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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
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On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 11:03
Let me try

 

Spectacle produit par la compagnie les Merveilleuses, vu le 16 mars 2018, au Théâtre Gérard Philippe (93).

Adaptation et Mise en scène : Isabelle Lafon
Comédiens : Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon, Marie Piemontese

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h15

Quelle heureuse idée - à l’heure où les femmes, dans le monde de la culture, revendiquent comme ailleurs leur juste place - que de donner à entendre la voix insoumise de Virginia Woolf. "Let me try", présenté dans la chaleureuse petite salle du TGP, repose sur des extraits des carnets de l’écrivain ; carnets qu’elle considérait comme partie prenante de son travail. Le spectacle en donne une juste mesure.

Il faut tout d’abord saluer l’impressionnant travail de lecture, de sélection et de montage des textes. La mise en scène se fait d’ailleurs l’écho de cette première étape de travail. Le plateau est nu, juste occupé par des piles de feuillets et trois chaises où trois femmes vêtues telles des archivistes des années 1940 trient, lisent et commentent leurs plus belles trouvailles.

Les extraits retenus parlent avant tout des affres et du bonheur incommensurables de la création. Il est notamment un passage sur la vie intrinsèque et autonome des mots qui est un joyau à l’état pur. Mais pour humaniser la grande écrivaine, ces extraits de théorisation de la création sont ponctués de passages plus légers dans lesquels on découvre la femme : mondaine, éditrice passionnée aux côtés de son homme chéri, percluse d’humour et d'autodérision, portraitiste incisive de ses contemporains et des célébrités qu’elle fréquente, le "docteur Freud" et Huxley notamment. Elle y dépose aussi ses regrets (renonciation à la maternité) et ses petites mesquineries d’auteur (le décès de Katherine Mansfield, sa rivale reconnue à sa juste valeur, mais sa rivale littéraire quand même).

Pour donner du rythme au spectacle, les extraits sont dits de trois manières. Nos trois archivistes commencent par les lire en pleine lumière. Puis, l’une se lève et raconte le contenu d’un épisode. Enfin, à trois voix, tour à tour, en éclairage théâtral, les comédiennes intériorisent les textes et les interprètent tels des monologues. Isabelle Lafon incarne avec passion et conviction Virginia Woolf. Marie Piemontese relève bien le défi également. Il n’en n’est pas de même pour Johanna Korthals Altes dont la voix monocorde, la diction saccadée et les nombreux accrocs m’ont exaspérée. C’est dommage car c’est à elle que revient la majorité des extraits. Le passage à l’anglais, qu’elle est la seule à opérer, compense quelque peu ce jeu défaillant.

"Let me try" est une initiation originale à l’univers de Virginia Woolf. Pour mettre en valeur cette voix atypique, le dispositif scénique se réduit à l’essentiel et la mise en scène est épurée. Portée par une équipe entièrement féminine (à la technique aussi), ce spectacle est aussi un acte politique. Il aurait été parfait avec une plus grande homogénéité de jeu.

Catherine Wolff

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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 20:52
Macbeth

 

Spectacle produit par le Théâtre national de l’Odéon (75), vu le 21 février 2018 à l’Odéon.

Mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig
Comédiens : Christophe Brault, David Clavel, Virginie Colemyn, Adama Diop, Boutaïna El Fekkak, Roman Jean-Elie, Glenn Marause, Thierry Paret, Chloé Réjon, Jordan Rezgui, Alison Valence, Jean-Pierre Vidal

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 2h45

L’Odéon ouvre enfin ses portes à l’Adadiff. C’est ainsi que j’ai eu l’opportunité de voir "Macbeth" dans une mise en scène de Braunschweig, metteur en scène dont je suis le travail depuis les débuts.

Braunschweig est un extraordinaire scénographe et c’est là que réside le principal intérêt de ce "Macbeth". 
Le grand plateau de l’Odéon a été divisé en plans par des panneaux coulissants. Aux deux premiers actes, le premier plan donne à voir une sorte de cuisine entièrement carrelée, glaciale dans sa lumière bleue. C’est l’espace de la violence et du pouvoir occulte : on y voit tantôt les Erinyes, tantôt les récits de guerre agrémentés de quelques soldats sanguinolents. C’est enfin et surtout le lieu où le couple Macbeth fomente l’assassinat originel, celui du roi Duncan. Parfois, une partie des panneaux coulissent et laissent voir un deuxième plan inondé d’une lumière chaude que reflètent les dorures d’un décor baroque. C’est le lieu du pouvoir officiel.

