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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Découvrez sur le site www.vivantmag.fr, le catalogue des spectacles repérés... et l'ensemble des services de l'Association d'Aide à la Diffusion Interrégionale du Spectacle Vivant, l'AdAdiff.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 19:28
Le Petit Prince
Le Petit Prince

Spectacle produit par le Théâtre du Kronope (84), vu le 29 janvier 2020 au Théâtre municipal de Salon de Provence.

 

Mise en scène : Guy Simon

Avec : Loïc Beauché et Anaïs Richetta.

Genre : Théâtre

Public : tout public à partir de 6 ans

Durée : 1h

 

Le Théâtre Armand est un magnifique théâtre à l’italienne. Cet après-midi, la salle est remplie d’enfants pour une représentation du « Petit Prince » mis en scène et joué par le Théâtre du Kronope, compagnie avignonnaise connue pour son univers baroque et l’utilisation de masques.

Cette nouvelle création est un défi. Le texte magnifique de St Exupéry est si connu, a été tellement joué qu’il peut sembler difficile d’en faire un moment exceptionnel. Défi totalement réussi !

La mise en scène est ingénieuse et astucieuse. Au premier plan, l’aviateur nous raconte l’histoire. Derrière lui, séparé par un écran en tulle et des jeux de lumières, l’univers plus onirique dans lequel évoluent le Petit Prince et les personnages qu’il rencontre au gré de son voyage.

Nous sommes embarqués dans l’histoire et partons pour un voyage agrémenté d’accessoires : le bureau-avion modulable, la machine à écrire (qui provoque le questionnement des enfants : mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?), un ballon blanc volant représentant les planètes, la rose-marionnette qui parle ….

Tout le savoir-faire de la compagnie est adapté et mis au service de l’univers du Petit Prince. Deux acteurs interprètent tous les rôles avec une immense sensibilité, servis par leur capacité d’expression corporelle, vocale et gestuelle.

A la fin de la représentation, les acteurs viennent répondre avec beaucoup d’humour aux questions des enfants.

 

En partant, les phrases-cultes et le rire du Petit Prince résonnent encore longtemps dans nos oreilles. Bravo !

 

 

 

 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 23:17
Photo: Victor Tonelli

Photo: Victor Tonelli

Dépôt de Bilan, de la compagnie « La gueule ouverte » (69) vu le 25 janvier 2020 à 20h30 aux « Trois soleils » . Première Sortie de résidence portée par le lieu.

 

Un spectacle de et avec Geoffrey Rouge-Carrassat

Collaboration artistique : Emmanuel Besnault

Création lumière : Emma Schler

Genre : Théâtre
Public : Tout public à partir de 14 ans
Durée : 1h00

Dans une salle comble, je suis venu découvrir le travail de ce jeune homme talentueux dont nous avions pu suivre les deux premiers spectacles « conseil de classe » et « Roi du silence » qui ont remporté un franc succès en 2018 et 2019 sur le Off d’Avignon. Après les thèmes de la jeunesse et de l’éducation puis celui des relations intimes, il nous propose celui de la « valeur » travail.

Sur le plateau avec un amas de tréteaux et de mannequins, un homme nous raconte sa vie et son rapport au travail. Il travaille trop mais il aime ça. Il nous parle avec un débit et une diction parfaite de cette vie qu’il s’est choisie, employé de bureau puis patron, qui s’investit toujours plus, dans un secteur d’activité qui n’est pas précisé mais qui laisse à chacun le loisir de se projeter ou d’imaginer.

Car cette confession intime, à la fois très caricaturale et très réaliste, dépeint un personnage qui souffre, soumis à toutes les pressions extérieures et qui s’est réfugié dans la performance, dans le « toujours plus » du monde du travail, dans cette réelle addiction, pour fuir d’autres réalités moins simples pour lui, car plus humaines : sa femme, ses enfants, les relations aux autres, le regard des autres…

La mise en scène est sobre et efficace, reposant sur la manipulation des objets sur scène, marque de fabrique de la compagnie. Le texte est dense mais limpide, drôle et incisif. Il nous confie que « M’amusez ne m’amuse pas » et qu’il organise des « Barbecues de convivialité » pour que ses employés soient heureux car un salarié heureux est plus performant. Sans rentrer dans une analyse politique néo-libérale de la « valeur » travail, il met en avant l’intime qui fait qu’un homme simple se transforme en bourreau de travail.

