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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 16:46
source Catalogue Off 2021

source Catalogue Off 2021

Spectacle de la compagnie Paradoxes (25) vu au théâtre Girasole,  le 23 juillet 2021 à 15.50 h, dans le cadre du Festival OFF d'Avignon,  du 7 au 31 juillet sauf lundi

Auteur Matt Hartley

Mise en scène : Paméla Ravassard
Traduction : Séverine Magois
Interprètes : Emilie Aubertot, Karina Beuthe Orr, Sébastien Desjours, Stefan Godin, Garlan Le Martelot, Benjamin Penamaria, Emilie Piponnier.

Scénographie : Benjamin Porée

Lumières, assistant m.e.s. : Cyril Manetta

Scénographie : Benjamin Porée

Costumes : Hanna Sjödin

Musique : AkorplakX

Collaboration : Henri Dalem
Genre théâtre contemporain  

Public  tout public à partir de 12 ans

Durée 1.35 h  

Appréciation coup de coeur

La présentation du spectacle fait référence à Ken Loach pour définir l’écriture de Matt Hartley… Ce qui a éveillé ma curiosité, car j’aime beaucoup ce genre de cinéma réaliste qui met en scène une certaine misère sociale, mais qui n’est cependant  jamais exempt d’humour « so british » !  Je clôture donc mon séjour au Festival Off, en allant voir cette histoire de deux frères, Pete et Rich, que tout semble opposer. L’aîné sort de prison et souhaite retrouver sa fille de 15 ans qu’il ne connaît pas. Le cadet veut comprendre pourquoi il a tellement peur de devenir père…

Le plateau est éclairé par des rangs de néon posés au sol et accrochés aux cintres. Lumières blanchâtres, crues, qui délimitent au centre un espace sombre. Musique rock, ça démarre fort.  Rich installé dans un fauteuil est absorbé dans un jeu vidéo. A la porte apparaît Pete. Après presque 10 ans d’incarcération, il regagne la maison familiale, désormais occupée par Rich, leur mère étant partie vivre ailleurs. La reprise de contact est difficile, la rancœur toujours présente. Le crime n’est pas pardonné et Pete reste un paria…

Obsédé par sa volonté de retrouver sa fille, et pour obtenir des informations, Pete tente de renouer le contact avec Franck leur beau-père, qu’il n’a jamais accepté et  qui a pourtant fait de son mieux pour s’occuper de leur famille après que le père violent les ait abandonnés. Il est désormais séparé de la mère, et on comprend que Pete n’est pas tout à fait étranger à cette rupture… L’accueil n’est pas cordial et Franck  lui suggère de laisser sa fille tranquille…   Parallèlement, Rich souhaite renouer avec sa petite amie, Lucy, qu’il regrette d’avoir abandonnée alors qu’elle était enceinte, et qui a avorté. Il essaye de plaider sa cause auprès de la mère de Lucy, mais il se montre violent à son encontre.  Lucy finira cependant par accepter de le revoir… Mais plus tard, peut-être.  

A force de persévérance Pete finit par savoir où se trouve sa fille. Il parcourt les 65 miles qui séparent Hull de Sheffield, où Jenny vit désormais chez ses grands parents qui l’ont adoptée. Le grand-père lui livre des informations rassurantes, et il comprend que pour le bien de son enfant, il faut qu’il accepte de s’effacer …

Cette sombre histoire met en scène des êtres que l’on sent en proie à une sourde colère. Ils connaissent des conditions de vie difficiles, et semblent malgré eux reproduire les schémas familiaux où la violence est dominante, et l’incapacité à exprimer des sentiments positifs flagrante. Le problème de la filiation et du déterminisme est ainsi clairement évoqué. Est il possible d’échapper à cette spirale ?

La mise en scène de Pamela Ravassard, qui m’a d’abord surprise, s’avère finalement précise et recherchée. Elle souligne l’intensité dramatique palpable en permanence, au moyen d’éclairages blancs et froids, assortis d’un accompagnement musical rythmé savamment choisi. Des projections de « zebras » lumineux, qui se reflètent sur des paravents noirs réfléchissants mobiles - déplacés à vue lors du changement de scène – accentuent l’ambiance électrique.  Comme dans un triste ballet, les personnages se croisent, se cherchent, s’affrontent, tentent de communiquer, dans cet espace en demi-teinte, incarnés par sept comédiens talentueux et très inspirés,  qui rendent attachants ces êtres déchirés qui font ce qu’ils peuvent pour se sortir sans trop de casse de  leurs difficultés

La puissance émotionnelle que se dégage du spectacle est telle que pendant 1 h 30 on n’entend aucun bruit dans le théâtre, tant le public est concentré. Conquis, il offre à la troupe un ovation debout à la fin de la représentation.

