitionnait de porter sur scène : « Histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner. C’est un texte que j’adore et dans lequel l’auteur, témoigne et  analyse les ressorts de la montée du nazisme et de la mise en place du totalitarisme.  

 « Berlin 33 » se joue dans la petite salle du théâtre. La jauge d’une quarantaine de places était quasiment pleine. Le dispositif scénique se réduit à sa plus simple expression : deux rangées de bancs et de chaises encadrent un espace scénique nu, seulement doté d’une petite table de bois et d’une chaise. A travers un montage judicieux du texte, le comédien raconte la façon dont un peuple, d’abord passif et incrédule puis trahi par ses élites et enfin sidéré par la peur,  sombre tout entier dans le cauchemar. Le comédien joue avec sobriété et retenu : il est tantôt conteur, tantôt conférencier, tantôt confident. Une bande-son illustre certains passages mais au dépend de la voix. Outre le comédien et un jeu discret de lumière, c’est le seul effet théâtral du spectacle. C’est un peu court ; ça manque de rythme, la voix est monocorde et j’ai bien failli m’endormir. « L’histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner se prêtait bien à un seul-en-scène intimiste. Encore eut-il fallu l’habiller un peu : quelques images d’archives ou bien des parties véritablement dialoguées et jouées (avec son père ou sa petite amie Charlie) auraient été, à mon sens, les bienvenues.

« Berlin 33 » n’a pas comblé mes attentes. Mais dans l’époque délétère que nous vivons et qui, toute proportion gardée, n’est pas sans rappeler les années trente, c’est tout à l’honneur de la compagnie d’avoir choisi Sébastian Haffner pour nous injecter une bonne piqûre de rappel.

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 01:10
http://france3-regions.francetvinfo.fr

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Adieu Ferdinand!

Un spectacle produit par la Comédie Nouvelle (75) et vu au Théâtre du Rond-Point le 19 décembre 2019.

Texte : Philippe Caubère

Mise en scène : Philippe Caubère

Comédiens : Philippe Caubère

Genre : Seul en scène

Public : adulte

Durée : 2H 10

N’en déplaise à Philippe Caubère, c’est un peu par défaut que je suis allée voir « Adieu Ferdinand ! ». Compte tenu des grèves (que je soutiens ardemment !), j’ai du renoncer à un spectacle vraiment inaccessible, même pour mes pieds endurants. Mon quota mensuel de spectacles s’en trouvant affecté, je me suis résolue à reprendre une resucée des aventures de Ferdinand.

Avec le temps, je pense avoir vu à peu près l’intégrale des spectacles de Caubère. Peu de surprise en perspective mais l’assurance de passer un bon moment. J’ai été quelque peu démentie des deux côtés de la proposition.

« Adieu Ferdinand ! » comprend deux parties, « la baleine » et « le camp de naturistes ». On retrouve les personnages emblématiques des précédents épisodes : Ferdinand, l’avatar de l’auteur et donc ex-vedette du Théâtre du Soleil ; Clémence, sa compagne ;  Pascale, son petit frère et l’impayable Ariane Mnouchkine. « La baleine » raconte le désir adultère de Ferdinand pour Samoura, une comédienne du Soleil au physique généreux. Le contrat de mariage entre Ferdinand et Clémence stipulait l’amour libre ; mais entre le contrat et la réalité, il y a un gouffre de jalousie et de culpabilité. Pour se venger, Clémence propose des vacances à Montalivet, dans un camp de naturistes.

Philippe Caubère est seul en scène. Pour ceux qui l’ignorerait, c’est lui qui a crée le genre en France il y a trente ans environ. Contrairement aux précédents épisodes, le plateau est totalement nu, seulement dotée d’une chaise en skaï rouge dans la première partie et d’une chaise en bois dans la seconde. Les lumières et la faconde de l’auteur-interprète habillent le reste.

