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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 00:57
"En attendant Nadeau"

"En attendant Nadeau"

Correspndance avec la mouette

Un spectacle produit par la compagnie la Cie L’oubli des Cerisiers (75) et vu au Théâtre des Déchargeurs le 18 février 2020.

 

 

Texte : Anton Tchekov et Lika Mizinova

Mise en scène : Nicolas Struve

Comédien : David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H10

 

Fan de littérature russe et désireuse de découvrir davantage de petites formes pour l’Adadiff, j’ai donc jeté mon dévolu sur « Correspondance avec la mouette ». Très bonne pioche !

 

Le spectacle met en scène la correspondance d’Anton Tchekhov et Lika Mizinova, alias « la mouette ». Car si nous découvrons l’échange épistolaire de deux amants, nous assistons également aux correspondances entre cette figure féminine à laquelle Tchekhov, malgré la rupture, n’a pas « la force de ne plus […] aimer » et le personnage sublimé dans la pièce éponyme. L’intelligence de la mise en scène réside précisément dans le fait d’assumer pleinement cette dualité.

Le plateau est quasi nu, seulement habité de trois chaises et jonché de liasses de papier, lettres ou manuscrits en cours. Le spectacle s’ouvre sur une petite vidéo en guise d’exposition. Il s’achève sur une autre vidéo où un frère de Tchekhov témoigne de la fraîcheur et de la gaité de Lika. Entre temps, chacun lit la lettre qu’il envoie à l’autre en prenant la peine d’écrire sur les murs noirs, à l’eau, la date et le lieu de la missive et de l’agrémenter éventuellement d’un dessin de circonstance. Le rythme des lectures évolue au fil de l’histoire d’amour et trouve son paroxysme dans deux scènes dansées : celle de l’amour précisément et celle de la dispute. Dualité encore et toujours.

Stéphanie Schwartzbrod campe une Lika digne d’une Nina, lumineuse, spirituelle, profonde et grave. David Gouhier incarne un Tchekhov amoureux, ironique, fort occupé et bien souvent absent.

 

En écrivant la chronique, je réalise que c’est en fait le deuxième spectacle de cette compagnie que je vois avec grand plaisir. « Correspondance avec la mouette » est un spectacle d’une grande finesse, desservi avec talent et qui mérite de faire, comme ce soir, salle comble jusqu’à la dernière, le 29 février.

 

Catherine Wolff

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 09:52
De quoi hier sera fait
De quoi hier sera fait

Spectacle produit par la Compagnie // Interstices (34) et vu au Théâtre des 13 vents à Montpellier, le 21 janvier 2020.

 

Mise en scène : Marie Lamachère       

D'après un texte de : Barbara Métais Chastanier                 

Comédiens : M. Hallouin, E. Hériteau, J. Maignan, M. Muzammal Hossain Soheb, L. Riffault, D. Valero , R. Zaatour                                  

Genre : Contemporain                                                                               

Public : Tout public                                                                                     

Durée : 2h20

 

 

La pièce est une aventure Anarchico-écolo-collapsolo-sociale dans laquelle un melting-pot de comédien-ne-s répondent à nos problèmes sociétaux à leur façon.

 

Les comédien-ne-s parlent des langues différentes (bangla, occitan, français, arabe, québécois) et ce faisant, nous comprennons leur singularité et culture. Ce melting-pot de personnages arrive à représenter une micro-société inclusive. Leur avis sur le monde divergent avant de trouver un terrain d'entente : la vie communautaire.  

 

 

La scénographie est fournie et les supports visuels/sonores sont nombreux et pourtant peu utilisés à mon goût. Le "nid de roseaux" : une grande installation en fond de scène aurait mérité d'être plus mise en valeur. A contrario la projection (de vidéos, blogs etc.) est un peu envahissante à mon goût et ne sert pas toujours le propos. Par exemple la vidéo "éco-anxiété" est noyé dans d'autres discours et perd en importance alors qu'elle mériterait une réelle discussion.

