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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
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les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 15:57

Cela faisait quelques années que je n’étais pas allé aux rendez-vous « Région(s) en scène », dispositif de repérage régional du Chaînon.

Pour rappel, le réseau Chaînon, c’est 11 fédérations régionales couvrant tout le territoire national, 305 adhérents de structures de programmation de spectacles, 11 festivals régionaux ainsi que l’édition du festival national « Le chaînon manquant» à Laval (53) pendant 6 jours en septembre de chaque année.

Le principe est simple : il s’agit de proposer dans les 11 fédérations régionales, un plateau d’une quinzaine de spectacles repérés par au moins 3 adhérents du réseau. L’occasion ainsi de les présenter pendant les « région(s) en scène », de les faire découvrir aux autres programmateurs locaux, et de les faire « monter » au festival national du chaînon manquant.

Selon le Chaînon, les 70 spectacles présentés au festival national permettent ensuite de créer une tournée de 800 représentations en moyenne, les plaçant comme le premier diffuseur en France. Bien sûr ces chiffres ne prennent pas encore en cause les deux dernières années de pandémie qui ont largement été préjudiciables aux tournées.

Autre raison de mon intérêt, c’est que jusqu’en 2019, l’ex région Languedoc-Roussillon était la seule à ne pas avoir de fédération régionale. Depuis, le regroupement des régions de 2015 a enfin permis que se structure la fédération Occitanie autour du Réseau Pyramid qui s’occupait déjà de la fédération Midi-Pyrénées-Aquitaine.

Aujourd’hui plus de 15 structures de l’ex Languedoc-Roussillon adhérent à la nouvelle fédération Occitanie. Un signe que les choses avancent ?

Pandémie et mesures sanitaires obligent et pris par un emploi du temps un peu chargé, je n’ai pu assister qu’à 5 spectacles en 2 jours, sans pourvoir prendre le temps commun prévu pour les repas avec les personnes présentes. Dommage, car c’est presque le plus important. Ils auraient pu ainsi éclairer ma lanterne sur la situation actuelle et leurs impressions. Ca sera pour une prochaine fois…

J’ai pu toutefois découvrir 5 spectacles différents, dont vous trouverez- si le temps me le permet-, un retour plus détaillé prochainement en ligne.

Il s'agit de :

L'Ile au tresor - cie 9 The:rmidor (31) : 3 étoiles-  un spectacle jeune public, mêlant théâtre, théâtre d'objets et musique sur le thème des pirates et de l'aventure, porté par un duo comédien/musicien très calé.

La Saga de Grimr - Cie Ensemble Drift (33) : deux étoiles- un BD concert assourdissant, dont le volume sonore bien trop haut, m'a crée des acouphènes mal venus. Dommage!

Quatre petits coins de rien du tout - cie Bachi-Bouzouk Production (46) : 2étoiles - un spectacle très jeune public, basé sur les images et la vidéo à la précision millimétrée. Technique Impressionnante de précision.

Bateau - cie les hommes sensibles (81) : 3 étoiles-  un spectacle jeune public pour adulte, plongeant avec délice dans les doux rêves et délires de l'enfant explorateur. Original et créatif

Les leçons impertinentes par Zou - Cie Le Thyase (31) : 3 Coeurs Une très belle découverte, avec Zou pédagogue de rue, qui nous parle de la place de la femme dans l'art! Du grand art!

 

Prochaines régions en scène juqu’en mars : www.lechainon.fr/regions-en-scenes/

Auvergne Rhône Alpes : 9, 10 et 11 février 2022 dans le Puy-de-Dôme et l’Allier : https://www.lechainon.fr/le-maillon-dederation-regionale-du-chainon/

Paca : 24 et 25 février 2022 dans le Var et les Bouches du Rhône : www.cercledemidi.fr/edition-2022

 

Eric Jalabert

 

 

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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 23:14
Giovanni Cittadini Cesi pour le théâtre du Rond-Point.

Giovanni Cittadini Cesi pour le théâtre du Rond-Point.

Les gros patinent bien, cabaret de carton

 

 

Un spectacle produit par la compagnie le fils du grand réseau (29) et vu au Théâtre du Rond-Point  le 7 janvier 2022.

 

Création : Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois

Comédiens : Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois

Ingénierie cartons : Charlotte Rodière

Régie plateau: Emilie Poiteaux en alternance avec Elvire Tapie et Colin Plancher

Genre : théâtre et théâtre d’objets

Public : tout public

Durée : 1H20

 

Dix ans que je ne les avais pas vus. La dernière fois, c’était pour « le gros, la vache et le mainate » avec mes collégiens. Souvenir quelque peu cuisant, non que ça leur ait déplu à mes gosses, au contraire, mais quelle pression pour moi que d’oser les amener voir un spectacle si provocateur. Alors, il m’a fallu tout ce temps pour digérer mais quel bonheur !