La performance théâtrale est d’autant plus remarquable que Philippe Caubère n’est plus tout jeune. Or, il en faut, de l’énergie, pour jouer pendant 2H10 une vingtaine de personnages ; à les faire vivre devant nous avec, pour seul élément de caractérisation, une voix, une mimique, une grimace, un comique de répétition. Mais la verve textuelle a faibli. Le premier épisode est particulièrement longuet et somme toute, peu intéressant. « Le camp de naturistes » relève davantage le défi, sans convaincre pour autant. Peut-être le temps est-il passé par là : je me demande en effet qui d’autre qu’un public de séniors peut entendre cette voix, tant elle est contextualisée (Mnouchkine, les années 70) ? Dieu merci, il est, et dans chacun des épisodes, des moments de fulgurances, dignes des plus beaux jours de Caubère et qui ravissent le public.

Bonne connaisseuse de Caubère, je n’avais pas particulièrement envie de voir ce spectacle. J’aurais largement préféré découvrir une nouvelle compagnie. Par la force des choses et par facilité, j’ai peut-être goûté celui de trop.

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 23:27
Mort prématurée d'un chanteur dans la force de l'âge
Mort prématurée d'un chanteur dans la force de l'âge

Un spectacle produit par le Théâtre National de la Colline (75) et vu au Théâtre de la Colline le 17 décembre 2019.

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Comédiens : Arthur H, Marie-Josée Bastien (en alternance avec Linda Laplante), Gilles David, Pascal Humbert, Isabelle Lafon, Jocelyn Lagarrigue, Patrick Le Mauff, Sara Llorca

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 3H 30

Je ne suis pas peu fière de ma promenade : grèves obligent, je suis allée à pince de Montmartre à la Colline en passant par la manif. Il faut dire qu’à mes yeux, Wajdi Mouawad et Arthur H valaient tous les détours du monde. Les 3H30 de spectacle, à défaut de me plaire, m’auront au moins permis de reprendre mon souffle pour le retour.

C’est l’histoire d’un chanteur anciennement punk, Alice, qui a cédé aux sirènes du succès. Star il est mais avec tout ce que cela implique d’égo. Malgré les efforts de son attachée de presse, affublée du surnom de « Diesel » précisément pour sa capacité à endurer les caprices du chanteur, et de l’abnégation de sa compagne photographe, Majda, sa carrière décline. Une critique assassine et les retrouvailles avec le manager de ses débuts vont précipiter Alice dans un canular…. et Wahdi Mouawad dans un registre inédit, la comédie loufoque.

La scénographie est dynamique. Des jeux d’allemandes augmentés d’accessoires, de lumières, de bruitages et de beaucoup d’effets de pluies dessinent des espaces variés : scène de concert, loges, studio photo, studio d’enregistrement, gares, rues, salle de cérémonie mortuaire, etc….

Malgré quelques réflexions intéressantes sur l’engagement de l’artiste, sur l’industrie culturelle et -comme toujours chez Mouawad mais cette fois  en filigrane- sur les génocides ; malgré les références plus ou moins voilées aux grands auteurs (Baudelaire, le fantôme de Macbeth, les servantes de Molière, Oedipe et même une scène digne de Mouchkine et donc fort datée), les huit comédiens et les cinq techniciens peinent à convaincre. Le texte n’est pas passionnant et flirte avec le pathos, le rythme est lent, le jeu est lourd et forcé. Trois scènes échappent à ce triste constat et m’ont donné le courage de rester jusqu’au bout. Il y a d’abord le rôle haut en couleurs et le jeu débordant de vitalité de Nancy (Marie-Josée Bastien), fan québécoise venue soutenir son idole. Il y a ensuite cette scène d’enregistrements de titres posthumes, drôle et musicalement belle. Il y a enfin la scène de vernissage de l’exposition de Majda, plaidoyer pour le dialogue entre les frères ennemis, juifs et palestiniens.

J’avais beau être plus que bien disposée, « mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge» ne m’a pas enchantée. La fatigue, mon oubli de lunettes ont peut-être participé à cette déception. Le public semble, par ses rires et ses applaudissements, avoir été plus réceptif.

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 20:31
Tout le monde ne peut pas être orphelin
Tout le monde ne peut pas être orphelin

Un spectacle produit par les Chiens de Navarre (Paris XII°) et vu le 29 novembre 2019 à La Villette.