 

 

 

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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 15:47
L'homme qui dormait sous mon lit

Spectacle de la Cie Scène et Public (75) Vu au Théâtre des halles lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 30 juillet 2021, à 21h30

Durée : 1H20

Public : Dès 12 ans

Genre : Théâtre contemporain

Texte et mise en scène : Pierre Notte

Interprètes : Muriel Gaudin, Silvie Laguna, Clyde Yeguete

Quand vous étiez petits, il y avait un monstre sous votre lit et maintenant que vous êtes grands c’est un migrant. Poli, conciliant mais terriblement encombrant, là, toujours là à essayer de s’asseoir sur la chaise qui trône au milieu du plateau et qui vous appartient. C’est votre place, votre espace, mais lui n’en a pas ? Fallait pas fuir à la première fissure, regarde il y en a une dans le mur et moi je reste. Lui aussi doit rester, sinon bye bye les allocations. Il faudra accepter de lui faire du thé et de se faire corriger ses fautes de syntaxe, il fera pousser à votre insu des plants de tomates sous votre lit, oui “les gens qui voyagent ça n’a pas de terre mais ça fout de la terre partout”. Bref il faudra le surveiller sauf quand il s’apprêtera à sauter par la fenêtre parce qu’on reçoit une prime de l’Etat si notre migrant se fout en l’air tout seul comme un grand. Mais attention il va en foutre de partout et puis “abîmer mes pensées à hésiter encore entre le dedans et le dehors”, oui c’est très compliqué, je peux vous dire que ça fait passer l’envie d’en accueillir un chez vous.

 

Heureusement pour adoucir les deux fauves, car il y a bien deux fauves, le migrant n’est pas misérable mais drôle et intelligent, une modératrice ouvertement comédienne (Muriel) fait son entrée et leur propose une série d’exercices assez extrêmes (attouchements, mise à nu) qui ajoutent au cynisme ambiant de la pièce une rigolote touche d’absurde. Entre la terre dans le thé, les faux-meurtres, les faux-suicides et les chaises musicales sans musique, nous rions et entre nos dents se posent sur leurs chaises quelques questions : qui est le migrant de qui ? comment accueillir ? trouver sa place ? pourquoi on fuit ? est-ce qu’on peut aimer ce qui ne nous ressemble pas ? est-ce que Pierre Notte va nous répondre ? que peut le théâtre devant la morale et la politique ? Pas grand chose, alors autant se mettre sous le lit mais surtout ne pas s’endormir : si on ne peut pas répondre, on peut toujours faire gargouiller son ventre.

 

La pièce bien campée sur son parquet, “le seul qui craque tout seul”, elle regorge d’images, de métaphores, de danses et de jeux de mots : tout s’agite, même pas besoin du séisme qui surgit pour être remué, on est déjà “trop secoués pour sentir une secousse” tant et si bien que le quatrième mur finit par tomber sans même qu’on se sente épiés : pour autant, sommes nous à la bonne place ? J’ai espionné Pierre Notte à la sortie qui a murmuré je cite : “j’ai monté cette pièce parce que j’avais honte” mais subtilité suprême, cette honte reste tapie sous une nappe de poésie et d’humour, s’oublie derrière l’élégance et la complexité des personnages, donc pas un coup monté, cette pièce mais délicieuse pièce-montée, vous pouvez donc monter le son de la non-leçon !

 

Célia Jaillet

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 17:25
Source catalogue Off 2021

Source catalogue Off 2021

Spectacle de la compagnie Nomades (02) vu le 23 juillet 2021 à 13 h 55 au théâtre Buffon,  dans le cadre du Festival d’Avignon Off, du 7 au 28 juillet, sauf lundi

Auteur et Mise en scène Jean-Bernard Philippot

Interprètes Pauline Vincent (flûte traversière), Raphaël Jothy (clarinette), Pauline Nadoulek, Daniel Violette, Jean-Bernard Philippot (percussions)

Lumières et vidéo Maxime Aubert

Vidéo Sébastien Sidaner

Décor et marionnettes en art végétal Jean Marc Chamblay

Costumes Marion Prouvost

Genre : théâtre contemporain, marionnettes, arts numériques

Durée 40 min

Public tout public à partir de 5 ans

La très jolie affiche du spectacle a attiré mon attention… Je cherche à voir des spectacles orientés jeune public, et celui-ci annonce l’association théâtre, marionnettes, et arts numériques. C’est tout à fait dans l’air du temps, et ce devrait être pas mal…  Cette année, il y a moins de spectacles jeune public (environ 30 %), mais beaucoup de créations, dont cette « Petite Fleur qui voulait voler »…

Nous nous installons et attendons quelques minutes que le public, très limité puisque nous sommes une dizaine seulement dans la salle, s’étoffe un peu… Les effets délétères du pass sanitaire ?? 

