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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 12:02
L'Ecole des Magiciens
Source :  Cie des Béliers
Source : Cie des Béliers

Spectacle de la Cie des Béliers (75), AVIGNON OFF 2016, Théâtre des Béliers, 14h10 du 07 au 30/07

Ecrit, interprété, mis en scène par : Sébastien Mossière

Genre : Magie

Public : Jeune public à partir de 4 ans

Durée : 1h10

Dans une salle de classe d’un genre particulier qui occupe tout l’espace scénique, nous sommes accueillis à l’Ecole de la magie, dans la classe de Monsieur Sébastien. Nous allons apprendre nos premiers tours de magie ! Le professeur a noté au tableau le programme de l’année scolaire, ainsi que la liste du matériel indispensable, au rang desquels l’incontournable baguette magique…

Mais avec ses faux airs de François-Xavier Demaison, son allure de monsieur tout le monde en habit de ville, ses déplacements incessants sur scène et son débit de paroles presque ininterrompu, Sébastien Mossière nous livre plus une prestation de show man, que celle d’un magicien "traditionnel". Et tout au long de son "cours", l’air de ne pas y toucher, il nous distille plein de "petits tours", fait apparaître ou disparaître, des foulards, des colombes, du feu, des boules, des baguettes, ou des cannes ! Tout cela bien sûr, avec la participation, sur la base du volontariat, de quelques "élèves magiciens", venus au tableau en quelque sorte, qu’il taquine gentiment. Il ne se prive pas non plus de manier l’humour, ni de débiner son collègue de la classe voisine, Mr Daech, qui apprend des tours abominables à ses élèves…

Certes, il lui arrive de faire des tours pas terribles, foireux même. Ainsi, une mauvaise manipulation lui cause une perte de mémoire. Du coup, Il ne sait même plus qu’il est magicien… Il va falloir que tout le monde l’aide, les enfants en particulier, à retrouver ses dons. Pour qu’il puisse enfin poursuivre son "cours" et aborder les tours compliqués au programme de la fin de l’année scolaire, la télékinésie, ou les lévitations d’objets ou de personnes. Mais aussi le tour qu’il doit présenter à Las Vegas pour le championnat du monde des magiciens…!

Alors courez, avec ou sans vos enfants ou petits-enfants, voir Sébastien Mossière. Comme il le dit si bien, "la magie est un art du spectacle qui sert à émerveiller". Et nous avons tous besoin ces temps-ci, d’être émerveillés, peut-être encore plus les grands que les petits…

Cathy de Toledo

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 16:28
La queue du Mickey
La queue du Mickey

Spectacle de la compagnie Scène & Public (75), vu le 15 juillet 2016, au Théâtre des 3 soleils, dans le cadre du Festival d’Avignon Off 2016

Auteurs et mise en scène : Florence Muller, Eric Verdin
Interprètes : Pierre Hiessler, Yann de Monterno, Florence Muller, Luc Tre
mblais

Genre : Comédie burlesque sur la dépression
Public : A partir de 10 ans
Durée : 1h15

Création 2016


"La queue du Mickey" est une comédie où le public tend les bras vers un monde meilleur, mais pas pour de vrai. Ou un peu, si. Car un monde où l’on rit est peut-être déjà un monde meilleur. C’est pas vrai ? Comme une séance de thérapie d’anonymes paumés, regroupés pour mieux embrasser ensemble les vicissitudes de la vie, la pièce coécrite par le jeune metteur en scène et comédien Eric Verdin et par l’actrice de cinéma et de théâtre Florence Muller, nous emmène dans une histoire drôle, efficace, aux saveurs humaines épicées, et donc où l’on rit. Beaucoup.

Le public n’ignorant sûrement rien des poncifs de la dépression et de l’asthénie (il n’y a qu’à observer les compagnies qui "flyent" pendant le festival pour s’en rendre compte), on aurait pu craindre que la pièce ne tombât dans le cliché de personnages plus touchants les uns que les autres, philanthropes par principe du vivre-ensemble, mais bon, pas trop quand même, hein, faudrait pas trop pousser. Et bien c’est exactement ce que cette création de Scène & Public propose, mais avec une pétulance et une adresse incontestablement plus savoureuses. Les costumes et les personnages sont moches, oui, perchés dans les années 70, comme si la recherche du bonheur était encore une utopie. Le décor, épuré, a lui aussi ses gonflements et flatulences. Il sert à se gonfler, ou à se dégonfler ou à se regonfler les uns les autres, dans une société de masque et de paraître. Ça va pas mais tout va bien, je vais bien. Et si on le faisait ensemble !?

La scénographie est fine, ingénieuse, étroitement liée à la création lumière (brillante) et à la création sonore (familière et retorse). Ensemble, elles permettent tout au long du spectacle de révéler l’intimité au cœur des confusions sociales et de dévoiler les zones d’ombre des naufragés humains. Les comédiens sont très bons, en particulier Florence Muller, indomptable virtuose du burlesque. On ne se lasse jamais. Pas d’histoire ici. On ne sait rien du malheur des autres. Mais on le fait ensemble. Pour aller mieux. Parce que c’est mieux d’aller bien et de le faire ensemble. Si elle pouvait parler du haut de sa grande photographie cartonnée sur pied, c'est ça qu’elle aurait dit, Jacqueline Kennedy.