Mise en scène : Jean-Christophe Meurisse

Comédiens : Lorella Cravotta, Charlotte Maemmel, Olivier Saladin, Vincent Lécuyer, Hector Manuel, Judith Sibon, Alexandre Steiger

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H

En 2018, le spectacle « jusque dans vos bras » m’a rendue inconditionnelle des Chiens de Navarre (chroniqué). Je me suis donc précipitée pour découvrir leur dernière création, « tout le monde ne peut pas être orphelin ». Pour m’accompagner dans cette nouvelle aventure, j’étais accompagnée de ma fille aînée et de trois amis. Leurs réactions ont été d’une précieuse aide pour la rédaction de cette chronique.

Ils sont huit sur scènes, quatre hommes et quatre femmes, tous sonorisés. Quatre techniciens apportent leur concours aux sept tableaux qui vont se succéder. Le fil directeur ? Les réunions de famille et la première d’entre toutes, de circonstance et qui ouvre le bal, le repas de Noël. Dans un décor qui représente à jardin un salon bourgeois et à cour une cuisine moderne modulable en petits coins, on assiste à un règlement de compte granguignolesque du cher cocon. Les gradins, disposés en double frontale, permet au public de compter les points. La table familiale qui trône en plein centre de la scène est la table d’opération de ce microcosme résolument dysfonctionnel, quelque soit les étapes traversées et racontées : l’éducation, l’annonce d’une grossesse, la naissance, les Noëls, les goûters du dimanche, le grand âge.

Il m’est impossible d’être exhaustive tant le spectacle est riche, drôle,  surprenant et … dérangeant. Je me contenterais donc de mettre en lumière les traits essentiels de la mise en scène et quelques passages emblématiques. Ce qui frappe d’abord, c’est le verbe, d’une vacherie sans commune mesure et politiquement tout à fait incorrect. Madame la mère, dans la première scène se prend un « ta gueule, toi Eva Braun ». Faut dire qu’elle l’avait bien cherché, à balancer à son fils un « et toi, quand t’es né, tu crois que ce n’était pas violent quand tu m’as déchiré la chatte ». Le tout est à l’avenant, tellement rythmé que la salle applaudit de rire à ce battle générationnel. A l’énormité des propos répond l’outrance des situations depuis une réminiscence jouissive de « massacre à la tronçonneuse », jusqu’aux chiottes qui aspirent dans leur merde la pauvre bru aux intestins dérangés par la vacuité de la conversation autour de l’apéro. A l’hyperbole des situations répond un jeu d’acteur hors norme. L’un se laisse emporter par une colère homérique tandis que l’autre, fesse à l’air et pas que, joue les bébés que l’on va langer. Pour généraliser la problématique de la sociabilité sanguine forcée, les figures de Médée et d’Œdipe sont convoquées. Belle occasion, sous couvert de l’honorer, de mettre en boîte la représentation classique de la tragédie : les mots sont certes beaux mais ne servent-ils pas à enrober la réalité des maux. C’est donc à une enfance massacrée « pour de vrai », sur la table transformée en autel, que l’on va assister. Ce moment du spectacle interpelle. Des spectateurs sont partis. D’autres, comme moi et ma fille, sans vraiment regarder, avons rigolé nerveusement. L’exercice atteint-il la limite ou fallait-il précisément montrer les situations limites qui, nous le savons tous, existent, mais que l’on se refuse de voir. Toujours est-il que notre charmant bambin au cul nul va jouer une scène d’inceste avant que d’être émasculé par sa génitrice. Ces deux scènes extrêmes sont heureusement compensées par les jolies images qui les encadrent : l’accouchement du bambin d’abord puis le bain donné au vieil homme. La famille sapin de Noël, guère plus douée en matière de parentalité, vient clore l’ensemble dans un joli final absurde.

« Tout le monde ne peut pas être orphelin » opère une véritable catharsis. Le public est d’ailleurs maintes fois convié à participer, tantôt en chantant, tantôt en se recevant une couche pleine d’excréments…. On s’esclaffe et on s’exclame devant un spectacle qui est, à tout point de vue, une performance

 

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 11:44
Les Beaux

 

Spectacle vu à Paris le 14 novembre 2019 au Théâtre du Petit Saint-Martin

 

Texte : Léonore Cofino

Mise en scène : Côme de Bellescize

Interprétation : Elodie Navarre et Emmanuel Noblet

Genre : théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H15

  

Alice a sa façon à elle de purger la violence du monde en s’appropriant les mots de ses parents : elle joue avec ses poupées Ken et Barbie en les transposant dans un univers lisse et surfait, où ce couple idyllique file le parfait amour, entre puérilité totale et train de vie luxueux.  A travers  la vision de l’enfant se forme un couple aussi désastreux qu’attachant, sous notre regard amusé.

