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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
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On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 14:44
Crédit : Pacal Victor

 

 

Spectacle du CDN de Saint-Denis, vu au Théâtre National Populaire de Villeurbanne (69) le 12 mars 2021, présentation réservée aux professionnels, contexte sanitaire oblige.

 

Texte : d’après  « Onéguine » d’Alexandre Pouchkine, traduit par André Markowicz

Metteur en scène : Jean Bellorini

Réalisation sonore : Sébastien Trouvé

Interprètes : Clément Durand, Gérôme Ferchaud, Antoine Raffaelli, Matthieu Tune, Mélodie-Amy Vallet

Genre : théâtre musical, conte pour adulte

Public : adulte

Durée : 2h

 

Evgueni Onéguine. Un nom qui résonne, un nom qui caresse, un nom qui obsède. Evguéni Onéguine. Prononcé avec délice. La chaleur dans la voix, l’appétit des lèvres, l’âpreté du palais. Evguéni Onéguine. Ici, la Russie se savoure d’abord par la langue. 

 

 

Dès le début du spectacle, on nous regarde dans les yeux. Quelque chose d’important se prépare, il ne faut pas desserrer les dents. Le maintien des acteurs nous impose une certaine droiture. Nous ne sommes pas invisibles ; nous sommes les juges d’un drame rejoué sous nos yeux ; nous ne pouvons pas demeurer indifférents. Au centre du dispositif bifrontal, deux tables, un piano, des chaises plantent le décor d’un intérieur bourgeois, tapis rouge du défilé des destins. Un personnage rhapsode - littéralement, “tisseur d’histoires” - nous invite, rituellement, à poser les casques audios sur nos oreilles sans se départir de son étrange sourire. Étrange, car nous sommes sur une terre étrangère, dans une langue étrangère. C’est une très belle réussite d’André Markowicz : parvenir à rendre ce texte entièrement intelligible sans jamais renier son étrangeté. Par les casques, nous nous tenons au plus près de la bouche, micro cravate tenu du bout des doigts contre les lèvres, dans un geste d’une sensualité confondante. Du bout des lèvres, le spectacle a un goût de neige. 

 

Onéguine est ainsi un conte qui s’écoute autant qu’il se contemple, grâce à l’excellent travail de MAO de Sébastien Trouvé. Bottes claquant sur le carrelage, manteau de fourrure froissant la neige, verres de vodka s’entrechoquant. De strophes en apostrophes et de vers en rêves je me sens gagner par l’ébriété de ce langage musical sur lequel on dérape comme sur une plaque de glace. La neige continue de rosir nos pommettes. 

 

Souples et seuls, encore, les corps se meuvent, encore, les verres s’entrechoquent. Il faut poursuivre et tuer l’ennui quitte à brûler les lèvres à d’autres lèvres, à d’autres verres, quitte à l’adultère, quitte à tuer. Au drame, Onéguine sacrifie sa beauté, sa jeunesse, son confort. Immoral, de ne pas savoir se contenter ? Théâtral, plutôt. Théâtral Onéguine, désabusé de son élégance, élégant car désabusé. Inconstant, furieux, lâche, fier ; d’une virilité puissante et décadente, dévoré de l’angoisse et du désir de se voir sombrer. Un autre verre, un autre mot ! Il faut fêter la chute. La trame se tisse autour des chandeliers sous une lampe lunaire qui ne fait jamais totalement disparaître nos visages. Et dans un coin de la salle, assis sur les escaliers des gradins, apparaît celui du metteur en scène Jean Bellorini. Très beau, soucieux, regard vif, comme s’il avait fait naître le spectacle en silence, à force de le regarder. 

 

La vie d'Evgueni Onéguine est un brouillon : déchiré, détruit, froissé, imbibé de toutes ses larmes. Un brouillon que Pouchkine, Markowicz et Bellorini sont parvenus à déplier du bout des lèvres pour l’offrir à nos yeux. 


 

Mathieu Flamens

 

 

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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 23:09
touneboule.com

touneboule.com

Les enfants, c'est moi

Un spectacle de la «Cie Tourneboulé» (59) vu au Théâtre Paris-Villette le 1 décembre 2020.

