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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
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les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 12:25

 

 

I Killed the Monster

Spectacle de la compagnie du Roi Zizo (56) vu le 20 septembre au théâtre Mouffetard (75)

 

De et avec : Gildwen Peronno

Genre : théâtre d’objets

Public : Tout public à partir de 9 ans

Durée : 27 minutes

 

 

 

Dans le cadre du festival Scènes ouvertes à l'insolite, le Théâtre Mouffetard et le Théâtre aux Mains Nues proposaient plusieurs parcours permettant de découvrir des "artistes émergents et des créateurs audacieux", représentant de la nouvelle génération de marionnettistes. Le parcours que je suis allée voir au Théâtre Mouffetard se composait d'une adaptation pour marionnettes de « l'Ambigu » de Roland Topor et d'une création de théâtre d'objets, « I killed the Monster », très librement inspiré par le chanteur compositeur Daniel Johnston. 

 

J'avais choisi ce parcours pour découvrir la petite pièce de Gildwen Peronno. La référence à Daniel Johnston n'était pas étrangère à mon choix, tout comme la technique du théâtre d'objets, qui m'intriguait.

Le comédien apparait derrière un grand bureau sur lequel il fera jouer ses objets, éclairé par un abat-jour imposant qui viendra rythmer les tensions du récit. L'histoire, la voici : dans un petit village des Ardennes, Daniel, un jeune homme "peu adapté", se voit proposer par un laboratoire de tester un nouveau médicament. Daniel ne respecte pas les doses et tout dérape… on bascule du côté des faits divers… 

Comme son auteur l'indique, cette petite pièce très enlevée reste dans la série B, donc dans une certaine légèreté. Les moyens du théâtre d'objets sont simples et modestes, ils rappellent les histoires qu'on se raconte enfant et la pièce peut d'ailleurs être vue à partir de 9 ans. On se régale des trouvailles très judicieuses, telles cette pâte bleue et gluante, qui vient recouvrir les passages à l'acte de Daniel ou encore cette épatante séance au dancing pour trios de paires de chaussures. Le jeu de Gildwen Peronno est vif et généreux. Les musiques utilisées sont issues de films mythiques (horreur, thriller ou étrange) et viennent accompagner avec précision nos émotions. Par son côté minimaliste, le théâtre d'objets suggère plus qu'il ne présente et la mise en scène est en ce sens très réussie. J’ai ri, frissonné et regretté que cette pièce ne dure que 27 minutes. 

 

Ce spectacle est également programmé dans le cadre du Festival jeune public La Grande Echelle qui a lieu les 9, 10, 11 octobre prochain à La Villette (75).

 

Hélène Lambert

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:56
Christophe Raynaud De Lage

Christophe Raynaud De Lage

A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant ou La sortie de Résidence

Un spectacle produit par la Cie des 26 000 couverts (21) et vu à la Garance le 14 février 2020.

 

 

Mise en scène : Philippe Nicolle

Texte : Ecriture collective sous la direction de Philippe Nicolle avec la participation de Gabor Rassov

Interprètes : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Aymeric Descharrières, Servane Deschamps, Sébastien Chabane, Olivier Dureuil, Anne-Gaëlle Jourdain, Erwan Laurent, Michel Mugnier ou Hervé Dilé, Florence Nicolle, Philippe Nicolle ou Gabor Rassov, Laurence Rossignol

Durée : 1h45

Genre : Théâtre de rue en salle

 

“On m’arnaque.”, je pense dès le début du spectacle, que l’on me présente comme une balbutiante sortie de résidence dont il faudrait excuser les ratés. “Je suis sûr qu’on m’arnaque.” Et j’adore qu’on m’arnaque. Ne vous laissez pas tromper par leurs airs de gaffeurs amateurs, les 26 000 couverts sont de véritables virtuoses du comique.