Au troisième acte, Macbeth est désormais roi. Le premier plan disparaît quasiment au profit du second. Macbeth va devoir affronter en pleine lumière sa partie sombre et les hallucinations que ses forfaitures provoquent. A mesure que la pièce avance, que les sujets se révoltent, soit l’espace se rétrécit à l’avant-scène, soit il s’ouvre sur de nouvelles perspectives : la chambre du fils de Macduff que Macbeth va sauvagement faire exécuter avec sa mère et son frère ou bien la fameuse forêt qui marche. Dans tous les cas, les tentures noires se multiplient et, du palais baroque, il ne reste plus rien d’autre qu’un trône éclairé d’un puits de lumière.

Cette scénographie est une mise en scène à proprement parler dans la mesure où elle fait sens et éclaire la pièce d’un jour nouveau. Pour le reste, c’est un spectacle plus convenu. Les douze comédiens sont certes vêtus de façon contemporaine mais le jeu n’offre que peu d’envolées. J’ai particulièrement aimé la prestation clownesque du gardien du château de Macbeth. Les Erinyes sont belles et inquiétantes à la fois, complices et pourtant parfaitement différenciées. Lady Macbeth fait honneur à son personnage et Macbeth s’incarne réellement à la fin.

"Macbeth", mis en scène par Braunschweig, est un superbe spectacle d’un point de vue visuel. J’ai eu plaisir à ré-entendre, de façon très nette, un texte maintes fois vu et lu et tout autant de fois oublié. Je ne me suis pas ennuyée mais j’aurais néanmoins apprécié plus de folie et de naturel dans le jeu. Les diverses conversations glanées dans le public, à la sortie, tendent à confirmer cette impression.

Catherine Wolff

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 19:18
Les soeurs K

 

 

Spectacle de la compagnie 3 pièces-cuisine (38), vu le 27 octobre 2017 à 20h30 au Théâtre de l’Oulle (Avignon 84).

 

Avec : Sarah Barrau et Bérangère Mehl
Régie : Claire Villard
Mise en scène : Gérald Garnache

 

Genre : Clown
Public : tout public (déconseillé aux moins de 12 ans)
Durée : 1h10

 

Trois douces foldingues nous accueillent dès l’entrée du théâtre, trois clowns aux personnages bien marqués et qui font monter doucement l’ambiance… On attend une retardataire, et nos trois clowns jouent avec le public avec aisance et mordant. Gisèle, la cheffe à la langue bien pendue, accompagnée de l’acrobate gymnaste bien en chair et très décalée et enfin la régisseuse/secrétaire quelque peu dépassée et qui veut absolument que tout se passe bien…

 

Voilà que le cabaret peut commencer, un cabaret qui, selon la régisseuse qui joue le rôle de présentatrice, fait écho au parcours du comédien, façon Jean Vilar 1962. Nous voilà prévenus ! Les deux autres comédiennes nous présentent alors un cabaret varié et drôle ; somme toute très classique mais porté par un brillant duo qui recycle avec brio des numéros traditionnels. Elles sont formidables et campent leurs personnages avec naturel et inventivité. Leur numéro de magie avec les bouteilles qui n’en finissent pas de surgir dans les tubes (et qu’elles goûtent à chaque fois !) fonctionne très bien, comme leur costume d’éléphant, touchant et visuellement efficace. Elle ré-inventent et s’approprient ces numéros archi-vus.

 

Mais leur inventivité ne s’arrête pas à leur jeu, très bon. Elle s’amusent aussi à mélanger les genres. Quand Gisèle sur son fauteuil roulant, nous offre une séance de plaisir solitaire pour tester le fonctionnement du micro, elle mouille vraiment la chemise ! (oups... pardon !) Il fallait oser ! Cela lui permet d’enchaîner sur une chanson sur le plaisir féminin et un vibrant hommage au clitoris, agrémentée d’une chorégraphie très illustrative. Tout cela dans une délicatesse clownesque qui en fait un exercice très original.
Dans un tout autre registre, sa compagne nous offre une chanson réaliste qui a percuté la salle, surprise de ces changements de registres. Une chanson sur la différence, sur l’exclusion, "Orthopédia, Jambe de bois", chantée a cappella, magnifique de réalisme et de violence contenue. Un changement d’univers glaçant qui a laissé le public groggy pendant plusieurs minutes après la fin du numéro. 
Il faudra tout le talent des comédiennes pour retrouver le public dans son dernier numéro de découpe, sanguinolent à souhait et plein de trouvailles et d’entrailles...

 

Bref, c’est "couillu", et ça fait plaisir de voir ces jeunes comédiennes qui osent sortir du registre finalement parfois top étriqué du clown, même pour adultes. Bravo pour cette proposition classique et ambitieuse à la fois. A découvrir au plus vite, en limitant l’accès au moins de 12 ans, c’est mieux quand même !

