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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
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les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 22:48
Sébastien Marchal

Sébastien Marchal

Madame Fraize

 

 

Un spectacle produit par le TS3prod (75) et vu au Théâtre du Rond-Point le 25 septembre 2021.

 

Texte : librement inspiré de George Langelaan

Mise en scène : Papy

Comédiens : Marc Fraize

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

 

 « Madame Fraize »ne faisait pas partie des spectacles que j’avais sélectionnés cette année. Mais mon ami, désirant le voir, je me suis laissé convaincre. Ma chronique est totalement paradoxale : à titre personnel,  je n’ai que moyennement aimé ; mais force est de reconnaître que « Madame Fraize » est un bon spectacle.

 

Madame Fraize est l’épouse de Monsieur Fraize auquel Marc Fraize avait déjà manifestement consacré un épisode. Cette ignorance du background a, nul doute, participé à ma réserve. Marc Fraize est donc travesti : robe longue verte, passe-coudes en latex rose, escarpins à bride rouges, perruque. N’hésitant pas à pousser la chansonnette, Madame Fraize semble être l’originale de son lotissement. Elle ne cache pas une certaine langueur mais c’est une bonne copine. Elle aime à raconter à son interlocutrice imaginaire, à la salle toute entière parfois, les petits riens du quotidien, les aléas de la vie de couple et les leçons qu’on peut en tirer.

Seul en scène, sonorisé, sur un plateau nu à l’exception d’une table haute de bistrot et d’un tabouret, Marc Fraize campe un personnage attachant et tendre, au sourire ravageur. Sa façon d’habiter le silence, de prendre son temps et de l’étirer, ce temps, d’un geste minimaliste jusqu’à l’absurde, est rare au théâtre et drôle. Et lorsque Madame Fraize vante les bienfaits de l’écoute au sein du couple, elle se lâche dans un très joli numéro qui rompt avec une certaine monotonie du timbre.

 

Madame Fraize est spectacle atypique : seul en scène, ce n’est pourtant ni un numéro de cabaret, ni un stand-up. C’est le partage, le temps d’un spectacle, des petits et grands tracas d’une femme de la classe moyenne. Sans mépris de classe, je l’espère, le propos ne m’intéresse pas plus que cela. Mais la salle a été conquise.

 

Catherine Wolff

 

 

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22 septembre 2021 3 22 /09 /septembre /2021 15:23
La chienne de ma vie
La chienne de ma vie

 

Un spectacle créé par A.L.R.I.C production (75) et vu au théâtre-cabaret « Les rendez-vous d'ailleurs » le jeudi 16 septembre 2021.

 

Mise en scène : Elodie Chanut

Interprétation : Aladin Reibel

Public : tout public à partir de 10 ans

Durée :  : 1h20

L'auteur, Claude Duneton, a grandi dans l'enfer de l'enfance paysanne de l'entre-deux guerres. L'eau du puits gelée en hiver, les bêtes à surveiller et des parents pour le moins rugueux ont appris à cet enfant unique à éviter les coups de sa mère, excédée par nature et méchante par habitude. Le père, lui, est marqué par la guerre de 14 et n'a aucune autorité sur sa femme, son unique enfant ou cette chienne, Rita, qui « ne sert à rien » ; la mère quant à elle est persuadée que l'enfant « finira mal » et que « les maisons de correction ne sont pas faites pour les chiens ». L'enfant et la chienne Rita avec son comportement atypique formeront ce binôme (deux bouches inutiles à nourrir) qui n'a qu'un but : éviter les coups et supporter leur chienne de vie...L'auteur rend un sensible hommage à cette chienne, cette sœur qu'il n'a pas eu.

Le comédien Aladin Rebeil, seul en scène, ne joue pas Claude Duneton, il EST l'auteur tant sa verve et son humour acide sont parfaitement déclamés. La rudesse du propos n'est pas dénuée d'humour et l'on rit beaucoup, car il donne vie à ce texte jubilatoire de patois, de sautes d'humeur truculentes et de mots d'esprits. Cette enfance niée dans un monde rural où on ne fait pas dans le sentiment, où les insultes fusent trop facilement, où il grandit à la « va que j'te pousse » avec l'eau du puits qui gèle en hiver, Aladin Rebeil nous la retrace avec émotion et un grand talent. Il est accompagné en musique par l'accordéoniste Michel Glasko qui apporte une touche de nostalgie bien amenée à ce spectacle de qualité. A ne pas rater.