Je mets à profit ce temps pour admirer le décor, vraiment très beau, plutôt fourni, réalisé avec des matières végétales, osier, bambou, papier végétal, bois. Un musicien est installé à cour, légèrement masqué par des éléments du décor. A jardin, une cabane et un jardinet….  Au centre, une grosse boule blanche, sur laquelle est projeté le globe terrestre, au début du spectacle qui commence agréablement au son de la clarinette…

Le jeune garçon (et clarinettiste)  rejoint ensuite son grand père près de la cabane pour jardiner avec lui. Je trouve d’emblée le ton du grand-père très « doctoral » …  Le jeune garçon emporte un panier de graines de fleurs, et une graine tombe malencontreusement  du panier au milieu d’un pré, après qu’il ait trébuché sur un obstacle. Elle germe et grandit jusqu’à devenir une jolie fleur qui s’éveille à la vie au cœur de la grande boule blanche, qui symbolise la graine, ou le bulbe. Son développement  accompagné musicalement à la flûte traversière, et visuellement par des projections vidéo très colorées, évoquant la peinture de Monet ou Van Gogh, aux dires de la compagnie,  sur l’ensemble du décor. L’effet est assez réussi. 

La pauvre fleur est un peu perdue dans un environnement inconnu, ses frères et sœurs sont plantés ensemble dans le jardin du grand-père. Mais courageusement, elle fait de son mieux pour s’adapter et commence à communiquer avec  tout ce qui l’entoure, plantes et insectes, tous réalisés en osier tressé.. Dont deux grandes sauterelles magnifiques, qui curieusement, s’expriment avec un accent « petit nègre » .  (désolée, mais je ne vois pas d’autre mot à utiliser !),  ce que j’ai trouvé de mauvais goût et vraiment contre-productif, eu égard aux messages que veut véhiculer le spectacle.

Cette histoire de petite fleur aurait pu se suffire à elle-même, mais pour appuyer le propos, l’auteur a choisi de mettre en scène une jeune fille, Maumachi (Abeille en bangladais.. !) dont la famille réfugiée « climatique »,  arrivée sur un petit bateau, vient de s’installer tout à côté de chez le jeune garçon..

Il semble qu’il s’agissait de faire le parallèle entre les deux histoires, celle de la petite fleur et celle de  la jeune immigrée. Etait-ce utile ? A la limite, ce pourrait être l’objet d’un autre récit…  Car cela fait beaucoup, de thématiques qui s’entrechoquent,  les migrations, le déracinement, les cultures du monde, le voyage, les différences, le réchauffement climatique…. Dans un spectacle de 40 minutes, avec 4 comédiens et 1  musicien sur scène.  

Et j’ai trouvé que c’était vraiment dommage… Tous les ingrédients pour faire un beau spectacle sont présents, décor recherché, musique en direct, utilisation de différentes techniques de jeu, belle création lumières…. Et finalement, beaucoup de bavardages, d’explications, trop, qui cassent le rythme, occultent terriblement la poésie. Cela tourne au cours magistral purement didactique. N’oublions pas que le spectacle est préconisé à partir de 5 ans… Le grand père m’est apparu assez détestable, et en tous cas, inapte à captiver les (ses ?)  petits enfants !

A vouloir faire passer trop de messages, on finit par n’en faire passer aucun…

 

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 16:43
Sans effort

Spectacle de la Cie Snaut (CH) vu au Théâtre du train bleu lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 26 juillet 2021, à 22h05

Durée : 1H15

Public : Dès 14 ans

Genre : Théâtre contemporain

Auteurs : Tiphanie Bovay-Klameth, Joël Maillard, Marie Ripoll

Mise en scène : Joël Maillard

Interprètes : Joël Maillard et Marie Ripoll

J’entendais de partout “Sans effort c’est très fort, c’est à voir dans une vie” alors comme j’en ai une de vie, à remplir d’autres vies sur accoudoirs, je me suis dit moi aussi je veux parler aux autres de “Sans effort”, mais avant d’aller poser mon oreille bouche cousue sur un siège j’ai voulu voir un peu de quoi ça parlait mais bouche cousue aussi j’ai pas pu lire grand chose à part que ce spectacle on pouvait le lire nulle part, qu’il n’avait pas été écrit, que c’était une contrainte qu’ils s’étaient mis, les artistes, sur le coup ça me fait penser à l’Oulipo moi, je me dis chouette, ça a l’air rigolo, j’y vais, j’y suis allée et rigolo ça l’a été.

