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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 20:31
Tout le monde ne peut pas être orphelin
Tout le monde ne peut pas être orphelin

Un spectacle produit par les Chiens de Navarre (Paris XII°) et vu le 29 novembre 2019 à La Villette.

Mise en scène : Jean-Christophe Meurisse

Comédiens : Lorella Cravotta, Charlotte Maemmel, Olivier Saladin, Vincent Lécuyer, Hector Manuel, Judith Sibon, Alexandre Steiger

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H

En 2018, le spectacle « jusque dans vos bras » m’a rendue inconditionnelle des Chiens de Navarre (chroniqué). Je me suis donc précipitée pour découvrir leur dernière création, « tout le monde ne peut pas être orphelin ». Pour m’accompagner dans cette nouvelle aventure, j’étais accompagnée de ma fille aînée et de trois amis. Leurs réactions ont été d’une précieuse aide pour la rédaction de cette chronique.

Ils sont huit sur scènes, quatre hommes et quatre femmes, tous sonorisés. Quatre techniciens apportent leur concours aux sept tableaux qui vont se succéder. Le fil directeur ? Les réunions de famille et la première d’entre toutes, de circonstance et qui ouvre le bal, le repas de Noël. Dans un décor qui représente à jardin un salon bourgeois et à cour une cuisine moderne modulable en petits coins, on assiste à un règlement de compte granguignolesque du cher cocon. Les gradins, disposés en double frontale, permet au public de compter les points. La table familiale qui trône en plein centre de la scène est la table d’opération de ce microcosme résolument dysfonctionnel, quelque soit les étapes traversées et racontées : l’éducation, l’annonce d’une grossesse, la naissance, les Noëls, les goûters du dimanche, le grand âge.

Il m’est impossible d’être exhaustive tant le spectacle est riche, drôle,  surprenant et … dérangeant. Je me contenterais donc de mettre en lumière les traits essentiels de la mise en scène et quelques passages emblématiques. Ce qui frappe d’abord, c’est le verbe, d’une vacherie sans commune mesure et politiquement tout à fait incorrect. Madame la mère, dans la première scène se prend un « ta gueule, toi Eva Braun ». Faut dire qu’elle l’avait bien cherché, à balancer à son fils un « et toi, quand t’es né, tu crois que ce n’était pas violent quand tu m’as déchiré la chatte ». Le tout est à l’avenant, tellement rythmé que la salle applaudit de rire à ce battle générationnel. A l’énormité des propos répond l’outrance des situations depuis une réminiscence jouissive de « massacre à la tronçonneuse », jusqu’aux chiottes qui aspirent dans leur merde la pauvre bru aux intestins dérangés par la vacuité de la conversation autour de l’apéro. A l’hyperbole des situations répond un jeu d’acteur hors norme. L’un se laisse emporter par une colère homérique tandis que l’autre, fesse à l’air et pas que, joue les bébés que l’on va langer. Pour généraliser la problématique de la sociabilité sanguine forcée, les figures de Médée et d’Œdipe sont convoquées. Belle occasion, sous couvert de l’honorer, de mettre en boîte la représentation classique de la tragédie : les mots sont certes beaux mais ne servent-ils pas à enrober la réalité des maux. C’est donc à une enfance massacrée « pour de vrai », sur la table transformée en autel, que l’on va assister. Ce moment du spectacle interpelle. Des spectateurs sont partis. D’autres, comme moi et ma fille, sans vraiment regarder, avons rigolé nerveusement. L’exercice atteint-il la limite ou fallait-il précisément montrer les situations limites qui, nous le savons tous, existent, mais que l’on se refuse de voir. Toujours est-il que notre charmant bambin au cul nul va jouer une scène d’inceste avant que d’être émasculé par sa génitrice. Ces deux scènes extrêmes sont heureusement compensées par les jolies images qui les encadrent : l’accouchement du bambin d’abord puis le bain donné au vieil homme. La famille sapin de Noël, guère plus douée en matière de parentalité, vient clore l’ensemble dans un joli final absurde.