 

 

Mise en scène et écriture : Marie Levavasseur

Comédiens : Amélie Roman et Tim Fromont Placenti

Musique : Tim Fromont Placenti

Marionnette et objets : Julien Aillet

Genre : théâtre d’objets, marionnettes et clown

Public : Jeune public (à partir de 8 ans)

Durée : 1H

 

 

Depuis que mes filles sont grandes, je ne vois plus qu’exceptionnellement du théâtre jeune public. Mais par les temps qui courent, tout est bon à prendre ; en l’occurrence, « les enfants, c’est moi ». Plaisir inouï de retourner au théâtre mais le spectacle ne m’a pas convaincu.

Le théâtre Paris-Villette, établissement public de la Ville de Paris, se spécialise de plus en plus dans le jeune public, à entendre au sens large. Il vient de faire peau neuve et cette restauration n’était pas pour rien dans cette générale, exceptionnelle à plus d’un titres : l’émotion d’être tout simplement là et faire partie de la vingtaine de privilégiés (sur une jauge de 200 places) nous ont rappelé, s’il en était besoin, l’importance vitale du spectacle vivant.

« Les enfants, c’est moi » raconte l’histoire d’une femme-enfant qui devient mère et qui découvre les joies et les affres de la maternité. Le personnage principal, des plus fantasques, est un clown à la voix qui oscille entre voix d’enfant et voix de sorcière.  Il évolue dans un univers de marionnettes et de théâtre d’objets très baroque. A cours, le pupitre musical (clavier, guitare, petites percussions, chant) de Tim Froment-Placenti. A jardin, de beaux arbres modulables en fer forgé. En avant scène, tout un peuple de poupées  et d’objets miniatures qui vont servir au jeu et à la définition de différents espaces scéniques. En fond de scène, trois allemandes et  un autel champêtre et suspendu, dédié à la Vierge, mère de toutes les mères. Des cintres tomberont aussi maints accessoires car notre jeune maman n’est pas encore sortie de la pensée magique.

La manipulation des objets et des marionnettes à tige, les changements de voix, les gobos, le jeu en général sont agréables à regarder. Il y a de très jolies images comme ce landau qui, tel un automate, se déplace seul, s’illumine de l’intérieur et fait entendre une comptine revisitée. Les clins d’œil au répertoire du conte sont légion. Et malheureusement, c’est là que le bât blesse.

A qui ce conte contemporain est-il destiné? Je ne suis pas sûre que les problématiques de la maternité palpitent  les plus jeunes ? Leur montrer que les parents ont des limites, qu’ils sont parfois débordés au point de ne rêver qu’à un pot entre potes me semble tout à fait salutaire. Mais de là à faire de cette mère immature et « qui se sent nulle » une mère qui abandonne me semble infliger une insécurité psychologique inutile aux enfants. Bien sûr, Du « Petit Poucet » à « Hansel à Gretel », ce ne sont pas les histoires d’abandon qui manquent dans les contes. Sauf que le contexte historique était différent. Sauf que n’est pas qui veut les frères Grimm ou Andersen ! Que les enfants aient des ressources à toute épreuve, certes, mais contrairement à ce qui est chanté, ils ne sortent jamais indemnes des « familles en vrac ». Alors, ce conte s’adresserait-il aux adultes? En ce cas, on serait en droit de demander autre chose qu’une voix  pseudo enfantine et une autre musique que des chansons à la Henri Dès.

 

« Les enfants, c’est moi » est un spectacle agréable visuellement. Mais son propos est d’autant plus ambigu que le synopsis n’annonce benoîtement qu’un « conte initiatique aussi drôle que grinçant pour réfléchir ensemble à la relation qui nous lie, parents et enfants ».

 

Catherine Wolff

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 22:24
Avec le paradis au bout
Avec le paradis au bout

Spectacle de la Cie le Théâtre de l’Eclat  (75) vu le 24 octobre 2020 au LMP.

 

Texte : Florian Pâque

Mise en scène : Florian Pâque

Interprétation : Sanda Bourenane, Florian Pâque, Léolia Salvador, Nicolas Schmitt, Lisa Toromanian.