Lorsque les « vrais » parents d’Alice entrent en scène à l’acte 2, ils sont bien différents et se déchirent, se reprochant mutuellement  leur vie de trentenaires  façonnés par notre société de consommation,  leur stress et le  « handicap » de leur fillette qui ne parle plus depuis… si longtemps… Lorsque leur fille les abandonne,  ces  purs produits de notre siècle vont alors tenter de renouer avec leur instinct et replonger en eux-mêmes afin de se retrouver,  de s’aimer à nouveau après s’être longtemps détachés, voire détestés.

C’est une pièce drôle mais écrite au scalpel, sur la vie de gens aimables et monstrueux,  comme ceux que nous côtoyons souvent et que nous sommes, parfois…

Une magistrale interprétation des deux comédiens Elodie Navarre et Emmanuel Noblet.

 

 

Relations presse : Laurence Falleur Communication

laurencefalleur@gmail.com

01.42.56.95.97

Les Beaux

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 11:00
Tout va trop vite ? Alors… ralentissez !
http://www.ateliers-du-spectacle.org/

http://www.ateliers-du-spectacle.org/

Un spectacle produit par Les ateliers du spectacle (groupe N+1), vu le 16 novembre 2019 au 3bis, lieu d’arts contemporains à Aix en Provence.

 

Conférence spectaculaire créée par le Groupe N+1, Ateliers du Spectacle et deux chercheurs – praticiens de l’Université Aix-Marseille (C. Tardif et B. Gepner).

Avec : Carole Tardif, Bruno Gepner, Mickaël Chouquet

Mise en Scène : Balthazar Daninos

Public : Adulte

Durée : 1H-1H30

 

Nous avons rendez-vous à l’Hôpital Psychiatrique Montperrin. Complètement inattendu, au milieu d’un hôpital du XVIIe siècle avec ses pavillons et ses allées, se trouve un lieu d’art contemporain.

« Tout va trop vite ? Alors… ralentissez ! » est une conférence spectaculaire sur l’autisme, une forme extrême, intense et paradoxale d’être au monde.

Une conférence à deux voix et demie, deux chercheurs praticiens et un acteur, qui rend accessible une thématique trop peu abordée.

 

« Pour moi, le temps semble s’écouler rapidement, ou en d’autres termes, aux yeux d’une personne non autiste, je parais vivre au ralenti. » Hans Van Dalen

 

Le spectacle à peine commencé, tout va déjà trop vite, un métronome nous impose le rythme : difficile de sélectionner l’information, difficile de rester attentif, on est rapidement dépassé. Stop.

Tout reprend au début. A une vitesse « normale ». A une vitesse qui nous est adaptée, qui nous permet de suivre.  Mais finalement, à quelle vitesse va le monde dans la tête d’un autiste ?

La mise en scène est originale : s’y mêlent jeu d’acteurs et projections d’enregistrements sur un écran puzzle mobile et mouvant. Apports scientifiques, témoignages de recherches et anecdotes se succèdent. C’est au son du violon de Bruno Gepner que cet impromptu scientifique suit son cours.

En fin de spectacle, une discussion s’installe entre le public, les deux chercheurs et le comédien.

 

Le groupe N+1 a su rendre sensible le champ d’investigation des chercheurs grâce à leur intervention joyeusement décalée. Cette conférence s’inscrit dans la série des « Impromptus scientifiques ».

Spectacle sensoriel, intelligent, pédagogique, informatif et drôle. A consommer sans modération, particulièrement par les publics concernés par le sujet (professionnels et familles), mais pas que !!!

 

 

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 10:18
Les Guérillères Ordinaires

Spectacle produit par la Compagnie "Les Grisettes" (34) vu au Théâtre Jean Claude Carrière, au Domaine d'O à Montpellier, le 8 novembre à 20h.