 

Même si la réalité est sans doute différente, je les imagine bien, Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois jouer en amont de la création tels deux gosses à « on dirait que tu serais un américain paumé au fin fond de l’Islande, maudit par une sirène ». Et à partir de cette situation initiale, dériver dans un road movie aussi tenu dans le synopsis que débridé dans la création.

Un américain donc. On le sait parce qu’il le dit et qu’il est addict au coca lequel tombe systématiquement à l’eau avant consommation. Quelque peu replet, il passe son temps assis, tiré à 4 épingles dans son complet. Il parle un idiome si étrange qu’il en est inintelligible. Pas de panique : son acolyte, grand échalas en maillot de bain, se charge de la traduction façon cinéma muet.

« Il était un petit homme… avec sa maison tout en carton » : la ritournelle est de mise ! Cartons réduits à de simples pancartes pour décoder ; cartons animés pour mimer (le battant d’un pan de carton, c’est parfait pour imiter un phoque à la queue frétillante) ; cartons marionnettes à tige pour parler des migrants qui se noient dans l’indifférence généralisée ; cartons à toutes les échelles pour dessiner des perspectives et des mouvements ; cartons accessoires pour suggérer des coiffes folkloriques et autres éventails ; cartons plus sophistiqués pour installer une échoppe éphémère, une moto, un phare !

Nos Laurel et Hardy, dans cette incroyable économie de moyens, et au-delà de la loufoquerie de l’ensemble qui fonctionne sur le comique de répétition nous servent une tranche de jeu admirable. Car il en faut du talent pour débiter un texte imbitable et des chansons qui ne le sont pas moins avec un aplomb à toute épreuve. Et il en faut un talent pour, quasiment à poil, atteindre ce degré de perfection gestuelle dans le maniement synchrone des cartons sous toutes leurs formes.

 

« Les gros patinent bien, opéra de cartons », est un spectacle intelligent, irrévérencieux, techniquement parfait et tout simplement jubilatoire.

 

 

Catherine Wolff

 

 

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 22:54
lemonde.fr

lemonde.fr

Un vivant qui passe

 

Un spectacle produit par le Festival d’Automne et le Téâtre de la Bastille (75) et vu au Théâtre de la Bastille (Pantin) le 4 janvier 2022.

 

D’après Claude Lanzmann

Adaptation : Nicolas Bouchaud, Eric Didry, Véronique Timsit

Mise en scène : Eric Didry

Comédiens : Nicolas Bouchaud, Frédéric Noailles

Genre : théâtre

Public : tout public à partir de 14 ans

Durée : 1H35

 

Fort de son succès, « un vivant qui passe » a joué les prolongations. J’ai donc pu, après que mon compagnon le découvre seul, jouer la session de rattrapage. En amont, nous l’avions tellement décortiqué - jusqu’à revenir à la source primaire - que j’ai eu peur d’un ressenti biaisé. Mais l’amie qui m’a accompagnée  a confirmé ce sentiment mitigé.

 

 

« Un vivant qui passe » est une adaptation du documentaire de Claude Lanzmann sorti en 1997 à partir des rushes non utilisés de « Shoah ». « Un vivant qui passe », c’est l’expression inouïe du protagoniste, Maurice Rossel, délégué au CICR, missionné pour recueillir des informations sur Auschwitz et Theresienstadt - et qui n’a rien vu.

Le décor, plutôt dépouillé se compose de deux espaces. A cours, la reconstitution fidèle, sous forme de trompe-l’œil, de la pièce dans laquelle Maurice Rossel a été interviewé par Lanzmann. A jardin, un espace neutre, délimité par des panneaux grisés et qui contient, au sol des enceintes et quelques cartons Cauchard. Côté cours évolue Nicolas Bouchaud dans le rôle de Rossel ; le côté jardin étant plutôt réservé à Frédéric Noailles, alias Lanzmann.

Les comédiens endossent parfaitement leur rôle. Ils sont drôles et fort pertinents quand, en préambule, ils expliquent leur méthodologie, rappellent le contexte historique, précisent le lexique. Ils sont touchants dans les deux petits intermèdes sous forme de pantomime. Ces indéniables qualités, soulignées par un travail lumière qui rythme la joute, ne compensent pas les faiblesses théâtrales.