« Tout le monde ne peut pas être orphelin » opère une véritable catharsis. Le public est d’ailleurs maintes fois convié à participer, tantôt en chantant, tantôt en se recevant une couche pleine d’excréments…. On s’esclaffe et on s’exclame devant un spectacle qui est, à tout point de vue, une performance

 

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 11:44
Les Beaux

 

Spectacle vu à Paris le 14 novembre 2019 au Théâtre du Petit Saint-Martin

 

Texte : Léonore Cofino

Mise en scène : Côme de Bellescize

Interprétation : Elodie Navarre et Emmanuel Noblet

Genre : théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H15

  

Alice a sa façon à elle de purger la violence du monde en s’appropriant les mots de ses parents : elle joue avec ses poupées Ken et Barbie en les transposant dans un univers lisse et surfait, où ce couple idyllique file le parfait amour, entre puérilité totale et train de vie luxueux.  A travers  la vision de l’enfant se forme un couple aussi désastreux qu’attachant, sous notre regard amusé.

Lorsque les « vrais » parents d’Alice entrent en scène à l’acte 2, ils sont bien différents et se déchirent, se reprochant mutuellement  leur vie de trentenaires  façonnés par notre société de consommation,  leur stress et le  « handicap » de leur fillette qui ne parle plus depuis… si longtemps… Lorsque leur fille les abandonne,  ces  purs produits de notre siècle vont alors tenter de renouer avec leur instinct et replonger en eux-mêmes afin de se retrouver,  de s’aimer à nouveau après s’être longtemps détachés, voire détestés.

C’est une pièce drôle mais écrite au scalpel, sur la vie de gens aimables et monstrueux,  comme ceux que nous côtoyons souvent et que nous sommes, parfois…

Une magistrale interprétation des deux comédiens Elodie Navarre et Emmanuel Noblet.

 

 

Relations presse : Laurence Falleur Communication

laurencefalleur@gmail.com

01.42.56.95.97

Les Beaux
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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 11:00
Tout va trop vite ? Alors… ralentissez !
http://www.ateliers-du-spectacle.org/

http://www.ateliers-du-spectacle.org/

Un spectacle produit par Les ateliers du spectacle (groupe N+1), vu le 16 novembre 2019 au 3bis, lieu d’arts contemporains à Aix en Provence.

 

Conférence spectaculaire créée par le Groupe N+1, Ateliers du Spectacle et deux chercheurs – praticiens de l’Université Aix-Marseille (C. Tardif et B. Gepner).

Avec : Carole Tardif, Bruno Gepner, Mickaël Chouquet

Mise en Scène : Balthazar Daninos

Public : Adulte

Durée : 1H-1H30

 

Nous avons rendez-vous à l’Hôpital Psychiatrique Montperrin. Complètement inattendu, au milieu d’un hôpital du XVIIe siècle avec ses pavillons et ses allées, se trouve un lieu d’art contemporain.

« Tout va trop vite ? Alors… ralentissez ! » est une conférence spectaculaire sur l’autisme, une forme extrême, intense et paradoxale d’être au monde.

Une conférence à deux voix et demie, deux chercheurs praticiens et un acteur, qui rend accessible une thématique trop peu abordée.

 

« Pour moi, le temps semble s’écouler rapidement, ou en d’autres termes, aux yeux d’une personne non autiste, je parais vivre au ralenti. » Hans Van Dalen

 

Le spectacle à peine commencé, tout va déjà trop vite, un métronome nous impose le rythme : difficile de sélectionner l’information, difficile de rester attentif, on est rapidement dépassé. Stop.

Tout reprend au début. A une vitesse « normale ». A une vitesse qui nous est adaptée, qui nous permet de suivre.  Mais finalement, à quelle vitesse va le monde dans la tête d’un autiste ?

La mise en scène est originale : s’y mêlent jeu d’acteurs et projections d’enregistrements sur un écran puzzle mobile et mouvant. Apports scientifiques, témoignages de recherches et anecdotes se succèdent. C’est au son du violon de Bruno Gepner que cet impromptu scientifique suit son cours.

En fin de spectacle, une discussion s’installe entre le public, les deux chercheurs et le comédien.