 

Texte : Magali Mougel (déjà chroniqué : "The Lulu Projekt")

Metteuse en scène : Anna Zamore

Comédiennes : Evelyne Torroglosa, Frédérique Dufour, Lou Heyman, ainsi que 20 présences féminines.

Genre : Théâtre

Public : à partir de 15 ans

Durée : 1h30

 

Anna Zamore construit un texte engagé et donne de la voix et de la lumière à trois monologues de femmes, atteintes par notre quotidien patriarcal : « diktat de minceur, viol conjugal, charge mentale, lesbophobie ». En se livrant, elles gagnent en puissance jusqu'à l'apothéose... 

 

La première femme est en lutte contre son mari « gros, chauve et alcoolique, qui sent ». Il lui impose -comme à son habitude- une fenêtre dans sa buanderie, sa pièce intime. Cette pièce est représentée par un faisceau lumineux aux quatre angles ;  le faisceau incarnant le regard marital sur ses activités secrètes...

 

La deuxième : Léda « le sourire en bannière » est hôtesse d'accueil par vocation et ne rentre plus dans les attentes « taille 34 » de son entreprise. Elle entame un pèlerinage de vengeance sur une route de plumes blanches. Léda raconte comment elle vit sa « dé-gradation » dans un visuel magnifique : la douche de lumière qui l'encercle et les plumes noires qui lui volètent dessus, tandis qu'elle avance vers nous sur le chemin blanc, est un de mes plus beaux souvenirs de la pièce.

 

La troisième jouera devant un amoncellement de terre, elle nous fait parcourir son histoire pleine de gestes et de sons. Son père, l’a « battue » dans la forêt, son amour interdit... La performance est sauvage et authentique. Je trouve beaucoup de justesse dans sa confidence.

 

Ce spectacle est orné d'un visuel grisant et ses transitions visuelles et musicales sont parfaitement orchestrées et mettent le texte en valeur. Aux avides de pièces puissantes et qui se méditent, cette pièce est pour vous !  

 

 

 

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 23:13
Harold Passini

Harold Passini

Habiter le temps

 

 

Un spectacle produit par la compagnie les Poupées Russes (Région Centre) et vu le 18 octobre 2019 au LMP (Paris XVIII°).

 

Texte : Rasmus Lindberg

Mise en scène : Salomé Elhadad Ramon

Comédiens : Lucie Contet, Caroline Gozin, Charlotte Roulland, Adrien Rummler, Quantin Voinot, Louise Ternois

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H30

 

Les structures où j’ai coutume de me rendre ne proposant pas de spectacles attrayants à mes yeux en ce mois d’octobre, j’ai enfin pris le temps de revisiter le LMP.

Le LMP est une véritable institution. Il a longtemps été le seul lieu culturel de la Goutte d’Or avant que le quartier n’entame sa gentrification. Le LMP ou Lavoir Moderne Parisien occupe un ancien lavoir comme le quartier en comptait tant à l’époque de « l’Assomoir ». Il en a gardé la structure et l’odeur du bon vieux temps. Le LMP a fermé pendant quelques années suite à de sombres démêlées politiques. Tout le quartier s’est mobilisé, en vain. Il a ensuite fait office d’accueil pour les « Femen » avant d’être repris il y a deux ans. Difficile alors de trouver des informations sur la programmation. Depuis, les outils de communication sont tout à fait performants et en tant que voisine, j’attendais  impatiemment le spectacle qui me donnerait l’opportunité de renouer avec les lieux. C’est donc à « Habiter le temps » que le LMP doit ma visite ! La salle est inchangée et forte d’une soixantaine de places. L’accueil est familial ; le public, relativement jeune, compte déjà des habitués ; la ligne éditoriale met à l’honneur de jeunes compagnies, de celles que l’on rencontre en Avignon ;  l’ensemble fleure bon le côté alternatif que j’aime tant.

 

 

« Habiter le temps »a retenu mon attention par sa thématique : le transgénérationnel ou comment un fantôme caché dans le placard par une génération pourrit l’existence des suivantes jusqu’à ce qu’un membre de la famille décide enfin de se confronter à l’histoire familiale pour mieux rompre le cercle vicieux. « Habiter le temps » raconte donc l’histoire d’une de ces familles sur trois générations. C’est la figure masculine de la seconde génération, Stephane, affreusement défiguré en bas-âge par un accident domestique qui décide de s’atteler à la tâche.