 

Eric Jalabert

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 19:02
Peer Gynt

 

Spectacle produit par les Bouffes du Nord (75) et le CDN de Nice (06), vu le 16 février 2018 au Théâtre des Bouffes du Nord.

Mise en scène : Irina Brook
Texte : d’après Ibsen
Comédiens : Helene Arntzen, Frøydis Arntzen Dale, Diego Asensio, Jerry di Giacomo, Scott Koehler, Mireille Maalouf, Roméo Monteiro, Damien Petit, Margherita Pupulin, Pascal Reva, Augustin Ruhabura, Gen Shimaoka, Shantali Shivalingappa et Ingvar Sigurdsson

Genre : Théâtre musical
Public : Adulte
Durée : 2h45 avec entracte

De "Peer Gynt", je ne connaissais jusqu’à présent que la version musicale d’Edward Grieg. Je n’avais jamais lu l’original, la pièce d’Ibsen. Irina Brook la présentait dans une adaptation collective où Peer Gynt dans sa quête du moi deviendrait PG, alias Iggy Pop. Tous les ingrédients d’une belle promesse étaient réunis pour que j’aie envie d’y assister.

Quelle gageure que de monter "Peer Gynt". Comment rendre compte de ce poème épique prolifique, protéiforme et qui fait fi des unités de lieu, d’action et de temps ? Ils étaient 14 artistes internationaux sur scène pour s’emparer de la bête. 14 et tous polyvalents : dans les rôles bien sûr, sauf l’excellent Ingvar Sigurdsson dans le rôle de Peer Gynt qui se suffit à lui-même, mais aussi dans les pratiques artistiques (comédiens, musiciens, chanteurs et danseurs). Le tout en anglais surtitré.

Irina Brook a relevé le défi de tout montrer, sur le plateau somme toute assez petit des Bouffes du Nord, dans une grande économie de moyens. Le dispositif scénique se résume à des confettis de neige, une mezzanine métallique, une petite scène pour la musique. Les changements de lieux se font par l’ajout de quelques accessoires – table de buffet, petit lit, chaises et praticables généralement sous forme d’échelles plus ou moins customisés. La lumière, les costumes, la musique et le jeu font le reste. Tout est question de conventions tacitement acceptées. Ainsi, Peer Gynt laisse en plan sa mère sur un toit. Le toit est une simple chaise et on y croit !

Dans ce travail authentiquement théâtral, le texte – tant musical que littéraire – n’est pas en reste. Il faut saluer la façon dont les différents matériaux ont été agencés pour se répondre et s’enchaîner. Les thèmes de Grieg sont arrangés à toutes les sauces (du petit ensemble classique au bandonéon) et apportent une note de nostalgie obsessionnelle ; les textes de Sam Shepard et les chansons d’Iggy Pop trouvent naturellement leur place comme s’ils étaient des éléments intrinsèques de la pièce.

Je n’avais pas vu le travail d’Irina Brook depuis fort longtemps. J’en avais gardé le souvenir d’une grande irrévérence, d’un plaisir malin à désacraliser les pièces du répertoire pour en faire des parodies joviales, grotesques et dynamiques. Pas ma tasse de thé, a priori, mais, au-delà de mes goûts personnels, des propositions hautes en couleur. C’est dans cette perspective que je m’étais conditionnée pour "Peer Gynt" et je n’aurais sans doute pas dû.

Pour le coup, la première partie m’a parue molle, factice et datée. J’avais l’impression de voir du théâtre des années 1980 à la façon de Mouchkine ou de Paul Golub. Il manquait du son et l’épisode des trolls, si fort dans la musique de Grieg, m’a paru ici bien fade. L’entracte a sans doute eu pour mérite de me laver les yeux et la seconde partie m’a emballée. J’y ai trouvée des moments de bravoure, tels le concert de PG, alias Iggy Pop, ou bien ce superbe numéro de pantomime qui raconte l’une des nombreuses hallucinations de Peer Gynt. L’émotion a enfin surgi comme lors de la scène des retrouvailles entre Solveig et Peer Gynt. L’humour a pointé son nez au moment de la conférence de presse de Peer Gynt en PG : le comédien français qui l’interviewait en anglais a bien fait rire la salle avec son accent bien frenchie. Enfin, les scènes collectives ont paru plus incarnées comme la scène de l’asile et de l’empereur des fous.

"Peer Gynt", adapté et mis en scène par Irina Brook, offre un beau moment d’invention théâtrale : le matériau littéraire et musical est habilement travaillé, la mise en scène est ingénieuse, le visuel est beau, le jeu est mis à l’honneur. La promesse initiale est globalement tenue.

Catherine Wolff

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 00:16
Tableau d'une exécution

Un spectacle produit par Les Célestins (69), Théâtre de Lyon, vu le 19 janvier 2017, au théâtre du Rond-Point.