Evelyne Karam

 

 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 20:28
Théâtre des Bouffes du Nord

Théâtre des Bouffes du Nord

La mouche

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre des Bouffes du Nord et la Compagnie Point Fixe (75) et vu au Théâtre des Bouffes du Nord le 14 septembre 2021.

 

Texte : librement inspiré de George Langelaan

Mise en scène : Valérie Lesort et Christian Hecq

Comédiens : Christian Hecq (sociétaire de la Comédie-Française), Valérie Lesort, Christine Murillo, Jan Hammenecker

Scénographie : Audrey Vuong

Plasticiennes : Carole Allemand et Valérie Lesort

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H30

 

 

Il semblerait enfin que ce soit pour de bon ; la reprise des spectacles. Et pour compenser sans doute ces  deux années de presque abstinence, la saison démarre beaucoup plus tôt qu’à l’accoutumé. Et c’est tant mieux. En guise d’inauguration, j’ai choisi d’aller voir « la Mouche » ; moins attirée par l’histoire imaginée par George Langelaan  que j’ignorais (il en existe pourtant deux versions cinématographiques dont l’une de Cronenberg) que par la présence de Christine Murillo, à priori gage de qualité. Je suis sortie mitigée

 

 La mouche » met en scène, dans les années 60, une maman en âge d’être grand-mère et qui vit  avec son grand dadet de fils, Robert, qu’elle aimerait enfin caser. Le problème, c’est que Robert, la cinquantaine, n’a guère d’autre passion dans la vie que de mettre au point une machine à téléporter,  Par son mode de vie, ce duo atypique et le ton comique évoquent souvent  les Deschiens dont le chien qui évolue sur scène est une allusion directe. Mais suite aux aléas de la machine à téléporter, cet univers de petites gens bascule soudainement dans le fantastique, sorte anti-version de la « Métamorphose » de Kafka.

Le décor rend admirablement compte du déterminisme social : en avant scène, une pelouse dégarnie et un parterre qui ne l’est pas moins malgré son inévitable nain de jardin. En fond de scène, un rideau de fer qui, une fois levé, laisse apparaître le laboratoire de Robert avec force consoles et habitacles. Le garage prend appui sur un mur aveugle traversé par des gouttières. A cour, une caravane, des attrape-mouches en tout genre, un clapier, une télé. L’ensemble est bien exploité et participe largement à la tonalité décalée des protagonistes.

Quelques scènes soulignent avec bonheur ce drôle de monde : la saignée du lapin, les aventures du chien Charlie qui par la grâce de la machine de Robert devient Laïka avant de finir en charpie, la métamorphose de Robert en mouche et sa déambulation sur le mur aveugle.

Mention spéciale donc aux plasticiennes et à la scénographe. Mais le jeu est inégal, desservi par un texte un peu bancal. Il est dommage, à mon sens, qu’il faille attendre les dernières minutes pour en venir à la métamorphose de Robert. Ce déséquilibre dans la construction provoque un manque cruel de rythme et des longueurs au risque de l’ennui.

 

« La mouche » est un spectacle populaire et divertissant, riche en belles trouvailles visuelles.  Mais la focalisation sur le phénomène social plus que sur le phénomène fantastique m’a parfois laissée planer ans le vide.

 

 

Catherine Wolff

 

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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 12:44
Guérillères ordinaires
Guérillères ordinaires

Spectacle de la compagnie Les Grisettes(34) vu à l’Artéphile lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 30 juillet 2021, à 16h10

 

Texte : Magali Mougel

Mise en scène : Anna Zamore

Interprètes : Frédérique Dufour, Evelyne Torroglosa, Lou Heyman

Genre : Théâtre contemporain

Public : A partir de 15 ans

Durée : 1H30

 

 

Trois femmes éclairées par de minces filets lumineux prennent la parole chacune à leur tour pour témoigner d’une condition quotidienne d’oppression.

La première, Lilith, se révolte contre ce mari qui « perfore un mur / creuse un mur / l’abat comme une vitre / il y a de la poussière » sans lui demander son avis, et démoli ainsi sa chambre, sa « petite chambre / petit abri / coffre-fort / cave » où elle gardait ses secrets. La colère monte peu à peu, déborde, il faut une vengeance, mettre à feu et à sang, Lilith s’occupe du feu, Léda, la seconde femme, le sourire en bannière, s’occupera du sang. 