Il y a d’abord, à mon sens, une erreur de casting. Frédéric Noailles est trop jeune pour le rôle. Par ce choix, Nicolas Bouchaud a peut-être voulu montré que, contrairement à l’argument derrière lequel se planque Rossel, « la valeur n’attend pas le nombre des années ». Peut-être a-t-il voulu camper la jeune génération qui demande des comptes. Il n’empêche, ça ne passe pas et ça révèle un manque de choix dramaturgique. « Un homme qui passe » se réduit trop à une translation  du documentaire sur les planches. Les incessants bruits de fond, le ballon rouge qui apparaît ou la coucou qui sonne et interrompent l’interviewe sont de piètres stratagèmes pour faire théâtre. Le mystère Rossel, c’est « un vivant qui passe », qui est supposé voir et voir au-delà mais qui ne voit rien. La question de la révélation est donc cruciale et si le théâtre à quelque chose à dire en plus, c’est bien là.

 

« Un vivant qui passe » a le grand mérite de transmettre le travail de Claude Lanzmann. Mais c’est une transcription littérale et au final amoindrie de l’original.

 

Catherine Wolff

 

 

 

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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 20:00
Photo DR

Spectacle de la Compagnie Le Chêne Noir (84), vu au Chêne Noir à Avignon (84), le dimanche 19 décembre 2021 à 16h.

 

 

Auteur : Julien Gelas

Mise en scène : Gérard Gelas

Comédiens : Alain Leempoel, Didier Brice, Andréa Brusque, David Talbot, Emmanuel Lemire, François brett

Genre : Théâtre

Durée : 1h50

 

 

Une farce politique, provocante et actuelle, que je souhaitais découvrir pour sa création sur le beau plateau du Chêne noir, où le public était présent aux deux tiers pour cette matinée dominicale ensoleillée.

 

Nous voilà au cœur du pouvoir, dans le bureau du président de la

République où l’on découvre dans un décor très théâtral, les échanges entre ce dernier et son premier conseiller sur la façon de gouverner le pays et donc le peuple. Seul ou en écoutant les autres ? Sérieusement ou en jouant ?

Un brin Vaudeville tant ces situations sont improbables, nous apprenons rapidement que la fille du conseiller, Éléonore, sous le pseudo de Miss Balaize est l’une des figures contestatrices les plus radicales du président à travers ses publications en ligne. De plus elle est « pilotée » en sous main par son père, lui même opposant au président, et personne ne doit le savoir…

Et bien sur le président l’apprend et pour cela engage la fille au sein de son cabinet avec un deal : si elle change d’avis sur le président après quelques mois, elle détruit son site et son million de followers. Sinon, elle continuera…

Eléonore apporte un vent de fraîcheur dans le monde bien pensant et patriarcal des hommes du pouvoir, mais on voit bien qu’elle bascule doucement, fait évoluer son jugement et se laisse séduire par les attributs du pouvoir. C’est effectivement l'un des risques du pouvoir.

Nous partagerons ainsi les arcanes de la manipulation politique, les charmes de la corruption et du chantage, les méandres du pouvoir et de l’entre-soi. Les comédiens, notamment Alain Leempoel aux faux airs de Macron, sont tous formidables et portent avec crédibilité leurs personnages, même dans les situations les plus scabreuses (celle entre les deux conseillers restera dans les anales ;-) .

Ils nous distillent de nombreuses pépites macronistes (« ceux qui ne sont rien »,  « traverser la rue pour trouver du travail »,...) font référence aux gilets jaunes, et encore plus prêt de nous, nous rappellent les incohérences des annonces du gouvernement en début de pandémie. Et même au théâtre, cela reste largement en dessous de la réalité !

J’y ai trouvé quelques longueurs- au-delà des longs changements de plateaux qui apportent une respiration à des scènes très denses- et la fin, un peu cousue de fil blanc, était attendue.

Mais il reste un beau plaidoyer sur la place du président et son hyper pouvoir au sein de l’organisation de l’Etat, ouvrant la porte à toutes les manipulations et décisions unilatérales possibles.

J’ai même entendu un spectateur à la fin du spectacle dire «  c’est un peu du Molière ». Un peu exagéré, même en cette année de commémoration, mais une proposition un peu piquante et actuelle... on ne va pas bouder son plaisir.

 

Eric Jalabert

 

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15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 16:33
Crédit : Christophe Raynaud de Lage

Crédit : Christophe Raynaud de Lage

Le Cabaret des absents

 

Un spectacle produit par la compagnie L'entreprise - François Cervantès (13) vu le 29 juillet 2021 au 11 à Avignon dans le cadre du festival OFF d'Avignon (84).

 

Texte et mise en scène : François Cervantès

Interprètes : Théo Chédeville, Louise Chevillotte, Emmanuel Dariès, Catherine Germain, Sipan Mouradian, Sélim Zahrani

Création son et régie générale : Xavier Brousse
Création lumière : Christian Pinaud

Genre : théâtre

Public : adulte à partir de 12 ans

Durée : 1H45

 

On peut jouer pour celles et ceux qui sont là, ou bien on peut jouer pour tous les autres, qui sont généralement bien plus nombreux. En l'honneur des absents, la compagnie L'entreprise donne ce soir un cabaret.