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 1H 30

 

Dans la myriade d’annonces de spectacle que reçoit l’Adadiff, il y avait celle du LMP. Nous sommes voisins. Le synopsis d’ «avec le paradis au bout » était intéressant ; le spectacle avait remporté « le coup de cœur de la Presse » au festival Off d’Avignon 2018. L’Adadiff ne l’avait pas chroniqué à l’époque. C’était donc l’occasion rêvée de le faire.

 

« Nous sommes les enfants de la brèche, les enfants de la chute ; et nous sommes devenus des adultes emmurés ». Cette jolie phrase résume le propos de la pièce : cinq comédiens trentenaires, trois femmes et deux hommes, nés donc peu ou prou au moment de la Chute du Mur, entreprennent de raconter l’atroce désillusion politique et sociale qui a suivi cet événement pourtant porteur de tous les possibles.

Nous suivons donc les soubresauts de ce bas monde par le prisme de tableaux successifs qui mettent en lumière tantôt une décade, tantôt une année ou un évènement particulièrement marquants.  Un très beau poème et une devise propre au groupe sont réitérés à des moments-clefs et rythment l’ensemble.

La mise en scène et la scénographie sont ingénieuses. Les murs de scènes sont recouverts d’une installation faite de sacs plastiques. On dirait une grotte. Ces sacs contiennent les innombrables accessoires du spectacle. Les changements se font à vue. A force de farfouiller dans les sacs, la scène est jonchée de détritus, à l’image de notre monde. L’éclairage, très soigné, dessine des espaces de jeu. Le jeu est riche et varié. Les comédiens campent de multiples personnages avec virtuosité. Ils entonnent des chorégraphies et des chants ; ils n’hésitent pas à interpeller les spectateurs et à rebondir sur l’actualité. Malgré la gravité du propos et la dénonciation politique, le spectacle est enjoué et souvent drôle.

Je déplore néanmoins quelques défauts qui gâchent un peu l’ensemble. C’est d’abord beaucoup trop long, à commencer par la dernière scène littéralement interminable. A force de vouloir tout dire, on tombe un peu dans le catalogue et pire, parfois, dans le hors sujet. La mise en abime du spectacle, à un moment, n’apporte rien à mon sens si ce n’est de nous perdre un peu dans une chronologie somme toute fort aléatoire. Enfin, les transitions mériteraient d’être atténuées.

 

« Avec le paradis au bout » est un spectacle prometteur en texte et en trouvailles scéniques, porté par une belle équipe de comédiens  mais qui ne m’a pas complètement convaincue.

 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 19:27
Le vilain petit canard
Le vilain petit canard

Spectacle  de la compagnie Kronope (84) vu à la Fabrik Théâtre le 16 octobre 2020.

 

Auteur : collectif Kronope

 Mise en scène : Guy Simon

Comédiens : Loïc Beauché,  Anaïs Richetta, Clotilde Durupt

 Genre : Théâtre

Public : Tout public à partir de 6 ans

Durée : 1h

 

A la Fabrik Théâtre, l’accueil se fait toujours côté cour. Petits et grands attendent impatiemment d’être placés, crise sanitaire oblige ….

Le spectacle commence dans une cour d’école. Une petite fille et un petit garçon, un nouveau. Il n’a pas de copains encore. Il se trouve laid. Elle aussi le trouve moche. Et elle ne se gène pas pour le lui dire, l’embêter et le rabaisser ….

L’histoire du vilain petit canard est celle d’une cane qui couve trois œufs dont l’un est très différent et d’où va sortir un caneton lui aussi très différent. Rejeté de tous, moqué, tapé, il est contraint de partir loin de sa famille. Ceux dont il croise le chemin ne l’acceptent pas non plus. Il rencontre le rejet, des dangers, la mort, le froid de l’hiver. Un jour de printemps cependant, il regarde son reflet dans l’eau et découvre qu’il est devenu un magnifique cygne, tellement beau que tout le monde va l’admirer.

La mise en scène est – comme dans toutes les pièces du Kronope – virevoltante, décalée, rythmée à en perdre le souffle. Trois acteurs jouent un nombre infini de rôles ; les personnages sur scène se succèdent et ne se ressemblent pas. Les enchaînements sont parfaits et surprenants. Lumière, sons et mise en scène sont en harmonie totale.