 

Le physique de cette hôtesse d’accueil ne correspondrait plus aux exigences du marché ; après une crise d’anorexie, elle reprendra la maîtrise de son corps en détruisant celui qui l’a tant fait souffrir. Ces deux femmes victimes du patriarcat mettent fin à leur assujettissement en se révoltant ; comme les hommes ne veulent pas mourir tout seuls il faut bien les tuer. Ce cycle de la violence, de la vengeance, du meurtre, est rompu par la dernière demoiselle qui choisit de se débarrasser du lot d’interdictions homophobes de son père en faisant, dans un ultime monologue, l’amour au cadavre de la jeune femme dont elle a toujours été amoureuse.

 

C’est un peu délicat sans doute de critiquer un spectacle traitant d’un sujet aussi important et qui devrait être abordé encore plus qu’il ne l’est déjà. Mais si j’ai trouvé le texte beau et poétique et le jeu des trois comédiennes d’une grande puissance ; si la présence de toutes ces autres femmes sur le plateau avait beaucoup de sens, puisqu’elles sont beaucoup plus que trois à se taire, à souffrir et à mourir ; même si c’était bien de les entendre parler jusqu’à tuer, et puis de leur pardonner, je crois que malgré tout j’ai trouvé ça un peu trop long et lent, trop attendu ou trop sérieux, trop grave pour qu’on ait la place de trouver ça grave. J’aurais aimé en tant que femme me sentir un peu plus concernée, qu’on me parle de plus près, qu’on me crie de plus près pour ne pas me laisser dormir entre les gouttes qui ne m’ont pas mouillées.

 

 

Célia Jaillet

 

 

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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 10:51
Incandescences
Incandescences

Incandescences

Spectacle de la compagnie Ahmed Madani (93) vu au Théâtre des Halles lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 28 juillet 2021, à 11h.

 

 

Texte et mise en scène : Ahmed Madani

Interprètes : Aboubacar CAMARA, Ibrahima DIOP, Virgil LECLAIRE, Marie NTOTCHO, Julie PLAISIR, Philippe QUY, Merbouha RAHMANI, Jordan REZGUI, Izabela ZAK

Genre : Théâtre contemporain

Public : Tout public

Durée : 1H20

 

 

A la fin du spectacle, après les applaudissements et les bouquets de fleurs portant le sourire jusqu’aux larmes, Ahmed Madani remercie tous ceux qui lui ont fait confiance et lui ont permis de mener à bout ce projet, parce qu’au début, il ne savait pas vraiment de quoi parler. Il savait seulement qu’il voulait donner la parole à ceux qu’on n’entend pas souvent, pas assez, les jeunes des quartiers. Il en a rencontrés et recueilli leurs témoignages pour composer un texte souvent intime, poignant et drôle.

Porté sur le plateau par neuf interprètes, le texte nous parle d’amour, de sexualité, d’héritage, de religion, d’amitié, mais surtout d’amour. De l’amour qui les a fait naître, de l’amour qu’ils recherchent (« s’il y a une fille dans la salle qui serait intéressée par moi elle peut me contacter à ce numéro 0646… »), de l’amour qu’ils ressentent, partagent ou ne pas partagent pas, et de tout ce qui entoure et prépare cet amour (« bonjour madame, c’est quand la première fois que vous vous êtes masturbée ? », « je peux danser avec toi ? », « tu m’aimes ? »)

 

L’oralité du texte permet aux comédiens d’adopter un ton très naturel, décontracté, sans que les corps ne se relâchent ; ils se tiennent et dansent en groupe, par couples ou non, au devant de la scène ou dans ses marges pour donner du rythme aux transitions. Il n’en manque jamais, du rythme. Outre les chorégraphies et les chants d’une justesse saisissante, tout un jeu de pantomime se déploie, souvent avec subtilité lorsqu’il s’agit d’abattre les tabous sur les manières de faire l’amour (voilà comment papa-maman m’ont fait) mais avec un peu de lourdeur lorsqu’un comédien se laisse entraîner par son personnage de religieux (répétition en long, en large et en travers d’une prière) : les autres comédiens sortent de leur rôle pour le faire sortir du sien, et moi je n’aime pas trop cette sorte de comique qui brise le théâtre parce que nous aussi on doit sortir de leur histoire pour faire semblant de rire.

 

Mais il y a tant de belles trouvailles scénographiques qu’on pardonne aisément ces quelques facilités comiques : très belle scène dans laquelle une myriade de téléphones portables éclaire les visages de ces amoureux transis, torturés par la distance et qui font un téléphone arabe dont le volume augmente, se disperse avant de se transformer en cacophonie. Superbe trouvaille aussi que ces cartons cadrés par le bord de la vidéo dans lesquels les comédiens en proie à quelque chose sont repliés. En proie à quoi ? Au doute, à la peur, à l’espoir ? En proie à quelque chose qui pourrait être un regard, une question, une indécence ou une incandescence qui aveuglerait tout en offrant le pouvoir d’éclairer.