 

Le groupe N+1 a su rendre sensible le champ d’investigation des chercheurs grâce à leur intervention joyeusement décalée. Cette conférence s’inscrit dans la série des « Impromptus scientifiques ».

Spectacle sensoriel, intelligent, pédagogique, informatif et drôle. A consommer sans modération, particulièrement par les publics concernés par le sujet (professionnels et familles), mais pas que !!!

 

 

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 10:18
Les Guérillères Ordinaires

Spectacle produit par la Compagnie "Les Grisettes" (34) vu au Théâtre Jean Claude Carrière, au Domaine d'O à Montpellier, le 8 novembre à 20h.

 

Texte : Magali Mougel (déjà chroniqué : "The Lulu Projekt")

Metteuse en scène : Anna Zamore

Comédiennes : Evelyne Torroglosa, Frédérique Dufour, Lou Heyman, ainsi que 20 présences féminines.

Genre : Théâtre

Public : à partir de 15 ans

Durée : 1h30

 

Anna Zamore construit un texte engagé et donne de la voix et de la lumière à trois monologues de femmes, atteintes par notre quotidien patriarcal : « diktat de minceur, viol conjugal, charge mentale, lesbophobie ». En se livrant, elles gagnent en puissance jusqu'à l'apothéose... 

 

La première femme est en lutte contre son mari « gros, chauve et alcoolique, qui sent ». Il lui impose -comme à son habitude- une fenêtre dans sa buanderie, sa pièce intime. Cette pièce est représentée par un faisceau lumineux aux quatre angles ;  le faisceau incarnant le regard marital sur ses activités secrètes...

 

La deuxième : Léda « le sourire en bannière » est hôtesse d'accueil par vocation et ne rentre plus dans les attentes « taille 34 » de son entreprise. Elle entame un pèlerinage de vengeance sur une route de plumes blanches. Léda raconte comment elle vit sa « dé-gradation » dans un visuel magnifique : la douche de lumière qui l'encercle et les plumes noires qui lui volètent dessus, tandis qu'elle avance vers nous sur le chemin blanc, est un de mes plus beaux souvenirs de la pièce.

 

La troisième jouera devant un amoncellement de terre, elle nous fait parcourir son histoire pleine de gestes et de sons. Son père, l’a « battue » dans la forêt, son amour interdit... La performance est sauvage et authentique. Je trouve beaucoup de justesse dans sa confidence.

 

Ce spectacle est orné d'un visuel grisant et ses transitions visuelles et musicales sont parfaitement orchestrées et mettent le texte en valeur. Aux avides de pièces puissantes et qui se méditent, cette pièce est pour vous !  

 

 

Anouk F.

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 23:13
Harold Passini

Harold Passini

Habiter le temps

 

 

Un spectacle produit par la compagnie les Poupées Russes (Région Centre) et vu le 18 octobre 2019 au LMP (Paris XVIII°).

 

Texte : Rasmus Lindberg

Mise en scène : Salomé Elhadad Ramon

Comédiens : Lucie Contet, Caroline Gozin, Charlotte Roulland, Adrien Rummler, Quantin Voinot, Louise Ternois

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H30

 

Les structures où j’ai coutume de me rendre ne proposant pas de spectacles attrayants à mes yeux en ce mois d’octobre, j’ai enfin pris le temps de revisiter le LMP.

Le LMP est une véritable institution. Il a longtemps été le seul lieu culturel de la Goutte d’Or avant que le quartier n’entame sa gentrification. Le LMP ou Lavoir Moderne Parisien occupe un ancien lavoir comme le quartier en comptait tant à l’époque de « l’Assomoir ». Il en a gardé la structure et l’odeur du bon vieux temps. Le LMP a fermé pendant quelques années suite à de sombres démêlées politiques. Tout le quartier s’est mobilisé, en vain. Il a ensuite fait office d’accueil pour les « Femen » avant d’être repris il y a deux ans. Difficile alors de trouver des informations sur la programmation. Depuis, les outils de communication sont tout à fait performants et en tant que voisine, j’attendais  impatiemment le spectacle qui me donnerait l’opportunité de renouer avec les lieux. C’est donc à « Habiter le temps » que le LMP doit ma visite ! La salle est inchangée et forte d’une soixantaine de places. L’accueil est familial ; le public, relativement jeune, compte déjà des habitués ; la ligne éditoriale met à l’honneur de jeunes compagnies, de celles que l’on rencontre en Avignon ;  l’ensemble fleure bon le côté alternatif que j’aime tant.