L’histoire se déroule dans une superposition d’ambiances, de plans scéniques, d’univers. On voyage de la cour d’école à un conte du siècle dernier, en passant pas la mare aux canards  et par d’autres mondes totalement imaginaires. Un intermède en rap rythme ces passages.

Avec des éléments de décor très simples, les acteurs créent des lieux tout particuliers. Ainsi, on nage dans l’eau avec le vilain petit canard, alors qu’il n’y a aucune eau sur scène. Des tissus vont servir à créer un univers glacial avant de se transformer en magnifiques ailes de cygne.

Les détails sont succulents : le chat qui fait des étincelles, le chien qui se perd sur scène, les pattes palmées des canards, l’œuf que pond la poule sous nos yeux, la danse aux éventails. Un grand bravo pour les costumes, qui sont tous plus beaux et ingénieux les uns que les autres.

 

Ce conte de Hans Christian Andersen est autobiographique et nous amène à faire des parallèles avec nos propres histoires, nos rencontres avec la nature humaine, quelque soit notre âge.

L’histoire – et son interprétation – nous parle de la différence, qui initialement handicapante, devient finalement  un atout. Elle nous parle de l’acceptation de soi, de l’acceptation par les autres.

Qu’est-ce que les enfants vont en retenir ? La différence et les comportements cruels qu’elle provoque ? La possibilité de devenir soi-même, de s’aimer et d’être aimé par les autres ?

Quoi qu’il en soit, les jeunes spectateurs ont été captivés, même les moins de 6 ans, et ce tout au long de la pièce. La troupe nous a tous embarqués dès les premières minutes.

A consommer sans modération de 6 à 106 ans!

 

 

Maren Scapol

 

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 12:25

 

 

I Killed the Monster

Spectacle de la compagnie du Roi Zizo (56) vu le 20 septembre au théâtre Mouffetard (75)

 

De et avec : Gildwen Peronno

Genre : théâtre d’objets

Public : Tout public à partir de 9 ans

Durée : 27 minutes

 

 

 

Dans le cadre du festival Scènes ouvertes à l'insolite, le Théâtre Mouffetard et le Théâtre aux Mains Nues proposaient plusieurs parcours permettant de découvrir des "artistes émergents et des créateurs audacieux", représentant de la nouvelle génération de marionnettistes. Le parcours que je suis allée voir au Théâtre Mouffetard se composait d'une adaptation pour marionnettes de « l'Ambigu » de Roland Topor et d'une création de théâtre d'objets, « I killed the Monster », très librement inspiré par le chanteur compositeur Daniel Johnston. 

 

J'avais choisi ce parcours pour découvrir la petite pièce de Gildwen Peronno. La référence à Daniel Johnston n'était pas étrangère à mon choix, tout comme la technique du théâtre d'objets, qui m'intriguait.

Le comédien apparait derrière un grand bureau sur lequel il fera jouer ses objets, éclairé par un abat-jour imposant qui viendra rythmer les tensions du récit. L'histoire, la voici : dans un petit village des Ardennes, Daniel, un jeune homme "peu adapté", se voit proposer par un laboratoire de tester un nouveau médicament. Daniel ne respecte pas les doses et tout dérape… on bascule du côté des faits divers… 

Comme son auteur l'indique, cette petite pièce très enlevée reste dans la série B, donc dans une certaine légèreté. Les moyens du théâtre d'objets sont simples et modestes, ils rappellent les histoires qu'on se raconte enfant et la pièce peut d'ailleurs être vue à partir de 9 ans. On se régale des trouvailles très judicieuses, telles cette pâte bleue et gluante, qui vient recouvrir les passages à l'acte de Daniel ou encore cette épatante séance au dancing pour trios de paires de chaussures. Le jeu de Gildwen Peronno est vif et généreux. Les musiques utilisées sont issues de films mythiques (horreur, thriller ou étrange) et viennent accompagner avec précision nos émotions. Par son côté minimaliste, le théâtre d'objets suggère plus qu'il ne présente et la mise en scène est en ce sens très réussie. J’ai ri, frissonné et regretté que cette pièce ne dure que 27 minutes. 