A voir et à programmer pour bien rire, mais pas que.

Danielle Krupa / Allez Zou !

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 13:56
Pacamambo
Pacamambo

Spectacle de la Cie Mipana (75), vu à Avignon Off 2016, à la Tâche d’Encre, le 19 Juill., 14h (relâche les 20 et 27)

D’après : Wajdi Mouawad (Actes-Sud Papiers Junior, 2000)

Mise en scène : Joseph Olivennes

Avec : Pamina de Hauteclocque, Jock Maitland, Vianney Ledieu (jeu et violon), Aloysia Delahaut, Rafaële Minnaert (en alternance avec Anne Lefol)

Genre : Théâtre, Conte philosophique

Public : Tous dès 6 ans

Durée : 1h10

Création 2015

Jauge variable

Salle du Rat (60pl), complet ce jour-là

Une petite fille, Julie, a été trouvée inanimée auprès de sa grand-mère Marie-Marie, morte depuis des semaines. Hospitalisée en état de choc, elle est interrogée par un psychiatre qui cherche à comprendre ce qui s'est passé. Encouragée par la présence de son chien Le Gros, Julie se met à raconter. Elle a vu Marie-Marie emmenée par la Lune et a aussitôt cherché le chemin de Pacamambo, pays accessible aux seuls enfants, et où l'on ignore les différences entre les humains. C'est là qu'elle pourra retrouver sa grand-mère, dont elle refuse la disparition. Aux côtés de Marie-Marie, elle attend la Mort pour tout simplement "lui casser la figure". En effet, la Mort vient et donne à l'enfant... des conseils de vie. Entre réel et imaginaire, raisonnement d'adulte et logique d'enfant, ce conte philosophique énonce clairement certaines règles du jeu de la vie et de la mort. Avec des mots justes, il donne aux plus jeunes des clefs pour choisir la vie après la disparition d'un être aimé. On est tenu en suspens tout au long de ce spectacle où l'étonnante et sympathique présence du chien met des notes de fantaisie.

Le public est accueilli par V.Ledieu et son violon. Dans un décor de cave sombre, P.de Hauteclocque (Julie), enroulée dans un drap, est juchée sur un amas de valises. Intensité dramatique dès l'ouverture, avec cette enfant dressée, révoltée et opposante sur fond musical de rock : elle ne dira rien au psychiatre qui l'interroge, rien ! Mais voilà que le décor est réaménagé, découvrant le chien couché là. Alors Julie baisse la garde, et dit tout, depuis le début. C'est ainsi qu'au fil du spectacle de légères modifications de décor suscitent, accompagnent ou suivent les méandres de la narration, sur un fil fragile tendu entre réel et hallucination. C'est inventif et efficace.

Tantôt enfant assise sur une chaise en consultation médicale, tantôt faisant vivre l'histoire pour nous, P.de Hauteclocque bouge, mime, argumente, s'exclame, proteste et ne nous lâche pas une seconde. Elle s'occupe de Marie-Marie, figurée par une poupée couchée, la déplace, la touche, la maquille, veut lui fermer les yeux, etc. Ce rôle, souvent dur, exige beaucoup de finesse, car Julie est convaincue du bien-fondé de ce qu'elle a fait tout en reconnaissant que "Pacamambo n'est qu'une histoire" dans sa tête. Le réel, souci médical, enquête policière ou inquiétude familiale, fait irruption dans les questions du psychiatre (V.Ledieu) et jette une lumière crue sur le fossé qui sépare la logique des adultes de celle des enfants. Julie est ailleurs, dans son imaginaire. Le chien, magnifiquement incarné par J.Maitland fait le lien entre les deux. Très drôle, vêtu en boxeur, il réagit avec bon sens aux bruits et aux odeurs et, dans une scène hallucinante, il annonce l'arrivée de la Mort en jouant de la cornemuse. Car, dans ce spectacle, certains personnages arrivent d'un Ailleurs, ou de l'Au-delà... et ils sont tous totalement crédibles. Il y a le retour sur scène de Marie-Marie, spectatrice désolée que seul le chien peut voir ou entendre. R.Minnaert à la présence lumineuse et bienveillante se livre à de discrètes tentatives pour que sa petite-fille "retourne à la lumière". Superbe. D'abord hiératique et inflexible Lune, A.Delahaut incarne ensuite magistralement une Mort à l'élégance excentrique. Armée d'un couteau, elle répond avec grandeur et humour aux questions "Comment? Que? Qui? Pourquoi?" de Julie. La scène est remarquable et paradoxalement ouverte sur la vie. Cette Mort avoue avoir des limites à sa toute-puissance et à son omniscience : elle ne peut pas emporter les souvenirs. Elle n’emmène pas non plus Julie, qui se résout à continuer "toute seule sur le chemin". Parlons encore de la musique et des jappements, des odeurs, avec celle de la mort embellie par les parfums sortis du 3e tiroir de la commode... des couleurs aussi, qui habillent et maquillent. Ovations du public. Je suis sortie très impressionnée.

