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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
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Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 00:11
Songs
Songs

Un spectacle produit par l’ensemble Correspondance (69 Lyon) et la vie brève(Paris) vu le 12 janvier 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord  (Paris X°)

Mise en scène : Samuel Achache

Direction Musicale : Sébastien Daucé

Comédiens et musiciens : Lucile Ricardot, Margot Alexandre, Sarah Le Picard, Sébastien Daucé, René Ramos-Premier, Lucile Perret, Angélique Mauillon, Mathilde Vialle, Louise Bouedo, Etienne Floutier, Thibaud Roussel, Arnaud de Pasquale.

Genre : théâtre et musique

Public : adulte

Durée : 1H40.

Il y a cinq ans, je découvrais avec « le crocodile trompeur (Didon et Enée) »  l’extraordinaire travail de Samuel Achache (à l’époque assisté de Jeanne Candel) et qui consiste à vulgariser la musique baroque dans des mises en scène déjantées et époustouflantes. Depuis, il y a eu un mémorable « Orféo » et ce soir un nouvel opus intitulé « Songs »

« Songs » procède du même principe à cela prêt qu’il ne s’agit pas cette fois de revisiter un opéra mais de mettre en exergue les chansons profanes anglaises de compositeurs disparates ayant officié à la Cour d’Angleterre entre 1630 et 1690. Il a donc fallu en quelque sorte écrire un livret pour les réunir et les présenter.

Nous sommes donc conviés au mariage de Sylvia. Sauf que Sylvia est prise de panique au moment décisif, se refugie aux toilettes, rejointe par sa sœur Viviane qui essaie de la calmer et de la ramener à la cérémonie. Peine perdue : Sylvia, telle Alice au pays des merveilles, se recroqueville dans sa robe de mariée, se faufile sous les tentures qui revêtent la scène et passe de l’autre côté du miroir, son propre cerveau. Là, nous découvrons la richesse de son intériorité où l’humour ravageur et l’imagination débordante  combattent une noire mélancolie née d’un père absent et d’une mère maltraitante.

Le décor, une fois les tentures ôtées par le cheminement de Sylvia, laisse voir un intérieur totalement paraffiné : les paravents de plexiglas qui dessinent la concavité du crâne mais aussi les quelques accessoires (l’étagère des souvenirs, une table, une desserte, un fauteuil, une chaise).Côté cour se tient l’orchestre avec huit musiciens (violes, harpe, virginal, flûte et théorbe). Une lumière relativement froide, sauf exception, éclaire l’ensemble.

Dans cet intérieur figé, Sylvia dialogue avec son entourage. D’abord avec sa sœur Viviane qui est, avec la musique, la seule image positive qui s’offre à elle : Viviane, c’est la confidente et l’amie ; c’est l’image de la mère qu’elle aurait souhaité avoir et qui de fait, se confond avec une ancienne directrice de colo enrobée, à l’accent du sud et aimante.  La comédienne, déguisée en cet avatar, donne la réplique à sa sœur avec un humour décapant. Elle présente ainsi les autres protagonistes, notamment les musiciens, « comme né des délires érotomanes de sa sœur ». Il y a aussi Constantin un ancien amoureux qui, outre ranger les souvenirs et fabriquer de la paraffine « de visu », fait entendre une superbe voix de baryton. Il y a la mère enfin, massive et campée, qui se métamorphose quand elle chante d’une voix d’alto les états d’âme de sa fille.

Malgré un sujet difficile (la maltraitance qui mène à la folie), des airs baroques souvent mélancoliques et une fin tragique admirablement scénographiée (la paraffine que malaxe tour à tour Constantin et la mère est le futur linceul de Sylvia tandis qu’un des virginal suggère un cercueil), le spectacle est très drôle. Ce sont tantôt les musiciens qui, entre deux morceaux, se partagent le saucisson pour l’apéro. C’est la tenue ridicule de Sylvia qui, sur son bustier de mariée, enfile un vieux survêt rouge criard. Ce sont les adresses au public que Viviane multiplie. Ce sont les multiples contre-pieds. A ce titre, la plus jolie scène est celle du flirt entre Sylvia et Constantin. Viviane tient la chandelle et traduit l’espagnol de Constantin d’une façon toute personnelle. Le jeu est donc excellent et la musique tout autant.

J’ai néanmoins pris moins de plaisir à ce spectacle qu’aux précédents. Il n’a d’ailleurs par réussi à convaincre ma cadette qui m’accompagnait. Viviane qui porte l’essentiel de la première partie du spectacle, a beau être un réel bout-en-train, elle a bien du mal à compenser un spectacle qui manque quelque peu de rythme. L’ensemble est souvent trop statique et presque trop sage. Je regrette aussi que nous n’ayons pas eu à entendre d’autres solistes que la mère et Constantin. Quand, par deux fois, les musiciens font chœur avec les solistes, c’est tout un nouvel univers qui s’ouvre. J’y aurais volontiers goûté davantage.

« Songs » est un spectacle pluridisciplinaire qui mélange musique baroque, comédie et tragédie. Comme dans les spectacles précédents, la musique n’est pas prétexte au texte ou juste intermède : elle est au cœur du dispositif et c’est pour mieux la découvrir qu’une histoire est racontée. Malgré l’incontestable qualité de l’ensemble, l’artifice est ici un peu trop perceptible.