 

Ce spectacle est également programmé dans le cadre du Festival jeune public La Grande Echelle qui a lieu les 9, 10, 11 octobre prochain à La Villette (75).

 

Hélène Lambert

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:56
Christophe Raynaud De Lage

Christophe Raynaud De Lage

A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant ou La sortie de Résidence

Un spectacle produit par la Cie des 26 000 couverts (21) et vu à la Garance le 14 février 2020.

 

 

Mise en scène : Philippe Nicolle

Texte : Ecriture collective sous la direction de Philippe Nicolle avec la participation de Gabor Rassov

Interprètes : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Aymeric Descharrières, Servane Deschamps, Sébastien Chabane, Olivier Dureuil, Anne-Gaëlle Jourdain, Erwan Laurent, Michel Mugnier ou Hervé Dilé, Florence Nicolle, Philippe Nicolle ou Gabor Rassov, Laurence Rossignol

Durée : 1h45

Genre : Théâtre de rue en salle

 

“On m’arnaque.”, je pense dès le début du spectacle, que l’on me présente comme une balbutiante sortie de résidence dont il faudrait excuser les ratés. “Je suis sûr qu’on m’arnaque.” Et j’adore qu’on m’arnaque. Ne vous laissez pas tromper par leurs airs de gaffeurs amateurs, les 26 000 couverts sont de véritables virtuoses du comique.

 

Il s’agit avant tout d’un spectacle sur la mort au théâtre - non, il aurait dû s’agir d’un spectacle sur la mort au théâtre, s’il n’y avait pas eu quelques couacs ou problèmes techniques ou décès sur le chemin. C’est la première, l’affaire est sérieuse, on ne rit plus. Qu’importent les embûches, les 26 000 couverts sont en roue libre, bien décidés à trouver mille parades pour dévaler la pente de la catastrophe. L’engagement des comédiens dans chaque proposition est total. Toute tentative ne sera abandonnée que lorsque le ratage sera un succès phénoménal. “Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.”, dit Beckett. Il s’agit bien de tout rater. Rien ne doit tenir debout, ou bien c’est un pur hasard et les comédiens sont les premiers à s’en étonner. Dans ce jeu de massacre, les 26 000 parviennent à rater avec virtuosité, ce qui les rend invincibles puisque l’échec devient une réussite et la réussite reste couronnée de nos rires. Le théâtre tout entier est brûlé par les deux bouts pour ce grand feu d’artifice : spectaculaire, ombres chinoises, chanson pédagogique, opérette, lecture théâtralisée… Tous les genres et les esthétiques sont passés à la moulinette au plateau, dans une gestion du rythme affolante de vivacité. Soudain un nouvel accident vient interrompre la représentation, le public est en déroute, “Nous aussi!” s’écrient les comédiens. 

 

“Mais est-ce que ça fait partie du spectacle ?” se demande-t-on à chaque instant. Aucune importance, tant est remarquable leur sagacité à faire feu de tout bois, que l’accident soit réel ou prévu. Et puis si nous allons au théâtre, c’est sans doute parce que nous avons plutôt besoin de surprise et d’inattendu que de réel. Avec les 26 000 couverts, nous sommes en quelque sorte en sécurité car le rire provoqué par le spectacle est toujours émerveillé, plutôt poétique que cynique, dans une dérision constante qui n’humilie jamais. Bien sûr, nous sommes parfois à la frontière de l’angoisse (n’est-ce pas dangereux ? Faut-il s’inquiéter ? Suis-je le dindon de la farce si je m’inquiète alors que je suis au théâtre et que tout est pour de faux ?) mais le malaise est toujours habilement dosé pour n’être jamais insidieux. Finalement ce n’est peut-être pas tant la mort que le pire qui pourrait être le motif central de la pièce, le malaise d’un accident toujours possible mais jamais prévisible dont il est possible de rire, encore et encore, jusqu’à faire pousser des ailes à la gravité.  