 

 

« Habiter le temps »a retenu mon attention par sa thématique : le transgénérationnel ou comment un fantôme caché dans le placard par une génération pourrit l’existence des suivantes jusqu’à ce qu’un membre de la famille décide enfin de se confronter à l’histoire familiale pour mieux rompre le cercle vicieux. « Habiter le temps » raconte donc l’histoire d’une de ces familles sur trois générations. C’est la figure masculine de la seconde génération, Stephane, affreusement défiguré en bas-âge par un accident domestique qui décide de s’atteler à la tâche.

Ils sont six sur scène, 4 femmes et deux hommes, à évoluer dans ce qui évoque la maison familiale : trois allemandes en tulle dont une porte un cadre doré, une table à manger avec deux chaises, un berceau et un gramophone.

La belle trouvaille scénographique réside dans le jeu simultané des trois générations ; un mot prononcé par l’une donnant la réplique à l’autre. Malgré parfois un certain brouhaha, ce dispositif donne à voir l’origine du drame, le décalage entre l’analyse et la réalité de la situation, silence oblige et enfin la façon dont chaque génération se dépêtre (ou pas) du problème. Le rythme est donc plutôt enlevé, nourri par ailleurs, par deux petites scènes chorégraphiées. L’émotion pointe régulièrement mais elle retombe tout aussi régulièrement en raison d’un texte qui n’échappe pas aux poncifs et aux invraisemblances (la psy qui accompagne son patient pour visiter la maison familiale et qui deviendra la mère de la troisième génération…) et d’un jeu qui a du mal à les porter.

 

 

« Habiter le temps » est un spectacle intéressant sur le fond, agréable à regarder sur la forme mais qui n’a pas su totalement me convaincre.

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 23:39
Pascal Victor

Pascal Victor

Vie et mort de Mère Hollunder

 

 

Un spectacle produit par le TGP (Saint-Denis, 93) et vu le 11 octobre 2019 au Théâtre du Rond-Point.

 

Texte : Jacques Hadjaje

Mise en scène : Jean Bellorini

Comédiens et musiciens: Jacques Hadjaje

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H

 

 

J’ai pour habitude d’aller voir les spectacles de Jean Bellorini en son fief de Saint-Denis. Mais le mois d’octobre m’offrant peu de tentations théâtrales, j’ai devancé l’appel !

 

« Vie et mort de Mère Hollunder » est un spectacle fort différents des autres dans la mesure où Jean Bellorini s’est mis en quelque sorte au service de Jacques Hadjaje, auteur et  seul interprète de la pièce ; laquelle est une variation de « Liliom » de Ferenc Molnar mis en scène par Bellorini en 2013

« Vie et mort de Mère Hollunder » met en scène une maîtresse femme, veuve du tendrement aimé Jacob et qui continue à tenir le magasin familial de photographie. Entre deux prises de vue (il y a en aura quatre au total et qui fonctionnent comme autant de flashs de mémoire), Mère Hollunder se raconte, ou réconforte sa fille prostrée dans son chagrin d’amour, quelque part en haut de l’escalier en colimaçon qui surplombe le plateau.

A travers son récit, c’est tout un monde disparu qui ressurgit ; celui des petites gens, perdus dans une bourgade indéfinie des années 50. Mais c’est moins de nostalgie dont traite « vie et mort de Mère Hollunder » que de la persistance des violences faites aux femmes. Jacques Hadjaje, travesti en cette rocailleuse mama, qui a la « baffe facile », finit par ôter ses oripeaux de circonstance pour dénoncer combien il est dur d’être femme.