Heureusement, une interview entendue de Pierre Soulages (l’homme du noir lumineux, sûrement pas un hasard...), l’amène à une prise de conscience salutaire sur sa façon de voir la vie. Peut-être est ce là justement la valeur de l’art ?

Une première pleine de promesse pour ce spectacle qui vient clore une trilogie informelle autour de l’humain. Notez bien ce nom, Geoffrey Rouge-Carrassat, artiste multi-formes et généreux, qui semble transformer en or tout ce qu’il touche et qui aime sûrement beaucoup son travail.

 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 01:07
Crédit : Mathilda Olmi

Crédit : Mathilda Olmi

Retour à Reims

Un spectacle produit par le Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse) et vu à la Criée le 21 novembre 2019.
 

Adapté de l'essai Retour à Reims de Didier Eribon.
Mise en scène : Thomas Ostermeier
Comédiens : Cédric Eeckhout, Irène Jacob, Blade Mc Alimbaye
Genre : théâtre
Public : adulte
Durée : 2h



Un plateau de théâtre, un studio d'enregistrement, un écran de cinéma. On entre sans faire de bruit dans « Retour à Reims ». La moquette étouffe les sons, les micros les étoffent ; rien ne pourra être dit en l'air sur ce plateau qui se veut tout yeux tout oreilles.

Un silence feutré et habité qui nous invite à un beau moment d'attention à la création, grâce à l'intermédialité. Le moment présent existe pour lui-même - c'est le théâtre - mais aussi en vue d'une oeuvre postérieure - c'est la radio, l'enregistrement - qui se nourrit de souvenirs d'autres lieux et d'autres temps - c'est le cinéma. Un rendez-vous à la croisée des disciplines et des temporalités pour se demander que faire du passé au moment même où l'on peut adresser la parole au futur.

Trois personnages pour s'interroger : le réalisateur du documentaire, une actrice qui prend en charge la narration du film et le propriétaire du studio d'enregistrement. Loin de les réduire à leur fonction, Ostermeier réussit le tour de force de révéler la profondeur des personnages par la seule confrontation à leur environnement : les interactions immédiates entre eux, l'actualité politique, les réflexions et réactions autour de la pensée de Didier Eribon. La pièce est pensée à deux niveaux : l'essai « Retour à Reims » d'Eribon, dans lequel le sociologue pense par le biais de sa propre expérience les mécanismes d'exclusion et de différenciation sociale, et la genèse parallèle du documentaire. Rien n'est joué d'avance. Il faut parvenir à trouver ensemble comment distribuer et utiliser l'espace de création disponible. Justement, n'est-ce pas en remplaçant une parole politique absolue par la confrontation de différents points de vue mis à égalité qu'Ostermeier remporte son pari ? Pour comprendre la montée des nationalismes et lutter contre nombre de clichés, la pièce travaille à court-circuiter les a priori. Il faudrait voir à ne pas réduire les actrices à des dindes capricieuses et creuses, le rap à un genre mineur et illégitime, les gilets jaunes à un mouvement nationaliste, Eribon à un intellectuel entièrement dissocié de son passé... Chaque réplique est chargée d'une histoire, d'une réalité sociale. Chaque échange est une confrontation qui laisse entrevoir une fraternité possible. On peut qualifier le théâtre d'Ostermeier de politique, d'intégralement politique.

D'autant plus politique que son engagement ne se fait pas aux dépens de l'esthétique : c'est en étant vrai qu'il est beau. Par le réalisme des débats, dans une réception et une réaction directe au réel. Les très belles images du documentaire apportent un détour qui prévient l'effet « réel reconstitué » qui aurait pu survenir, même si les jeux de Cédric Eeckhout et de Blade Mc Alimbaye n'ont pas la constante spontanéité d'Irène Jacob.

Ostermeier propose donc une création riche en points d'interrogation, qui joue des variations d'esthétiques et de médias pour interroger nos représentations des classes : artistes, intellectuels, ouvriers, manifestants... Pari globalement réussi, même si je ne suis pas sûr d'avoir fixé mon avis sur la conclusion du spectacle. L'aspect choral ne court-il pas finalement le risque d'une instrumentalisation du réel, et donc la réduction à un argument politique ? Ou au contraire cette redistribution de la parole n'est-elle pas la preuve qu'elle a pu revenir à tout citoyen dont l'avis et la mémoire constituent notre identité nationale, et non pas seulement la parole émérite du sociologue ? Je vous invite vivement à pousser les portes du studio pour vous en faire votre propre avis...