 

Célia Jaillet

 

 

 

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 13:40

Spectacle de la Cie De Facto (CH) vu au théâtre du Centre le 21 juillet à 13.20 h dans le cadre du Festival d’Avignon Off, du 7 au 30 juillet, sauf le 19

Auteur : Finegan Kruckemeyer

Traduction et Mise en scène : Nathalie Sandoz

Interprète : Frank Michaux

Concept : Andy Packer

Scénographie : Neda Loncarevic & Stanislas Delarue

Musique : Cédric Liardet

Lumière : Matthias Mermod

Vidéo : Nicolas Meyer

Costumes : Elise Vuitel
Genre : théâtre contemporain

Durée : 55 minutes

Public :  tout public à partir de 6 ans

Doublement primée, meilleure pièce et meilleur auteur jeune public, The Tragical Life Of Cheeseboy de l’auteur australien Finegan Kruckemeyer a été jouée à travers le monde, comme beaucoup d’autres œuvres de cet auteur prolifique. Séduite par cette histoire, Nathalie Sandoz en a fait la traduction en français et l’adaptation scénique. C’est ici une première mondiale en français.

Tout l’espace scénique est occupé par une machine bizarre, en panne semble-t-il.  Un homme, qui rappelle par son style les « aventuriers de l’arche perdue », s’affaire sur des plans pour tenter de réparer son engin destiné à voler. La compagnie De Facto s’est clairement inspirée du monde de Jules Verne et des engins volants qu’il a imaginés pour faire voyager ses héros, mais aussi du courant steampunk, « univers qui met en scène une technologie qui utilise la vapeur comme source d’énergie et adopte un air rétro reflet de la révolution industrielle du XIXème siècle ». Le résultat offre en tous cas un décor en bois magnifique, une machine pleine de roues dentées, de voiles, dotée d’une proue qui situe l’engin entre bateau et avion, et agrémentée d’un siège de pilote qui tient du vélo couché. Bref, un décor qui invite immédiatement au rêve.

Mr Brown réalise d’un coup qu’il y a plein d’enfants qui le regardent… Il propose, si toutefois ils sont prêts à s’émerveiller, de leur raconter une histoire.  Celle de Cheeseboy, petit garçon fait de fromage, qui vit avec ses parents faits de fromage, dans un maison en fromage, sur un planète en fromage,  ! Ce n’est vraiment pas commun, et quelle drôle d’idée, surtout quand on n’aime pas le fromage, ce qui est mon cas ! Mais une idée qui m’a tout de même rappelé le Petit Prince de st Exupéry, qui vivait aussi sur une minuscule planète, mais lui n’avait pas de famille…

Cheeseboy s’endort un jour dans sa petite barque rouge amarrée à sa planète. Pendant son sommeil, une météorite transforme la planète en fondue ! Cheeseboy part à la dérive dans les airs et se retrouve sur la planète Terre, au milieu d’une étendue bleue inconnue… Que s’est-il passé, où est-il, où sont ses parents ? Le vent le pousse vers le rivage où, après quelques jours à faire des châteaux de sable, qui disparaissent régulièrement ce qui est très agaçant,  il est recueilli par un couple de tziganes, astronome et astrologue, guidés par leur quête de compréhension de l’univers. Ils vont aider Cheeseboy à rechercher ses parents.

Frank Michaud est doté d’une belle voix qu’il sait moduler pour animer son récit et mobiliser son public, se parlant autant à lui-même qu’à l’auditoire. Il met en scène le périple de Cheeseboy, en utilisant tout ce qui lui tombe sous la main, pour fabriquer les éléments du récit, personnages et objets, quand il ne joue pas lui-même certains personnages. Il est largement assisté par un beau travail de la lumière et des fumigènes, qui accentuent le fantastique du récit, et par des projections animées sur une grande lune/écran, retraçant « l’accident » et la disparition des parents, lorsque la lune révèle à Cheeseboy ce qu’il s’est passé… Parmi de nombreux moments de poésie, j’ai retenu celui où Mr Brown dépose l’un après l’autre  sur un élément de sa machine de minuscules bateaux lumineux qui forment une petite guirlande qui avance, avance… Comme Cheeseboy, petit garçon courageux et attendrissant, qui va aller de l’avant maintenant qu’il ne peut compter que sur lui-même.