Le propos est grave mais le texte est infiniment drôle. Le verbe est haut, populaire, cru. Le contraste entre ces deux registres est jubilatoire et atteint son paroxysme quand Mère Hollunder commente à sa manière « la Norma » dont le transistor laisse entendre le Casta Diva. La truculence du texte est toujours pondérée par un comédien qui sait jouer des silences, de l’émotion et de la pudeur aussi. La voix est chaude, tantôt tonitruante, tantôt extraordinairement assourdie. La petite salle Roland Topor, juste agrémentée de quelques accessoires (la volée d’escalier, une coiffeuse de loge, une armoire-cercueil, deux chaises pliantes et quelques gallinacées empaillées), plongée dans une semi-pénombre crée l’intimité propice à recueillir les confidences et les coups de gueule de Mère Hollunder.

 

Jacques Hadjaje est un splendide conteur, tant par l’écrit que par l’interprétation. Par son talent et avec la complicité de Jean Bellorini, il dresse Mère Hollunder au rang d’archétype.

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 21:36
Filipe Ferreira

Filipe Ferreira

Un spectacle produit par le TG Stan (Belgique) et le Teatro Nacional D. Maria II (Portugal) et vu le 20 septembre 2019 au Théâtre de la Bastille (Paris XI°)

Texte : Tiago Rodrigues librement inspiré de Tolstoï

Mise en scène : Tiago Rodrigues et le TG Stan

Comédiens : Isabel Abreu, Pedro Gil, Jolente de Keersmaeker, Franck Vercruyssen

Genre : théâtre  

Public : adulte

Durée : 1H40

Je fréquente le Théâtre de la Bastille depuis des lustres. C’est le fief parisien du TG Stan dont je suis le travail depuis non moins longtemps. Tiago Rodrigues que j’ai découvert l’an passé avec un mémorable « Bovary » y a également élu domicile. C’est la première fois que je chronique au théâtre de la Bastille. Et quelle première fois puisque the « way she dies » réunit tout ce beau monde !

« The way she dies » est la triple mise en abyme d’Anna Karénine. Autrement dit, « The way she dies » raconte la façon dont le livre de Tolstoï s’immisce comme élément perturbateur de deux couples : un couple néerlandais d’aujourd’hui ; un couple portugais des années 60 dont la femme, sous l’emprise même de l’héroïne, est la mère du monsieur du premier couple. Exposé ainsi, voilà qui paraît fort compliqué. Or c’est précisément là que réside tout l’art de Tiago Rodrigues et du TG Stan conjugués.

En quatre actes rythmés par des airs de jazz et dans un perpétuel va-et-vient entre le livre et la réalité de deux couples,  entre le présent et le passé, on assiste en français, néerlandais et portugais, à la quête de l’amour comme quête de l’Absolu. Une véritable autopsie du sentiment amoureux dans un naturel confondant !

Car Tiago Rodriguès et le TG Stan ont ceci en commun de mettre le jeu de l’acteur au centre du spectacle. Et quels acteurs ! Le décor est très épuré. En hauteur, une vague verrière avec 4 lampadaires suggère la gare de toutes les rencontres et du drame final ; à cour et en fond de scène, une sorte de cuisine pour évoquer cette normalité que fuit notre (nos) héroïne(s) et qui, théâtralement, comme de coutume au TG Stan, fait office de loge pour les changements à vue ; à jardin, une drôle de machine en bois qui crachera en une sublime image la neige de l’âme slave.

C’est l’autre marque de fabrique des deux structures : malgré le drame, l’humour est omniprésent. Par exemple, la scène où la femme du couple néerlandais susurre à l’oreille de son amant sa théorie…..  sur l’oreille comme  révélatrice du sentiment amoureux est à mourir de rire.

« The way she dies » est un spectacle d’une grande complexité narrative et pourtant d’une grande simplicité. Les voix qui s’égrènent de par les âges, les expériences, les points de vue de chacun des protagonistes se réunissent à la fin pour raconter d’une seule voix, mais en chant choral, « The way she dies ». A ne pas manquer.

 

 

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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 21:22
La fin de l'homme rouge
La fin de l'homme rouge

Un spectacle produit par la Criée, Théâtre National de Marseille(13) et vu le 14 septembre 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris X°)

Texte : d’après Svletania Alexievich

Mise en scène et adaptation : Emmanuel Mérieu

Comédiens et musiciens : Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms et la voix de Catherine Hiegel

Genre : théâtre  

Public : adulte

Durée : 1H50

Je ne suis pas férue d’adaptation. Mais d’emblée, il m’a semblé que « La fin de l’homme rouge » de Svletana Alexievitch pouvait fort bien s’y prêter. C’est donc plein d’attentes que je suis allée aux Bouffes du Nord pour inaugurer une saison théâtrale prometteuse.