 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 00:22
theatre-odeon.eu

theatre-odeon.eu

Oncle Vania

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre des Nations (Moscou) et vu au Théâtre de l’Odéon le 16 janvier 2020.

 

Texte : Anton Tchekhov

Mise en scène : Stéphane Braunschweig

Comédiens : Nina Gouliéva, Anatoli Béliy, Evgueni Mironov, Nadejda Loumpova, Victor Verjbitski, Elisaveta Boyarskaya, Dimitri Jouravlev, Ludmila Trochina

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 2H30 (avec entracte)

 

En principe, j’évite les spectacles en langue étrangère. Cependant, ma bonne connaissance du théâtre de Tchekhov en général et d’« Oncle Vania » en particulier m’autorisait à tenter l’expérience. Cet « Oncle Vania » inaugurait le cycle des « Saisons Russes 2020 » à l’Odéon. Le public était donc pour moitié composé de spectateurs russes et c’est haut la main qu’ils ont reporté le concours de l’élégance !

Avant le lever de rideau, Stéphane Braunschweig est intervenu pour prévenir le public qu’en raison des grèves le spectacle était maintenu mais quelque peu amputé dans sa scénographie et sa lumière. Au-delà de mon soutien inconditionnel au mouvement, force est de constater que le spectacle, dans la forme présentée ce soir-là, a répondu à toutes mes attentes.

 

Pour rappel, « Oncle Vania » raconte la fin du séjour estival du vieux et tyrannique professeur Serebryakov et de sa jeune épouse Héléna chez Ivan, frère de la première épouse du professeur et oncle (Vania, donc) de Sonia, née du premier lit.

L’originalité de la mise en scène de Braunschweig réside dans un parti pris résolument écologique et qui s’appuie sur le personnage visionnaire inventé par Tchekhov, le docteur Mickhaïl, grand ami de la famille. Ce végétarien avant l’heure, amoureux de la forêt dissèque les relations intrafamiliales comme il inventorie, sur son ordinateur, le déclin de la forêt de son district.  Car l’écosystème familial se délite sous nos yeux à l’image de la nature. Le décor, splendide et manipulé par une dizaine de techniciens malgré la grève, participe de ce point de vue. Tout en bois de bouleau, sur deux étages, il figure, selon la lumière, aussi bien un bain russe, qu’une terrasse de jardin ou une forêt.

Le jeu confirme, s’il en était encore besoin, la force de l’école du théâtre russe. Mention toute spéciale à Evgueni Mironov qui campe un oncle Vania cynique à force de désespoir et d’amour et à Nadejda Loumpova qui interprète une Sonia, avec toute la détermination d’une jeune personne. Toute ressemblance avec une certaine Greta Thunberg n’est peut-être pas fortuite ! Le rythme est enlevé et les quelques moments de jeu sans parole, autour d’un accessoire, introduisent des espaces comiques bienvenus.

 

Cet « Oncle Vania », porté par le Théâtre des Nations de Moscou et mis en scène par Stéphane Braunschweig, se range d’emblée parmi les plus belles représentations de Tchekhov qu’il m’ait été donné de voir.

 

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 01:02
TGP

TGP

Le train zéro

 

 

Un spectacle produit par la compagnie Image et 1/2 (93) et vu au TGP le 17 janvier 2020.

 

Texte : Iouri Bouïda

Mise en scène : Aurélia Guillet

Comédiens : Miglen Mirtchev

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H

 

C’est un peu par défaut que je suis allée voir « le train zéro », l’autre spectacle du mois de janvier au TGP ayant été décalé à la saison prochaine. Par défaut ou pas, j’ai assisté à un très beau spectacle et découvert un auteur dont j’ai acheté le livre.

 

« Le train zéro », c’est le « désert des tartares » au pays des soviets. Mais à l’absurde d’une situation reconduite indéfiniment, s’ajoute toute l’horreur du totalitarisme. Ivan, le narrateur, raconte le quotidien d’une colonie ferroviaire dont la seule finalité consiste à assurer le passage quotidien  et « ric-rac » du train zéro, « 100 wagons, deux locomotives devant et deux derrière ». D’où vient-il, Où va-t-il ? Que transporte-t-il ? C’est un secret et « les secrets sont toujours contre les hommes ». La suite le confirme. Ivan nous raconte comment la bête, symbole de tout le système idéologique, emporte peu à peu tous ses proches dans des fins tragiques.