 

A bien y réfléchir, je vous conseille d’aller vous faire fendre la poire par les 26 000 couverts au moins pour la surprise de tous les effets et procédés que je ne saurai évoquer sans les gâcher. Au moins pour la superbe interprétation écocitoyenne de la chanson du Hérisson et du Lapin. 

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:45
Crédit : Le Bruit de la Rouille

Crédit : Le Bruit de la Rouille

Antoine et Cléopâtre

Un spectacle produit par la Cie Le Bruit de la rouille (69) et vu au théâtre du Balcon le 26 janvier 2020.

 

 

Mise en scène : Melaine Catuogno

Texte : William Shakespeare

Interprètes : Mélaine Catuogno, Vivien Fedele, Julien Perrier et Alexandre Streicher

Durée : 1h40

Genre : Théâtre 

 

Il faut du muscle pour s’attaquer à Antoine et Cléopâtre, et ce n’est pas chez la compagnie du Bruit de la Rouille qu’il fait défaut. A perdre haleine au rythme du tambour, quatre comédiens jonglent durant une heure quarante avec huit personnages pour tenir l’attention du public d’une poigne de fer. Pas question de cligner des yeux : dans ce blockbuster antique, un battement de cils et le monde s’effondre.

 

Au premier siècle, le monde est un trépied qui court vers l’apogée des Empires ; que deux de ses piliers s’enlacent et le voilà qui s’effondre. Cléopâtre, Reine d’Egypte, tient à son bras Antoine qui régit l’Orient. Leur union vient contrarier les ambitions de César, maître de l’Occident. L’adversaire est un territoire qu’il faut conquérir sous peine de disparaître. La destinée du monde se joue dans les lits comme dans les grands conseils, dans les alcôves comme dans les guerres. La politique ne connaît pas d’intimité puisqu’elle se résume aux relations entre ces trois icônes, dont la grandeur et les décadences façonnent l’Histoire. L’interprétation de la compagnie rend limpide la géniale analyse que fait Shakespeare du sentiment amoureux et de la marche de l’histoire. Les personnages y sont entiers : pas question que l’amour (ou la guerre, si l’on considère qu’il s’agit de deux choses distinctes) mène à autre chose qu’à la mort. Certes, ces rois sont des enfants qui jouent aux dés avec des continents, mais leur engagement total, pour égoïste qu’il soit, les rachète aisément. 

 

Le Bruit de la Rouille ne manque pas de ressources pour faire concurrence aux superproductions américaines en la matière. Les batailles navales ou terrestres sont au rendez-vous : il suffit d’une souplesse au moment de déposer le bateau en papier sur la table pour en faire une armada, d’un geste leste du poignet en remontant la manche pour que la veste enfilée transforme un serviteur en empereur. Le théâtre pallie son manque de moyens par un atout majeur que tous les arts lui envient : la présence. Melaine Catuogno campe une Cléopâtre armée jusqu’aux dents de charisme et de sensualité face à un Alexandre Streicher en Antoine bestial. Les corps sont avides de jeux, de mouvements, de baisers, d’alcool et de festins. C’est l’intention qui compte, dans le présent comme dans les présents, et l’intention est au rendez-vous. 

 

Je ne peux que vous inviter à prêter l’oreille au Bruit de la Rouille, qui saura se faire entendre avec une nouvelle création populaire et intelligente où se conjuguent à merveille épique et romantisme. 

 

Mathieu Flamens

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 22:36
Victor Tonelli

Victor Tonelli

Les Analphabètes

Un spectacle produit par le Balagan' retrouvé (94) et vu le 23 janvier 2020 au Théâtre d'Arles

 
Mise en scène et texte : Gina Calinoiu et Lionel González, librement inspiré du film "Scènes de la vie conjugale" d'Ingmar Bergman
Comédien.ne.s : Gina Calinoiu, Lionel González et Thibault Perriard
Musique : Thibault Perriard
Scénographie : Lisa Navarro
Lumières : Vyara Stefanova
Genre : Théâtre
Public : adulte, conseillé à partir de 14 ans
Durée : 2h30 avec entracte


Les portes s'ouvrent, je me faufile pour prendre ma place (c'est bien ma veine, elle est au beau milieu du premier rang, aussi proche des deux comédiens en bord plateau que de mes camarades mitoyens). "Si c'est une forme immersive, me voilà en première ligne", je pense. Autant vous dire que j'en ai eu pour mon argent.