 

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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 11:35
Kanata - épisode I - la controverse

 

Un spectacle produit par le Théâtre du Soleil (75012 Paris) et le festival d’Automne (Paris) vu le 21 décembre 2018 au Théâtre du Soleil (Paris 12e)

Mise en scène : Robert Lepage
Comédiens : Shaghayegh Beheshti, Vincent Mangado, Sylvain Jailloux, Omid Rawendah, Ghulam Reza Rajabi, Taher Baig, Aref Bahunar, Martial Jacques, Seear Kohi, Shafiq Kohi, Duccio Bellugi-Vannuccini, Sayed Ahmad Hashimi, Frédérique Voruz, Andrea Marchant, Astrid Grant, Jean-Sébastien Merle, Ana Dosse, Miguel Nogueira, Saboor Dilawar, Alice Milléquant, Agustin Letelier, Samir Abdul Jabbar Saed, Arman Saribekyan, Wazhma Tot Khil, Nirupama Nityanandans, Camille Grandville, Aline Borsari, Man Waï Fok, Dominique Jambert, Sébastien Brottet-Michel, Eve Doe Bruce, Maurice Durozier

Genre : théâtre
Public : adulte
Durée : 2h30

Voilà des années que je n’étais pas allée au théâtre du Soleil. Trop au fait des petites histoires qui ont jalonné cette grande expérience de théâtre collectif. Mais si je voulais voir le dernier opus de Robert Lepage, dont je suis une aficionada, il me fallait outrepasser mes réserves. « Kanata - épisode I - la controverse » est en effet joué par la troupe Soleil soit 32 comédiens. Force est de constater que la greffe entre les deux structures, ex-Machina et  le Théâtre du Soleil, a merveilleusement pris.

Voir un Lepage, c’est comme succomber à un roman fleuve : c’est un peu compliqué d’y rentrer mais une fois qu’on y est, on ne veut plus en sortir. Il faut d’abord se familiariser avec le fourmillement de personnages ;  accepter ce procédé d’écriture nord-américain qui consiste à laisser évoluer librement toutes ces tranches de vie avant que, de fil en aiguille, les liens ne se tissent. Il faut lâcher prise devant le défilement de scènes dont on ne comprend pas toujours le bien-fondé. Ainsi, que dire, de prime abord, de cette virée chez un fermier beauf qui élève des porcs et vit dans une vieille caravane. La scène est théâtralement très belle mais que vient-elle faire entre une scène de commissariat où une travailleuse sociale vient déclarer une énième disparition de femme et une scène au restaurant où une restauratrice de tableau accepte l’invitation d’un conservateur amouraché ? La suite révélera que cet éleveur est un très sordide serial killer de prostituées amérindiennes et qui ne fait au juste que parachever un processus génocidaire commencé des générations plus tôt.

Car le thème central de « Kanata - épisode I - la controverse » est le génocide amérindien. Quand les natives - « on dit autochtones aujourd’hui », précise l’une des protagonistes - n’ont pas été passés par le fer, c’est leur culture qui a été massacrée, leurs idiomes interdits et leurs bébés systématiquement spoliés pour être confiés soit à des pensionnats autochtones soit à des familles blanches adoptives. Les conséquences de cette politique mortifère gangrènent la vie des survivants qui pour beaucoup ne peuvent précisément survivre que grâce à la drogue et ce qu’il s’ensuit : la prostitution et la rue. Pour suivre cette histoire complexe et que Robert Lepage choisit d’inscrire sur trois générations, le metteur en scène tend plusieurs fils directeurs. Le premier sera la peinture depuis « la Joconde amérindienne » qui ouvre le spectacle avec force commentaires de la restauratrice et du conservateur jusqu’à Miranda, peintre française de son état, fraîchement installée à Vancouver avec son falot de copain, Ferdinand. Le deuxième fil, c’est un lieu. La bien nommée Hastings Street à Vancouver où échouent tous les rebus de cette histoire coloniale. Le troisième fil, c’est Toby, le passeur de l’histoire, l’alter ego de Lepage sur scène. Le quatrième fil, enfin, ce sont les femmes : la restauratrice de peinture et mère de Fame ; Fame, la quarante-neuvième victime du serial killer ; Louise, la tante de Toby ; et toutes celles dont il fallait frapper la chair de la chair pour mettre un terme définitif à la mémoire d’un peuple.

A cette richesse narrative répond une richesse des registres. On passe de l’émotion (la mère de Fame à la morgue) à l’humour (Ferdinand coaché pour perdre son accent français), à la mise en abyme (cours de théâtre de Ferdinand auquel un flic, également théâtreux amateur, donne une cinglante leçon de jeu), à l’acrobatie (dans un canoë kayak), en passant par le polar (le serial killer), la danse (cours de tai-chi chorégraphié comme prétexte pour expliquer la toponymie de Hastings Street).

Et puis, chez Lepage, il y a la magie de la scénographie. Elle est ici très simple et dessine pourtant une variété d’ambiances et de lieux inégalée. Le fond de scène est un cyclo. L’image projetée ébauche un lieu. Les praticables sur roulettes achèvent d’en peindre les contours. Les changements de décor sont extrêmement rapides et ingénieux : ainsi pour passer du commissariat à la ferme, les bureaux sont renversés, assemblés en parcs à porcs derrière lesquels les comédiens grognent et tapent contre les parois. Les images créées sont parfois mirifiques telle la forêt primitive des peuples autochtones, plongée dans la brume, et dans laquelle Toby évolue en kayak. La violence de l’Histoire se joue aussi dans le décor. Juste après cette scène d’une grande puissance onirique, les bûcherons déboulent, abattent sous nos yeux non seulement la forêt mais aussi le totem et la cahute d’une femme à laquelle un prêtre et deux soldats arrachent le bébé. Violence sans nom et sans parole.

C’est peut-être là que réside la petite faiblesse du spectacle. Le jeu est inégal. Des personnages secondaires sont fabuleux de justesse : le flic théâtreux et désireux de résoudre, malgré le racisme de sa cheffe, le mystère des femmes disparues ou bien le coach de Ferdinand. A contrario, des personnages principaux sont plus fragiles, à commencer par Miranda et Ferdinand. J’ai déploré aussi quelques longueurs mais elles participent souvent du travail de Lepage et ne pourront être qualifiées de telles qu’à l’issu du projet. Car « Katana » aura une suite. Des scènes que j’ai trouvées longuettes sont sans doute simplement des ouvertures pour la suite.