Texte : Howard Barker
Mise en scène : Claudia Stavisky
Comédiens : David Ayala, Frédéric Borie, Eric Caruso, Christiane Cohendy, Anne Comte, Luc-Antoine Diquéro, Philippe Magnan, Julie Recoing, Richard Sammut

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 2h15

Il y a tant à voir à Paris qu’il faut bien choisir. A cette fin, je me suis constitué mes propres critères de sélection : un lieu qui a su me fidéliser grâce à la qualité de sa programmation ; un metteur en scène ou une compagnie dont j’aime à suivre le travail ; à défaut, un titre percutant augmenté d’un synopsis non moins alléchant. "Tableau d’une exécution" répond à la dernière proposition. Malheureusement, mes critères ne sont pas infaillibles et c’est uniquement parce que j’étais accompagnée que je suis restée jusqu’à la fin !

J’aurais tendance à incriminer, dans ce fiasco, le texte. C’est un condensé de réel et d’invention. L’héroïne de la pièce est la figure tout à fait historique de la peintre Artémisia Gentilechi (1593-vers 1652). L’épisode retenu est, sauf erreur de ma part, inventé : la réalisation, à la demande du conseil de Venise (elle y a bien résidé) d’une toile commémorant la bataille de Lépante. Cette entorse à l’Histoire permet à l’auteur d’approfondir le thème du féminisme : outre l’incongruité, au XVIIe, d’une femme peintre, cet ajout questionne la vision non moins dissonante du deuxième sexe sur la guerre et le pouvoir. Tous les ingrédients étaient réunis pour me plaire, étant peintre de mon état et femme plus que de tendance féministe. Mais le texte ne fait que véhiculer des clichés éculés et anachroniques. Tout y passe depuis la peintre visionnaire forcément inadaptée socialement à la réception houleuse de son œuvre en passant par le refus obstiné de quelque compromis que ce soit. Ces poncifs m’ont d’autant plus exaspérée qu’ils contribuent au paradoxe actuel : un engouement du public "pour les grandes expos", la nouvelle mode des biopics de peintres et à présent une pièce alors que dans la réalité bien triviale celle-là les peintres peinent ne serait-ce qu’à montrer leur travail.

Mais le texte théâtral n’est peut-être que ce que le metteur en scène en fait. Le dispositif scénique est beau. La pièce s’ouvre sur une reconstitution d’atelier, lumineuse. Peu à peu le plateau se vide, ne laissant place qu’à un cyclo qui montre la progression du travail en cours. Soit que le tableau n’existe pas en réalité (hypothèse plus que probable), soit que le metteur en scène ait voulu conceptualiser "la cascade de sang" que la guerre inspire à la peintre, l’œuvre finale est montrée sous la forme d’une vaste tenture rouge. C’était l’excellente idée du spectacle, la seule ! Les neufs comédiens - certains endossant plusieurs "petits rôles" - déclament tantôt avec emphase tantôt sur le mode du vaudeville. Les personnages sont campés de façon caricaturale : l’archevêque aboie bêtement son inquisition ; le général héroïque de Lépante parle d’une voix nasillarde car, aux yeux d’Artémisia, ce n’est qu’un vulgaire petit nazi sanguinaire et narcissique. Seul Philippe Magnan sait trouver, dans l’incarnation du doge, une certaine hauteur de jeu qui rend le personnage à la fois bonhomme, ridicule, puissant. Il sauve une pièce qui ne sait pas trouver son rythme et qui n’en finit pas de finir.

Le spectacle "Tableau d’une exécution" partait avec de bons atouts : une thématique intéressante, un bel espace scénique, des comédiens confirmés. Mais la mise en scène aboutit à l’exact inverse de son modèle. Alors qu’Artémisia se bat pour faire surgir la vérité de son art et de son sujet, la représentation donne à voir une tonalité fausse, si fausse qu’elle en devient ridicule… et drôle. Un comique malgré soi et qui a manifestement échappé à la note d’intention.

Catherine Wolff

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 12:10
Conférence de choses

 

Un spectacle produit par 2B Company (Suisse), vu le 19 décembre 2017 au théâtre du Rond-Point.

Ecriture et mise en scène : François Grémaud
Ecriture et interprétation : Pierre Misfud
 

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 53 minutes par épisode (9 épisodes)

Toujours en quête de nouvelles formes, c’est avec un plaisir inouï que j’ai découvert ce drôle d’ovni en la matière : "Conférence de choses". 
"
Conférence de choses" n’est ni une conférence gesticulée à proprement parler, ni une simple conférence. Disons qu’il s’agit d’une vraie conférence mais théâtralisée. Elle se déroule en neuf épisodes de 53 minutes chacun. Une intégrale de 8 heures existe mais on peut aussi voir les épisodes indépendamment les uns des autres. Qu’importe l’ordre. En ce qui me concerne, j’ai assisté au cinquième du genre et c’était un régal d’intelligence.