Le spectacle propose sept chansons originales, que Frank Michaud interprète en live en s’accompagnant à la guitare ou au ukulélé.  La qualité du travail est indéniable, la scénographie est recherchée, et le texte est porté par un comédien qui sait mettre à profit ses multiples talents pour tenir son auditoire en haleine.

J’ai cependant trouvé quelques longueurs et craint que les enfants ne décrochent, s’agissant d’un texte fourni qui demande de la concentration, particulièrement à 6 ans et pendant  près d’une heure.  Mais manifestement, pas mal d’entre eux semblaient connaître l’histoire et ont manifesté leur enthousiasme à la fin du spectacle.

Un joli spectacle à voir en famille.

 

 

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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 16:46
source Catalogue Off 2021

source Catalogue Off 2021

Spectacle de la compagnie Paradoxes (25) vu au théâtre Girasole,  le 23 juillet 2021 à 15.50 h, dans le cadre du Festival OFF d'Avignon,  du 7 au 31 juillet sauf lundi

Auteur Matt Hartley

Mise en scène : Paméla Ravassard
Traduction : Séverine Magois
Interprètes : Emilie Aubertot, Karina Beuthe Orr, Sébastien Desjours, Stefan Godin, Garlan Le Martelot, Benjamin Penamaria, Emilie Piponnier.

Scénographie : Benjamin Porée

Lumières, assistant m.e.s. : Cyril Manetta

Scénographie : Benjamin Porée

Costumes : Hanna Sjödin

Musique : AkorplakX

Collaboration : Henri Dalem
Genre théâtre contemporain  

Public  tout public à partir de 12 ans

Durée 1.35 h  

Appréciation coup de coeur

La présentation du spectacle fait référence à Ken Loach pour définir l’écriture de Matt Hartley… Ce qui a éveillé ma curiosité, car j’aime beaucoup ce genre de cinéma réaliste qui met en scène une certaine misère sociale, mais qui n’est cependant  jamais exempt d’humour « so british » !  Je clôture donc mon séjour au Festival Off, en allant voir cette histoire de deux frères, Pete et Rich, que tout semble opposer. L’aîné sort de prison et souhaite retrouver sa fille de 15 ans qu’il ne connaît pas. Le cadet veut comprendre pourquoi il a tellement peur de devenir père…

Le plateau est éclairé par des rangs de néon posés au sol et accrochés aux cintres. Lumières blanchâtres, crues, qui délimitent au centre un espace sombre. Musique rock, ça démarre fort.  Rich installé dans un fauteuil est absorbé dans un jeu vidéo. A la porte apparaît Pete. Après presque 10 ans d’incarcération, il regagne la maison familiale, désormais occupée par Rich, leur mère étant partie vivre ailleurs. La reprise de contact est difficile, la rancœur toujours présente. Le crime n’est pas pardonné et Pete reste un paria…

Obsédé par sa volonté de retrouver sa fille, et pour obtenir des informations, Pete tente de renouer le contact avec Franck leur beau-père, qu’il n’a jamais accepté et  qui a pourtant fait de son mieux pour s’occuper de leur famille après que le père violent les ait abandonnés. Il est désormais séparé de la mère, et on comprend que Pete n’est pas tout à fait étranger à cette rupture… L’accueil n’est pas cordial et Franck  lui suggère de laisser sa fille tranquille…   Parallèlement, Rich souhaite renouer avec sa petite amie, Lucy, qu’il regrette d’avoir abandonnée alors qu’elle était enceinte, et qui a avorté. Il essaye de plaider sa cause auprès de la mère de Lucy, mais il se montre violent à son encontre.  Lucy finira cependant par accepter de le revoir… Mais plus tard, peut-être.  

A force de persévérance Pete finit par savoir où se trouve sa fille. Il parcourt les 65 miles qui séparent Hull de Sheffield, où Jenny vit désormais chez ses grands parents qui l’ont adoptée. Le grand-père lui livre des informations rassurantes, et il comprend que pour le bien de son enfant, il faut qu’il accepte de s’effacer …

Cette sombre histoire met en scène des êtres que l’on sent en proie à une sourde colère. Ils connaissent des conditions de vie difficiles, et semblent malgré eux reproduire les schémas familiaux où la violence est dominante, et l’incapacité à exprimer des sentiments positifs flagrante. Le problème de la filiation et du déterminisme est ainsi clairement évoqué. Est il possible d’échapper à cette spirale ?