Evitant tout effet moralisateur ou morbide, poignant, touchant et non dénué de fantaisie, "Pacamambo" aborde simplement les problématiques liées à la mort. Leçon de vie et de ressourcement après une perte, le spectacle aborde aussi le racisme en termes imagés. La poésie parle ici directement aux enfants et ne peut que toucher aussi les adultes. A programmer pour tous publics.

Catherine Polge

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 20:37
On a fort mal dormi
On a fort mal dormi

Spectacle de la compagnie Coup de Poker (77), vu le 18 juillet 2016, à la Manufacture, dans le cadre du Festival d’Avignon Off 2016

D'après les textes de Patrick Declerck ("Les Naufragés" / "Le sang nouveau est arrivé")

Auteur : Patrick Declerck
Mise en scène - Adaptation : Guillaume Ba
rbot

Interprète(s) : Jean-Christophe Quenon
Régisseur : Franck Pellé
Lumières : Maryse Gautier
Dramaturge : Céli
ne Champinot

Genre : Théâtre documentaire poussant à la réflexion
Public : A partir de 14 ans
Duré
e : 1h15

Création 2016

- C’est pas une pièce drôle ?
- Non. Mais on y rit !

C’est ainsi, et avec un doux sourire, bienveillant, que répond le comédien Jean-Christophe Quenon quand quelqu’un lui pose la question de la "drôlitude" du clodo à la sortie de son spectacle, enfin plus exactement quand on lui pose la question de la drôlitude du spectacle "On a fort mal dormi", adapté des textes de Patrick Declerck, anthropologue, psychanalyste, philosophe, et par ailleurs consultant pendant 15 longues années au Centre d'Accueil et de Soins Hospitaliers (CASH) de Nanterre. Un spectacle sur les sans-abris. Et sur ce que l’on peut en faire. Enfin plus précisément une rencontre sur le sujet des sans-abris et sur la nécessité d’un revenu minimum d’existence pour tous. Et sur ce que l’on peut faire de ce sujet. Il y a une nuance. Vous avez trouvé ?

La vraie macération de pieds dans des chaussettes fossilisées, trempées même très occasionnellement dans du jus de vomi ou de pisse fumante, ne fait pas partie des choses disons "drôles" de la vie. Le public le sait bien avant d’entrer dans la salle, potentiellement déjà un brin sidéré par ce qu’il explore chaque jour d’effroyable dans le monde, ou dans la rue près de chez lui. Chacun a déjà vu ces hommes et ces femmes blessés par la vie, victimes, insurgés, rebelles puissants et impuissants qu’on appelle clochards, clodos, ou "sans" quelque chose. Tout le monde a déjà été au contact de ce "réel" proche de soi. Tout le monde est évidemment (j’ose encore espérer) touché par la complexité de ce monde, dont on pense malgré tout connaître quelques contours sans pour autant savoir forcément jusqu’où ça peut aller, sans vraiment se poser la question plus distinctement de ce que vit et ressent un SDF (un être humain donc, enfin un citoyen quoi…), pendant ces longues minutes, ces longues heures, ces longues journées faites d’humanité et de son contraire.

C’est une immersion dans cette réalité que nous fait vivre Jean-Christophe Quenon, inspiré par l’expérience menée par Patrick Declerck : se travestir en clochard et se faire "ramasser" par le bus de nuit jusqu’à un centre d’hébergement d’urgence à Nanterre. Guillaume Barbot a adapté deux textes ("Les Naufragés" / "Le sang nouveau est arrivé") qui constituent un témoignage exceptionnel, puissant, fragile et intime, de l’expérience qu’a vécue l’auteur à l’hôpital de Nanterre, et de son immersion dans la fragilité, l’impossibilité et l’urgence.

Le comédien Jean-Christophe Quenon, taillé comme un loup-garou, certes, mais vachement débonnaire, interprète cette expérience humaine comme s’il s’agissait d’une rencontre entre lui et le public, sans artifices, sans "spectacle", presque sans décor, d’humain à humain, en prenant la parole, au présent. Il nous plonge dans le bain de la réalité des douches, des chiottes, des nuits, des odeurs, des bruits, des regards, des contacts, des amitiés (on croit), des morts (on voit)… mais étonnamment comme avec l’unique obsession que cela interroge le public - humblement, sans jugement, d’humain à humain - sur cette nécessité, pourtant, de désordre public, de déséquilibre, d’impossibilité, et d’urgence.