Prix Nobel de littérature en 2015, Svletana Alexievitch a parcouru l’ex-empire soviétique et enregistré des centaines de témoignages pour faire entendre la voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix de ceux qui ont cru qu’un jour « ceux qui ne sont rien deviendraient tout » et sont aujourd’hui, dans le capitalisme sauvagement triomphant, orphelins d’une utopie.

Les voix surgissent d’un champ de ruine. En avant-scène, des lattes de bois et une carcasse de voiture sont ensevelies sous des monceaux de sable. Sur la scène de béton brut jonchent un fatras indéfini et un micro. Fenêtres sales et taguées à jardin, allemande brun-kaki au mur décrépi et qui fera office d’écran de projection complètent l’ensemble. Mais à part l’allemande et le micro, le décor est totalement accessoire et surligne, à mon sens, inutilement, les témoignages.

Six témoignages ont été sélectionnés dont un est extrait, sauf erreur de ma part, d’un autre ouvrage de Svletana Alexievitch, « la Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse ». Les comédiens montent tour à tour sur scène, souvent depuis la salle, se campent devant le micro et entonnent leur récit. Impossible de rester indifférent devant ces tranches de vie élevées dans la foi « du sacrifice héroïque » et qui ont du apprendre  ce qu’était « l’homme qu’on extrait de l’homme jusqu’à la dernière goutte ». Les récits sont en eux-mêmes, comme dans le livre, insoutenables. L’intensité émotionnelle de trois comédiens –Anouk Grinberg, Jérôme Kircher et Xavier Gallais- nous fait appréhender l’indicible. La prestation de ces deux derniers est magnifiée par leur visage projeté en gros plan tandis qu’ils racontent. Les trois autres récits demandent encore à être rodés au risque de laisser la musique d’arrière-fond devenir franchement envahissante : les petits problèmes techniques qui ont retardé la représentation de vingt minutes sont peut-être à l’origine de maints accrocs et d’une moindre incarnation.

Il fallait relever le défi de sélectionner six témoignages parmi les centaines qui composent le livre de Svletana Alexievitch pour les porter sur scène. Le pari est si encourageant que j’aimerais volontiers en entendre d’autres.

 

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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 16:13
Programme OFF 2019

Programme OFF 2019

Je vole... et le reste je le dirai aux ombres

Photo : Stéphane Sayeb

Spectacle du f.o.u.i.c (75), vu le 21 Juillet à 10h au théâtre des Gémeaux dans le cadre d’Avignon OFF 2019. Du 5 au 28 Juillet 2019 (Relâche le 10, 17 et 24 juillet)

Texte : Jean-Christophe Dollé
Mise-en-scène : Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé assistés de Leïla Moguez
Interprétation : Jean-Christophe Dollé, Julien Derivaz, Clotilde Morgiève et les voix de Félicien Juttner et Nina Cauchard
Genre : Drame
Tout public à partir de 12 ans
Durée : 1h25