« Katana – épisode I – la controverse » est un projet original de Robert Lepage en ce sens où il travaille avec une troupe gigantesque et qui n’est pas la sienne. Cela ne l’a pas empêché de livrer, comme toujours, un spectacle d’une qualité exceptionnelle à tout point de vue. J’ai hâte de me replonger dans la suite de l’histoire.

Catherine Wolff

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 14:59
HAMLET ou les âmes perdues

Spectacle de la Compagnie Les Dramaticules (75), vu le vendredi 23 novembre, au Théâtre de Châtillon (92).

 

Création
Mise en scène et conception : Jérémy LE LOUËT
Texte : d’après William SHAKESPEARE
Comédien.ne.s : Pierre-Antoine BILLON, Julien BUCHY, Anthony COURRET, Jonathan FRAZENBERG, Jérémy LE LOUËT et Dominique MASSAT

 

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h45

 

Fidèle de chez les fidèles, je quitte Paris intra-muros sous une pluie battante pour me rendre au Théâtre de CHÂTILLON redécouvrir avec délectation la nouvelle création des Dramaticules et le talent tout particulier de Jérémy LE LOUËT, directeur et metteur en scène de la Compagnie.

Je sais et sens que je ne serai pas déçue.

Les souvenirs de ses pièces précédentes, DON QUICHOTTE ou AFFREUX, BÊTES ET PÉDANTS sont toujours là, bien ancrés ancrés dans ma petite tête…

De plus, un partenariat avec ce joli Théâtre du temps où mon métier de prof de Collège était encore valorisé et gratifié, me vaut ce soir-là une place "enseignante" gratuite…

Tout allait pour le mieux dans le monde de l’art théâtral…

Le ton est donné avant même que le spectacle ne commence car un chauffeur de salle, en maillot de foot parmi les spectateurs, harangue la foule à l’occasion du mariage royal. C’est Oratio, l’ami proche d’HAMLET.

La pièce commence.

Elle a déjà commencé à vrai dire !

Puis s’ensuit un magnifique chaos scénique remarquablement bien orchestré, à travers lequel Jérémy LE LOUËT dépoussière LA pièce de Théâtre et la questionne par le biais de ses angles sans cesse en mutation.

Notre homme de Théâtre joue souvent avec les anachronismes. C’est le cas ici en tout cas, où il oscille avec brio entre le poids que procurent les aînés et " des archives étouffantes" (sic) et le cynisme de notre époque.

Des portraits en noir et blanc cartonnés de FREUD, HUGO et SHAKESPEARE jouxtent le plateau, proches tantôt d’une muse blanche et imposante ou d'autres objets divers, des micros se baladent, tout est à vue - ou presque -, le vidéaste capture des visages et intègre le public qui devient le témoin de l’action et qui indirectement s’interroge, un pistolet surgit, bruyant, une machine à fumée agit.

Les comédien.e.s sont époustouflant.e.s et on a l’impression à la fin de la représentation qu’ils étaient bien plus. Bien plus encore que les divers rôles qu’ils endossent.

Jérémy en HAMLET virevolte, éructe, jubile, sombre, renaît, jongle entre enfantillages et surmoi exacerbé.

Un HAMLET très persuasif et très énigmatique dans la dimension qu'il nous propose de ses interrogations intérieures, de ses tourments et de sa quête personnelle.

Courez-y. Courez-y...

 

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 14:55
Borderline(s) investigation #1

 

 

Un spectacle produit par la Compagnie Vertical Detour (93 Montreuil) vu le 04 décembre 2018 à la Villette  (Paris 19e).

Mise en scène : Frédéric Ferrer
Texte : Frédéric Ferrer
Comédiens : Karina Beuthe Orr, Guarani Feitosa, Frédéric Ferrer, Hélène Schwartz

Genre : théâtre
Public : tout public à partir de 13 ans
Durée : 1h50

C’est un peu par défaut que j’ai été voir « Borderline(s) investigation #1» ; le spectacle que je voulais voir initialement étant complet. Sur ce, mes soirées étant comptées, je ne vais jamais au théâtre à l’aveuglette : j’avais noté ce spectacle comme un possible lorsque j’avais décortiqué les programmes. Et j’ai bien fait tant « Borderline(s) investigation #1» est une prouesse théâtrale.

« Borderline(s) investigation #1 » se joue dans la salle Boris Vian de la Grande Halle de la Villette, soit la petite salle. Je n’y étais jamais allée. Elle se situe en sous-sol mais offre toutes les commodités. La jauge s’élève à environ 250 personnes. Ce soir, la salle était pleine d’un public très varié quant à l’âge mais désespérément uniforme quant à sa composition sociale. Je ne me lasserai jamais de dénoncer cet entre-soi, de surcroît quand un spectacle se propose de vulgariser avec force intelligence et humour des problématiques complexes, politiques et urgentes.

« Borderline(s) investigation #1 » porte sur les planches l’urgence climatique ou plus exactement le constat d’un trop tard et de la disruption civilisationnelle inévitable. Plutôt angoissant comme sujet et pourtant on rit et on sort du théâtre comme allégé. Magie du spectacle !