"Soyons franc. Il est assez salutaire que souffrent et meurent dans la rue et sous nos yeux quelques‐uns de ces insupportables oisifs. Le clochard est un fou de l’exclusion. Il joue sur la scène du théâtre social un double rôle essentiel. Celui de la victime sacrificielle. Et celui du contre‐exemple. Clodo est là pour nous enseigner cette terrible leçon : la normalité est sans issue." Patrick Declerck

On croit savoir ce que vivent les clochards, les sans domicile fixe, les SDF comme on dit. Mais qu’en fait-on ? A programmer, à débattre, partout et pas seulement dans les écoles (histoire qu’on n’ait pas à attendre 100 ans pour observer le changement).

Danielle Krupa / Allez Zou !

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 17:53
Une Bête sur la Lune
Une Bête sur la Lune

Spectacle de la Cie des Comédiens Volants, co-production Théâtre de l’Oulle (84), vu à Avignon Off 2016, le 19 Juil., 18h25, Théâtre Notre-Dame (du 7 au 30, relâche le mercredi)

Pièce de Richard Kalinoski (L'Avant-Scène Théâtre, n°1029, 1998)

Mise en scène : Laurent Rochut

Jeu : Lili Sagit, Pierre Audigier, André Fauquenoy

Genre : Théâtre

Public : Tous publics dès 10 ans

Durée : 1h35

Jauge adaptable selon ouverture de plateau

Création 2016

Salle bleue (100 pl)

Etats-Unis, Wisconsin, années 1920-1930. C’est l’histoire d’un couple de survivants, Aram (P.Audigier) et Seta (L.Sagit). C’est l’Histoire du génocide arménien. Emigré aux Etats-Unis, il est photographe, comme beaucoup de ses compatriotes. Elle arrive chez lui car il l’a choisie pour femme, sur photo. Lui, raidi de douleur et pétri de traditions, veut des enfants, et à tout prix. Mais elle, tout juste 15 ans, encore un pied dans l’enfance, gaie, intelligente et vive, a peur. Voilà que les privations l’ont rendue stérile et qu’elle est désignée coupable de l’échec des projets de descendance de son mari. Tout les oppose. Elle arrive à parler, elle raconte l’horreur qu'elle a vécue, alors que lui se mure dans le silence. La pièce raconte leur apprivoisement réciproque progressif. Si Seta nous touche par son enthousiasme ou sa révolte dans des scènes poignantes, parfois violentes, Aram ne nous émeut pas moins par sa rigidité que l'on devine vulnérable. Un narrateur (A.Fauquenoy) intervient régulièrement pour situer l’histoire d’Aram et de Seta dans celle de leur peuple. De nombreuses photographies ponctuent ses paroles et rythment le spectacle en soulignant les multiples dimensions du fil narratif : l’intimité, le traumatisme, la mémoire des Arméniens. Coup de théâtre, le narrateur dévoile son identité au public: il est Vincent, un orphelin recueilli par le couple. Et tous trois forment alors une famille apaisée, dans un dénouement ouvert sur l'avenir. Rappel puissant du génocide arménien et de sa négation, ce spectacle offre aussi une belle réflexion sur les relations homme-femme. On est pris à la gorge mais on sourit et on rit aussi, car il y a de la lumière par-delà les souffrances : c'est la vie.

Ici tout se croise ou s’entremêle. Mais tout est clair grâce à une mise en scène et une scénographie impeccables associant des personnages attachants, des photographies émouvantes, et en fond permanent, l’histoire de la persécution d’un peuple à la riche culture. Affichées au mur du salon familial, des photos ponctuent l’évolution de Seta, puis du couple. Leur accrochage successif crée des surprises et des émotions subtiles, jusqu’à l’ultime photo d’un trio heureux souriant à l’avenir, lorsque les horreurs du passé ont pu prendre leur juste place. La présence centrale sur chevalet d’une étrange photo de la famille d’Aram pèse sur tout le spectacle et inquiète. Elle incarne la chape de plomb qui recouvre le traumatisme vécu par cet homme, et ne révèle son mystère qu’à la fin de la pièce, dans une scène d’une grande intensité dramatique où Seta et Aram exorcisent les tortures dont ils ont été témoins. Magnifique. En fond de scène de superbes images d'archives illustrent la richesse de la culture arménienne et évoquent les tourments subis. Ce spectacle montre ainsi le rôle joué par la photographie dans la mémoire collective. J’ai beaucoup appris. Aucune photo d’horreur, cependant. Juste l’évocation de la cruauté et de l’absurdité de la persécution d’un peuple frère. L’horreur, c’est le texte et le jeu qui nous en parlent sans fard et l’énigme du titre, révélée au cours du spectacle, résume la violence de l’Histoire.

Et nous spectateurs, témoins de l’intimité d’un couple alourdi par l’indicible, nous suivons cependant avec un certain bonheur le parcours de Seta et de sa confiance inébranlable dans la vie. Il y a du suspense. L.Sagit, enfant effrayée mais pleine d’amour de la vie, de combativité et de lucidité, se transforme en femme élégante et sûre d’elle au fil de la pièce. Devenue mère "adoptive" attentionnée auprès de Vincent, elle réussit à crever l’abcès et à libérer son homme et leur amour d'un passé qui les étouffait. Un rôle magnifique pour cette bonne comédienne. P.Audigier, incarne un mari parfaitement odieux par sa vision utilitaire de la femme. Mimiques et postures subtiles assouplissent progressivement son personnage, l’amenant vers une humanité réconciliée avec son passé. Il devient touchant. A.Fauquenoy passe en un clin d’œil du personnage du narrateur sérieux à celui de Vincent, jeune orphelin agité, et incarne alternativement les deux avec autant d’aisance et de conviction. Bravo à tous trois!