       Je vole... et le reste je le dirai aux ombres. Le titre est sombre et l'affiche angoissante. Sur scène, une cabine téléphonique poussiéreuse devant une sorte d'aquarium à taille humaine. Autant d'indices pour un spectacle oppressant, un peu lourd peut-être pour entamer la journée. Détrompez-vous, cette pièce est loin d'être un inerte mur des lamentations !
     Du mouvement dans les corps et du rythme dans les voix pour faire du plateau l'espace des possibles de la mémoire. Des personnages rejouent des scènes de la vie de Richard D. pour tenter de comprendre. Qui est Richard D. ? Qu'a-t'il fait ? Pourquoi avoir agi ainsi ? À quel endroit le mal naît-il ? Comment l'appréhender, l'approcher, le comprendre ? Peut-on le combattre en soi ? Nous croisons le chemin de sa mère, de son professeur de théâtre, d'un inconnu rencontré sur un banc, un jeune du lycée où il est surveillant... Trois personnages reconstituent ces souvenirs dans une affolante course contre la montre, car tout ne dure qu'un instant. L'urgence est latente : nous n'avons droit qu'à une seule seconde de vol et à 1h25 ensemble dans la salle pour tenter de répondre à ces questions.
       L'esthétique présentée est singulière. Ici, les effets spéciaux sont mis au service de la présence en creux de Richard D., sans spectacularisation. Présent uniquement par sa voix, on le voit envoyer valser des objets en l'air lors de ses crises névralgiques. Le temps se suspend, le visage se déforme, les sons s'allongent et s'aggravent... Ce travail est onirique, il est fait de la matière du rêve et du cauchemar. Les images se confondent entre elles et les espoirs doivent jouer des coudes pour se faire une place dans le public.
        Il faut évoquer l'excellence du jeu de Clotilde Morgiève, co-metteuse en scène du spectacle, dont les variations de jeu sont éminemment crédibles. Julien Derivaz et Jean-Christophe Dollé sont eux aussi de très bons comédiens, qui construisent leurs personnages avec vigueur et précision sans caricature. Ce réalisme psychologique nous aide à faire un vrai pas vers Richard D. pour tolérer l'idée - si terrifiante soit-elle - que ce meurtrier n'a d'extraordinaire que son désir absolu de bien.
      Un spectacle moral et esthétique qui bouleverse sans désespérer, à voir absolument !

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 15:40
L'augmentation
L'augmentation

Spectacle de « Compagnie des Perspectives » (33) vu le 23 juillet 2019 à 17h30 à La Factory Tomasidans le cadre du festival Off d’Avignon, du 05 au 28 juillet 2019.

Auteur : Georges Perec

Mise en scène : Bruno Dairou

Avec : Antoine Laudet, Antoine Robinet

Genre : Théâtre
Public : Tout public

Durée : 1 h 

Il s'agit d'un mode d'emploi très détaillé sur la manière de demander une augmentation à son chef de service. Tous les cas de figure sont évoqués et ré-évoqués pour que rien ne soit laissé au hasard.

Deux personnages dans une tenue de bureau s'adressent à nous. Ils envisagent toutes les possibilités et les différentes situations qui se présentent à l'employé de bureau, s'il tente l'aventure semble-t-il, de rencontrer son chef de service pour lui demander une augmentation. L'effet comique sans cesse renouvelé repose sur la répétition. Mais nous avançons tout de même sur ce chemin semé d'obstacles, de voies sans issue, de rencontres avortées. Petit à petit sous nous rapprochons de la porte du bureau du chef de service. Deux possibilités se présentent à chaque étape. Il est là ou il n'est pas là, il reçoit l'employé ou il ne le reçoit pas,  il accède à sa demande ou il n'y accède pas. Dans ce dernier cas, il faut recommencer plus tard. Et puis il y a les solutions d'attente telle celle qu'offre la possibilité d'attendre dans le bureau d'à côté… ou pas, d'y être reçu… ou pas, de passer par tous les bureaux de l'entreprise. Nous nous laissons porter par le flux de paroles avec lequel les personnages nous font arpenter les couloirs de l'entreprise d'un bureau à l'autre, puis retour à la case départ sans toucher l'augmentation. Le parcours du combattant nous semble bien peu de choses en comparaison. Je pense à "Exercices de style" de Raymond Queneau. Dans cette pièce,l'auteur conte et rabâche toujours la même histoire mais de multiples manières différentes. Dans "l'augmentation", l'histoire ne se termine jamais car la requête n'aboutit pas. La performance des acteurs est à couper le souffle. Ils jonglent avec les mots, à vive allure, et semblent parler d'une même voix à l'égal de deux jongleurs qui se passent les massues.

De deux choses l'une : soit vous allez voir le spectacle, soit vous n'y allez pas. Si vous allez voir le spectacle, de deux choses l'une : soit il y a de la place, soit il n'y en a pas. S'il n'y en a pas, soit vous abandonnez, soit vous persistez… et vous aurez raison.

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