 

Il s’agit avant tout d’un spectacle sur la mort au théâtre - non, il aurait dû s’agir d’un spectacle sur la mort au théâtre, s’il n’y avait pas eu quelques couacs ou problèmes techniques ou décès sur le chemin. C’est la première, l’affaire est sérieuse, on ne rit plus. Qu’importent les embûches, les 26 000 couverts sont en roue libre, bien décidés à trouver mille parades pour dévaler la pente de la catastrophe. L’engagement des comédiens dans chaque proposition est total. Toute tentative ne sera abandonnée que lorsque le ratage sera un succès phénoménal. “Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.”, dit Beckett. Il s’agit bien de tout rater. Rien ne doit tenir debout, ou bien c’est un pur hasard et les comédiens sont les premiers à s’en étonner. Dans ce jeu de massacre, les 26 000 parviennent à rater avec virtuosité, ce qui les rend invincibles puisque l’échec devient une réussite et la réussite reste couronnée de nos rires. Le théâtre tout entier est brûlé par les deux bouts pour ce grand feu d’artifice : spectaculaire, ombres chinoises, chanson pédagogique, opérette, lecture théâtralisée… Tous les genres et les esthétiques sont passés à la moulinette au plateau, dans une gestion du rythme affolante de vivacité. Soudain un nouvel accident vient interrompre la représentation, le public est en déroute, “Nous aussi!” s’écrient les comédiens. 

 

“Mais est-ce que ça fait partie du spectacle ?” se demande-t-on à chaque instant. Aucune importance, tant est remarquable leur sagacité à faire feu de tout bois, que l’accident soit réel ou prévu. Et puis si nous allons au théâtre, c’est sans doute parce que nous avons plutôt besoin de surprise et d’inattendu que de réel. Avec les 26 000 couverts, nous sommes en quelque sorte en sécurité car le rire provoqué par le spectacle est toujours émerveillé, plutôt poétique que cynique, dans une dérision constante qui n’humilie jamais. Bien sûr, nous sommes parfois à la frontière de l’angoisse (n’est-ce pas dangereux ? Faut-il s’inquiéter ? Suis-je le dindon de la farce si je m’inquiète alors que je suis au théâtre et que tout est pour de faux ?) mais le malaise est toujours habilement dosé pour n’être jamais insidieux. Finalement ce n’est peut-être pas tant la mort que le pire qui pourrait être le motif central de la pièce, le malaise d’un accident toujours possible mais jamais prévisible dont il est possible de rire, encore et encore, jusqu’à faire pousser des ailes à la gravité.  

 

A bien y réfléchir, je vous conseille d’aller vous faire fendre la poire par les 26 000 couverts au moins pour la surprise de tous les effets et procédés que je ne saurai évoquer sans les gâcher. Au moins pour la superbe interprétation écocitoyenne de la chanson du Hérisson et du Lapin. 

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:45
Crédit : Le Bruit de la Rouille

Crédit : Le Bruit de la Rouille

Antoine et Cléopâtre

Un spectacle produit par la Cie Le Bruit de la rouille (69) et vu au théâtre du Balcon le 26 janvier 2020.

 

 

Mise en scène : Melaine Catuogno

Texte : William Shakespeare

Interprètes : Mélaine Catuogno, Vivien Fedele, Julien Perrier et Alexandre Streicher

Durée : 1h40

Genre : Théâtre 

 

Il faut du muscle pour s’attaquer à Antoine et Cléopâtre, et ce n’est pas chez la compagnie du Bruit de la Rouille qu’il fait défaut. A perdre haleine au rythme du tambour, quatre comédiens jonglent durant une heure quarante avec huit personnages pour tenir l’attention du public d’une poigne de fer. Pas question de cligner des yeux : dans ce blockbuster antique, un battement de cils et le monde s’effondre.