Bien que l'on me laisse tout à ma passivité de spectateur, la proximité avec les acteurs crée une tension qui va tambour battant pendant toute la durée du spectacle. Il s'agit de recevoir de plein fouet la destruction progressive et systématique de deux vies humaines. Simplement l'histoire d'un couple sans histoire, fier d'une stabilité familiale durement construite et dûment gagnée, qui vole en éclats. La crise ne tarde pas, sans raison, sans avoir besoin de raison. Les cris et les coups bas remplacent les baisers. On s'étrangle faute de pouvoir s'étreindre, on s'applique à tout salir. La pièce est faite d'autant de tableaux que de tentatives de reconquérir l'autre et de l'abandonner, tentatives désespérées dans lesquelles personnages et comédiens s'engagent, si désespérées qu'ils s'y confondent.

La coïncidence entre le jeu et la réalité nous amène au plus près du jaillissement des mots, là où ils obéissent à l'urgence plutôt qu'à l'esthétique. Moins bien choisis, moins beaux, moins exacts et intacts que dans la plupart des pièces de théâtre. Plus authentiques, aussi. Une parole qui cultive ses fêlures, qui compose avec des débris et ne trahit pas le sentiment, mais ne suffit pas à le comprendre. C'est le sujet de la pièce et la source du tragique : nous sommes des Analphabètes des sentiments, émotions intraduisibles qu'il ne suffit pas d'incarner pour expliquer. Comment l'amour peut-il naître, disparaître et survivre à la fois, comment soudainement devient-on aveugle à la souffrance de l'autre, que deviennent les beaux mots de justice et de morale s'il est impossible d'être lucide sur ses actes ? "Heureusement que le théâtre est là pour nous permettre de reconnaître ces situations et de les dépasser !" dira-t-on. C'est certain ! En fait, rien n'est moins certain. Au sortir de la pièce, le sentiment de fatalité ne s'enrichit pas d'enseignement. Le froid sent la solitude ; comme quoi le théâtre ne fait pas toujours chaud au coeur.

Si vous n'avez pas peur de perdre le sourire, je vous conseille évidemment ce travail remarquable d'incarnation. On y trouve de jolies larmes qui se brisent comme des éclats de rire, de jolies notes de musique qui jouent au miroir avec les mots, et de jolies lumières pour attendrir les apocalypses.

Mathieu Flamens


 

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 01:47
Simon Gelin

Simon Gelin

Mille et une nuits

Un spectacle produit par la Cie Midiminuit (93) et vu à la comédie de Valence le 8 janvier 2020.


Mise en scène : Guillaume Vincent
Texte : Guillaume Vincent, adapté des 1001 nuits
Interprètes : Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benaïbout, Lucie Ben Dû, Hanaa Bouab, Andréa El Azan, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Makita Samba, Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff

Durée : 3h avec entracte

Genre : Théâtre adulte (à partir de 14 ans)



L'heure n'est pas au fatalisme réaliste ou au théâtre moralisateur ! Avec les 1001 nuits, Guillaume Vincent offre un bouquet de rêves à la barbarie. Spectaculaire et réjouissant, il ne lasse pas de creuser et d'actualiser les interrogations des contes de Schéhérazade.

La pièce s'ouvre en grandes pompes funèbres avec les mises à mort successives des épouses du sultan Schahriar. Pas de texte - pas encore ! - mais un visuel précis et élégant dans une esthétique de cinéma d'horreur : mécanique sonore infaillible, décor qui avale les personnages à grands coups de portes battantes, les mariées dansent et ouvrent le bal. Ne pas mettre ses doigts dans cette porte ouverte vers le théâtre à effets qui se referme aussitôt pour une narration plus apaisée aux accents de vaudeville. Les danses rivalisent d'inventivité avec les chants, et les chorégraphies de combat, et les imitations... Et l'on voyage encore, vers la Bretagne, au Caire, à Paris, à travers des époques et des folklores tout à fait différents ; on ne peut pas s'appuyer sur la narration qui s'enfonce dans les mises en abymes ou les méandres des intrigues parallèles.