 

J'ai aimé qu'on me parle de l'abandon des villes, du privilège blanc, d'écologie prise en compte, de relation avec les autres... Cependant, il m'a plutôt semblé avoir affaire à une fiction qu'à notre possible futur et cela m'a questionné : vais-je donc au théâtre pour voir la réalité, pour rêver, pour cet entre-deux ? Ce qui est sûr c'est que cette pièce mène au débat : Allez-y en groupe !

 

Anouk F.

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 00:46
tatouvu.com

tatouvu.com

Rosa Luxemburg Kabarett

Un spectacle produit par le collectif Ondes sensibles (84) et vu au Théâtre des Déchargeurs le 30 janvier 2020.

 

Texte : Viviane Théophidalès

Mise en scène : Viviane Théophidalès

Comédiens : Géraldine Agostini, Sophie de la Rochefoucauld, Anna Kupfer,Viviane Théophidalès, Bernard Vergne

Genre : Théâtre musical

Public : adulte

Durée : 1H40

 

 

C’est en allant voir avec mon amie Anne une conférence théâtralisée au théâtre de la Reine Blanche (théâtre associé au Théâtre des Déchargeurs) que nous avons repéré le « Rosa Luxemburg Kabarett » à venir. Rendez-vous était donc pris pour son prochain séjour parisien.

 

Ils sont cinq sur scène - quatre femmes et un homme – à convoquer les mânes de Rosa Luxemburg. Pour égayer un propos qui aurait pu paraître à d’aucun quelque peu abscons, c’est la forme cabaret qui a été retenue. Mais sur une si petite scène (3 m d’ouverture pour 4 m de profondeur environ), le terme est largement démesuré ! Pour tout cabaret, nous assistons à une succession de tableaux entrecoupés d’interludes (clavier, chant, guitare). Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le décor se réduit à quelques accessoires scéniques : une tringle-paravent, une malle, quelques gros coussins et un banc. Qu’importe au fond : rien n’a plus d’importance à mes yeux qu’un texte et un jeu. Le problème, c’est qu’ils n’y étaient guère davantage, faute de mise en scène.

Le parti pris n'est pas clair. La mise en scène et le texte oscillent entre la narration et l’incarnation ; le passé et le présent. Veut-on raconter la vie de Rosa Luxembourg ou mettre l’accent sur sa pérennité ? De même à force de vouloir montrer la femme humble dans la pasionaria, on tombe dans l’anecdotique. Le jeu de la comédienne donne à voir une petite ménagère ordinaire à la voix trop fluette quand elle n’hurle pas en proie à une quasi démence. Une scène résume à mon sens tous ces dysfonctionnements. Rosa, juchée sur un banc est censée haranguer la foule lors de son célèbre discours de 1891. Outre son manque de charisme, des voix off et peu crédibles lui répondent. N’auraient-ils pas été plus judicieux que ses collègues comédiens se glissent parmi les spectateurs, lui répondent et chauffent la salle ? Dans cette pénible confusion, surgissent quelques moments de grâce : les intermèdes musicaux peuvent être de qualité comme cette belle chanson yiddish « pour tous ceux qui ont froid » ; la scène où Rosa Luxemburg prend congé de la mésange qu’elle a domestiquée le temps de son séjour en prison est drôle dans son jeu tout en pantomimes et sifflements ; enfin la scène où l’une des comédiennes raconte l’histoire de son grand-père communiste n’est pas dénuée d’émotions.

 

« Rosa Luxemburg Kabarett » n’a pas répondu à nos attentes. Créé en 2018, il a tous les défauts d’un spectacle jeune. J’avais vu, il y a quelques années « Rosa, La vie » : dans ce spectacle, Anouk Grinberg lisait la correspondance de Rosa Luxemburg, écrite en prison. Ne serait-ce que par la force du verbe authentique, la comparaison est cruelle.

 

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 18:55
Hétérograhpies circassiennes
Hétérograhpies circassiennes

Spectacle produit par le Centre International des Arts en Mouvement (CIAM), la Cie Les Singuliers et la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (CNRS), vu le 17 janvier 2020 au CIAM d’Aix en Provence.