Pierre Misfud entre en scène - jeans, basket et sac à dos - tel un prof de fac qui vient donner son cour. Le plateau est nu, juste muni d’une table, d’une chaise et d’un verre d’eau. Debout, en  lumière tamisée, le comédien pose le cadre de sa prestation. Le minuteur est remonté à 53 minutes et la sonnerie indiquera la fin de la séance.
C’est parti. A bâtons rompus mais avec une logique interne époustouflante. Ainsi, le "cour" démarre-t-il sur l’historique même du théâtre du Rond-Point, ancienne patinoire et ancienne rotonde d’exposition des panoramas. La petite avenue qui y mène se dénomme Justin de Selves, lequel homme politique de la IIIe République a donné sa collection d’art au Petit Palais voisin. La collection comporte un tableau d’Adam et Eve que Pierre Misfud va nous raconter en détail pour nous livrer, avec force références, l’histoire de la première femme, Lilith. Tout le spectacle est à l’avenant : des digressions qui n’en sont pas, un savoir encyclopédique, des références savantes mais pas que, des liens improbables mais riches de sens. Le tout est dit avec didactisme, fluidité et humour. Joué parfois comme la scène du paradis originel. Notre comédien-rabbin-professeur-conférencier sait user des procédés de communication propres à chacun de ces métiers pour capter son auditoire et le faire participer aussi. C’est ainsi qu’en pleine explication sur la classification des espèces vivantes (de Linné à Ernst Mayr en passant par la phylogénétique), notre homme a invité son public à se souvenir d’une vieille star cathodique-Garcimore (bingo, c’est moi qui ai trouvé !).

"Conférence de choses" est un extraordinaire voyage dans le temps et l’espace de la connaissance. Aucune pédanterie mais la simple jubilation de la transmission. On sort grandi de cette expérience inédite. Peut-être parce que nous étions femmes, l’amie qui m’accompagnait et moi-même avons été particulièrement sensibles au récit revisité de la Création. Mais l’ensemble du spectacle est une pépite et qui ne donne qu’une envie : aller écouter les autres ! J’espère juste en avoir le temps.

Catherine Wolff

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 11:46
Eden

 

Un spectacle produit par le P’tit Cirk (22), vu le 16 décembre 2017 au théâtre Monfort.

Ecriture et Mise en scène : Danielle le Pierrès, Christophe Lelarge et Evelyne Fagnen
Interprétation : Danielle le Pierrès, Christophe Lelarge

Genre : Cirque (clown)
Public : Adulte
Durée : 1h

En 2014,  "Hirissinn" du P’tit Cirk avait remporté nos suffrages. C’est donc tout naturellement que j’ai invité mes deux filles à découvrir leur nouvel Opus, "Eden".
Pour l’occasion, la petite salle du Monfort s’est métamorphosée en un joli chapiteau avec des gradins et une mezzanine en bois et à structure métallique. L’endroit, baigné d’une lumière rouge, est chaleureux. Au centre, trônent deux podiums perpendiculaires entre eux, revêtus d’un tapis chatoyant. De grandes bassines occupent l’espace pêle-mêle; ainsi qu’un vague pommier. En fond de scène un rideau rouge ferme le dispositif. Le spectacle se joue en pleine lumière. Le P’tit Cirk change littéralement de forme pour présenter un duo de clown, celui de Zinc et Crécelle.

Dans un drôle de Franglais, Zinc ambitionne de mettre en scène "Le Songe d’une nuit d’été", lui en grand Démétrius, elle en Héléna  énamourée. Il est autoritaire, elle a deux de tension ; la répétition vire au fiasco et achoppe sur une pomme. Du "Songe", on bascule à la "Genèse" et à la question qui tue, innocemment posée par Crécelle "Adam et Eve ont-ils couché ensemble ?". Zinc et Crécelle rejouent à l’envi l’histoire de l’Homme et de la Femme ; de leur "je te fuis, tu me suis" à leur alliance malgré tout, en passant par leurs disputes, leurs câlins, leurs jeux de pouvoir. Shakespeare ou la Bible n’y feront rien, la relation entre un homme et une femme, dans le monde réel, c’est compliqué, de surcroît quand la femme échappe au rôle qui lui est traditionnellement dévolu et rétorque à la demande en mariage par un impérieux et définitif "I am a free woman".