 

Au premier siècle, le monde est un trépied qui court vers l’apogée des Empires ; que deux de ses piliers s’enlacent et le voilà qui s’effondre. Cléopâtre, Reine d’Egypte, tient à son bras Antoine qui régit l’Orient. Leur union vient contrarier les ambitions de César, maître de l’Occident. L’adversaire est un territoire qu’il faut conquérir sous peine de disparaître. La destinée du monde se joue dans les lits comme dans les grands conseils, dans les alcôves comme dans les guerres. La politique ne connaît pas d’intimité puisqu’elle se résume aux relations entre ces trois icônes, dont la grandeur et les décadences façonnent l’Histoire. L’interprétation de la compagnie rend limpide la géniale analyse que fait Shakespeare du sentiment amoureux et de la marche de l’histoire. Les personnages y sont entiers : pas question que l’amour (ou la guerre, si l’on considère qu’il s’agit de deux choses distinctes) mène à autre chose qu’à la mort. Certes, ces rois sont des enfants qui jouent aux dés avec des continents, mais leur engagement total, pour égoïste qu’il soit, les rachète aisément. 

 

Le Bruit de la Rouille ne manque pas de ressources pour faire concurrence aux superproductions américaines en la matière. Les batailles navales ou terrestres sont au rendez-vous : il suffit d’une souplesse au moment de déposer le bateau en papier sur la table pour en faire une armada, d’un geste leste du poignet en remontant la manche pour que la veste enfilée transforme un serviteur en empereur. Le théâtre pallie son manque de moyens par un atout majeur que tous les arts lui envient : la présence. Melaine Catuogno campe une Cléopâtre armée jusqu’aux dents de charisme et de sensualité face à un Alexandre Streicher en Antoine bestial. Les corps sont avides de jeux, de mouvements, de baisers, d’alcool et de festins. C’est l’intention qui compte, dans le présent comme dans les présents, et l’intention est au rendez-vous. 

 

Je ne peux que vous inviter à prêter l’oreille au Bruit de la Rouille, qui saura se faire entendre avec une nouvelle création populaire et intelligente où se conjuguent à merveille épique et romantisme. 

 

Mathieu Flamens

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:36
Victor Tonelli

Victor Tonelli

Les Analphabètes

Un spectacle produit par le Balagan' retrouvé (94) et vu le 23 janvier 2020 au Théâtre d'Arles

 
Mise en scène et texte : Gina Calinoiu et Lionel González, librement inspiré du film "Scènes de la vie conjugale" d'Ingmar Bergman
Comédien.ne.s : Gina Calinoiu, Lionel González et Thibault Perriard
Musique : Thibault Perriard
Scénographie : Lisa Navarro
Lumières : Vyara Stefanova
Genre : Théâtre
Public : adulte, conseillé à partir de 14 ans
Durée : 2h30 avec entracte


Les portes s'ouvrent, je me faufile pour prendre ma place (c'est bien ma veine, elle est au beau milieu du premier rang, aussi proche des deux comédiens en bord plateau que de mes camarades mitoyens). "Si c'est une forme immersive, me voilà en première ligne", je pense. Autant vous dire que j'en ai eu pour mon argent.

Bien que l'on me laisse tout à ma passivité de spectateur, la proximité avec les acteurs crée une tension qui va tambour battant pendant toute la durée du spectacle. Il s'agit de recevoir de plein fouet la destruction progressive et systématique de deux vies humaines. Simplement l'histoire d'un couple sans histoire, fier d'une stabilité familiale durement construite et dûment gagnée, qui vole en éclats. La crise ne tarde pas, sans raison, sans avoir besoin de raison. Les cris et les coups bas remplacent les baisers. On s'étrangle faute de pouvoir s'étreindre, on s'applique à tout salir. La pièce est faite d'autant de tableaux que de tentatives de reconquérir l'autre et de l'abandonner, tentatives désespérées dans lesquelles personnages et comédiens s'engagent, si désespérées qu'ils s'y confondent.