Dans le dossier de presse que seuls les journalistes ils ont droit de le lire, Joël Maillard a mis qu’il peut pas, je cite, “décrire, ni présenter les personnages, ni détailler sa fable ou sa forme, ni évoquer ce René R crédité d’absence au générique”, et juste après, paragraphe en-dessous “heureusement, des journalistes l’ont fait à ma place”. Et là je me suis rendu compte de la sacrée responsabilité que j’avais, moi comme journaliste : l’espérance de vie de mon compte-rendu elle est plus grande que celle du spectacle, alors pas de bêtise, va falloir être au plus près de lui, mais sans non plus dire trop fidèlement ce qu’il y a dedans, déjà que j’ai attrapé des phrases toutes entières dans mon carnet, première bêtise, c’est mal parti.

Mais pour eux aussi c’est mal parti, au début, René le comédien en chef il est parti, cinq jours avant la première, et sa femme aussi elle est partie mais dans son dernier souffle elle a eu le temps de lui souffler, à René, tout un poème long comme une épopée que les deux comédiens sur scène ils vont nous répéter, épaules contre épaules pour s’épauler et sauter dans les trous de mémoire de l’autre quand il en tombe un ou alors pour s’écarter, lever l’ancre, le bras, donner chacun de leur côté mais bien en choeur la version qu’ils préfèrent, avec métaphores, synonymes et détails singuliers, et c’est beau de voir deux paroles symétriques se défaire l’une de l’autre sans qu’on en perde une seule parce que nos oreilles sont deux donc elles peuvent tout attraper. Tintamarre parfaitement harmonieux ça oui, entre ses fugues, ses variations, ses refrains, tout ça sur fond de percussions endiablées, mais aussi patatrac, de baguettes cassées, de cordes fendues, eh oui la bêtise chez ces frénétiques indolents fait partie du jeu tant et si bien qu’au premier rang un spectateur s’est mis à rêver de Beyrouth à voix haute, bêtise ? Non, non, si le poème n’arrête pas de scander “écoute, écoute bien” c’est que toutes les voix peuvent y être accueillies et de lui-même Jacques Rancière a fini par taire son “Beyrouth, Beyrouth partage du sensible...”

Mais le poème il parle de quoi ? D’une île, de barques qu’on pousse du pied, de racines joyeusement hallucinatoires qui poussent entre leurs pieds et leur font des pieds de nez au moment de disparaître, de stylos qu’on enterre, d’histoires qui se transmettent en rythme et en musique, de générations qui se succèdent, de vieux qui meurent contre les troncs et dont on mange les entrailles pour retrouver une mémoire première, une écriture figée, la racine, le tronc, comme le bâillement menace toujours la bouche qui voit à travers les âges et derrière les eaux le monde qu’on peut étaler au-delà de ce qu’il montre. C’est confus ? Sans doute un peu, c’est que sont brassés beaucoup de vers et que s’enchaînent tant d’années dans l’île où peu à peu les primitifs deviennent les captifs, mais finalement, je crois que la question que soulève ce spectacle, mais attention, ce n’est que celle que j’y ai lu, et lu sans rien lire, donc bon, et puis il y en a certainement beaucoup d’autres ou alors il y en a aucune, de questions, mais bon que ce spectacle soit problème ou solution, qu’il demande “pour ou contre l’écriture ?” ou déclare “nous avons une bonne mémoire” finalement ce qui compte ce n’est pas le conte mais qu’il y soit.

Célia Jaillet

 

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 14:57
Rachel, danser avec nos morts

Spectacle de la Cie By collectif (31) Vu au 11 Gilgamesh lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 29 juillet 2021, à 13h10

Durée : 1H30

Public : Tout public

Genre : Théâtre contemporain

Ecriture et mise en scène : Delphine Bentolila

Interprètes : L. Barbier, D. Bentolila, S. Brel, N. Dandine, J. Kpéré, A. du Rivau, L. Roy, J. Sabatié-Ancora

Le mariage de Rachel va être célébré, toute la famille se réunit dans la grande maison pour s’occuper des préparatifs, mais à mesure qu’approche l’instant du grand bonheur amoureux, des cris remplacent les murmures enthousiastes. “Hannah, arrête s’il te plaît, c’est mon mariage” mais non, Hannah ne s’arrête pas, par des cris, des lumières, des douleurs, des pardons, elle en a trop au bord des lèvres, faut tout laisser tomber, sinon c’est elle qui tombe du bord, comme la dernière fois où son frère est venu la chercher dans une mer agitée, pour y trouver la mort. Des cris, ils en ont tous à se jeter au visage les uns des autres : les parents ont perdu leur fils et leur fille puisqu’Hannah a été internée et Rachel, leur dernière, n’existe qu’à moitié, entre deux douleurs qui n’arrêtent pas de crever la surface en s’y reflétant. 