Au carrefour de l'histoire intime et de la grande Histoire, ce moment de théâtre inoubliable, riche en émotions et porteur d'un regard acéré sur l’humanité, s'adresse à de larges publics. Il peut déboucher sur d'intéressants débats d'actualité. A programmer sans hésitation.

Catherine Polge

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 17:40
Resestence !
Affiche Avignon Off 2016
Affiche Avignon Off 2016

Spectacle de la compagnie La Ruche (Suisse), vu le 12 juillet 2016, au Théâtre de la Porte Saint-Michel, dans le cadre du Festival d’Avignon Off 2016

Auteur et metteur en scène : Nicolas Vivier

Avec : Christophe Delesques, Sami Khadraoui, Charlotte Chabbey, Manuel Hofmann, Floriane Mésenge


Genre : Comédie

Public : Tout public, à partir de 12 ans

Durée : 1h

"Resestence !". Mais où est passé le "e" ? C’est qu’il va falloir payer pour avoir les autres voyelles… Dans le monde qui se joue sous nos yeux, le manque de liberté devient monnaie courante, les privations naturelles, même les plus absurdes : interdit de chanter, de faire l’amour, de se promener dans les jardins publics ou simplement de s’asseoir sur un banc…

On aurait presque envie de dire "interdit d’interdire" mais cette pièce n’a pas été écrite par un soixante-huitard. Au contraire, le thème abordé par un jeune trentenaire résonne étrangement en nous, comme une parabole de nos problèmes sociétaux actuels. Sommes-nous à ce point aveuglés à l’intérieur même de nos démocraties ? Comment faisons-nous pour accepter un système où rien n’est gratuit ? Difficile de ne pas culpabiliser. Le thème est sérieux. Pourtant, le partis pris reste la comédie, même si l’on bascule parfois dans le tragi-comique (sans dénouement heureux). Moralisateur implicitement, le propos est traité avec légèreté, à l’image d’un procès avec synthétiseur et robe à paillettes.

À travers l’histoire d’une bande de copains qui veut se rebeller contre le modèle en place, la pièce dépeint une société de plus en plus codifiée, restrictive et aseptisée. Sous ses airs de fable engagée, le spectacle montre des situations travesties et revisitées qui n’en demeurent pas moins familières : les failles de l'administration, le manque de personnel ou d’amabilité, l'attente infernale... On se croirait à la Poste ou à la Caf. Mais à la différence qu'on en rit.
Paradoxalement, on entre dès le départ dans un climat plutôt tendu : une musique "hard", rock/hip-hop, une salle plongée dans le noir avec des personnages éclairés à la bougie… parfois on les verra disparaître dans un nuage de gaz. Tout comme leur liberté part en fumée. Le domaine public recule au profit du privé et de l’industrie. Les règles fixées par le Ministère empêchent de vivre… ou l’autorisent moyennant salaire. La vie se compte par forfait et le temps lui-même est compté.

"Resestence !" révèle l’incapacité des personnages à faire une véritable "révolution". Car après tout, les quatre rebelles sont enfermés dans une cave et résistent en cachette… De quoi refaire le monde, mais pas de quoi le changer. "Je suis d’accord avec toi, mais comment sortir dans la rue ? On est que quatre" dira l’un d’entre eux. La volonté face à l’impuissance d’une minorité, face à une majorité de oisifs. Difficile d’être contre le système quand on en profite. Même les rebelles semblent inactifs en passant leur temps à boire. La pièce met en avant des anarchistes et défend leurs causes, sans les défendre eux-mêmes spécialement. Elle montre au contraire leur immobilisme. La peur de quitter leur confort, à l’image de la jeune étudiante craintive qui rejoint le groupe et d’un des membres qui veut soudainement mettre le feu à la cave pour effacer toute preuve de rassemblement.

Hésitation. Lâcheté. Jusqu’au bout leur image ne sera pas glorieuse, allant jusqu’à la délation et la trahison. Les amis n’épargneront pas le meneur de la bande pour échapper à la prison, quitte à mentir et à finalement "rentrer dans le moule" : pas de pitié ni l’ombre d’un remords dans une société dénuée d’humanité. L’heure du tout payant et du chacun pour soi a sonné. "Resestence !" est donc aussi un questionnement sur l’amitié. La pièce interroge également la notion d’utopie puisque les anarchistes sont perdants in fine. Malgré tout, les quatre amis endossent parfois "le beau rôle" : ceux dont on a envie de prendre la défense. "Diabolisés" lors du procès, la juge les présente comme des dangers publics, des marginaux écervelés, en tentant de les faire passer pour des assistés. La manipulation est évidente, mais elle fonctionne. Les citoyens imaginaires cautionnent.