Nos clowns sont traditionnels en ce qu’ils sont grimés de la sorte. Avis aux coulrophobes, s’abstenir. Ils en empruntent aussi les mimiques et les chausse-trappes. Mais le P’tit Cirk mène une recherche contemporaine et, en ce sens, sait renouveler le genre. Le langage, mélange d’anglais et de français,  permet de faire passer des idées fort irrévérencieuses. Le rapport au physique, d’une rare violence, et que je t’agrippe par les cheveux, et que je te menace, avec tout le public du reste, de te décapiter à la hache, magnifie les émotions. Petits enfants, s’abstenir. La musique, celle du grand répertoire ou celle, jazzy, interprétée par Crécelle, souligne avec humour la narration. Le rapport au public, direct et cru, est une façon de l’interpeler sur le sujet : celui ou celle qui accepte la goulée de whisky proposée par une Crécelle gouailleuse et cigare au bec est "a free woman/man". Enfin, les trouvailles scéniques, nombreuses, multiplient les espaces, créent du rythme et de la tendresse. Parmi les plus jolies, citons les bassines qui s’empilent pour former le socle de la statue du Commandeur, la bassine qui s’ouvre comme le poêle du foyer, celle transformée en une improbable contrebasse ou enfin ce dessous de podium qui opère comme le lieu secret des câlins dont nos deux zigues ressortent heureux, détendus et amoureux en rabattant un côté customisé en rabat de lit.

"Eden" du P’tit Cirk est un joli spectacle qui, sous couvert de clowneries, pose des questions essentielles sur la relation amoureuse. L’Eden est peut-être précisément là, dans cette alliance de deux êtres libres, qui font fi des injonctions contradictoires de la société, pour mieux les affronter.

Catherine Wolff

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27 novembre 2017 1 27 /11 /novembre /2017 16:44
Le chant de l'oiseau amphibie

Spectacle produit par le Théâtre National de la Colline (75), vu le 18 novembre 2017 au Théâtre national de la Colline.

 

Texte : Wajdi Mouawad
Mise en scène : Wajdi Mouawad
Interprétation : Jalal Altawil, Jérémie Galiana, Victor de Oliveira, Leora Rivlin, Judith Rosmair, Darya Sheizaf, Rafael Tabor, Raphael Weinstock, Souheila Yacoub

 

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 4h

 

Un spectacle de Wajdi Mouawad est toujours un événement, enfin pour moi, qui suis une grande aficionada de son théâtre et de son œuvre romanesque. Son nouvel opus "Le chant de l’oiseau amphibie" n’aura pas déçu mes attentes.

D’emblée, on pense à Roméo et Juliette. Mais Wajdi Mouawad est un artiste accompli qui ne saurait se résoudre à une simple transposition du mythe. On assiste donc à la délicieuse rencontre tout en marivaudage de deux jeunes gens à la bibliothèque de Columbia University. Lui est généticien ; elle rédige une thèse sur Hassan Ibn Muhamed el Wazzân, alias Léon l’Africain. Ils sont beaux, brillants et jeunes. Ils ont l’avenir devant eux. Il s’appelle Eitan, elle s’appelle Wahida. Leur amour est au-delà des origines. Mais la famille d’Eitan, invitée deux ans après, à Pessah, pour rencontrer, à leur insu, la dulcinée, ne l’entend pas de cette oreille. On découvre un père odieusement raciste, borné et intransigeant ; une mère juive culpabilisatrice comme il se doit ; un grand-père rescapé des camps, un peu falot et qui ne parvient pas à calmer son fils. Si Eitan épouse Wahida, il commettra un parricide. Le ton est donné. A l’issue de cette scène d’une rare violence (violence verbale et physique qui n’en est qu’à ses prémices), Eitan, sur un coup de tête, prend les couverts de ses convives pour les soumettre à un test génétique. L’ADN du père ne correspond pas à celui du grand-père. La seule susceptible de lever le voile sur les origines du père est la grand-mère. Séparée du grand-père, bannie par la famille, tristement réputée pour sa méchanceté et son indifférence, elle réside à Tel Aviv. Eitan et Wahida partent à sa rencontre. Un attentat plonge Eitan dans le coma. Toute la famille rapplique et le tragique du fantôme dans le placard se met en route.

On retrouve dans la pièce les thèmes récurrents de Wajdi Mouawad : l’identité sous toutes ses formes. L’être humain peut-il se réduire à une identité ? Peut-on vivre sans identité ? Peut-on vivre sans déchirement avec des identités multiples ? Peut-on dépasser l’identité ? Pourquoi et comment Sabra et Chatila peuvent-ils avoir été commis avec la complicité de ceux-là mêmes qui ont été des victimes ? La Shoah justifie-t-elle l’annexion de 1948 et ses conséquences d’une toujours triste réalité ? Parler la langue de l'ennemi, est-ce devenir ennemi de soi-même ? Pour tenter encore une fois de cerner cette question protéiforme, Wajdi Mouawad trouve une fois encore une nouvelle manière de dire. D’abord en invoquant la figure d’Al-Wazzân dont la vie même est une métaphore de la question ; et, dans la pièce, l’objet de la quête de Wahida. Il n’est évidemment pas anodin qu’Eitan soit généticien. L’histoire, la science mais aussi la poésie à travers la légende de l’oiseau amphibie essaient d’apporter chacune à leur façon un éclairage sur la question. Et puis il y a la mise en scène de tout cela, en quatre "parties volatiles".