Mais on ne crie pas, il ne faut pas crier, pas de vague, c’est le mariage de Rachel, on chuchote plutôt ses cris, ses chagrins, ses doutes, ses regrets au mort. Le frère au visage si mélancolique flotte avec sa planche de surf entre les tables en robes blanches, bouts d’écume endeuillés, tables en dessous desquelles on se cache à ses côtés pour rire un peu, s’enlacer ou lire un destin rassurant dans les cartes. Il y a même du rire et de jolis numéros entre les rides de leurs rancunes. Mais il faut bien que quelqu’un déchire la lenteur et délie les langues pour qu’on puisse enlever les draps cadavériques qui recouvrent les tables, arrêter ce flot ininterrompu d’images océaniques qui s’y projettent, que se fasse un pas pour que cesse le silence absurde qui se prétend dialogue ; apprendre à dialoguer avec des absences qu’on regarde droit dans les yeux et danser sans oublier qu’on danse. 

Rachel donne son titre à la pièce alors qu’elle y est en filigrane parce que c’est elle qui danse, qui absout la famille et la réconcilie dans un geste simple, élégant, abandonné. Son égoïsme devient salutaire : elle veut juste être heureuse et toute sa famille apprend à savourer ce bonheur avec elle sans le grignoter.

Célia Jaillet

 

 


 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 10:30
Requiem pour Pessoa

Spectacle de la compagnie Ars Poetica (34) vu au théâtre de la Carreterie lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 30 juillet 2021, à 16h20

Auteur : Fernado Pessoa

Metteur en scène : Benjamin Perez

Interprètes : Benjamin Perez, Theodora Carla

Genre : spectacle poétique et musical

Public : tout public

Durée : 1 h

“Nous vivons tous, ici-bas, à bord d’un navire parti d’un port que nous ne connaissons pas, et voguant vers un autre port que nous ignorons. Nous devons avoir les uns envers les autres une amabilité de voyage.” Fernando Pessoa

Il arrive à Lisbonne, c’est la première fois qu’il rencontre cette ville et les parfums qui s’y respirent, il déambule dans les rues, mime les trajets qu’il fait en tramway, s’installe au bureau d’un petit hôtel. Mais qui ça ? Pessoa ? Non, un voyageur, rien qu’un voyageur, grand, une barbe fine, des petites lunettes, il ressemble quand même beaucoup à Pessoa… Mais non, non, un voyageur ne doit rien chercher, rien chercher de particulier pour trouver quelque chose, quelque chose d’autre, d’introuvable, d’inespéré. Un violon fait son apparition entre deux considérations poétiques, la langue portugaise s’entremêle au français qui nous est si familier, et peu à peu, les deux comédiens immobiles sur les planches anciennes de ce théâtre exigu nous emmènent autre part, avec eux.

Avec eux ? Avec Pessoa aussi ? Mais oui, bien-sûr que c’est un spectacle sur Pessoa, bien-sûr que le voyageur ne poursuit pas son seul voyage mais bien quelqu’un. C’est juste que je ne voulais pas le dire trop vite, ce nom de Pessoa qui veut dire “personne”, ce nom qui ne se cache même pas mais qu’on peine à trouver, Pessoa est par-ci, par-là, omniprésent sur les étagères de la bibliothèque à Cour, et sur les traits portugais du comédien et dans sa bouche époustouflée.

On rencontre ce qui entoure le poète, sa mère, ses livres, mais aussi ce qui fait que le poète est poète, ses mots. Ses poèmes sont récités par cœur, les yeux comme fermés, alors on peut fermer les yeux, le violon nous berce tendrement ou nous réveille en augmentant le tempo, le voyageur souffle dans nos cheveux les rêveries couchées en phrases de ce frère lui aussi égaré, lunatique, phrases dont les échos parlent aux déambulations qui nous promènent. On voyage dans Pessoa, et pourtant comme pour Lisbonne, à part quelques détails, quelques sons, quelques danses, tout nous reste profondément étranger... De toute façon, même lorsqu’on est pays, ville ou Pessoa, on n’en finit jamais d’essayer de se trouver, de se connaître. “Je ne change pas, je me visite moi-même, comme un pays perpétuellement inconnu.”

En compagnie de ces deux artistes, vous voyagerez, pas d’un point à un autre mais d’ici à là-bas, et lorsque vous reviendrez de là-bas votre ici ne vous dira plus rien. Il faudra s'avancer un peu pour l'écouter.

 

Célia Jaillet

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 15:48
source Catalogue Off 2021

source Catalogue Off 2021

Spectacle de la compagnie du Kairos (75) vu à la Manufacture Intra-Muros, le 23 juillet 2021 à 10h40 dans le cadre du festival Off d'Avignon.