Le public ne rit pas toujours. Non pas qu’il reste de marbre : il est au contraire absorbé. On se sent inévitablement impliqué puisque l’on est même interrogé concernant le sort des "pseudo" coupables durant le procès. La juge est aussi le personnage d’une pub télévisée qui brise l’écran entre les "téléspectateurs" et les comédiens. Deux épisodes d’interactivité avec le public où la notion du "spectacle vivant" prend tout son sens. La comédienne se déplace dans les gradins. La barrière avec l’audience est rompue.
Cette pièce nous titille, fait rire, bouscule et déprime à la fois. Mais le protagoniste reste la jeunesse ! Alors, bien sûr, il y aura un brin d’optimisme. Comme la mélodie pleine d’espérance, au milieu du spectacle, où les amis chanteront en chœur la nostalgie d’un monde meilleur au temps de leurs parents. On peut y voir la tentation réactionnaire du "c’était mieux avant" ou au contraire la leçon des anciens qui remonte le moral. La transmission de valeurs à ne pas perdre. Ne pas oublier pour ne pas se résigner.

Lauren Muyumba

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 17:22
Je délocalise
Affiche Avignon Off 2016
Affiche Avignon Off 2016

Spectacle de la production TACET Didier Pascalis (75), vu le 12 juillet 2016, au Théâtre de l’Ange, dans le cadre du Festival d’Avignon Off 2016

Auteur-interprète : Albert Meslay

Producteur : Didier Pascalis


Genre : Seul-en-scène, Humour
Public : Tout p
ublic
Durée : 1h10

La salle affiche complet. "Je délocalise" a la particularité d’offrir une série de jeux de mots, pratiquement tous ponctués d’un éclat de rire. Albert Meslay ose. Même quand c’est trop gros, même quand c’est tordu. On n’a pas le temps de s’arrêter sur une phrase de toute façon. Les blagues fusent à tout bout de champ. Un excellent seul-en-scène.

Vingt-cinq ans qu’Albert Meslay exerce ce métier et ça se sent. Pour faire rire, il a toutes les cordes à son arc. Une voix, une présence, une "gueule" avec sa moustache et son air de "faire la tronche", un phrasé particulier, bref, une "signature". Un savoureux mélange de talent de jeu et d’écriture, avec des balbutiements et bégaiements comiques, parfois naturels semble-t-il. Albert Meslay est de ceux qui font rire "sans faire exprès" ou plutôt qui se servent de leurs maladresses et de leurs atouts pour en faire un feu d’artifice jubilatoire. Un air désabusé à la Galabru, un humour à la Devos comme on n’en voit plus beaucoup… On sent cet amour des mots transmis par le grand-père et le père (amateurs) : une "tradition" familiale qu'Albert Melsay évoque dans son spectacle. Il jongle avec, s’en délecte, non-stop. Peu de répit pour lui comme pour les spectateurs, hormis quelques allers-retours entre un pupitre et un tabouret sur lequel il se "grime" en deux temps trois mouvements. En se tapotant la tête pour faire bouger quelques mèches, il se prépare à jouer ses personnages de brèves de comptoir.

Un humour corrosif, mordant, parfois noir, sous ses airs de simplicité et de blagues à deux balles, à peine préparées faute d’argent puisque c’est la crise, comme l’annonce le titre "Je délocalise". Tout part de là : l'humour "low cost", à bas prix. Une mise en abîme, comme pour prendre du recul sur l’art du spectacle : gentille moquerie sur son propre métier et le processus de création. Mais on le sait et ce seul-en-scène le prouve, les blagues les plus faciles sont parfois les plus drôles ! Albert Meslay a fait, soit disant, des "économies" d’écriture : entre "écrire ou choisir" il a opté pour "choisir". La fainéantise et les blagues de mauvais goût sont assumées. En réalité, c’est délicieux. On se régale. Voilà pourquoi il peut se permettre cette fausse modestie. C’est en jouant avec l’absurde, sans se priver d’autodérision, que le comédien nous emmène aux quatre coins du monde avec, en réalité, des sketchs très travaillés comme bagage. On comprend ensuite que le thème de la crise économique n’est qu’un prétexte pour parler des travers de la société. Et même ceux de l’Histoire. Contrairement à la plupart des spectacles qui explorent les mécanismes de notre société contemporaine, le comédien élargit son champ de vision. Il décide de faire un bond dans le passé car il "délocalise aussi dans le temps". Les Romains, les Gaulois. À l’époque, "les cours d’histoire-géographie étaient plus simples". Cléopâtre et son "pif". La guerre et les poilus. Difficile de "trancher". L'esclavage et l'exploitation des enfants. Blagues qu’il récite en précisant : "je me sens mal dans mes baskets et mon T-shirt".