« Borderline(s) investigation #1 » se divise en trois parties qui s’enchaînent naturellement par un glissement de ton, une évolution du décor, une théâtralité croissante. La première partie est relativement sobre. Dans un décor tristement banal -canapé rouge et fauteuils rouges en cercle autour d’une table basse, palmiers en plastique, grand écran en fond de scène et pupitre -, un jeune chercheur inaugure sa conférence. Le conférencier n’est autre que l’auteur et metteur en scène, géographe dans une autre vie. Il intervient sous son propre nom, Frédéric Ferrer, tout comme ses trois acolytes - deux femmes et un homme. Ils sont tous sonorisés. Cette conférence, ultra référencée et des plus sérieuses consiste à établir un bilan de la présence invasive de l’espèce humaine sur terre. Comme lors d’une vraie conférence, Frédéric Ferrer nous présente la structure à laquelle il appartient, le protocole de recherche, le nouveau concept (la limitologie), le plan de la soirée avec l’intervention des autres experts. Tout est vrai et tout est faux. Le vrai, ce sont les sources, les graphiques, les chiffres, et le constat que la sixième extinction de masse a bien commencé. Le faux, c’est tout le stratagème théâtral qui permet de faire passer la pilule. Tantôt, c’est l’exhaustivité maniaque du conférencier qui tient absolument à tout montrer sur son powerpoint. Ainsi, pour bien faire comprendre que la planète est limitée, on voit une diapo de la Terre sur fond blanc avec un fléchage « limite » pour bien en désigner le contour fini. Tantôt il ne peut s’empêcher de tout énumérer à toute berzingue comme la liste des 42 frontières territoriales étudiées par ses collègues. Nous n’aurons pas droit à la présentation de la fameuse frontière Creuse/Haute-Vienne (!) mais à celles de Russie/Norvège et de France/Brésil. Ces deux exemples sont non seulement l’occasion de dénoncer l’absurdité de la frontière mais aussi d’introduire un décalage de jeu tout aussi absurde que formidable. La première experte, Karina Beuthe Orr, parle en norvégien. Sa communication est sous-titrée dans le powerpoint qui accompagne son propos. Elle laisse la parole à son collègue qui parle en portugais… et le traduit en un français parfait ! Dans cette veine, on entendra parler lors de la soirée, toujours avec un naturel déconcertant, anglais mais aussi inuit, viking et latin.

Après les frontières territoriales, la conférence aborde la frontière systémique. A situation complexe, dispositif scénique complexe : un paperboard et deux nouveaux écrans apparaissent reliés à deux tables roulantes munies d’ordinateurs. Les quatre comédiens, tous experts d’un domaine particulier vont prendre simultanément la parole pour éclairer cette nouvelle notion de frontière systémique. Là encore, le fond du propos est des plus sérieux et se transmet par un jeu toujours plus décalé. C’est la surenchère d’érudition qui mène à des digressions déjantées. Ainsi pour nous expliquer ce qu’est la crise de la complexité, Frédéric Ferrer tente de recourir à l’allégorie du Schtroumpf de la pluie. C’était sans compter sur son collègue, Gaurani Feitosa, qui ergote sur le Schtroumpf bricoleur et le Schtroumpf costaud et qui finit par nous présenter le parler Schtroumpf dans différents idiomes. Pendant ce temps-là, notre monde court à sa perte : les ordinateurs se mettent à bugger et la régisseuse doit intervenir. A peine a-t-elle réparé l’incident que ce sont des éléments du décor qui s’effondre. Alors que faire ?

La troisième partie commence par le visionnage d’une interview entre notre cher Premier ministre et feu Nicolas Hulot. Du plus bel effet dans les circonstances actuelles ! Monsieur Philippe blablate son ressenti face à la crise climatique ; Hulot tente d’en placer une, en vain. Cette petite séquence permet d’une part à l’une des comédiennes d’entonner une campagne électorale pro décroissance en plein milieu du public. Elle permet par ailleurs d’introduire la notion d’inductivité par laquelle nos hommes politiques sont comparés à des dindes. Et puisqu’il ne faut pas compter sur eux pour trouver une solution, le spectacle se propose d’aller étudier les Vikings. Le décor s’ouvre en coulisse et en extérieur pour donner à voir des espaces d’interview. Car l’exemple des Vikings est présenté sous forme d’enquête historique à la sauce docu-fiction. La comédienne Hélène Schwartz revêt un peu tous les rôles de la fiction dans des dégaines toutes plus drôles les unes que les autres. L’énigme de leur disparition est résolue par une vraie chercheuse. Tandis que l’on entend à l’écran ses conclusions, le décor continue de s’effondrer, Guarani Feitosa entonne, casque de Viking sur la tête, « l’Amérique » de Joe Dassin. Les autres apparaissent en combinaison spatiale. « Borderline(s) investigation #2 » est annoncé.

« Borderline(s) investigation#1 » est une grande réussite. C’est un spectacle d’une rare intelligence qui sait mêler rigueur scientifique, inventivité scénographique, perfection du jeu. Si l’annonce du deuxième épisode est vraie, j’ai hâte de le découvrir !

Catherine  Wolff

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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 18:26
Mur Mur

 

JSL

Un spectacle produit par La Compagnie du Oui (Chalon-sur-Saône, 71) vu le 2 novembre 2018 à l’Auguste Théâtre (Paris 11e).

Mise en scène : Nicolas Dewynter
Comédiens : Elisabeth Andres, Pascal Roubaud

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1 heure

En juin, j’ai inauguré un nouveau type de soirée : la virée théâtrale entre copines. Fortes d’une extraordinaire expérience avec le sidérant « Italienne, scène et orchestre » de Sivadier (non chroniqué), nous avons décidé de réitérer. Ce soir, c’est Anne qui nous a enjointes d’aller voir « Mur Mur » qu’elle avait découvert à Avignon cet été. Dans l’offre pléthorique du festival, « Mur Mur » avait échappé à l’Adadiff. L’injustice est à présent réparée.

« Mur Mur » est une petite forme remarquable à plus d’un titre. A commencer par l’audace du genre : associer le clown pour raconter la tragédie du féminicide. De cet oxymore improbable naît une tension presque insoutenable.