La mise en scène de Pamela Ravassard, qui m’a d’abord surprise, s’avère finalement précise et recherchée. Elle souligne l’intensité dramatique palpable en permanence, au moyen d’éclairages blancs et froids, assortis d’un accompagnement musical rythmé savamment choisi. Des projections de « zebras » lumineux, qui se reflètent sur des paravents noirs réfléchissants mobiles - déplacés à vue lors du changement de scène – accentuent l’ambiance électrique.  Comme dans un triste ballet, les personnages se croisent, se cherchent, s’affrontent, tentent de communiquer, dans cet espace en demi-teinte, incarnés par sept comédiens talentueux et très inspirés,  qui rendent attachants ces êtres déchirés qui font ce qu’ils peuvent pour se sortir sans trop de casse de  leurs difficultés

La puissance émotionnelle que se dégage du spectacle est telle que pendant 1 h 30 on n’entend aucun bruit dans le théâtre, tant le public est concentré. Conquis, il offre à la troupe un ovation debout à la fin de la représentation.

 

 

 

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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 15:47
L'homme qui dormait sous mon lit

Spectacle de la Cie Scène et Public (75) Vu au Théâtre des halles lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 30 juillet 2021, à 21h30

Durée : 1H20

Public : Dès 12 ans

Genre : Théâtre contemporain

Texte et mise en scène : Pierre Notte

Interprètes : Muriel Gaudin, Silvie Laguna, Clyde Yeguete

Quand vous étiez petits, il y avait un monstre sous votre lit et maintenant que vous êtes grands c’est un migrant. Poli, conciliant mais terriblement encombrant, là, toujours là à essayer de s’asseoir sur la chaise qui trône au milieu du plateau et qui vous appartient. C’est votre place, votre espace, mais lui n’en a pas ? Fallait pas fuir à la première fissure, regarde il y en a une dans le mur et moi je reste. Lui aussi doit rester, sinon bye bye les allocations. Il faudra accepter de lui faire du thé et de se faire corriger ses fautes de syntaxe, il fera pousser à votre insu des plants de tomates sous votre lit, oui “les gens qui voyagent ça n’a pas de terre mais ça fout de la terre partout”. Bref il faudra le surveiller sauf quand il s’apprêtera à sauter par la fenêtre parce qu’on reçoit une prime de l’Etat si notre migrant se fout en l’air tout seul comme un grand. Mais attention il va en foutre de partout et puis “abîmer mes pensées à hésiter encore entre le dedans et le dehors”, oui c’est très compliqué, je peux vous dire que ça fait passer l’envie d’en accueillir un chez vous.

 

Heureusement pour adoucir les deux fauves, car il y a bien deux fauves, le migrant n’est pas misérable mais drôle et intelligent, une modératrice ouvertement comédienne (Muriel) fait son entrée et leur propose une série d’exercices assez extrêmes (attouchements, mise à nu) qui ajoutent au cynisme ambiant de la pièce une rigolote touche d’absurde. Entre la terre dans le thé, les faux-meurtres, les faux-suicides et les chaises musicales sans musique, nous rions et entre nos dents se posent sur leurs chaises quelques questions : qui est le migrant de qui ? comment accueillir ? trouver sa place ? pourquoi on fuit ? est-ce qu’on peut aimer ce qui ne nous ressemble pas ? est-ce que Pierre Notte va nous répondre ? que peut le théâtre devant la morale et la politique ? Pas grand chose, alors autant se mettre sous le lit mais surtout ne pas s’endormir : si on ne peut pas répondre, on peut toujours faire gargouiller son ventre.

 

La pièce bien campée sur son parquet, “le seul qui craque tout seul”, elle regorge d’images, de métaphores, de danses et de jeux de mots : tout s’agite, même pas besoin du séisme qui surgit pour être remué, on est déjà “trop secoués pour sentir une secousse” tant et si bien que le quatrième mur finit par tomber sans même qu’on se sente épiés : pour autant, sommes nous à la bonne place ? J’ai espionné Pierre Notte à la sortie qui a murmuré je cite : “j’ai monté cette pièce parce que j’avais honte” mais subtilité suprême, cette honte reste tapie sous une nappe de poésie et d’humour, s’oublie derrière l’élégance et la complexité des personnages, donc pas un coup monté, cette pièce mais délicieuse pièce-montée, vous pouvez donc monter le son de la non-leçon !