« On ne va pas vous raconter une histoire. Y a des centaines de personnages, mais y a aucune histoire ». Pourtant la pièce est bien issue d'un fait réel : le théâtre du gymnase fut sauvé de la faillite par un riche milliardaire américain qui avait été conçu en son sein, un jour où ses parents y avaient trouvé refuge. François Cervantès fait alors le rêve d'un théâtre toujours ouvert, toujours en jeu, parfois désert et donc propre à accueillir les égarés. Sur son plateau pourraient se côtoyer clowns lubriques, magiciens poétiques et divas distinguées.

Jouer tous les jours, jouer devant personne, jouer pour des absents. Si c'est le quotidien de nombreuses compagnies dans le off, la cie L'entreprise sait remplir ses salles. Le clown Arletti n'y est pas pour rien : ce petit ange monstrueux pense avec son sexe et joue avec son coeur. Si délicieusement ambigu qu'on ne s'en lasse pas, même quand le passage est assez long pour qu'on soit tenté de renommer le spectacle « Le cabaret d'Arletti ». On en sort donc avec l'impression étrange que le spectacle a cherché à combler ses faiblesses de jeu et d'intrigue par la valeur sûre du clown. Cette histoire de milliardaire providentiel est déjà théâtrale en elle-même, trop peut-être pour laisser François Cervantès s'emparer d'elle.

Il y a tout de même une tentative intéressante de penser un théâtre de la ville, en son cœur, qui la contienne et la reflète comme un lieu d'invention et de renouvellement, mais aussi d'arrachement : on y rencontrerait les apatrides, véritables citadins du XXIe. Cela ne tient pas vraiment du discours politique, ni d'une vision poétique, cela ne tient pas vraiment du cabaret ni du théâtre d'histoire, cela ne tient pas vraiment debout. 


Au moment où j'allais rester sur ma fin (le salut), toute l'équipe du 11 est venue saluer au plateau pour la représentation qui clôturait le festival. Cette fois-ci point d'absent, car personne ne manquait à l'appel, surtout ceux qu'on aimerait féliciter plus souvent : les équipes techniques et administratives, les agent.es d'accueil et de billetterie... J'aime autant croire que ce Cabaret était un peu pour eux, et pas vraiment pour moi. 

 

Mathieu Flamens

 

 

 

 

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15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 16:00
Non-crédité sur le site de la comédie de Caen

Non-crédité sur le site de la comédie de Caen

Visions d'Eskandar

 

Un spectacle produit par le collectif Eskandar (14) vu le 10 juillet 2021 au 11 à Avignon dans le cadre du festival OFF (84).

 

Texte et mise en scène : Samuel Gallet

Interprètes : Caroline Gonin, Jean-Christophe Laurier, Pierre Morice, Aëla Gourvennec et Mathieu Gouli

Musique : Mathieu Goulin et Aëla Gourvennec

Lumière : Adèle Grépinet

Genre : théâtre

Public : adulte à partir de 10 ans

Durée : 1H05

 

 

Plateau noir, lumière bleue, acteurs pâles, tension palpable. Cinq interprètes, trois micros, un violoncelle. Pas de révolution scénographique : ici, les projecteurs font feu sur le texte. Une langue particulièrement sur-articulée jonchée de mots jetés crachés proférés qui rythment cassent et relancent les phrases en tous sens en faisant fi d'une ponctuation habilement remplacée par les coups portés aux cordes du violoncelle. Une langue qui ne cligne pas des yeux.


C'est qu'il ne s'agit pas d'hésiter : aujourd'hui est jour de mort. Mickel, architecte utopiste dans un siècle cynique, sombre au fond de la piscine par temps de canicule. Everybody, caissière érotomane de ladite piscine (comme tout le monde), laisse aller sa tempe au réconfort du revolver. D'autres voix se mêlent aux leurs. La ville est remplie de celles des Érinyes d'un soir, amantes jalouses, antifascistes. Tous sont prêts à en découdre. Seuls quelques uns savent coudre.

Moment de bascule. On était au bord de... et soudain on se retrouve de l'autre côté. La seconde partie de la pièce fait se rencontrer les personnages dans le monde onirique d'Eskandar. Bon. Course-poursuite, cavalcade, cauchemars sur pattes, souvenirs reconstitués. Bon. Des négatifs jonchent le sol, souvenirs en creux d'une vie dans laquelle Mickel et Everybody se seraient connus. Bon. Dans cet entre-monde où tout devrait être fluide et mouvementé, je ressens comme un flottement, une inertie. Où allons-nous comme ça ? Comme un surplace sur l'autoroute devant les robes de l'hôpital dans lequel les corps de Mickel et Everybody attendent leurs âmes. Comme une succession d'éveils et de révélations qui n'en seraient pas vraiment. Peut-être faut-il avoir vu les deux autres volets de la trilogie pour faire de ces dessins d'enfants des tests de Rorschach ? Ou peut-être qu'au contraire j'ai trop tenté de comprendre le texte, au lieu de me laisser porter par la musique dont il n'était sans doute que la ponctuation...