La coïncidence entre le jeu et la réalité nous amène au plus près du jaillissement des mots, là où ils obéissent à l'urgence plutôt qu'à l'esthétique. Moins bien choisis, moins beaux, moins exacts et intacts que dans la plupart des pièces de théâtre. Plus authentiques, aussi. Une parole qui cultive ses fêlures, qui compose avec des débris et ne trahit pas le sentiment, mais ne suffit pas à le comprendre. C'est le sujet de la pièce et la source du tragique : nous sommes des Analphabètes des sentiments, émotions intraduisibles qu'il ne suffit pas d'incarner pour expliquer. Comment l'amour peut-il naître, disparaître et survivre à la fois, comment soudainement devient-on aveugle à la souffrance de l'autre, que deviennent les beaux mots de justice et de morale s'il est impossible d'être lucide sur ses actes ? "Heureusement que le théâtre est là pour nous permettre de reconnaître ces situations et de les dépasser !" dira-t-on. C'est certain ! En fait, rien n'est moins certain. Au sortir de la pièce, le sentiment de fatalité ne s'enrichit pas d'enseignement. Le froid sent la solitude ; comme quoi le théâtre ne fait pas toujours chaud au coeur.

Si vous n'avez pas peur de perdre le sourire, je vous conseille évidemment ce travail remarquable d'incarnation. On y trouve de jolies larmes qui se brisent comme des éclats de rire, de jolies notes de musique qui jouent au miroir avec les mots, et de jolies lumières pour attendrir les apocalypses.

Mathieu Flamens


 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 01:47
Simon Gelin

Simon Gelin

Mille et une nuits

Un spectacle produit par la Cie Midiminuit (93) et vu à la comédie de Valence le 8 janvier 2020.


Mise en scène : Guillaume Vincent
Texte : Guillaume Vincent, adapté des 1001 nuits
Interprètes : Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benaïbout, Lucie Ben Dû, Hanaa Bouab, Andréa El Azan, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Makita Samba, Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff

Durée : 3h avec entracte

Genre : Théâtre adulte (à partir de 14 ans)



L'heure n'est pas au fatalisme réaliste ou au théâtre moralisateur ! Avec les 1001 nuits, Guillaume Vincent offre un bouquet de rêves à la barbarie. Spectaculaire et réjouissant, il ne lasse pas de creuser et d'actualiser les interrogations des contes de Schéhérazade.

La pièce s'ouvre en grandes pompes funèbres avec les mises à mort successives des épouses du sultan Schahriar. Pas de texte - pas encore ! - mais un visuel précis et élégant dans une esthétique de cinéma d'horreur : mécanique sonore infaillible, décor qui avale les personnages à grands coups de portes battantes, les mariées dansent et ouvrent le bal. Ne pas mettre ses doigts dans cette porte ouverte vers le théâtre à effets qui se referme aussitôt pour une narration plus apaisée aux accents de vaudeville. Les danses rivalisent d'inventivité avec les chants, et les chorégraphies de combat, et les imitations... Et l'on voyage encore, vers la Bretagne, au Caire, à Paris, à travers des époques et des folklores tout à fait différents ; on ne peut pas s'appuyer sur la narration qui s'enfonce dans les mises en abymes ou les méandres des intrigues parallèles.

 À quoi se raccrocher dans ce joyeux chaos (qui semble étrangement se diriger vers un cap bien précis) sinon au bastingage de la langue ? La langue de Schéhérazade, qui teinte l'ancestral de modernité et révèle dans le contemporain une profondeur mythique, porte une vitalité remarquable. Elle prend plaisir à nommer tout ce qu'elle rencontre, elle en cisèle les contours puis délaisse avec légèreté un sujet pour un autre. Le décor possède le même dynamisme - car il est lui aussi une forme-sens, un cadre mouvant, le théâtre du rêve.