Ils sont donc deux sur scène. Monsieur et Madame. Sans texte ou presque. Madame est poudrée de blanc et se présente en petite nuisette, blanche aussi. Est-ce une colombine ou une femme blafarde de peur ? Monsieur porte un nez de clown mais ce nez de clown est noirci. Il est habillé d’une veste couverte de médailles et de chaussons à grelots en forme de gros lapins. Est-ce un dictateur ou un hurluberlu ? Tout est à l’avenant. Dans le doute et l’imprévisibilité. Cette imprévisibilité même qui déstabilise le conjoint et le met sous emprise. Monsieur est donc le roi de l’imprévisibilité. Son jeu est fantastiquement inquiétant à l’instar de cette première scène où tout en allumant des lumières en musique, il se déplace de front de l’une à l’autre en poussant un feulement de hyène. Son jeu à elle est entièrement métamorphose. Elle « entre en scène » tel un fantôme, recouverte d’un drap blanc : c’est le cadeau qu’il reçoit, un bel objet inanimé auquel tel Geppetto il va redonner vie, par « son amour ». Passive et complaisante au début puis naïve et enthousiaste, on va la voir, par la force de sa simple présence, se disloquer intérieurement.

Ce jeu, excellent donc, s’épanouit dans une scénographie d’une grande économie de moyens et pourtant redoutablement efficace. Le huis-clos est délimité par trois allemandes en bâches noires. Au sol, au pied des bâches, des boudins de drap blanc comme autant de linceuls potentiels ou de cordes de ring. En hauteur, une quinzaine d’ampoules revêtues d’abat-jour en papier avec des écritures. Arène vide dans laquelle la mise en scène va insuffler sur un rythme soutenu poésie et humour puis violence et sadisme.

Comme toujours, l’histoire commence bien. Enfin relativement. Et on assiste à une très jolie scène d’amour en ombres chinoises. La nuit a été si belle qu’ils exultent dans une parodie de Dirty Dancing à hurler de rire. Et puis il est gentil. Il lui offre des cadeaux. Elle est contente. Elle valorise son homme et demande à ce qu’on l’applaudisse. Alors on l’applaudit. Le comique de répétition se met en branle avec juste ce qu’il faut de décalage pour que, peu à peu, on cesse de rire et même d’applaudir. Car si les cadeaux se succèdent à une allure toujours plus vive, leur contenu est toujours plus insolite pour ne pas dire gore. Le premier, emballé dans un petit écrin, n’est pas la bague à laquelle on pourrait s’attendre mais un coupe-ongles dont Monsieur attend que Madame fasse bon usage pour le manucurer. Quelques cadeaux plus loin, c’est une casserole. J’ai éclaté de rire une fraction de seconde, le temps qu’un flash de lumière montre Monsieur fracasser Madame avec. Quelques cadeaux plus loin, un imposant paquet contient la main et la tête de la précédente. Monsieur en détache la bague et la voilette, en revêt Madame et les voilà unis pour le pire. Dès lors, tout s’accélère. La musique n’est plus mélodie de boîte à musique comme au début mais puissante, violente et rythmée. Et, comme Madame, on finit par appréhender le son de l’appeau qui annonce le retour sur scène de Monsieur. Les lampes s’allument et s’éteignent, créent des flashes et des noirs sur les scènes qu’il vaut mieux imaginer. Colombine, au bout de ses forces, couverte de sang, pense à partir enfin avec la clef qu’elle a trouvée. Il sort le grand jeu, elle le console. La première scène est rejouée : un pervers narcissique allume les lumières et découvre son cadeau.

« Mur Mur » est un spectacle essentiel qui raconte, dans le murmure du mime et du jeu de clown, la tragédie de la violence faite aux femmes dans le secret des murs. Le spectacle est tellement fort que, chose rare, les spectateurs éprouvent le besoin de rester à l’issue de la représentation pour débriefer un peu. On s’aperçoit alors que l’Auguste théâtre, confortable comme une bonbonnière et à l’accueil si avenant, est le lieu idéal pour ce temps nécessaire de réconfort. Il y avait peu de monde pour cette seconde représentation parisienne. Si ce petit papier pouvait contribuer à amener du public, j’en serais ravie !

Catherine Wolff

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 13:40
A découvrir absolument

A découvrir absolument

Production : Sam & Bat Compagnie
Nom du lieu :Théo Théâtre Paris 15e
Distribution :Samuel Hibon, Baptiste Gens

Genre : Comédie
Type de public : Adultes
Durée : 75 min

Première création

« Providentiel » est la première création de ces deux comédiens polymorphes et doués. Un spectacle politique, humoristique. Ou l’inverse. Mais derrière le clownesque et la comédie, Sam et Bat soulèvent des interrogations sensibles sur notre démocratie et autres faits politiques actuels.

Le lendemain on y pense encore… Le spectacle nous projette en 2040. C’est le premier tour des élections présidentielles et un citoyen lambda abstentionniste invétéré décide pourtant ce jour-là de se rendre dans un bureau de vote où un conseiller va l’aider à faire son choix (ou pas) grâce à un système de simulation virtuelle. Le rythme et le jeu des comédiens sont effrénés et sans retenue et ne laissent pas de répit au spectateur.

Y sont évoqués à la fois les enjeux politiques en France et en Europe, la perquisition de Mélenchon, les migrants, la montée du populisme, sans oublier l’ombre de Marion Maréchal Le Pen. J’ai beaucoup ri. Jaune parfois et l’humour extravagant de premier plan n’est pas sans soulever - comme déjà dit plus haut - des questionnements rétroactifs. Peut-être un petit bémol : l’interaction très tendance en ce moment au théâtre ne me paraît pas essentielle. Le binôme déjanté se suffit à lui-même. J’ai senti qu’à ce moment-là le rythme s’émoussait un peu.