Le spectacle se déroule en quatre langues - anglais, allemand, arabe et hébreux. Moi qui, d’habitude, évite les spectacles en sur-titrage (car je trouve cela trop difficile de passer de la troisième dimension - le jeu vivant - à la seconde dimension - la traduction en hauteur), j'ai éprouvé un vif plaisir à passer d’une langue à l’autre. Et la démonstration est imparable : la barrière de l’origine tombe. Il faut bien sûr le jeu extraordinaire, d’un naturel confondant des neuf comédiens qui maîtrisent au minimum deux langues !
A un spectacle d’une si grande complexité narrative, philosophique et linguistique, il fallait une scénographie d’une grande sobriété. "Des blocs" coulissants dessinent les différents espaces de la scène, tantôt successifs (la bibliothèque, l’hôpital, l’appartement à New York…), tantôt concomitants (la chambre d’hôpital, un couloir et la chapelle). Une projection sur le cyclo et/ou un élément scénique (un lit d’hôpital, une table de bibliothèque universitaire, des chaises) fait le reste.
Enfin, il fallait savoir doser, au cœur de cette montée dans l’intensité dramatique, l’humour. Le spectacle n’en manque pas, à commencer par les vacheries de la grand-mère, qui cache, on s’en doutait bien sûr, une personnalité bien plus émouvante que sa réputation ne le laissait entendre. Car les masques tombent un à un au fur et à mesure que les secrets de famille se dévoilent. Les comédiens endossent ces autres personnalités avec brio.
On retrouve là une constante de chez Wajdi Mouawad : privilégier l’humain. Cette direction d’acteurs, avec des acteurs hors normes, m’a aidée à surmonter une seconde partie que j’ai jugée un peu décevante. La pièce frôle le mélodramatique et le propos a tendance, à mes yeux, à s’enliser. Qu’importe, j’ai pleuré comme une madeleine ! Il n’est que Wajdi Mouawad pour me procurer ce miracle au théâtre. Je ne sais pas si les autres spectateurs ont aussi senti leurs yeux piquer mais, ce qui est sûr, c’est que la salle, comble, s’est levée comme un seul homme pour ovationner.

"Le chant de l’oiseau amphibie" est un spectacle d’une grande intelligence, d’une grande beauté et qui sait prendre des risques tant dans le propos que dans la forme. C’est un grand spectacle à ne manquer sous aucun prétexte.

Catherine Wolff

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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 13:37
Un cœur Moulinex

 

Spectacle de la compagnie Aberratiometalis (75), vu le 17 novembre 2017 au Théâtre de l'Oppprimé.

Ecriture : Simon Grangeat
Mise en scène : Claude Viala
Interprétation : Christian Roux, Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Muller, Lorédana Chaillot, Julien Brault, Pascaline Schwab

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h30
Création 2017

"Un cœur Moulinex" m’a confirmé que le Théâtre de l’Opprimé restait fidèle à sa vocation : diffuser des spectacles engagés, exigeants et de qualité.

"Un cœur Moulinex" raconte la saga de cette marque depuis sa fondation par Jean Mantellet, un patron à l’ancienne, jusqu’à la chute de l’empire de l’électroménager sous les coups de boutoir d’un libéralisme financier débridé, cynique et inhumain. Et c’est précisément parce que la marque a infusé chaque foyer français pendant plusieurs générations, qu’elle a été au cœur des cuisines de tout un chacun, que le spectacle et sa démonstration implacable de l’histoire sociale et économique contemporaine nous touchent au cœur.

Pour parvenir à ce résultat, il fallait, bien évidemment, outre le texte très documenté et fort en témoignages de Simon Grangeat, une mise en scène et un jeu à la hauteur. Le plateau est nu, juste habillé d’un praticable, d’une barre de penderie, de quelques chaises et d’un clavier. Tout se joue en semi-lumière et à nu. Les sept comédiens - trois hommes et quatre femmes - endossent tour à tour un peu tous les rôles. Passez la blouse et voilà une ouvrière fièrement campée ; ôtez la blouse, relevez les cheveux, arborez un collier et vous aurez une secrétaire. Tout est à l’avenant, d’une simplicité enfantine. A partir des années 1970, Jean Mantellet, toujours à la tête de son entreprise toujours implantée à Alençon, est pris, comme l’époque, d’une frénésie créative. Ce sont les dessins des modèles, réalisés par Shanti Rughoobur, qui volent dans tous les sens et jonchent le sol.