 

Clown, jongleur et auteurs de cirque: Cédric Paga Vincent Berhault

Ethnomusicologue et directeur de recherche au CNRS, IDEMEC : Olivier Tourny

Chercheur au CNRS, IREMAM, politiste et sociologue spécialiste de l’Islam en France : Vincent Geisser

 

Genre : Cirque interdisciplinaire

Public : adolescents, adultes

Durée : 1H15

 

Au CIAM (Centre International des Arts en Mouvement d’Aix-en-Provence, lieu magique pour les adeptes de cirque), nous découvrons deux fruits délicieux d’une collaboration insolite.

Le CIAM construit depuis sa création des ponts entre les arts du cirque et d’autres univers, afin d’enrichir mutuellement les connaissances et les pratiques respectives. Pour cette édition, la collaboration a été réalisée avec des chercheurs du Laboratoire Méditerranéen de Recherche en Sciences Humaines.

Les résultats de la collaboration des deux binômes sont très différents :

L’un porte sur la laïcité, la Laïcité, Madame Laïcité. Nous assistons à une conférence menée par un passionné de son sujet et visiblement aussi de la mise en scène, tant on perçoit son plaisir à être sur scène. Son discours nous rappelle les amphis que nous avons fréquentés. Mais l’ambiance universitaire se trouve interrompue, complétée, agrémentée par les apparitions d’un drôle de personnage. En caleçon, puis costume blanc moulant et ensuite en robe élégante, il accompagne le discours de jongleries, tentatives de collaboration intempestives et séances d’habillage.

L’autre hétérographie nous parle d’ethnomusicologie. Un dialogue s’établit entre un chercheur, plutôt discret et posé et un clown, personnage multiple et naïf. Tantôt drôle, tantôt exubérant, tantôt attendrissant, il questionne le chercheur sur son travail et y prend goût jusqu’à vouloir l’accompagner … Nous ne saurons jamais si ce sera possible, puisque nous découvrons, qu’en réalité, il est dans la tête du chercheur.

Cedric Paga incarne son rôle à merveille, performe par ses qualités d’expression corporelle et vocale.

Une collaboration touchante à la croisée de deux mondes que la société oppose souvent : l’art du cirque et la recherche scientifique. Quand l’ouverture, le désir d’échanger et de créer arrivent sur le devant de la scène, de belles rencontres s’opèrent.

Un spectacle dans lequel la recherche se présente décomplexée, drôle et accessible.

 

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 00:22
theatre-odeon.eu

theatre-odeon.eu

Oncle Vania

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre des Nations (Moscou) et vu au Théâtre de l’Odéon le 16 janvier 2020.

 

Texte : Anton Tchekhov

Mise en scène : Stéphane Braunschweig

Comédiens : Nina Gouliéva, Anatoli Béliy, Evgueni Mironov, Nadejda Loumpova, Victor Verjbitski, Elisaveta Boyarskaya, Dimitri Jouravlev, Ludmila Trochina

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 2H30 (avec entracte)

 

En principe, j’évite les spectacles en langue étrangère. Cependant, ma bonne connaissance du théâtre de Tchekhov en général et d’« Oncle Vania » en particulier m’autorisait à tenter l’expérience. Cet « Oncle Vania » inaugurait le cycle des « Saisons Russes 2020 » à l’Odéon. Le public était donc pour moitié composé de spectateurs russes et c’est haut la main qu’ils ont reporté le concours de l’élégance !

Avant le lever de rideau, Stéphane Braunschweig est intervenu pour prévenir le public qu’en raison des grèves le spectacle était maintenu mais quelque peu amputé dans sa scénographie et sa lumière. Au-delà de mon soutien inconditionnel au mouvement, force est de constater que le spectacle, dans la forme présentée ce soir-là, a répondu à toutes mes attentes.

 

Pour rappel, « Oncle Vania » raconte la fin du séjour estival du vieux et tyrannique professeur Serebryakov et de sa jeune épouse Héléna chez Ivan, frère de la première épouse du professeur et oncle (Vania, donc) de Sonia, née du premier lit.