Au fil de ses sketches, Albert Meslay surfe sur des thématiques variées. Il y aura même une parenthèse expéditive sur la masturbation : pour cela, pas besoin de "s’aimer soi-même". On voyage dans un univers cosmopolite en passant de l’humour bangladais à l’humour grec. Après un saut dans le passé, un retour au présent, bienvenu dans le futur. Avec les déchets nucléaires, "on aura laissé une trace certaine aux générations futures". Bientôt, le jeu des "7 familles" sera plus compliqué avec les familles recomposées et l’arbre généalogique deviendra "la jungle généalogique". En tout cas, la thématique du temps qui passe semble lui être chère. La question de la mémoire. Alzheimer. L’effet boomerang. L’histoire d’une croyante qui boit trop et fume trop "pour mieux se rapprocher de Dieu". Les idées morbides sont abordées avec ce mariage de finesse et d’humour "gros sabots". Mais rien de plombant, malgré un certain cynisme. On pourrait presque parler d’optimisme avec les "sobres anonymes" et leur tendance à boire qui traduit souvent "une fuite…d’eau".

Lauren Muyumba

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 14:15
La plaine était bleue
La plaine était bleue

Spectacle de la compagnie Anyone else but you (59), vu le 8 juillet 2016, à Présence Pasteur, dans le cadre du Festival d’Avignon Off 2016

Adaptation, écriture et conception : Bruno Buffoli, d’après des textes de Barthas, Gabriel Chevalier, Giono, Barbusse, Ernst Jünger
Metteur en scène : Bruno Buffoli
Interprètes : Pierre Foviau, Gille Gauvin, Bruno Buffoli
Créateur son : Simon Fayolle
Création Vidéo : Alexandre Rabozzi
Création Lumière : Gille Gauvin
Scénographie : Bruno Buffoli
Création parfum /chimiste
s : Jaquie et Mickael

Genre : Théâtre sonore (et olfactif)
Public : Tout public
Durée
: 1h10

"La plaine était bleue" annonce la couleur de ce qui nous attend, avant même que nous ne prenions les armes : "Un spectacle sonore et olfactif, sur la guerre de 14-18, allongé dans un transat, dans une enveloppe radiophonique. Une dégustation cynique de l’horreur". Voilà qui promet un moment effronté et délicieux. Le public est invité à s’installer dans sa chaise longue, face aux comédiens qui se préparent dans une ambiance légère à lancer leur émission de radio, dédiée aux merveilleux souvenirs que convoque le centenaire. Nous nous sentons comme dans un direct, d’une émission de France culture, ou d’Inter.

Le public est plongé dans la pénombre, allongé, détendu, l’émission démarre. Les comédiens gardent leurs vrais noms, ce qui ajoute au vrai. On peut fermer les yeux, les ouvrir. C’est comme on veut. Pour ma part le choix des textes qu’a adaptés Bruno Buffoli pour l’écriture de sa pièce m’a paru si prodigieux que je les ai fermés, pour ne pas en échapper une miette. (Et je les ai commandés à mon libraire préféré, en sortant du spectacle.)

Techniquement, la création sonore imprime ces témoignages de guerre dans un espace quadriphonique, et se trouve baignée dans un jeu de lumière qui nous fait peu à peu perdre les repères de la salle du théâtre Présence Pasteur. Plongé dans la pénombre puis le noir profond, le public s’abandonne peu à peu au voyage sensoriel du départ à la guerre, et de l’arrivée dans les tranchées. La voix de Pierre Foviau est indispensable. Nécessaire. Il réincarne les témoins, les lieux, le temps, et permet d’en révéler toute la chair et le sang.

J'ai assisté à l’une des premières dates du festival, mais la clim n’aidant pas la création chimie, le voyage olfactif a quant à lui connu des siennes la fois où j’y suis allée. Pas de gaz moutarde. A la guerre comme à la guerre. Aucune personne ne s’étant plainte depuis, je pense qu’une solution a été trouvée.

Danielle Krupa / Allez Zou !

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 16:09
De la fuite dans les idées
De la fuite dans les idées

Spectacle de la Cie Reg’Art (81), vu le 18 Juil., au Magasin, 13h, Avignon Off 2016 (07-30/07, relâche le 24)

A partir des textes de Marc Favreau, créateur du clown Sol (Ed. Stanké)

De et avec : Jean-Marie Combelles

Mise en scène : Charles Gimat

Regie : Maryse Combelles

Genre : Théâtre

Public : Dès 12 ans

Durée : 1h05

Jauge : adaptable

Création 2012 (2016 Avignon)

(Salle 49 pl)