Texte et Mise en scène David Lescot

Interprètes  Suzanne Aubert, Charlotte Corman, Théodora Marcadé, Elise Marie, Caroline Menon Bertheux, Camille Roy, Marion Verstraeten (en alternance)

Scénographie François Gautier Lafaye

Assistante à la mise en scène Faustine Noguès

Costumes Suzanne Aubert

Lumières Guillaume Rolland

Genre théâtre   

Public  tout public à partir de 8 ans

Durée 50 min 

Un jeune garçon fait face à ses angoisses à son entrée en 6ème. Il espèrait retrouver ses copains de CM2, histoire de ne pas se sentir perdu, mais le voilà propulsé dans une classe où il ne connaît personne, alors que tous les anciens du CM2 sont en 6ème C ! Et avec ça il va devoir se familiariser avec les codes qui régissent la vie au collège… C’est pas gagné !

Trois comédiennes jouent sur le plateau les six protagonistes de cette histoire, indifféremment garçons ou filles, en utilisant quelques accessoires – casquette, sweat à capuche, lunettes, perruques, pour les différencier.

La comédienne qui ce jour-là incarne le récitant est tout à fait crédible dans son rôle de jeune garçon bon élève de 11 ans, qui fait son entrée au collège pas très rassuré. Autant que les autres comédiennes, elle a su adopter l’habillement, le vocabulaire et la gestuelle, d’ailleurs bien observés, des ados.

Egaré donc dans la 6ème D, notre héros fait connaissance avec Basile, son voisin de table, qui semble être le neuneu de la classe,  avec son air ahuri, ses grosses lunettes et sa capuche remontée sur la tête. D’emblée, Basile souhaite savoir s’il est « populaire ». Il ne s’est jamais posé cette question et ne sait même pas ce que cela peut signifier ! Il comprend bien vite qu’il est franchement largué, et la rencontre avec Clarence le leader « populaire » de la classe, ne lui laisse plus aucun doute… Clarence fait en sorte qu’il soit élu délégué, et dans la foulée lui colle son ex-copine Marguerite dans les bras.  Bref il décide et organise pour lui, comme pour toute la classe, sans demander l’avis de qui que ce soit .… Les garçons « populaires » ne candidatent jamais aux postes de délégués, c’est la place des « bolosses », sur lesquels ils font pression ensuite.  Et notre héros a le profil  qui convient... Il n’est pas dans le coup, ,ne connaît rien à la musique que les jeunes écoutent, n’a pas les chaussures à la mode, et même pas de téléphone portable ! D’ailleurs, Clarence lui impose  de s’en procurer un au plus vite, il doit pouvoir lui transmettre ses directives à tout moment. Sinon…

Le pauvre garçon ne sait comment se sortir de cette situation. Et contre toute attente, c’est sa petite sœur, qui elle rentre à la maternelle, qui va l’aider à y voir clair, car elle, elle a déjà pigé les codes ! Décidemment, il n’y a plus d’enfants…. !

La scénographie est organisée autour d’une sorte de grande estrade de bois, équipée de trappes et d’éléments modulables qui se déplient et se transforment en tables, bancs, et peuvent ainsi figurer des lieux différents. Les comédiennes évoluent dans et autour de cette structure, qu’elles  manipulent à vue, et d’où émergent parfois les protagonistes, tels des pantins d’une boite, en particulier la petite sœur, qui déclenche l’hilarité à chacune de ses apparitions. Il faut dire qu’elle est particulièrement impayable avec ses couettes et ses chouchous, et sa façon de parler bébé, mais néanmoins très avertie... Belle réussite que ce personnage très comique. La mise en scène sobre, les jeux de lumière réduits à l’indispensable, font que l’on se concentre pleinement sur le jeu., et permettent en outre une parfaite adaptabilité du spectacle à tous types de lieux.

Le texte, précis et drôle, n’occulte pas cependant les souffrances auxquelles sont confrontés les collégiens, dont les parents n’ont même pas conscience, car bien souvent, leurs enfants ne parlent pas de leurs difficultés d’intégration au groupe, pas plus que des brimades et du racket. Ils se sentent bien trop nuls…  

Heureusement l’histoire de notre héros se termine bien. David Lescot a certainement voulu rester positif et léger, le propos n’étant pas ici d’aborder les problématiques du collège,  mais plus  simplement de démystifier le passage de l’école primaire au secondaire, quand on redevient « petit », alors qu’on était « grand » au CM2.

Voilà finalement un spectacle qui réjouira jeunes et moins jeunes, peut-être même plus encore les aînés, auxquels il rappelle « le bon temps », même si le monde des ados n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’ils ont connu !