L’originalité de la mise en scène de Braunschweig réside dans un parti pris résolument écologique et qui s’appuie sur le personnage visionnaire inventé par Tchekhov, le docteur Mickhaïl, grand ami de la famille. Ce végétarien avant l’heure, amoureux de la forêt dissèque les relations intrafamiliales comme il inventorie, sur son ordinateur, le déclin de la forêt de son district.  Car l’écosystème familial se délite sous nos yeux à l’image de la nature. Le décor, splendide et manipulé par une dizaine de techniciens malgré la grève, participe de ce point de vue. Tout en bois de bouleau, sur deux étages, il figure, selon la lumière, aussi bien un bain russe, qu’une terrasse de jardin ou une forêt.

Le jeu confirme, s’il en était encore besoin, la force de l’école du théâtre russe. Mention toute spéciale à Evgueni Mironov qui campe un oncle Vania cynique à force de désespoir et d’amour et à Nadejda Loumpova qui interprète une Sonia, avec toute la détermination d’une jeune personne. Toute ressemblance avec une certaine Greta Thunberg n’est peut-être pas fortuite ! Le rythme est enlevé et les quelques moments de jeu sans parole, autour d’un accessoire, introduisent des espaces comiques bienvenus.

 

Cet « Oncle Vania », porté par le Théâtre des Nations de Moscou et mis en scène par Stéphane Braunschweig, se range d’emblée parmi les plus belles représentations de Tchekhov qu’il m’ait été donné de voir.

 

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 01:02
TGP

TGP

Le train zéro

 

 

Un spectacle produit par la compagnie Image et 1/2 (93) et vu au TGP le 17 janvier 2020.

 

Texte : Iouri Bouïda

Mise en scène : Aurélia Guillet

Comédiens : Miglen Mirtchev

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H

 

C’est un peu par défaut que je suis allée voir « le train zéro », l’autre spectacle du mois de janvier au TGP ayant été décalé à la saison prochaine. Par défaut ou pas, j’ai assisté à un très beau spectacle et découvert un auteur dont j’ai acheté le livre.

 

« Le train zéro », c’est le « désert des tartares » au pays des soviets. Mais à l’absurde d’une situation reconduite indéfiniment, s’ajoute toute l’horreur du totalitarisme. Ivan, le narrateur, raconte le quotidien d’une colonie ferroviaire dont la seule finalité consiste à assurer le passage quotidien  et « ric-rac » du train zéro, « 100 wagons, deux locomotives devant et deux derrière ». D’où vient-il, Où va-t-il ? Que transporte-t-il ? C’est un secret et « les secrets sont toujours contre les hommes ». La suite le confirme. Ivan nous raconte comment la bête, symbole de tout le système idéologique, emporte peu à peu tous ses proches dans des fins tragiques.

Seul en scène, légèrement sonorisé, le comédien Miglen Mirtchev a la stature du rôle : un léger accent slave, une belle voix grave, un physique de bucheron. Malgré ce corps qui en impose, il sait se faire tendre. Il évolue dans un décor à l’unisson du texte, lugubre. La pièce se joue dans la salle dite « du Terrier », qui porte admirablement son nom et qui est une véritable aubaine pour la pièce. Elle se situe en sous-sol et ressemble à un ancien parking, en béton brut de décoffrage. Elle est agrémentée de deux allemandes en bâches transparentes. Celle du fond sert occasionnellement d’écran. La lumière, très belle, fait surgir d’autres espaces que l’on identifie grâce à un simple accessoire (une table, une chaise, une lampe à pétrole) ou aux bruitages. Cette économie de moyens permet de faire ressortir la force de la narration. J’aurais été encore plus loin dans cette parcimonie : certaines paroles se suffisaient à elles-mêmes sans avoir besoin d’être soulignées par un signe extérieur redondant, objet scénique ou voix off.

 

« Le train zéro » est une heureuse découverte tant d’un point de vue littéraire que théâtral.

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 20:19
Matilda Olmi

Matilda Olmi

Bajazet en considérant Le Théâtre et la peste

Un spectacle produit par Théâtre Vidy-Lausanne, MC93 - Maison de la Culture de Seine St-Denis (93) et vu au Grand Théâtre d'Aix en Provence le 20 novembre 2019.