J'aurai aimé voir, vraiment boire cette piscine et ces visions d'Eskandar. Les sourires qui sortaient de la salle m'ont dit que j'étais bien le seul à ne pas avoir été embarqué dans la catabase, et c'est à grand regret.

Mathieu Flamens

 

 

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 20:50
Crédit photo : Patrick Laffont de Lojo

Crédit photo : Patrick Laffont de Lojo

ILOT(S)

Un spectacle produit par la compagnie Le premier épisode (14) vu le 17 novembre 2021 au théâtre de l'idéal à Tourcoing, Théâtre du Nord (59)

 

Mise en scène : Yoann Thomerel, Sonia Chiambretto (à partir de leur "Questionnaire élémentaire" réalisé à Tourcoing)

Interprètes : Julien Masson, Jean-François Perrier, Séphora Pondi 

Scénographie, lumière, vidéo : Patrick Laffont de Lojo

Genre : théâtre

Public : adulte à partir de 12 ans

Durée : 1H10

 

Dans le public : le public. En dehors du public : la France. Sur scène : une tentative de saisir sa multiplicité.

 

Non pas une tentative, mille tentatives. Au moins soixante-cinq, le nombre de questions qui s'égrènent tout au long du spectacle, lent interrogatoire auquel on espère répondre convenablement. "Avez-vous des amis ?" "Avez-vous déjà voulu photographier un enfant Rom dans la rue parce que vous le trouviez trop mignon ?" Questions franches, fortes, cyniques, poétiques, dont on espère parfois qu'elles feront mal. "Quand vous croisez un asiatique dans la rue, pensez-vous que ses poches sont pleines de billets ?" L'homme à ma gauche hoche vivement la tête. Aïe. 1 - 0, penalty, on enchaîne sur un match de boxe façon mortal kombat, on s'en relève, le nouvel adversaire est plus coriace, il s'agit du représentant de l'administration de la mairie de Marseille qui tient entre ses mains votre éventuelle demande d'asile, bon, mais la photo est mal cadrée, mince. Revenez dans deux semaines.

 

Les questions fusent, des fils se tissent.  Des histoires - d'où partent-elles ? De quand parlent-elles ? - qui traversent le plateau, des élans, des injures. Des récits de vie qu'on écoute mieux quand on les écoute longtemps. Il y a un homme, par exemple, il ne faisait que profiter du coucher de soleil dans les montagnes, pas de quoi finir sur la voie publique, pas de quoi voir l'huissier débarquer chez lui pour "outrage à agent", pas de quoi fuir le pays. Et pourtant. Le système est injuste, mais je n'ai pas de souci à me faire, j'ai répondu juste à toutes les questions. En plus, je vais au théâtre voir un spectacle qui révèle derrière le drapeau français les trois étendards de l'Algérie, de l'OM et de la communauté LGBTQIA+. Tolérance et différences, il n'y a que sur un plateau de théâtre que cela peut exister : beau lieu pour une utopie.

 

A vrai dire, de diversité, le public n'en comportait pas tellement ; il aurait peut-être fallu lui proposer un miroir pour qu’il contemple son visage unique et homogène. Sur scène, et c’est heureux, un autre son de cloche est proposé : à côté des acteurs et de l'actrice - merveilleuse, d'ailleurs, et forte, touchante, capable en douze secondes de changer la douce remontrance d'une institutrice en violence policière - on trouve des écrans, et sur ces écrans, des visages, des gens, des vrais gens, dont un garçon qu'on ne peut voir qu'ici puisqu'il s'est enfermé dans les toilettes du train pour échapper aux contrôleurs. Et c'est incontestable : ces personnes qui ne sont pas là, elles ont leur mot à dire. Sans doute pour cela n'ont-elles pas besoin du théâtre, mais le théâtre a besoin d'eux. En espérant que grâce à cela nous serons tous devenus, ce soir, non pas meilleurs, mais simplement un petit peu moins entre nous, un peu plus avec eux.


 

Je rencontre à la fin de la représentation Séphora Pondi, une des trois interprètes du spectacle, pour recevoir son éclairage sur la pièce.

 

Mathieu Flamens : Que dire à un spectateur ou une spectatrice qui sortirait de salle en ayant l’impression qu’on lui a fait la morale ?