 

 

 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 15:34
Chagrin d'Ecole
Chagrin d'Ecole

Spectacle de l’Atelier Théâtre Actuel (84) vu à L’Actuel Théâtre à Avignon le 29 juillet 2021 à 12h25. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

Auteur : Daniel Pennac

Metteuse en scène : Christèle Wurmser

Interprète(s) : Laurent Natrella

Lumière : Franck Walega

Son : Dominique Bataille

Collab. artist. : Laure Sagols

Genre : Théâtre

Durée : 1h25

Créé en 2014 et situé en plein coeur de la ville, le Théâtre Actuel est devenu rapidement l’un des lieux incontournables du Festival d’Avignon. A l’arrière, une petite cour où l’on peut se rafraîchir en compagnie du chat de comptoir.

Nous sommes une bonne vingtaine de spectateurs en cette fin de festival d’Avignon. Une petite scène nous attend, c’est une salle de classe. Le prof, seul en scène, mais accompagné par ses élèves via une bande son, arrive et nous raconte ….

Nous sommes au collège, au lycée aussi. Ici, l’appel du matin, c’est le seul moment où l’élève existe. Où il sort de l’anonymat.

L’emploi du temps est – comme toujours – saucissonné. C’est le cours de français. La grammaire, premier outil de la pensée organisée. La dictée, avec correction de chaque mot par les élèves pour les élèves. La lecture, le goût de lire est un héritage du besoin de dire. Le par cœur pour l’éveil du plaisir de la langue et qui se termine en compétition organisée par les élèves à l’insu de leur enseignant. Naissance de passions ? Puis les notes …. Le prof, un guide d’une visite obligatoire.

Visite obligatoire qui se transforme en voyage passionnant pour sortir de la pensée magique qui nous enferme. « Je n’y arriverai pas. » Y ?

Les élèves sont ici la matière de nos matières. Ils ont parfois besoin de repartir de zéro pour pouvoir y croire à nouveau. Ils vont jouer avec le savoir pour rompre un sort. Pour briser la fatalité de cette foutue croyance de ne jamais pouvoir y arriver. Y ?

La mise en scène est simple et astucieuse avec le fond de scène en guise de tableau blanc sur lequel les élèves écrivent et dessinent. Le comédien incarne parfaitement le prof.

Ce texte, issu du roman autobiographique de Pennac est une leçon de vie. Il devrait faire partie du programme obligatoire de formation de tous les enseignants, en primaire, en secondaire, dans le supérieur. Programme obligatoire pour une visite guidée obligatoire.

A consommer sans modération.

Maren Scapol

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 13:55
Angels in America

Compagnie Philippe Saire (CH) Vu à la Manufacture lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 25 juillet 2021, à 21h30

Auteurs : Tony Kushner, Pierre Laville

Metteur en scène : Philippe Saire

Interprète(s) : Adrien Barazzone, Valeria Bertolotto, Pierre-Antoine Dubey, Joelle Fontannaz, Roland Gervet, Jonathan Axel Gomis, Baptiste Morisod

Création lumières : Eric Soyer

Scénographie : Claire Peverelli

Création sonore : Jérémy Conne

Genre : théâtre contemporain

Public : tout public

Durée : 2 h 30

 


Dans l’Amérique des années 80, où le grand R de Reagan flamboie, le sida se répand dans les communautés homosexuelles à vitesse grand V. Il y a Prior, jeune, beau, sensible, qui tombe malade et se trouve abandonné tout seul à l’hôpital par son compagnon Louis. Tout aussi jeune, beau et sensible, ce dernier entame une liaison avec Joe, homosexuel refoulé timide et indécis, marié à Hannah, rêveuse lyrique addicte au Vallium, dont le mari, Joe donc, est sous les ordres de Roy Cohn, raciste, homosexuel et homophobe se révélant lui aussi séropositif. Oui, c’est un peu compliqué quand on a pas leurs yeux sous les yeux, de savoir avec précision qui est qui et qui est avec qui.. Les anges ont tressé des ponts entre les cheveux de tous ces personnages aux destinées divergentes.

Alors que la pièce pourrait n’être qu’intime, sociale et politique (et c’est déjà beaucoup), voilà qu’elle se pare d’accents allégoriques et fantastiques. Un ange aux habits de fumée exhorte Prior à devenir prophète, Roy en changeant d’habits devient la mère de ce même Prior, Hannah assiste en compagnie de Prior encore, aux rencontres adultères de Louis et Joe… Non, promis, ce n’est plus aussi compliqué, il faut simplement se laisser bercer par la chorale de ces êtres abandonnés, qui atteint l’apogée de son tragico-comique lors d’une projection faite par Joe, dans une église mormone, de petites marionnettes conquérantes dont on se fiche un peu. Car il faut s’occuper de la grande marionnette empêtrée dans ses fils, s’occuper de Louis qui coupe la séance, couper les liens qui relient Hannah à Joe, Prior à Louis, petites marionnettes qu’on voit seulement parce qu’elles assistent sur scène en secret aux scènes.