 
Textes : Jean Racine, Antonin Artaud
Mise en scène et adaptation : Frank Castorf
Scénographie : Aleksandar Denic
Avec : Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Claire Sermonne, Adama Diop, Mounir Margoum
Genre : Théâtre
Public : adulte (à partir de 16 ans)
Durée : 3h50 avec entracte
 

Un espace ouvert mais sombre, sali de paille et de poussière. Côté jardin se dresse une tente en forme de tête de niqab dominée par le regard d'un immense sultan peint sur un portant, sorte de BigBrother de fête foraine. Voilà le fameux sérail de la pièce de Racine, lieu virginal et sacré par excellence ? Cela sent plutôt l'héroïne que la myrrhe... À mort les idéaux de rigueur et de grandeur raciniens : faites place à la débauche.

Elle ne tarde pas à apparaître. Les cigarettes volent vers les bouches et les bouches volent vers les visages et les visages mordent la poussière dans une explosion de lumières, de sons, de hurlements ; les bouteilles se vident dans les gorges, on ne voudrait pas être à la place de la nourriture, les corps titubent à la recherche de leur proie ou d'une sortie. Qu'ils essayent de s'échapper hors du théâtre, la caméra embarquée les suit jusque sur la nationale. L'oeil du public est voyeur, violeur lorsqu'il s'introduit au plus profond de l'intimité du sérail. La vidéo est en effet retransmise sur un immense écran, seule lumière de la scène - mais quelle lumière ! Elle aveugle un public qui ne peut que se laisser éblouir. Les acteurs sont éclipsés par cet écran qui marque le triomphe du cinéma sur le théâtre ou la victoire du lampadaire sur la Lune pour les papillons de nuit. Rien ne résiste au maelstrom Castorf : les acteurs sont écrasés, le public sidéré, le texte de Racine foulé au sol, on n'entend d'Artaud que le rire. « Un théâtre où des images physiques violentes broient et hypnotisent la sensibilité du spectateur » annonce la préface du Théâtre et son double. C'est assez réussi.

Mais à force de sollicitations, je cligne des yeux, je tourne la tête vers des lumières moins vives. Le temps est long sous cet orage qui s'étire et s'étiole. Où est la tension dramatique propre à Racine, où est l'amour de Roxane pour Bajazet, où est la force des femmes et la vigueur des hommes ? À bas les valeurs, exhibons les caprices, les hommes ne vivent que pour se divertir, c'est entendu, c'est répété, c'est accablant. Quand le sens du saccage s'épuise (comptez une heure), l'absurde prend le relais. Les femmes en cage, Bajazet sous électrochoc, des coups de feu, des cancrelats, de la masturbation... « Là où ça sent la merde ça sent l'être » ajoute Artaud. Très bien, contemplons la déchéance d'une existence insensée pendant encore quelques heures - expérience intéressante, qui n'a pas été tellement instructive pour moi. Certes, à voir ces femmes qui ne peuvent exister qu'entièrement cachées ou entièrement nues, sous le regard intrusif d'hommes violents et avides, on songe à un engagement politique, qui ne s'est pas imposé à moi de manière nécessaire.

La note mise au spectacle est à relativiser. Je ne suis pas friand d'expériences totales : je préfère l'éveil à l'hypnose, et puis la dissonnance est douloureuse aux coeurs en mal d'harmonie. La pièce reste cependant un rêve cruel et audacieux loin de faire l'unanimité. Je vous invite vivement à vous en faire votre propre idée.

 

 

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 00:55
ladepeche.fr

ladepeche.fr

Berlin 33

Un spectacle produit par la Compagnie RL (75) et vu au Théâtre de la Reine Blanche le 27 décembre 2019.

Texte : Sebastian Haffner

Mise en scène : Laurence Campet, Olivia Kryger, René Loyon

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

Le théâtre de la Reine Blanche se situe dans mon quartier. Je m’y rends environ une fois par an. La dernière fois, c’était à l’invitation d’une amie de passage à Paris pour assister à « Fauve », une leçon d’anthropologie théâtralisée (non chroniquée). C’est à cette occasion que j’ai constaté le changement radical de la ligne éditoriale du théâtre. Désormais associé au théâtre des Déchargeurs, le théâtre de la Reine Blanche se veut être la scène des arts et des sciences. Le programme laisse à voir une pluralité de propositions, depuis les mises en espace de conférences scientifiques jusqu’aux projections de cinéma italiens agrémentées d’un plat de pâtes en passant par des formes théâtrales plus classiques. « Berlin 33 » relève de cette dernière catégorie.