Brigitte Corrigou

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 18:03
Autrefois j'avais un pays

 

Spectacle produit par La Compagnie de la Divine Comédie (76, Rouen) vu le 19 octobre 2018 au théâtre de l’Opprimé (Paris 12e).

Mise en scène : Jean-Christophe Blondel
Texte : Alain
Comédiens : Muhanad Aljaramani (musique), Constance Gay, Imer Kuttlovci, Andrea Nistor, Nicolas Vial

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h50

Quand je ne sais où aller voir un spectacle susceptible de me plaire, souvent, la solution réside en un petit tour au Théâtre de l’Opprimé. A l’image du nom de la structure, la programmation privilégie des spectacles engagés, de qualité. « Autrefois, j’avais un pays » ne déroge pas à la règle bien que j’aie eu maille à partir avec le texte.

Décidément, Alain me poursuivra toute ma vie. Lycéenne puis étudiante en prépa littéraire, il y a fort, fort longtemps, pas un sujet de disserte n’échappait à la petite maxime d’Alain. Et si ce n’était pas lui, c’était donc son frère, Valéry ou Malraux. Résultat des courses, j’ai pris en horreur ces trois auteurs et le spectacle vu ce soir n’a fait que confirmer ce rejet.

Depuis cette lointaine époque de mes études, Alain est tombé en désuétude. Heureux qui comme les élèves de prépa n’ont plus à se tordre les méninges pour essayer de comprendre sa pseudo pensée ! Centenaire de la Grande Guerre oblige, et compagnie normande tout comme l’auteur, on comprend aisément ce qui a pu pousser la compagnie de la Divine Comédie à faire sortir Alain de son purgatoire. « Autrefois j’avais un pays » est donc un montage des textes et des lettres que l’auteur, âgé de 46 ans, a écrit au front pour la génération sacrifiée de ses élèves. Bel engagement de sa personne, assurément. Mais, tout en considérant le contexte pour le moins pénible de l’écriture, les textes sont confus et diffusent une certaine incohérence à tout le spectacle. La Divine Comédie a néanmoins su compenser cette faiblesse par une mise en scène intelligente et convaincante.

Ils sont quatre comédiens, deux femmes et deux hommes, ainsi qu’un musicien à faire vivre toute une panoplie de personnages. Ils se divisent en deux catégories : les embusqués de l’arrière ;  les poilus du front. Les premiers sont réduits à des archétypes tandis que les seconds sont doués d’une certaine psychologie. Dans cette catégorie, on trouve bien sûr l’auteur. Il apparaît tantôt jeune sous les traits d’un comédien, tantôt âgé (comme signe de textes postérieurs ?) par l’intermédiaire d’une voix off. Les changements de personnage sont indiqués par trois signes : la projection de la fonction de l’archétype au mur (la préfète, le premier ministre, le recruteur…), un détail vestimentaire (pantalon à galons pour le premier ministre, débardeur kaki pour les soldats, breloques pour le roi…) et/ou un accessoire (bureau qui descend des cintres pour les dirigeants, micro pour la harangueuse, etc.). A cette dichotomie des personnages, répond un étagement de l’espace.

Il n’y a pas de plateau à proprement parler à l’Opprimé. La chape de béton qui fait office d’espace scénique porte un praticable incliné recouvert d’un parquet de gymnase. En haut auront donc lieu des affrontements d'opérette : un match de lutte chorégraphié entre deux balayeurs embusqués, le bavardage cynique des gens de pouvoir, la crédulité crasse des vieux restés à l’arrière. En dessous et en avant-scène, c’est la vraie vie, en l’occurrence, le front. Entre les pieds métalliques du praticable, des lits de camp ont été fixés. Augmentée de quelques bruitages et d’éclairages, cette construction reconstitue avec une belle illusion l’atmosphère de la tranchée. Dans la précarité de la survie, la parole est libre, authentique, et condamne sans ambages ceux du dessus. Pour passer d’un univers à l’autre, les comédiens font tourner le plateau comme s’il s’agissait de la roue de la fortune, comme si le simple hasard avait procédé à la distribution des rôles. Parfois ceux du dessous tentent une incursion chez les Maîtres. En vain, sauf lorsque la bohémienne, mère célibataire d’un bébé, crache au visage d’une mère endeuillée son ambition d’élever son fils selon la loi des mères afin de rompre définitivement avec tout ce que le deuil de l’autre incarne : l’honneur, la patrie, le sacrifice des fils. C’est une scène très émouvante à l’instar du grand monologue d’Alain dans la tranchée. J’ai par ailleurs beaucoup aimé les accompagnements musicaux - oud, percussions et mélopées - qui rythment le texte et l’ouvrent sur un autre contexte. Le spectacle commence avec le oud et se referme avec, tel un conte venu d’ailleurs, contemporain et cruel. Les accents assez prononcés de deux comédiens - venus d’horizons plus lointains - participent aussi de ce message résolument pacifiste et universel.

Malgré un texte intrinsèquement médiocre et un montage difficile de ce matériau, « J’avais un pays autrefois » est un beau spectacle. Les trouvailles scénographiques sont d’une grande efficacité pour montrer ce que le texte échoue à dire. Les comédiens et le musicien portent l’ensemble avec générosité et engagement.

Catherine Wolff

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 19:35
La Cantate à trois voix

 

dossier de presse

Un spectacle produit par Le Toucan Théâtre (Paris 14e), 21-22 Production (Paris 17e) et AgoraMusika (Paris 17e), vu le 13 octobre 2018 au Théâtre de l’Epée de Bois-Cartoucherie (Paris 12e).