La saga est racontée de façon chronologique, en sept tableaux successifs. Chaque nouvelle période est annoncée par une pancarte façon cinéma muet. Il s’ensuit un intermède musical, adapté à l’époque racontée, chanté, mimé ou joué et qui restitue de façon parodique les publicités de la marque. Ce sont des purs moments de bonheur et d’humour. Et cet humour qui imprègne toute la pièce évite le didactisme.
Car l’histoire, malheureusement, on la connait. Le spectateur, tout comme le personnage naïf qui semble écouter avec nous l’histoire, attend le moment fatal de la délocalisation. Par un comique de répétition, à chaque nouveau tour de vis dans les rapports humains, il prononce le mot. Les autres narrateurs le font patienter en recontextualisant. Jusqu’au moment de la bascule dans l’horreur, quand sur scène, les belles ouvrières fortes en gueule et émancipées qui mimaient le travail posté, se taisent peu à peu au rythme de cadences de plus en plus infernales et disparaissent totalement pour laisser place aux financiers.

Malgré quelques longueurs et quelques accrocs dans le texte, "Un cœur Moulinex" est un spectacle important car il donne la voix à un monde ouvrier oublié et spolié. C’est un spectacle qui dévoile le mensonge d’une concurrence pour le bien du consommateur qui, sous les assauts de la propagande, en a oublié qu’il était aussi producteur. C’est un spectacle qui, contrairement à "T.I.N.A", du même auteur, fait moins appel à l’intelligence qu’à la sensibilité. Ce n’en n’est pas moins, par la joie du jeu et l’invention, un spectacle de résistance. A la fin de la pièce, les comédiens installent sur le praticable qui servait de "trône" au patron toute une panoplie d’ustensiles Moulinex. Le cœur des spectateurs s’émeut et le spectacle finit comme il a commencé, telle une petite madeleine de Proust, cruelle.

Catherine Wolff

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9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 18:48
Les sentinelles

Spectacle de la Production Evedia (69), vu le 1er novembre 2017, à la Comédie Odéon de Lyon.

 

Ecriture : Jacques Chambon
Mise en scène : Patricia Thevenet
Avec : Brigitte Jouffre, François Bourde, Jacques Chambon et Stéphane Margot

 

Genre : Théâtre
Public : Adultes
Durée : 1h25 env.
Création 2017

 

"Les Sentinelles" nous amènent sur un territoire désertique où se dressent deux barrières. Un no man's land les sépare... La guerre est là, enfin, quelque part, puisque deux sentinelles sont là pour surveiller son évolution, prévenir tout mouvement d'attaque ou de rébellion... Tout semble techniquement semblable, de part et d’autre des barrières, mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit que, si l’ordre règne d’un côté, l’autre territoire est beaucoup plus désordonné.

Deux hommes veillent, chacun à leur façon, sur leur terrain respectif. Ils s’observent… Puis l’un tente de communiquer, mais l’autre, sur la défensive, se sent alors attaqué et menace… Le premier ne se décourage pas, persévère dans son approche et commence à tisser des liens, jusqu’au jour où débarque une femme, puis un apatride… Et alors, là où les nouveaux venus trouvent une oreille attentive et conciliante, ils se heurtent, de l’autre côté de la barrière, à une autorité sévère trahissant sans doute la peur de l’inconnu.

Mais la musique adoucit les mœurs, et parvient à réunir, durant un instant, les personnages. La parole se libère, les non-dits s’expriment, puis une certaine réalité reprend le dessus. Jusqu’au jour où…

 

"Les Sentinelles" conduisent le spectateur, avec un texte touchant de simplicité et ponctué d’humour, à une réflexion profonde sur l'ordre, la communication, la guerre, et sur les frontières que l’homme s’impose, à tous les niveaux. C’est un beau moment à passer avec quatre comédiens qui vous emmènent  dans une ambiance inattendue à la Comédie Odéon. Et même si le créneau horaire peut faire hésiter (21h30), il faut vraiment y aller ! D'ailleurs le bouche-à-oreille fait déjà son effet, le public était là samedi et les soirs précédents.

 

Cette pièce, rédigée par Jacques Chambon, est issue d’une longue maturation qui a finalement trouvé son expression dans le cadre d’une résidence, au Karavan Théâtre de Chassieu. Les comédiens espèrent pouvoir la présenter à Avignon en 2018 : on ne peut que leur souhaiter de pouvoir le faire !
 

Isabelle Mombellet

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