 

Séphora Pondi : Je dirais dans ce cas que je n’étais pas très bonne ce soir ! Ce sont des questions assez insolentes pour certaines. Même si elles sont assez piquantes et politiques, on essaye de les prendre en charge de manière ludique et avec une certaine innocence. On peut aussi partir du principe que si le spectateur s’est senti accusé, ça le regarde non ? Rires. Ce sont des questions, pas des affirmations. 

 

M.F. : Le spectacle fourmille d’esthétiques et de fils lancés, à tel point qu’on ne sait pas toujours si l’on est dans une narration ou non. Est-ce que vous incarnez toujours un personnage ?

 

S.P. : Non, ce que j’ai à faire, c’est de faire parvenir une écriture. Surtout dans cette pièce où l’on est très peu identifiable : on n’est jamais nommé, on ne fait que poser des questions, on s’empare de récits... J’aime bien ces ruptures, j’aime donner le sentiment qu’on esquisse quelque chose et que ça disparaît. J’espère quand même qu’il y a un fil rouge entre toutes ces choses qu’on tisse. Même si on n’incarne pas des personnages au sens strict du terme, ou académique. Cela me plaît, et j’espère que ça parvient quelque part, ne serait-ce que dans le goût d’entendre. 

 

M.F. : Quelque part, mais où ? A qui s’adresse ce spectacle ?

 

S.P. : Je le trouve tellement étrange que ce serait difficile à dire. Les gens qu’on a interviewés sont venus - à Théâtre Ouvert par exemple, ils étaient au plateau. Ce spectacle, ça fait des années qu’on travaille dessus. Yohann et Sonia ont commencé à bosser sur le questionnaire il y a sept ans, et je les ai rejoins en 2017. La question du public qui vient voir le spectacle, malheureusement, elle n’est pas entre nos mains. Toutes les questions concernant l’habitus, le cadre de vie, le goût, n’ont pas vocation à conforter le spectateur mais au contraire à lui faire prendre conscience qu’il partage un système de signes qui font qu’une population est homogène. Ce soir, je n’ai pas eu le sentiment que tout le monde était pleinement en accord dans la salle par rapport aux questions liées à la police, notamment.

 

M.F. : Est-ce que tu as espoir que cette pièce ait un effet, qu’elle serve à quelque chose ?

 

S.P. : Il se trouve que le théâtre, ce n’est pas mon milieu de départ. Je sais qu’avec Yohann et Sonia, il y a des endroits de reconnaissance. Dix ans en arrière, quand j’ai commencé à faire du théâtre, ça m'aurait beaucoup plu de savoir qu’il y avait une potentielle famille théâtrale, des gens avec qui on avait le même regard, la même envie de parler des mêmes choses. Ce que j’aimerais, ce serait que des gens qui étaient comme moi il y a dix ans la voient et se sentent intégrés, racontés. Cela me plairait beaucoup. 

 

Mathieu Flamens

 

 

 

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 20:28
Crédit : Barbara Buchmann

Crédit : Barbara Buchmann

Sosies

Un spectacle produit par le théâtre des Halles, vu le 10 juillet 2021 au Théâtre des Halles dans le cadre du festival OFF d'Avignon (84). 

 

Texte : Rémi Devos

Mise en scène :  Alain Timár

Interprètes : John Arnold, Victoire Goupil, Xavier Guelfi, Christine Pignet, David Sighicelli

Lumière et musique originale : Richard Rozenbaum

Genre : théâtre

Public : à partir de 14 ans

Durée : 1h30

 

Un fait divers, divertissant de fait : en 2013, dans les Vosges, un sosie de Gainsbourg manque d'assassiner un sosie de Johnny Hallyday pour une histoire de pelouse. Sur une commande d'Alain Timar, Rémi de Vos se saisit de l'événement pour en faire une farce psycho-sociale sur fond de discours identitaire.

Sosies rassemble les pros de la pâle imitation : mauvais Guinz, Johnny d'outre-tombe, carcasses branlantes se raccrochant à des mythes qui n'existent plus et qu'ils n'ont jamais incarnés. Qu'est-ce qu'une icône sinon quelqu'un d'inimitable ? Qu'est-ce qu'un raté, sinon quelqu'un qui s'entête à essayer ? Le sosie n'hérite pas de la gloire de l'icône, mais de sa date de péremption : depuis trente ans, ce Guinz n'a plus la côte. À ce titre, la pièce s'accorde bien à son propos : le pseudo dénuement du plateau, les costumes fanfreluches et bigoudis, le rire vaudevillesque sur fond de méta-théâtralité... Alain Timar choisit une esthétique passée de mode depuis quelques dizaines d'années. À part la poussière, rien de nouveau sous le soleil.