Mise en scène : Tarik Benouarka
Texte : Paul Claudel
Comédiens : Danièle Meyrieux, Pauline Moingeon Valles, Mélodie Le Blay

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h15

La médiocrité de la saison proposée dans les salles que j’ai coutume de fréquenter génère une telle frustration que je me jette avec frénésie sur les annonces reçues par l’Adadiff. C’est ainsi que j’ai eu la drôle d’idée d’aller voir « La Cantate à trois voix ».

Drôle d’idée pour ne pas dire idée totalement masochiste : à part « l’Annonce faite à Marie », je n’ai jamais rien compris à Claudel et Claudel m’ennuie. J’ai eu envie de me frotter à lui pour voir s’il m’était toujours imperméable : affirmatif !

Il faut sans doute saluer le courage de ces trois comédiennes (+ une musicienne) à vouloir défendre ce texte, à mon sens indéfendable. Certes le verbe est beau mais bourré de métaphores compassées : la femme est port, la femme est lune, la femme est rose. D’ailleurs, au cas où le spectateur n’aurait pas entendu que « ce n’est pas la rose mais son essence qui est éternelle », une odeur d’encens à la rose inonde littéralement le studio de l’épée de bois.  Ecœurant. A l’instar du sens du texte, d’une misogynie confondante.

C’est donc l’histoire de trois femmes dans leur rapport à l’être aimé. Elles n'existent que par et pour l'homme, comparé, excusez du peu, tantôt au Rhin, tantôt au soleil, tantôt à Jupiter. Elles incarnent les trois âges de la vie : Laeta est le printemps ou la jeune fiancée ; Fausta est entre deux âges, été et automne tout à la fois, mais surtout délaissée ; Beata, alias l’hiver, est veuve. La jeune fiancée attend, impatiente, que son prince charmant vienne la cueillir ; Fausta ressasse à l’envi la trahison de celui dont « elle a [été] la gardienne, le port » ; Beata prodigue ses conseils. Au cas où le sens échappe, la couleur des costumes (blanche, vermillon et carmin) nous rappelle le statut de chacune. Idée louable mais qui tourne au ridicule tant les robes de princesses moyenâgeuses sont d’une laide théâtralité.

En fait, tout est à l’avenant et l’enfer est pavé de bonnes intentions : en l’occurrence, aider le spectateur, par divers signes, à surpasser la difficulté d’un texte aride pour mieux y entrer. Le problème c’est que les adjuvants envahissent tout et finissent par noyer l’ensemble. Si le plateau est vide hormis un petit praticable en forme de rocher, il est rapidement saturé par la musique, omniprésente et insupportable. Si elle avait été réduite à l’épure du violoncelle, je pense que cela aurait été fort plaisant. Mais notre violoncelliste joue, comme dans le métro, sur une bande son. L’effet est déplorable. L’apothéose dans le genre, c’est « l’air de l’hiver » de Purcell dans un arrangement à l’orgue synthétique augmenté du violoncelle ! Béata, l’aïeule qui parle à ce moment-là, vous l’aurez compris, poursuit vaillamment sa tirade. Quel courage, décidément !

C’est d’ailleurs dans le jeu des actrices que la qualité du spectacle réside véritablement. Elles portent toutes les trois le texte avec un vrai professionnalisme. La diction est parfaite. Elles disent à merveille donc mais elles ne jouent pas forcément. Avec Fausta (Pauline Moingeon Valles), j’ai décroché. Le style déclamatoire de Danièle Meyrieux m’a horripilée. Est-ce en vertu d’un rôle plus lumineux que Mélody Le Blay est parvenue à camper un vrai personnage ? Sa jeune fiancée est une femme-enfant, pleine de grâce et d’espérance. Et comme le rôle occupe une large part du texte, on passe en sa compagnie un très bon moment. Le début est bien beau aussi : les trois comédiennes entonnent en chorale à trois voix l’ode au soir naissant et c’est sublime.

« La Cantate à trois voix » me laisse donc une impression fort mitigée. Le verbe est poétique mais s’obstine à dessiner une femme objet. La mise en scène se veut pédagogique mais s’avère terriblement lourde. Le jeu est techniquement bon mais trop souvent désincarné.

Cathy Wolff

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18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 19:31
Paradoxal
Paradoxal

Une production de la Cie Le Cri de l'Armoire

Vu le 11 octobre 2018 au Théâtre 13 / Seine (est représenté au Théâtre de Belleville du 3 au 30 novembre 2018).

 

Directeur artistique, créateur et interprète : Marien Tillet

Scénographie : Samuel Poncet

 

Genre : Thriller scientifique

Public : À partir de 13 ans
Heure de début : 20h (21h15 au Théâtre de Belleville) (durée 1h20)

 

J'ai tout d'abord été attirée par le sujet que le spectacle traite; pendant une heure vingt, un homme seul en scène nous parle des rêves. Nous suivons l'histoire d'une jeune femme, Maryline, jeune rêveuse lucide qui décide de participer à une expérience scientifique visant à étudier le comportement de plusieurs rêveurs lucides et de voir si ces rêveurs peuvent se rencontrer dans leurs rêves. Or, plus l'histoire avance, plus elle devient floue; des événements viennent perturber l'expérience, et le fil qui faisait avancer l'histoire se casse. Le spectateur finit par être perdu, confus, et se retrouve à la place de Maryline: il ne peut plus distinguer le rêve de la réalité. 

 

Le côté thriller ressort extrêmement bien; certaines scènes sont tellement angoissantes que le spectateur a l'impression d'être dans un cauchemar. De plus, l'ambiance inquiétante est créée en live. Les petits sons (des bouteilles qui glissent sur une table) sont beaucoup amplifiés et se mélangent, créant un désordre sonore total et oppressant; de plus, l'interprète (qui joue très bien par ailleurs) transforme une chansonnette pour enfants (Dans sa maison un grand cerf) en ritournelle sinistre. 