 

Célia Jaillet

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 17:25
Source catalogue Off 2021

Source catalogue Off 2021

Spectacle de la compagnie Nomades (02) vu le 23 juillet 2021 à 13 h 55 au théâtre Buffon,  dans le cadre du Festival d’Avignon Off, du 7 au 28 juillet, sauf lundi

Auteur et Mise en scène Jean-Bernard Philippot

Interprètes Pauline Vincent (flûte traversière), Raphaël Jothy (clarinette), Pauline Nadoulek, Daniel Violette, Jean-Bernard Philippot (percussions)

Lumières et vidéo Maxime Aubert

Vidéo Sébastien Sidaner

Décor et marionnettes en art végétal Jean Marc Chamblay

Costumes Marion Prouvost

Genre : théâtre contemporain, marionnettes, arts numériques

Durée 40 min

Public tout public à partir de 5 ans

La très jolie affiche du spectacle a attiré mon attention… Je cherche à voir des spectacles orientés jeune public, et celui-ci annonce l’association théâtre, marionnettes, et arts numériques. C’est tout à fait dans l’air du temps, et ce devrait être pas mal…  Cette année, il y a moins de spectacles jeune public (environ 30 %), mais beaucoup de créations, dont cette « Petite Fleur qui voulait voler »…

Nous nous installons et attendons quelques minutes que le public, très limité puisque nous sommes une dizaine seulement dans la salle, s’étoffe un peu… Les effets délétères du pass sanitaire ?? 

Je mets à profit ce temps pour admirer le décor, vraiment très beau, plutôt fourni, réalisé avec des matières végétales, osier, bambou, papier végétal, bois. Un musicien est installé à cour, légèrement masqué par des éléments du décor. A jardin, une cabane et un jardinet….  Au centre, une grosse boule blanche, sur laquelle est projeté le globe terrestre, au début du spectacle qui commence agréablement au son de la clarinette…

Le jeune garçon (et clarinettiste)  rejoint ensuite son grand père près de la cabane pour jardiner avec lui. Je trouve d’emblée le ton du grand-père très « doctoral » …  Le jeune garçon emporte un panier de graines de fleurs, et une graine tombe malencontreusement  du panier au milieu d’un pré, après qu’il ait trébuché sur un obstacle. Elle germe et grandit jusqu’à devenir une jolie fleur qui s’éveille à la vie au cœur de la grande boule blanche, qui symbolise la graine, ou le bulbe. Son développement  accompagné musicalement à la flûte traversière, et visuellement par des projections vidéo très colorées, évoquant la peinture de Monet ou Van Gogh, aux dires de la compagnie,  sur l’ensemble du décor. L’effet est assez réussi. 

La pauvre fleur est un peu perdue dans un environnement inconnu, ses frères et sœurs sont plantés ensemble dans le jardin du grand-père. Mais courageusement, elle fait de son mieux pour s’adapter et commence à communiquer avec  tout ce qui l’entoure, plantes et insectes, tous réalisés en osier tressé.. Dont deux grandes sauterelles magnifiques, qui curieusement, s’expriment avec un accent « petit nègre » .  (désolée, mais je ne vois pas d’autre mot à utiliser !),  ce que j’ai trouvé de mauvais goût et vraiment contre-productif, eu égard aux messages que veut véhiculer le spectacle.

Cette histoire de petite fleur aurait pu se suffire à elle-même, mais pour appuyer le propos, l’auteur a choisi de mettre en scène une jeune fille, Maumachi (Abeille en bangladais.. !) dont la famille réfugiée « climatique »,  arrivée sur un petit bateau, vient de s’installer tout à côté de chez le jeune garçon..

Il semble qu’il s’agissait de faire le parallèle entre les deux histoires, celle de la petite fleur et celle de  la jeune immigrée. Etait-ce utile ? A la limite, ce pourrait être l’objet d’un autre récit…  Car cela fait beaucoup, de thématiques qui s’entrechoquent,  les migrations, le déracinement, les cultures du monde, le voyage, les différences, le réchauffement climatique…. Dans un spectacle de 40 minutes, avec 4 comédiens et 1  musicien sur scène.  

Et j’ai trouvé que c’était vraiment dommage… Tous les ingrédients pour faire un beau spectacle sont présents, décor recherché, musique en direct, utilisation de différentes techniques de jeu, belle création lumières…. Et finalement, beaucoup de bavardages, d’explications, trop, qui cassent le rythme, occultent terriblement la poésie. Cela tourne au cours magistral purement didactique. N’oublions pas que le spectacle est préconisé à partir de 5 ans… Le grand père m’est apparu assez détestable, et en tous cas, inapte à captiver les (ses ?)  petits enfants !