Une grande poubelle verte et un clochard (J.M.Combelles). C’est un "vagabond à rien", béret noir enfoncé sur la tête et gants troués. Son grand manteau usé à la trame, c’est sa maison, son "revenu". Sur des choix de textes de Marc Favreau, ce clown sympathique raconte sa vie et ses rêves avec une naïveté et un malaxage des mots qui sèment en permanence de la poésie. Il promène un regard étonné mais lucide et critique sur le monde depuis le jour de sa naissance où sa mère "femme d’intérieur agréable" a décidé que "ça suffit : dehors !" Et voici la peur, puis l’école, les échecs et la vie au jour le jour d’un exclu à la philosophie tranquille, qui se nourrit de rêves et d’amitiés. Malicieux et insolent, il campe des scènes touchantes, ou satiriques, toujours drôles et criantes de vérité, dans une succession de tableaux bien rythmés et sans rupture. Avec une conviction communicative, le comédien incarne réflexions intimes et rêves dans des personnages typés. Enseignant, financier, fonctionnaire, homme politique, dictateur, artiste ou critique d’art, et puis les vieux, l’homme de la rue. On pense à La Bruyère ou La Rochefoucauld. Bon comédien, formé également au jeu de clown, J.M.Combelles est un magnifique passeur du langage fleuri et polysémique de Sol et de son esprit critique acéré. La mise en scène respecte le texte et le personnage, en mettant l’humour et la portée sociale en valeur. A la fois profond et drôle, ce spectacle est excellent.

J.M.Combelles tient le public une heure sans le lâcher. Il parle avec une diction savoureuse, s’adresse aux spectateurs, questionne. Son jeu est vif, précis et efficace. S’il a peur il fonce les yeux fermés. Mains dans le dos ou brandies, il est toujours dans l’intensité de ses personnages. Il bouge autour de sa poubelle qu’il intègre avec humour dans son jeu, et ce n’est jamais gratuit. Elle est fauteuil, podium, protection, au service de ses rêves. On le suit jusqu’au bout du possible et souvent il s’emballe. Mais attention, pas d’élucubrations ! Sur les pas de Sol, le comédien nous mène dans une visite guidée de notre société, avec de magistraux coups de griffe aux systèmes de pouvoir, les petits comme les grands. Voici un prof remplissant les 30 entonnoirs de sa classe, un épisode de surchauffe à la Bourse, un repas mondain où le gratin est autour de la table, un discours fasciste, etc. Mais il peut aussi être tendre et j’ai beaucoup aimé le voir nouveau-né expulsé dans le monde. Et quelle belle illustration de l’histoire de l’Art que cette évocation des couleurs, tantôt enfermées, tantôt libérées. Le texte est superbe et les extraits s’enchaînent, avec des images verbales poétiques puissamment évocatrices. A partir de deux mots, Sol en crée un troisième, un mot-valise aux multiples significations qui explosent et évoquent mille fois plus. C’est le pouvoir de la poésie, que sert parfaitement le jeu de J.M.Combelles, bien accompagné par la régie lumière. A voir !

En résumé, voici une heure de spectacle sur la liberté, en compagnie d’un personnage savoureux, au service d’un beau langage.

"De la fuite dans les idées" s’adapte à tous les lieux de représentation, des salles de théâtre jusqu’aux espaces restreints et intimistes.

Catherine Polge

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 09:59
Barber Shop Quartet – Opus 3
Source : compagnie Barber Shop Quartet
Source : compagnie Barber Shop Quartet

Spectacle de la compagnie Barber Shop Quartet (33), vu le 15 juillet 2016 à 19h10, à L’Espace Alya à Avignon, dans le cadre du Festival Off 2016

De et avec : Bruno Buijtenhuijs, Marie-Cécile Robin-Héraud, Xavier Vilsek et France Turjman

Genre : Musical

Public : Tout public

Durée : 1 heure

Un quatuor vocal qui joue à guichet fermé et ajoute un créneau horaire sur Avignon, c’est assez rare pour être souligné. Le Barber Shop Quartet réussit cette performance avec cet "Opus 3".

Quatre chanteurs - deux femmes, deux hommes -, tirés tout droit des Barber Shop du début du siècle dans lesquels se produisaient des ensembles vocaux mettant en avant la mélodie, les harmonies et des paroles sur le quotidien et la banalité des choses… mais non sans humour. Leur tour d’horizon musical est très vaste et varié, alliant jazz, polyphonies élégantes, canons, rap ou chansons traditionnelles, voire franchement paillardes. Ils maîtrisent leur art et "francisent" cette tradition d’outre-atlantique. Et ces quatre-là s’en donnent à "chœur joie"! Dans leurs tenues un peu zazou, ils sont très forts vocalement, et campent aussi chacun un personnage. Bruno le maître d’école pédagogique, Xavier clown dissipé et joueur, et les filles en rivalité, Marie-Cécile un peu psychorigide et France un peu délurée… Cela donne ainsi à l’ensemble une vraie touche d’humanité et rend l’équipe très attachante.

Ils excellent également à trouver les transitions qui permettent de ne pas lasser le public, proposant des idées de mise en scène originales, surprenantes et drôles. Une façon de bouleverser les codes habituels de ce type d’exercice, comme dans les tribulations de Marie dans un "Ave Maria" iconoclaste ou dans le final autour des univers sonores de la télévision d’antan.

C’est drôle, rythmé et parfaitement bien calé.

Bref, allez-y les yeux fermés… mais ça serait dommage.

Eric Jalabert

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