« Berlin 33 », dans le programme, m’a aussitôt interpellée par le texte que le spectacle ambitionnait de porter sur scène : « Histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner. C’est un texte que j’adore et dans lequel l’auteur, témoigne et  analyse les ressorts de la montée du nazisme et de la mise en place du totalitarisme.  

 « Berlin 33 » se joue dans la petite salle du théâtre. La jauge d’une quarantaine de places était quasiment pleine. Le dispositif scénique se réduit à sa plus simple expression : deux rangées de bancs et de chaises encadrent un espace scénique nu, seulement doté d’une petite table de bois et d’une chaise. A travers un montage judicieux du texte, le comédien raconte la façon dont un peuple, d’abord passif et incrédule puis trahi par ses élites et enfin sidéré par la peur,  sombre tout entier dans le cauchemar. Le comédien joue avec sobriété et retenu : il est tantôt conteur, tantôt conférencier, tantôt confident. Une bande-son illustre certains passages mais au dépend de la voix. Outre le comédien et un jeu discret de lumière, c’est le seul effet théâtral du spectacle. C’est un peu court ; ça manque de rythme, la voix est monocorde et j’ai bien failli m’endormir. « L’histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner se prêtait bien à un seul-en-scène intimiste. Encore eut-il fallu l’habiller un peu : quelques images d’archives ou bien des parties véritablement dialoguées et jouées (avec son père ou sa petite amie Charlie) auraient été, à mon sens, les bienvenues.

« Berlin 33 » n’a pas comblé mes attentes. Mais dans l’époque délétère que nous vivons et qui, toute proportion gardée, n’est pas sans rappeler les années trente, c’est tout à l’honneur de la compagnie d’avoir choisi Sébastian Haffner pour nous injecter une bonne piqûre de rappel.

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 01:10
http://france3-regions.francetvinfo.fr

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Adieu Ferdinand!

Un spectacle produit par la Comédie Nouvelle (75) et vu au Théâtre du Rond-Point le 19 décembre 2019.

Texte : Philippe Caubère

Mise en scène : Philippe Caubère

Comédiens : Philippe Caubère

Genre : Seul en scène

Public : adulte

Durée : 2H 10

N’en déplaise à Philippe Caubère, c’est un peu par défaut que je suis allée voir « Adieu Ferdinand ! ». Compte tenu des grèves (que je soutiens ardemment !), j’ai du renoncer à un spectacle vraiment inaccessible, même pour mes pieds endurants. Mon quota mensuel de spectacles s’en trouvant affecté, je me suis résolue à reprendre une resucée des aventures de Ferdinand.

Avec le temps, je pense avoir vu à peu près l’intégrale des spectacles de Caubère. Peu de surprise en perspective mais l’assurance de passer un bon moment. J’ai été quelque peu démentie des deux côtés de la proposition.

« Adieu Ferdinand ! » comprend deux parties, « la baleine » et « le camp de naturistes ». On retrouve les personnages emblématiques des précédents épisodes : Ferdinand, l’avatar de l’auteur et donc ex-vedette du Théâtre du Soleil ; Clémence, sa compagne ;  Pascale, son petit frère et l’impayable Ariane Mnouchkine. « La baleine » raconte le désir adultère de Ferdinand pour Samoura, une comédienne du Soleil au physique généreux. Le contrat de mariage entre Ferdinand et Clémence stipulait l’amour libre ; mais entre le contrat et la réalité, il y a un gouffre de jalousie et de culpabilité. Pour se venger, Clémence propose des vacances à Montalivet, dans un camp de naturistes.

Philippe Caubère est seul en scène. Pour ceux qui l’ignorerait, c’est lui qui a crée le genre en France il y a trente ans environ. Contrairement aux précédents épisodes, le plateau est totalement nu, seulement dotée d’une chaise en skaï rouge dans la première partie et d’une chaise en bois dans la seconde. Les lumières et la faconde de l’auteur-interprète habillent le reste.