Beaucoup de douleur au plateau donc, rendue par un important travail sur la physicalité. Lors des scènes de couple, le corps qui souffre et ne se sent plus aimé au point d’organiser en rêve des voyages avec Mister Lies (monsieur mensonge) s’abandonne aux bras de celui qui abandonne. La chorégraphie qui se construit entre les glissements, les tournoiements, les redressements, est faite en somme de relâchements qu’on oblige et qu’on rattrape. Ce n’est pas un flashmob ni de la haute voltige, c’est un tango maladroit, une valse sans musique, une fatigue qui rebondit encore et encore, parce qu’il est encore temps de parler. Pas impressionnant non, mais précis, si précis et rythmé que c’est beau, surtout quand les couples ont des répliques entremêlées par un rythme propre à leurs dualités. Ce traitement de la douleur et des rapports de domination au sein des couples, induit un décalage, un détachement, un sourire facétieux au drame, également présent dans le texte : “ne vous inquiétez pas, c’est plus grave que vous ne le croyez” dit l'infirmier drag-queen au séropositif. Surtout, l’humour ne jaillit pas uniquement sur fond de malheur : il y a du début à la fin des instants de bonheur pur, à croquer tout entier, avec des sourires déjà pleins.. Quand Louis croque le bout de pain que Joe tient naïvement sur son sexe, quand la neige en sac plastique craque sous les pieds de Hannah, quand le méchant patron craque et laisse l’infirmier prendre une partie de sa réserve de médocs, et puis quand sur les canapés, par-ci par-là, chuchotis confondus en gloussements, ça fait crac-crac.

Dans cette pièce, on rit plus qu’on ne pleure, on pleure plus qu’on ne meurt, et l’amour se cherche une éternité, et les anges nous ennuient, et on y reviendra, in America.

 

Célia Jaillet

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 21:33

 

Spectacle de la compagnie Prisma Teatro (75), vu dans la Salle carrée de la Condition des Soies à Avignon, le 29 juillet 2021 à 16h30, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 10 au 31 juillet.

Auteur : D’après Aristophane

Metteur en scène : Carlo Bosso

Interprètes : Anthony Bechtatou, Giacomo Bisceglie, Valentin Draghi, Estelle Gaglio-Mastorakis, Clément Joubert, Zelia Pelacani, Valerio Zaina

Genre : Théâtre musical

Type de public : Tout public

Durée : 1h15

Deux êtres humains, à la recherche d’un endroit sans crise et sans corruption, décident de fonder avec l’aide de l’ancien roi de Thrace transformé en huppe une ville dans les nuages, Coucouland, la cité des oiseaux.

Les Oiseaux est une pièce d’Aristophane que je ne connaissais pas et que j’ai découverte avec intérêt dans ce spectacle. L’auteur y parle de son époque, des malheurs qu’il observe à Athènes et qui régissent le monde des hommes. Pourtant, ce ne sont plus tout à fait les mêmes problèmes qui persistent aujourd’hui, d’où l’intérêt et le choix de Carlo Bosso d’adapter et de moderniser la pièce. Ici, les hommes fuient la pandémie, la crise, le terrorisme etc. Le langage aussi est mis au goût du jour, les deux personnages principaux Pisthetairos et Evelpidès deviennent Troupeau et Utopie, la ville Coucou-les-Nuées devient Coucouland, etc.

Le décor est très simple, le metteur en scène a simplement choisi d’installer un rideau blanc en fond de scène, qui permet les entrées et sorties des personnages, en plus des portes situées sur les côtés de la salle. La mise en scène repose notamment sur les costumes, qui sont très colorés, et le dynamisme des comédiens. C’est presque une comédie musicale que nous avons devant nos yeux ; la plupart des mouvements sont chorégraphiés, évoquant très bien les oiseaux et leur donnant une belle fluidité céleste. Ceux-ci performent aussi une danse sur la musique du Lac des Cygnes de Tchaïkowski, qui m’a beaucoup émue. Quant aux chansons, ce sont souvent des chansons modernes mais intégrées à l’histoire, comme Envole Moi ou Volare.

Cette mise en scène est portée par des comédiens qui sont tous très bons, dynamiques et qui nous présentent différents personnages tous plus atypiques les uns que les autres, qu’ils interprètent à merveille, nous faisant rire, parfois aux éclats. Certains personnages récitent beaucoup de dialogues en chœur, ce qui n’est pas tâche facile, et leurs intonations s’accordent parfaitement, créant presque une musique parlée que j’ai fortement appréciée.

La compagnie Prisma Teatro dépoussière cette comédie antique grecque et en tire un spectacle de qualité, nous faisant passer à travers une ribambelle d’émotions et nous emportant dans son univers unique. À voir !

Juliette Lartillot-Auteuil

 

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