A vouloir faire passer trop de messages, on finit par n’en faire passer aucun…

 

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 16:43
Sans effort

Spectacle de la Cie Snaut (CH) vu au Théâtre du train bleu lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 26 juillet 2021, à 22h05

Durée : 1H15

Public : Dès 14 ans

Genre : Théâtre contemporain

Auteurs : Tiphanie Bovay-Klameth, Joël Maillard, Marie Ripoll

Mise en scène : Joël Maillard

Interprètes : Joël Maillard et Marie Ripoll

J’entendais de partout “Sans effort c’est très fort, c’est à voir dans une vie” alors comme j’en ai une de vie, à remplir d’autres vies sur accoudoirs, je me suis dit moi aussi je veux parler aux autres de “Sans effort”, mais avant d’aller poser mon oreille bouche cousue sur un siège j’ai voulu voir un peu de quoi ça parlait mais bouche cousue aussi j’ai pas pu lire grand chose à part que ce spectacle on pouvait le lire nulle part, qu’il n’avait pas été écrit, que c’était une contrainte qu’ils s’étaient mis, les artistes, sur le coup ça me fait penser à l’Oulipo moi, je me dis chouette, ça a l’air rigolo, j’y vais, j’y suis allée et rigolo ça l’a été.

Dans le dossier de presse que seuls les journalistes ils ont droit de le lire, Joël Maillard a mis qu’il peut pas, je cite, “décrire, ni présenter les personnages, ni détailler sa fable ou sa forme, ni évoquer ce René R crédité d’absence au générique”, et juste après, paragraphe en-dessous “heureusement, des journalistes l’ont fait à ma place”. Et là je me suis rendu compte de la sacrée responsabilité que j’avais, moi comme journaliste : l’espérance de vie de mon compte-rendu elle est plus grande que celle du spectacle, alors pas de bêtise, va falloir être au plus près de lui, mais sans non plus dire trop fidèlement ce qu’il y a dedans, déjà que j’ai attrapé des phrases toutes entières dans mon carnet, première bêtise, c’est mal parti.

Mais pour eux aussi c’est mal parti, au début, René le comédien en chef il est parti, cinq jours avant la première, et sa femme aussi elle est partie mais dans son dernier souffle elle a eu le temps de lui souffler, à René, tout un poème long comme une épopée que les deux comédiens sur scène ils vont nous répéter, épaules contre épaules pour s’épauler et sauter dans les trous de mémoire de l’autre quand il en tombe un ou alors pour s’écarter, lever l’ancre, le bras, donner chacun de leur côté mais bien en choeur la version qu’ils préfèrent, avec métaphores, synonymes et détails singuliers, et c’est beau de voir deux paroles symétriques se défaire l’une de l’autre sans qu’on en perde une seule parce que nos oreilles sont deux donc elles peuvent tout attraper. Tintamarre parfaitement harmonieux ça oui, entre ses fugues, ses variations, ses refrains, tout ça sur fond de percussions endiablées, mais aussi patatrac, de baguettes cassées, de cordes fendues, eh oui la bêtise chez ces frénétiques indolents fait partie du jeu tant et si bien qu’au premier rang un spectateur s’est mis à rêver de Beyrouth à voix haute, bêtise ? Non, non, si le poème n’arrête pas de scander “écoute, écoute bien” c’est que toutes les voix peuvent y être accueillies et de lui-même Jacques Rancière a fini par taire son “Beyrouth, Beyrouth partage du sensible...”

Mais le poème il parle de quoi ? D’une île, de barques qu’on pousse du pied, de racines joyeusement hallucinatoires qui poussent entre leurs pieds et leur font des pieds de nez au moment de disparaître, de stylos qu’on enterre, d’histoires qui se transmettent en rythme et en musique, de générations qui se succèdent, de vieux qui meurent contre les troncs et dont on mange les entrailles pour retrouver une mémoire première, une écriture figée, la racine, le tronc, comme le bâillement menace toujours la bouche qui voit à travers les âges et derrière les eaux le monde qu’on peut étaler au-delà de ce qu’il montre. C’est confus ? Sans doute un peu, c’est que sont brassés beaucoup de vers et que s’enchaînent tant d’années dans l’île où peu à peu les primitifs deviennent les captifs, mais finalement, je crois que la question que soulève ce spectacle, mais attention, ce n’est que celle que j’y ai lu, et lu sans rien lire, donc bon, et puis il y en a certainement beaucoup d’autres ou alors il y en a aucune, de questions, mais bon que ce spectacle soit problème ou solution, qu’il demande “pour ou contre l’écriture ?” ou déclare “nous avons une bonne mémoire” finalement ce qui compte ce n’est pas le conte mais qu’il y soit.

Célia Jaillet

 

 

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