Si les 1001 nuits sont multiples, elles convergent tout de même vers une inquiétude centrale : le sultan laissera-t-il la vie sauve à Schéhérazade ? À quoi sert cette effervescence si elle n'aboutit qu'à sa mort ? La conteuse n'a de cesse de repousser la question en proposant de nouvelles histoires. Le détour n'est alors pas qu'un voyage de plaisance, mais la tentative désespérée d'échapper à la barbarie - voire de la vaincre à force d'écoute. Après tout, nous sommes le sultan, nous aussi. Nous écoutons, nous suspendons notre jugement le temps de la représentation. Le théâtre est une question de vie ou de mort (Pierre Notte le dit mieux : « Acteur, soit tu atteins au sublime, soit tu vas mourir et nous tuer ») et les comédiens réussissent le pari de s'engager dans ce combat. Combat pour nous charmer et nous désarmer face à la sagesse que renferment les contes, surtout lorsque ceux-ci n'invitent qu'à leur laisser la vie sauve.

1001 nuits condensées en 2h30, cela nous donne une pièce spectaculaire et intelligente, haute en couleurs, que je recommande sans hésiter !

 

Mathieu Flamens

 

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 00:57
"En attendant Nadeau"

"En attendant Nadeau"

Correspndance avec la mouette

Un spectacle produit par la compagnie la Cie L’oubli des Cerisiers (75) et vu au Théâtre des Déchargeurs le 18 février 2020.

 

 

Texte : Anton Tchekov et Lika Mizinova

Mise en scène : Nicolas Struve

Comédien : David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H10

 

Fan de littérature russe et désireuse de découvrir davantage de petites formes pour l’Adadiff, j’ai donc jeté mon dévolu sur « Correspondance avec la mouette ». Très bonne pioche !

 

Le spectacle met en scène la correspondance d’Anton Tchekhov et Lika Mizinova, alias « la mouette ». Car si nous découvrons l’échange épistolaire de deux amants, nous assistons également aux correspondances entre cette figure féminine à laquelle Tchekhov, malgré la rupture, n’a pas « la force de ne plus […] aimer » et le personnage sublimé dans la pièce éponyme. L’intelligence de la mise en scène réside précisément dans le fait d’assumer pleinement cette dualité.

Le plateau est quasi nu, seulement habité de trois chaises et jonché de liasses de papier, lettres ou manuscrits en cours. Le spectacle s’ouvre sur une petite vidéo en guise d’exposition. Il s’achève sur une autre vidéo où un frère de Tchekhov témoigne de la fraîcheur et de la gaité de Lika. Entre temps, chacun lit la lettre qu’il envoie à l’autre en prenant la peine d’écrire sur les murs noirs, à l’eau, la date et le lieu de la missive et de l’agrémenter éventuellement d’un dessin de circonstance. Le rythme des lectures évolue au fil de l’histoire d’amour et trouve son paroxysme dans deux scènes dansées : celle de l’amour précisément et celle de la dispute. Dualité encore et toujours.

Stéphanie Schwartzbrod campe une Lika digne d’une Nina, lumineuse, spirituelle, profonde et grave. David Gouhier incarne un Tchekhov amoureux, ironique, fort occupé et bien souvent absent.

 

En écrivant la chronique, je réalise que c’est en fait le deuxième spectacle de cette compagnie que je vois avec grand plaisir. « Correspondance avec la mouette » est un spectacle d’une grande finesse, desservi avec talent et qui mérite de faire, comme ce soir, salle comble jusqu’à la dernière, le 29 février.

 

Catherine Wolff

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 22:29
"l'oeil de la maison des journalistes"

"l'oeil de la maison des journalistes"

Crocodiles

Un spectacle produit par la compagnie Barbès 35 (89) et vu au nouveau théâtre de Montreuil  le 11 février 2020.

 

 

Texte : Fabio Géda

Mise en scène : Cendre Chassanne, Carole Guittat

Comédien : Rémi Fortin

Genre : Théâtre

Public : tout public à partir de 9 ans

Durée : 55 minutes

 

Que de nouveautés pour moi avec « Crocodiles » : les retrouvailles avec le théâtre jeune public que je n’avais pas fréquenté depuis que mes filles en avaient passé l’âge ; la découverte de la jolie annexe du Nouveau Théâtre de Montreuil ; une représentation en matinée ce qui n’est guère dans mes habitudes. Que ne ferait-on pour l’Adadiff ! De fait, « Crocodiles » en valaient vraiment la peine !