La performance théâtrale est d’autant plus remarquable que Philippe Caubère n’est plus tout jeune. Or, il en faut, de l’énergie, pour jouer pendant 2H10 une vingtaine de personnages ; à les faire vivre devant nous avec, pour seul élément de caractérisation, une voix, une mimique, une grimace, un comique de répétition. Mais la verve textuelle a faibli. Le premier épisode est particulièrement longuet et somme toute, peu intéressant. « Le camp de naturistes » relève davantage le défi, sans convaincre pour autant. Peut-être le temps est-il passé par là : je me demande en effet qui d’autre qu’un public de séniors peut entendre cette voix, tant elle est contextualisée (Mnouchkine, les années 70) ? Dieu merci, il est, et dans chacun des épisodes, des moments de fulgurances, dignes des plus beaux jours de Caubère et qui ravissent le public.

Bonne connaisseuse de Caubère, je n’avais pas particulièrement envie de voir ce spectacle. J’aurais largement préféré découvrir une nouvelle compagnie. Par la force des choses et par facilité, j’ai peut-être goûté celui de trop.

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 23:27
Mort prématurée d'un chanteur dans la force de l'âge
Mort prématurée d'un chanteur dans la force de l'âge

Un spectacle produit par le Théâtre National de la Colline (75) et vu au Théâtre de la Colline le 17 décembre 2019.

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Comédiens : Arthur H, Marie-Josée Bastien (en alternance avec Linda Laplante), Gilles David, Pascal Humbert, Isabelle Lafon, Jocelyn Lagarrigue, Patrick Le Mauff, Sara Llorca

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 3H 30

Je ne suis pas peu fière de ma promenade : grèves obligent, je suis allée à pince de Montmartre à la Colline en passant par la manif. Il faut dire qu’à mes yeux, Wajdi Mouawad et Arthur H valaient tous les détours du monde. Les 3H30 de spectacle, à défaut de me plaire, m’auront au moins permis de reprendre mon souffle pour le retour.

C’est l’histoire d’un chanteur anciennement punk, Alice, qui a cédé aux sirènes du succès. Star il est mais avec tout ce que cela implique d’égo. Malgré les efforts de son attachée de presse, affublée du surnom de « Diesel » précisément pour sa capacité à endurer les caprices du chanteur, et de l’abnégation de sa compagne photographe, Majda, sa carrière décline. Une critique assassine et les retrouvailles avec le manager de ses débuts vont précipiter Alice dans un canular…. et Wahdi Mouawad dans un registre inédit, la comédie loufoque.

La scénographie est dynamique. Des jeux d’allemandes augmentés d’accessoires, de lumières, de bruitages et de beaucoup d’effets de pluies dessinent des espaces variés : scène de concert, loges, studio photo, studio d’enregistrement, gares, rues, salle de cérémonie mortuaire, etc….

Malgré quelques réflexions intéressantes sur l’engagement de l’artiste, sur l’industrie culturelle et -comme toujours chez Mouawad mais cette fois  en filigrane- sur les génocides ; malgré les références plus ou moins voilées aux grands auteurs (Baudelaire, le fantôme de Macbeth, les servantes de Molière, Oedipe et même une scène digne de Mouchkine et donc fort datée), les huit comédiens et les cinq techniciens peinent à convaincre. Le texte n’est pas passionnant et flirte avec le pathos, le rythme est lent, le jeu est lourd et forcé. Trois scènes échappent à ce triste constat et m’ont donné le courage de rester jusqu’au bout. Il y a d’abord le rôle haut en couleurs et le jeu débordant de vitalité de Nancy (Marie-Josée Bastien), fan québécoise venue soutenir son idole. Il y a ensuite cette scène d’enregistrements de titres posthumes, drôle et musicalement belle. Il y a enfin la scène de vernissage de l’exposition de Majda, plaidoyer pour le dialogue entre les frères ennemis, juifs et palestiniens.

J’avais beau être plus que bien disposée, « mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge» ne m’a pas enchantée. La fatigue, mon oubli de lunettes ont peut-être participé à cette déception. Le public semble, par ses rires et ses applaudissements, avoir été plus réceptif.

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