Seul en scène, légèrement sonorisé, le comédien Miglen Mirtchev a la stature du rôle : un léger accent slave, une belle voix grave, un physique de bucheron. Malgré ce corps qui en impose, il sait se faire tendre. Il évolue dans un décor à l’unisson du texte, lugubre. La pièce se joue dans la salle dite « du Terrier », qui porte admirablement son nom et qui est une véritable aubaine pour la pièce. Elle se situe en sous-sol et ressemble à un ancien parking, en béton brut de décoffrage. Elle est agrémentée de deux allemandes en bâches transparentes. Celle du fond sert occasionnellement d’écran. La lumière, très belle, fait surgir d’autres espaces que l’on identifie grâce à un simple accessoire (une table, une chaise, une lampe à pétrole) ou aux bruitages. Cette économie de moyens permet de faire ressortir la force de la narration. J’aurais été encore plus loin dans cette parcimonie : certaines paroles se suffisaient à elles-mêmes sans avoir besoin d’être soulignées par un signe extérieur redondant, objet scénique ou voix off.

 

« Le train zéro » est une heureuse découverte tant d’un point de vue littéraire que théâtral.

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 23:27
Amandine Nandrin

Amandine Nandrin

En chemin

Un spectacle produit par Cie SIC.12, La «S» Grand Atelier (B) (13) et vu au Théâtre des Halles le 22 novembre 2019.


Conception et mise en scène : Gustavo Giacosa

Comédiens : Kostia Botkine, Fausto Ferraiuolo, Gustavo Giacosa, Akira Inumaru, Philippe Marien et Francesca Zaccaria
Durée : 1h05
Genre : Théâtre tout public

Se mettre en chemin, être en chemin, être un chemin, aller vers, aller contre, s'avancer, avancer. L'oeuvre de Gustavo Giacosa place le destin à la croisée de l'individu et du mouvement dans une succession de tableaux oniriques, un voyage vers la pureté.

Ce n'est pas vraiment l'histoire d'un pingouin rejeté par une famille de pingouins et ce n'est pas non plus l'histoire d'un humain rejeté par une famille d'humains qui met un masque de pingouin pour trouver une famille de pingouins. Ce n'est pas vraiment dans sa tête et ce n'est pas vraiment pour de vrai. Rien n'est vraiment définitif, tout est en route - dans l'esprit du spectateur comme dans celui du personnage principal. Ne pas immerger le public dans une intrigue définie, c'est donner libre cours à toutes les possibilités poétiques de la scène. Qu'y a-t-il au plateau ? De la danse, du piano, de la pantomime, des tissus, des formes et du mouvement. L'apparition de la vierge fait suite au pool dance, le pingouin ne parvient pas à s'intégrer dans un repas de famille mais rencontre une tortue. Les langues se mêlent, les face-à-face émerveillent. « En Chemin » est une collection de moments humbles et justes dans leurs intentions.

La mise en route n'est cependant ni naïve ni gratuite. Le jaillissement répond à l'urgence de dire, de partir, de rejoindre. Le combat n'est pas gagné d'avance : il faut tenter de trouver le lieu ou l'état où l'on a le droit d'être soi-même, il faut donc aussi se trouver soi-même et faire le pari d'un accord possible. L'individu est en manque d'identité, d'altérité, et ce manque appelle nécessairement une réponse. Les cauchemars affluent, dissipés par des lumières inattendues, une main sur une épaule ou un regard profondément adressé. Le chemin n'est pas une fuite mais la difficile progression d'un personnage vers nous. Comment rester indifférent face à l'espoir d'harmonie ? À notre tour de nous mettre en route vers celui qui cherche une place à nos côtés, et par là-même de nous changer, de nous étendre.