 

« Crocodiles » raconte l’histoire authentique d’Einat, jeune migrant isolé par la force de son statut d’afghan de l’ethnie Hazara et menacé à ce titre d’être réduit en esclavage par les Talibans et les Pachtounes. A 10 ans, sa mère le fait passer clandestinement au Pakistan puis le laisse accomplir le terrible périple qui nous est compté et qui le mènera en Italie auprès d’une famille d’accueil.

Sans occulter la dureté de la réalité, les mots sont accessibles et à hauteur d’enfant. Les crocodiles qui donnent le titre au spectacle sont précisément ceux qu’un jeune compagnon d’infortune d’Einat appréhende de rencontrer lors de la Grande traversée. Et la poésie s’immisce dans le regard toujours émerveillé de l’enfant malgré et contre la survie.

La mise en scène, par son économie de moyens, respecte à merveille ces qualités. Le comédien évolue dans une travée centrale qu’encadrent deux volées de gradins disposées en frontal. Au-dessus de chacun, un écran permet de voir les noms des pays traversés, d’Est en Ouest, telle une carte. Ils sont aussi le support de projection d’images de paysages ou de scènes de rue captées aux 4 coins du monde. Pour compléter le dispositif, il y a également deux petits praticables comme autant de petits promontoires pour voir où l’on est et une couverture de survie dont je tairais l’usage mais qui est du plus bel effet.

Le comédien, Rémi Fortin, par son aspect juvénile et gracile campe un jeune Einat des plus crédibles. Son phrasé est tantôt doux et imagé, tantôt fiévreux et inquiet.

 

« Crocodiles » est un superbe spectacle, engagé, pédagogique, poétique et théâtral. Personnellement, je souhaiterais pouvoir le montrer à mes élèves de 4°qui étudient, en géo, les migrations.

Catherine Wolff

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 13:58
La convivialité - La faute de l'orthographe
La convivialité - La faute de l'orthographe

Un spectacle produit par la Cie Chantal & Bernadette (Belgique) ​vu au théâtre des Halles à Avignon le 6 février 2020

 

Textes : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron

Mise en scène : Dominique Bréda, Arnaud Pirault et Clément Thirion

Comédiens : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron

Genre : Tout public, à partir de 8 ans

Durée : 1 heure

 

 « On juge votre orthographe mais on ne juge pratiquement jamais l’orthographe elle-même… » L’introduction à cette  conférence-spectacle pop et iconoclaste interpelle ! Et ce sont Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, anciens profs de français, qui vont donc nous éclairer sur les absurdités de l’orthographe  française ! Ils nous révèlent (si nous ne le savions déjà…) que notre norme orthographique est souvent arbitraire, reposant sur des règles pour le moins…nébuleuses. Ces deux belges captivants  nous proposent un spectacle vraiment drôle, on rit tout en apprenant : pourquoi un « s » à groseilles quand elles sont en confiture et pas de « s » lorsqu’elles sont en gelée ? Réponse de nos « profs » : la présence du « s » dépend du temps de cuisson …

Spectacle érudit, drôle, qui titille les méninges, « La Convivialité ou la faute de l'orthographe » fait du bien  et remet en cause nos certitudes  sur  l’enseignement de notre langue. Je ne dévoilerais pas le texte de la dictée que nous ont fait rédiger nos deux  conférenciers en début de spectacle. Elle est l’essence même de la réflexion : traduire le son par le signe, libre de toute morale, serait-ce la conclusion ?

On rit beaucoup, stupéfaits face à des absurdités qualifiées de « subtilités » par une Académie qui révèle une vraie ressource comique. Courez voir ce spectacle !