Cette poussière se dépose sur les acteurs comme un linceul en macramé fuchsia. C'est absolument kitsch, donc absolument franc : ici tout se crie, rien ne se pense. Jean-Jean s'égosille, en même temps qu'il vient d'apprendre qu'il a été adopté - "Quoiii ?!" - qu'il s'appelle en fait Rachid - "Quoiii ?!" - que son père adoptif est homosexuel - "Quoiii ?!" - et j'en passe et des moins bonnes. De la tragédie familiale low cost, on passe doucement à des questions plus fondamentales : comment on est beau, quand on est pour de faux ? Comment on est fier, quand on n'est pas du tout ? On danse tout de même, on prend la pose, on se maintient. On se glisse sous un projecteur de discothèque de village, la tête encadrée par les lignes d'ampoules des loges. On se tricote un renoncement. On tue son voisin pour se faire une place dans le journal. Il y a les jeunes, aussi, et leurs yeux légèrement plus écarquillés, résolus à ce qu'on ne chiffonne pas leur coeur essuie-tout. Il leur reste à apprendre à rêver mieux que leurs parents.


Si vous non plus vous n'avez jamais rencontré personne qui vous ressemblait, si vous aussi vous avez toujours échoué à ressembler à vos modèles, rassurez-vous : au théâtre, vos sosies vous attendent.

 

Mathieu Flamens

 

 

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 14:40
Crédit : Michel Devijver

Crédit : Michel Devijver

Grief and beauty

Un spectacle produit par le NTGent , vu le mercredi 17 novembre 2021 à la Condition Publique de Roubaix dans le cadre de la saison nomade de la Rose des Vents (59). 

 

 

Mise en scène : Milo Rau

Interprètes : Arne De Tremerie, Anne Deylgat, Princess Isatu Hassan Bangura, Staf Smans

Création sonore et musique live : Clémence Clarysse

Création lumière : Denis Diels

Genre : théâtre

Public : tout public dès 14 ans

Durée : 1h35

 

 

Je trouve ça difficile de parler d'un tel spectacle. C'est le sujet lui-même qui étouffe un peu les mots dans la gorge. Il s'agit de la mort. Non pas la mort en elle-même, grande faucheuse de noire vêtue, mais la mort pour les autres : pour le défunt, pour celui ou celle qui va mourir, pour les proches, pour ceux qui ne savent pas bien ce que c'est (moi).

 

Puisque la mort ne me parle pas, je préfère ne pas parler de la mort et me concentrer sur le spectacle. Milo Rau, j'avais déjà vu son travail pour la Reprise ("reprise" avec casting, procès et mise en scène du meurtre à caractère homophobe du jeune Ihsane Jarfi). Point de jeunesse triomphale fauchée en plein vol : ici, nous faisons face à un petit appartement adapté pour un malade veillé par ses proches. Lumières douces, calmes, qui viennent en partie du plateau et nous éclairent un peu. Pas de vacarme, pas de religiosité trop austère non plus, on s'autorise quelques rires, on prend le temps de se souvenir et de parler d'autres choses que de la mort, tout de même. Du Petit Prince notamment, que le petit fils avait joué étant petit, il était drôle, on joue à se fabriquer des souvenirs de cette fois-là ou de cette autre. Il y avait cette scène, entre le Petit Prince et le serpent, qui le mord pour le renvoyer dans un autre monde. Touchantes dans leur maladresse, les métaphores nous ramènent au sujet : ce lit d'hôpital, cet homme, son corps, son âge et les souvenirs qu'il charrie, et qu'il oublie sans doute tant qu'on ne les raconte pas. On sait qu'il faudra se taire, ce sont les lumières qui nous l'apprennent. Elles vacillent.

 

On continue d'attendre, de regarder passer le temps. C'est un peu long, c'est normal, la mort réaliste n'obéit pas au rythme habituel des histoires. Cela va arriver, on ne sait pas vraiment quand, alors on se relaie pour l'attention - d'autant que ce n'est pas toujours simple de passer sans cesse du français à l'anglais et au flamand, de la bouche des comédien.nes aux écrans de surtitrage. On suit, on tient, on s'adapte, et par cela-même on est ensemble avec cet homme. Avec cet homme, et avec une femme aussi, qui n'est pas là. Martha a choisi sa mort, et le regard qui l'accompagnerait : son euthanasie a été filmée par Milo Rau. Son visage s'étend en hauteur au dessus d'une scénographie plutôt horizontale. Appartement taille réelle, visage immense. Présence du théâtre, contrairement au cinéma qui montre des enregistrements passés, déjà fantomatiques. Mais au moment-même où Martha s'éteint, la mort s'impose sur l'écran dans toute sa présence, dans toute sa réalité. C'est drôle, il suffit d'un rien, d'un mort, et le cinéma devient du théâtre.