Ils sont six sur scène, 4 femmes et deux hommes, à évoluer dans ce qui évoque la maison familiale : trois allemandes en tulle dont une porte un cadre doré, une table à manger avec deux chaises, un berceau et un gramophone.

La belle trouvaille scénographique réside dans le jeu simultané des trois générations ; un mot prononcé par l’une donnant la réplique à l’autre. Malgré parfois un certain brouhaha, ce dispositif donne à voir l’origine du drame, le décalage entre l’analyse et la réalité de la situation, silence oblige et enfin la façon dont chaque génération se dépêtre (ou pas) du problème. Le rythme est donc plutôt enlevé, nourri par ailleurs, par deux petites scènes chorégraphiées. L’émotion pointe régulièrement mais elle retombe tout aussi régulièrement en raison d’un texte qui n’échappe pas aux poncifs et aux invraisemblances (la psy qui accompagne son patient pour visiter la maison familiale et qui deviendra la mère de la troisième génération…) et d’un jeu qui a du mal à les porter.

 

 

« Habiter le temps » est un spectacle intéressant sur le fond, agréable à regarder sur la forme mais qui n’a pas su totalement me convaincre.

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 23:39
Pascal Victor

Pascal Victor

Vie et mort de Mère Hollunder

 

 

Un spectacle produit par le TGP (Saint-Denis, 93) et vu le 11 octobre 2019 au Théâtre du Rond-Point.

 

Texte : Jacques Hadjaje

Mise en scène : Jean Bellorini

Comédiens et musiciens: Jacques Hadjaje

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H

 

 

J’ai pour habitude d’aller voir les spectacles de Jean Bellorini en son fief de Saint-Denis. Mais le mois d’octobre m’offrant peu de tentations théâtrales, j’ai devancé l’appel !

 

« Vie et mort de Mère Hollunder » est un spectacle fort différents des autres dans la mesure où Jean Bellorini s’est mis en quelque sorte au service de Jacques Hadjaje, auteur et  seul interprète de la pièce ; laquelle est une variation de « Liliom » de Ferenc Molnar mis en scène par Bellorini en 2013

« Vie et mort de Mère Hollunder » met en scène une maîtresse femme, veuve du tendrement aimé Jacob et qui continue à tenir le magasin familial de photographie. Entre deux prises de vue (il y a en aura quatre au total et qui fonctionnent comme autant de flashs de mémoire), Mère Hollunder se raconte, ou réconforte sa fille prostrée dans son chagrin d’amour, quelque part en haut de l’escalier en colimaçon qui surplombe le plateau.

A travers son récit, c’est tout un monde disparu qui ressurgit ; celui des petites gens, perdus dans une bourgade indéfinie des années 50. Mais c’est moins de nostalgie dont traite « vie et mort de Mère Hollunder » que de la persistance des violences faites aux femmes. Jacques Hadjaje, travesti en cette rocailleuse mama, qui a la « baffe facile », finit par ôter ses oripeaux de circonstance pour dénoncer combien il est dur d’être femme.

Le propos est grave mais le texte est infiniment drôle. Le verbe est haut, populaire, cru. Le contraste entre ces deux registres est jubilatoire et atteint son paroxysme quand Mère Hollunder commente à sa manière « la Norma » dont le transistor laisse entendre le Casta Diva. La truculence du texte est toujours pondérée par un comédien qui sait jouer des silences, de l’émotion et de la pudeur aussi. La voix est chaude, tantôt tonitruante, tantôt extraordinairement assourdie. La petite salle Roland Topor, juste agrémentée de quelques accessoires (la volée d’escalier, une coiffeuse de loge, une armoire-cercueil, deux chaises pliantes et quelques gallinacées empaillées), plongée dans une semi-pénombre crée l’intimité propice à recueillir les confidences et les coups de gueule de Mère Hollunder.

 

Jacques Hadjaje est un splendide conteur, tant par l’écrit que par l’interprétation. Par son talent et avec la complicité de Jean Bellorini, il dresse Mère Hollunder au rang d’archétype.

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