 À quoi se raccrocher dans ce joyeux chaos (qui semble étrangement se diriger vers un cap bien précis) sinon au bastingage de la langue ? La langue de Schéhérazade, qui teinte l'ancestral de modernité et révèle dans le contemporain une profondeur mythique, porte une vitalité remarquable. Elle prend plaisir à nommer tout ce qu'elle rencontre, elle en cisèle les contours puis délaisse avec légèreté un sujet pour un autre. Le décor possède le même dynamisme - car il est lui aussi une forme-sens, un cadre mouvant, le théâtre du rêve.

Si les 1001 nuits sont multiples, elles convergent tout de même vers une inquiétude centrale : le sultan laissera-t-il la vie sauve à Schéhérazade ? À quoi sert cette effervescence si elle n'aboutit qu'à sa mort ? La conteuse n'a de cesse de repousser la question en proposant de nouvelles histoires. Le détour n'est alors pas qu'un voyage de plaisance, mais la tentative désespérée d'échapper à la barbarie - voire de la vaincre à force d'écoute. Après tout, nous sommes le sultan, nous aussi. Nous écoutons, nous suspendons notre jugement le temps de la représentation. Le théâtre est une question de vie ou de mort (Pierre Notte le dit mieux : « Acteur, soit tu atteins au sublime, soit tu vas mourir et nous tuer ») et les comédiens réussissent le pari de s'engager dans ce combat. Combat pour nous charmer et nous désarmer face à la sagesse que renferment les contes, surtout lorsque ceux-ci n'invitent qu'à leur laisser la vie sauve.

1001 nuits condensées en 2h30, cela nous donne une pièce spectaculaire et intelligente, haute en couleurs, que je recommande sans hésiter !

 

Mathieu Flamens

 

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 00:57
"En attendant Nadeau"

"En attendant Nadeau"

Correspndance avec la mouette

Un spectacle produit par la compagnie la Cie L’oubli des Cerisiers (75) et vu au Théâtre des Déchargeurs le 18 février 2020.

 

 

Texte : Anton Tchekov et Lika Mizinova

Mise en scène : Nicolas Struve

Comédien : David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H10

 

Fan de littérature russe et désireuse de découvrir davantage de petites formes pour l’Adadiff, j’ai donc jeté mon dévolu sur « Correspondance avec la mouette ». Très bonne pioche !

 

Le spectacle met en scène la correspondance d’Anton Tchekhov et Lika Mizinova, alias « la mouette ». Car si nous découvrons l’échange épistolaire de deux amants, nous assistons également aux correspondances entre cette figure féminine à laquelle Tchekhov, malgré la rupture, n’a pas « la force de ne plus […] aimer » et le personnage sublimé dans la pièce éponyme. L’intelligence de la mise en scène réside précisément dans le fait d’assumer pleinement cette dualité.

Le plateau est quasi nu, seulement habité de trois chaises et jonché de liasses de papier, lettres ou manuscrits en cours. Le spectacle s’ouvre sur une petite vidéo en guise d’exposition. Il s’achève sur une autre vidéo où un frère de Tchekhov témoigne de la fraîcheur et de la gaité de Lika. Entre temps, chacun lit la lettre qu’il envoie à l’autre en prenant la peine d’écrire sur les murs noirs, à l’eau, la date et le lieu de la missive et de l’agrémenter éventuellement d’un dessin de circonstance. Le rythme des lectures évolue au fil de l’histoire d’amour et trouve son paroxysme dans deux scènes dansées : celle de l’amour précisément et celle de la dispute. Dualité encore et toujours.

Stéphanie Schwartzbrod campe une Lika digne d’une Nina, lumineuse, spirituelle, profonde et grave. David Gouhier incarne un Tchekhov amoureux, ironique, fort occupé et bien souvent absent.

 

En écrivant la chronique, je réalise que c’est en fait le deuxième spectacle de cette compagnie que je vois avec grand plaisir. « Correspondance avec la mouette » est un spectacle d’une grande finesse, desservi avec talent et qui mérite de faire, comme ce soir, salle comble jusqu’à la dernière, le 29 février.

 

Catherine Wolff

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