 

 

 

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 09:52
De quoi hier sera fait
De quoi hier sera fait

Spectacle produit par la Compagnie // Interstices (34) et vu au Théâtre des 13 vents à Montpellier, le 21 janvier 2020.

 

Mise en scène : Marie Lamachère       

D'après un texte de : Barbara Métais Chastanier                 

Comédiens : M. Hallouin, E. Hériteau, J. Maignan, M. Muzammal Hossain Soheb, L. Riffault, D. Valero , R. Zaatour                                  

Genre : Contemporain                                                                               

Public : Tout public                                                                                     

Durée : 2h20

 

 

La pièce est une aventure Anarchico-écolo-collapsolo-sociale dans laquelle un melting-pot de comédien-ne-s répondent à nos problèmes sociétaux à leur façon.

 

Les comédien-ne-s parlent des langues différentes (bangla, occitan, français, arabe, québécois) et ce faisant, nous comprennons leur singularité et culture. Ce melting-pot de personnages arrive à représenter une micro-société inclusive. Leur avis sur le monde divergent avant de trouver un terrain d'entente : la vie communautaire.  

 

 

La scénographie est fournie et les supports visuels/sonores sont nombreux et pourtant peu utilisés à mon goût. Le "nid de roseaux" : une grande installation en fond de scène aurait mérité d'être plus mise en valeur. A contrario la projection (de vidéos, blogs etc.) est un peu envahissante à mon goût et ne sert pas toujours le propos. Par exemple la vidéo "éco-anxiété" est noyé dans d'autres discours et perd en importance alors qu'elle mériterait une réelle discussion.

 

J'ai aimé qu'on me parle de l'abandon des villes, du privilège blanc, d'écologie prise en compte, de relation avec les autres... Cependant, il m'a plutôt semblé avoir affaire à une fiction qu'à notre possible futur et cela m'a questionné : vais-je donc au théâtre pour voir la réalité, pour rêver, pour cet entre-deux ? Ce qui est sûr c'est que cette pièce mène au débat : Allez-y en groupe !

 

A.F

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 19:28
Le Petit Prince
Le Petit Prince

Spectacle produit par le Théâtre du Kronope (84), vu le 29 janvier 2020 au Théâtre municipal de Salon de Provence.

 

Mise en scène : Guy Simon

Avec : Loïc Beauché et Anaïs Richetta.

Genre : Théâtre

Public : tout public à partir de 6 ans

Durée : 1h

 

Le Théâtre Armand est un magnifique théâtre à l’italienne. Cet après-midi, la salle est remplie d’enfants pour une représentation du « Petit Prince » mis en scène et joué par le Théâtre du Kronope, compagnie avignonnaise connue pour son univers baroque et l’utilisation de masques.

Cette nouvelle création est un défi. Le texte magnifique de St Exupéry est si connu, a été tellement joué qu’il peut sembler difficile d’en faire un moment exceptionnel. Défi totalement réussi !

La mise en scène est ingénieuse et astucieuse. Au premier plan, l’aviateur nous raconte l’histoire. Derrière lui, séparé par un écran en tulle et des jeux de lumières, l’univers plus onirique dans lequel évoluent le Petit Prince et les personnages qu’il rencontre au gré de son voyage.

Nous sommes embarqués dans l’histoire et partons pour un voyage agrémenté d’accessoires : le bureau-avion modulable, la machine à écrire (qui provoque le questionnement des enfants : mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?), un ballon blanc volant représentant les planètes, la rose-marionnette qui parle ….

Tout le savoir-faire de la compagnie est adapté et mis au service de l’univers du Petit Prince. Deux acteurs interprètent tous les rôles avec une immense sensibilité, servis par leur capacité d’expression corporelle, vocale et gestuelle.

A la fin de la représentation, les acteurs viennent répondre avec beaucoup d’humour aux questions des enfants.

 

En partant, les phrases-cultes et le rire du Petit Prince résonnent encore longtemps dans nos oreilles. Bravo !

 

 

 

 

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