 

Il n'y a plus "les personnages" et "leurs histoires" et "leurs proches". Il y a le spectacle de la mort, et les vivants qu'elle rassemble. Silence et lumière. Grief and beauty.

 

Mathieu Flamens

 

 

 

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 13:59
Crédit :  Huma Rosentalski

Crédit : Huma Rosentalski

Stallone

Un spectacle produit par le Centquatre-Paris (75) et coproduit par le Festival d’Automne à Paris et le Théâtre Sorano à Toulouse avec le soutien de l’Adami et de GoGoGo films, vu le mardi 28 septembre 2021 à la salle Allende de Mons-en-Baroeul dans le cadre de la saison nomade de la Rose des Vents (59). 

 

Texte : librement inspiré de la nouvelle Stallone d'Emmanuèle Bernheim, Editions Gallimard

Mise en scène : Fabien Gorgeart

Interprètes : Clotilde Hesme, Pascal Sangla

Création sonore et musique live : Pascal Sangla

Création lumière : Thomas Veyssière

Assistante à la mise en scène : Aurélie Barrin

Genre : théâtre

Public : tout public dès 14 ans

Durée : 1h15

 

 

On les connaît, on les fredonne, on les beugle en serrant les dents quand on court en converses rouges : les notes d’Eye of the tiger infusent dans l’imaginaire collectif comme un bon verre de Gin Tonic. Lise les découvre au cinéma et sa vie vole en éclats. Désormais, son ange, ce sera Stallone. Clotilde Hesme campe une jeune fille décidée à rendre les coups, précise et courageuse à côté de son partenaire de jeu et de création sonore, Pascal Sangla. Le sillage de sa rage fait fleurir les visages. Nous non plus, on ne se laissera plus faire. Lumières douces et couleurs franches, scénographie claire ; le visuel sait ici se mettre au service de la voix. Dans cette émouvante légèreté, on n’oubliera jamais que le rêve tient de la révolution. 

 

Mathieu Flamens : Enfin de retour au théâtre pour cette ouverture de saison de la Rose des Vents !

 

Clotilde Hesme : On est content de reprendre, de rouvrir ces lieux de culture dans lesquels il n’y avait aucune incidence du virus et qu’on avait fermés très arbitrairement. On sent que le public a besoin du spectacle vivant et de ne plus rester seul derrière un écran. On a besoin de partager ensemble !

 

M.F. : Ce métier de comédienne, il s’agit de boxe ?

 

C.H. : Je pense qu’il y a une analogie entre les deux. Stallone dit ça : “les coups les plus importants sont pas ceux qu’on donne mais ceux qu’on reçoit”. Ils ont en commun le fait de rester debout. Se prendre des coups, avancer, rester, pouvoir recevoir, rendre… J’aime bien cette idée là. Il y a quelque chose qui ne ment pas. Les corps ne mentent pas. Le cinéma, je trouve, est plutôt l’art du mensonge. Le théâtre et le sport sont des endroits de vérité, et c’est pour cela que je les aime. 

 

M.F. : Lise a eu à se battre jusqu’au bout, apprendre à rendre les coups ? Quelqu’un qui a dû effacer sa timidité pour se battre ?

 

C.H. : Il s’agit d’une œuvre qui nous révèle, qui réveille. Que ce soit un film, un livre, une peinture… Qu’est-ce qui nous émeut, au sens de “mettre en mouvement” ? Il s’agit de ça : quelqu’un qui possède une vie un peu monotone, monocorde… Et soudain quelque chose la réveille. C’est un film, Rocky 3. On se retrouve d’ailleurs face à des jeunes qui n’ont aucune idée de qui est Stallone, et à qui cela parle quand même. Voilà qui est magique. 

 

M.F. : Vous pensez à toutes les Lise possibles qui vous regardent dans la salle ?

 

C.H. : Mais oui ! Une jeune fille dans un lycée m’avait dit “l’histoire est banale”. C’est de ça qu’il s’agit : trouver le spectaculaire dans la banalité, le quotidien de nos vies. En fait, toutes les histoires sont banales, on a déjà tout raconté. Alors que cette vie là… C’était plutôt une critique de la part de cette très jeune fille qui découvrait Stallone mais je lui souhaite la banalité d’une vie comme celle de Lise. Toutes les vies peuvent être accomplies derrière leur apparente banalité. Il s’agit d’aimer, d’apprécier un bonheur simple. Cela parle de ça. D’aimer, d’apprécier un bonheur simple, et de la vie dans ce qu’elle a de plus simple. Une œuvre vous bouleverse, vous n’avez de cesse de lui rendre hommage et grâce à elle vous rencontrez l’amour. Elle a vécu pleinement sa vie. Oui c’est peut-être très banal, mais c’est l’histoire d’un accomplissement. 

 

 

Mathieu Flamens

 

 

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