 

Pourtant, s'il excelle dans ce genre, il fait également usage d'autres; et il saupoudre parfois l'angoisse d'humour et de magie. Quelquefois, la transition entre une scène tendue et une scène humoristique est très brutale, ce qui apporte encore plus la confusion pour le spectateur. Mais ce qui désoriente le plus, ce sont des petits détails, des disparitions ou des apparitions inattendues et inexplicables, ce qui renforce l'impression de rêve.

 

Pour conclure, je dirais que "Paradoxal" est plus une expérience qu'un spectacle; le comédien nous fait passer du rire à l'angoisse et l'incompréhension, et nous fait vivre un rêve dont il est le maître. Pour moi, c'est un gros coup de cœur.

 

Juliette Lartillot-Auteuil

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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 15:17
F(l)ammes

 

Spectacle produit par Madani compagnie (La Nef, 93 Pantin) vu le 9 octobre 2018 au TQI-la manufacture des œillets (94, Ivry).

Mise en scène : Ahmed Madani
Texte : Aiat Fayez

Comédiens : Anissa Aou, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Nina Muntu, Haby N’Diaye, Inès Zahoré

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h40

C’est ma première chronique pour le TQI-la manufacture des œillets et je suis contente de faire découvrir ce lieu que j’aime tant et dont je suis paradoxalement une vieille habituée. Il faut dire que jusqu’à présent, le théâtre m’invitait sous mon statut de prof. Cette fois, les dates ne convenaient pas. Or je voulais vraiment découvrir "F(l)ammes". Aussi ai-je sorti la casquette Adadiff-Vivantmag. Il me faut en retour combattre ma flemme et écrire. Mais le TQI-la manufacture des œillets et le spectacle d’Ahmed Madani le valent bien !

Avant donc de parler du spectacle je voudrais rendre hommage à la structure. Le TQI siégeait il y a deux ans encore au théâtre Antoine Vitez. Depuis, si le théâtre existe toujours mais sous statut municipal, le TQI est devenu CDN et a emménagé à la manufacture des œillets, ancienne bâtisse industrielle très joliment restaurée. Ce petit historique est important car le TQI est l’un des rares théâtres à être resté fidèle à son éponyme, Antoine Vitez : les spectacles sont exigeants et populaires ; l’équipe mène une vraie politique d’ouverture au(x) public(s). C’est ici que j’ai découvert des metteurs en scène qui comptent aujourd’hui parmi mes préférés comme Jean Bellorini ou Yann-Joël Collin. Le spectacle d’Ahmed Madani que j’ai vu ce soir n’atteint pas ces sommets mais c’est un spectacle important dans son propos et très plaisant à regarder.

 

Elles sont 10 jeunes femmes sur scène. Elles s’emparent du plateau, d’abord tour à tour puis collectivement, pour raconter dans leur singularité ce qui malheureusement, s’apparente à une expérience commune dans la France d’aujourd’hui : comment être une femme libre quand précisément on est française mais femme, issue des quartiers populaires et fille d’immigrés ou simplement colorée. Toutes sont comédiennes amateurs mais savent raconter avec brio, émotion et humour les grandeurs et misères que leur valent leurs différences.

Le dispositif scénique est réduit à sa plus simple expression. Sur le sol, un périmètre blanc dessine l’espace du témoignage puis du jeu collectif. En avant-scène, un micro. En fond de scène, 10 chaises et un cyclo. Chaque entrée sur scène s’accompagne d’une vidéo qui montre la jeune femme soit dans la nature, soit dansante, soit en gros plan. Un chant, entonné par la précédente comédienne accueille la nouvelle. A partir du quatrième récit,  les scènes collectives ponctuent les récits singuliers. On s’embrouille sur la couleur de peau qui passe le mieux, sur ces fichus cheveux qui rendent nécessaire le détour par Château-Rouge en quête du produit miracle (ça, c’était doublement pour ma pomme, vu ma tignasse et mon adresse !). Mais on danse aussi, on mime les gestes de la grand-mère d’Anissa en train de confectionner la mahjouba ; on chorégraphie les passes de karaté que Chirine, ceinture noire, nous apprend pour nous défendre d’un éventuel violeur ! Tout feu, tout flamme, et la salle de fondre d’émotion devant des récits parfois poignants, notamment ceux des relations aux pères (Inès, Chirine). Et la salle de hurler de rire devant tant de situations cocasses, racontées avec un humour décapant. Voir Anissa, jeune femme voilée de 28 ans, mère de 5 enfants, jouer la façon dont elle a été réduite, à l’école primaire, en privée, à faire le poney pour être copine avec Marie-machin vaut son pesant d’or. Et la métaphore qu’elle file sur Ulysse et Pénélope pour raconter le partage des tâches dans le couple est juste fantastique.

J’ai donc, à l’instar de la salle, très jeune, été emballée par la pièce. Je regrette seulement quelques longueurs sur la fin ainsi qu’un enchaînement discutable des dernières scènes. Pourquoi, alors que les spectateurs avaient vu dans une chorégraphie sauvage le final de la pièce, placer un récit très dur (mais nécessaire) sur l’excision pour mieux le clore par une nouvelle chorégraphie? Résilience, tel est peut-être le message mais théâtralement, ce montage diffuse plutôt de la maladresse.

 

"F(l)ammes" est un spectacle engagé et combien nécessaire par les temps qui courent. Ne serait-ce qu’au théâtre, sur scène comme dans la salle, voir et entendre enfin la diversité, c’est juste salutaire. Point de pathos, point de manichéisme. C’est au contraire une vision complexe de la société et de ses blocages qui se dessinent à travers ces parcours. La générosité du jeu, l’authenticité de l’expérience, la variété des talents mis en œuvre par ces jeunes femmes sont assurément les armes les plus efficaces pour revendiquer l’égalité.

Catherine Wolff

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