Quoi de plus politique qu'un spectacle qui nous désarme face à l'Autre, et nous prépare à l'accueillir ? Ce théâtre agit humblement, loin d'une complaisance prétendument politisée vouée à ne pas dépasser la simple revendication. J'avoue avoir eu quelques à priori à ce sujet. Certains comédiens sont en effet en situation de handicap. J'avais peur d'assister à un spectacle « concept » où ces comédiens auraient été instrumentalisés, réduits à leur handicap. Je suis heureux d'avoir été détrompé. Les comédiens sont tous présents en tant que tel et au même titre. Leur travail se nourrit d'expériences et d'attentes singulières, sans hiérarchisation. Et quoi de plus universel que cette question, précisément, de la différence et de la singularité ?

Un très beau bord de scène a suivi la représentation. La rencontre entre le public et les artistes était d'un naturel confondant, dans un respect et une reconnaissance très pure de l'autre et de son travail. Le spectacle n'y était pas pour rien... Je le conseille à tous ceux qui espèrent la beauté d'un regard sincère qui confirme : « tu as le droit de jouir du sentiment d'exister ».

 

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 20:19
Matilda Olmi

Matilda Olmi

Bajazet en considérant Le Théâtre et la peste

Un spectacle produit par Théâtre Vidy-Lausanne, MC93 - Maison de la Culture de Seine St-Denis (93) et vu au Grand Théâtre d'Aix en Provence le 20 novembre 2019.

 
Textes : Jean Racine, Antonin Artaud
Mise en scène et adaptation : Frank Castorf
Scénographie : Aleksandar Denic
Avec : Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Claire Sermonne, Adama Diop, Mounir Margoum
Genre : Théâtre
Public : adulte (à partir de 16 ans)
Durée : 3h50 avec entracte
 

Un espace ouvert mais sombre, sali de paille et de poussière. Côté jardin se dresse une tente en forme de tête de niqab dominée par le regard d'un immense sultan peint sur un portant, sorte de BigBrother de fête foraine. Voilà le fameux sérail de la pièce de Racine, lieu virginal et sacré par excellence ? Cela sent plutôt l'héroïne que la myrrhe... À mort les idéaux de rigueur et de grandeur raciniens : faites place à la débauche.

Elle ne tarde pas à apparaître. Les cigarettes volent vers les bouches et les bouches volent vers les visages et les visages mordent la poussière dans une explosion de lumières, de sons, de hurlements ; les bouteilles se vident dans les gorges, on ne voudrait pas être à la place de la nourriture, les corps titubent à la recherche de leur proie ou d'une sortie. Qu'ils essayent de s'échapper hors du théâtre, la caméra embarquée les suit jusque sur la nationale. L'oeil du public est voyeur, violeur lorsqu'il s'introduit au plus profond de l'intimité du sérail. La vidéo est en effet retransmise sur un immense écran, seule lumière de la scène - mais quelle lumière ! Elle aveugle un public qui ne peut que se laisser éblouir. Les acteurs sont éclipsés par cet écran qui marque le triomphe du cinéma sur le théâtre ou la victoire du lampadaire sur la Lune pour les papillons de nuit. Rien ne résiste au maelstrom Castorf : les acteurs sont écrasés, le public sidéré, le texte de Racine foulé au sol, on n'entend d'Artaud que le rire. « Un théâtre où des images physiques violentes broient et hypnotisent la sensibilité du spectateur » annonce la préface du Théâtre et son double. C'est assez réussi.

Mais à force de sollicitations, je cligne des yeux, je tourne la tête vers des lumières moins vives. Le temps est long sous cet orage qui s'étire et s'étiole. Où est la tension dramatique propre à Racine, où est l'amour de Roxane pour Bajazet, où est la force des femmes et la vigueur des hommes ? À bas les valeurs, exhibons les caprices, les hommes ne vivent que pour se divertir, c'est entendu, c'est répété, c'est accablant. Quand le sens du saccage s'épuise (comptez une heure), l'absurde prend le relais. Les femmes en cage, Bajazet sous électrochoc, des coups de feu, des cancrelats, de la masturbation... « Là où ça sent la merde ça sent l'être » ajoute Artaud. Très bien, contemplons la déchéance d'une existence insensée pendant encore quelques heures - expérience intéressante, qui n'a pas été tellement instructive pour moi. Certes, à voir ces femmes qui ne peuvent exister qu'entièrement cachées ou entièrement nues, sous le regard intrusif d'hommes violents et avides, on songe à un engagement politique, qui ne s'est pas imposé à moi de manière nécessaire.

La note mise au spectacle est à relativiser. Je ne suis pas friand d'expériences totales : je préfère l'éveil à l'hypnose, et puis la dissonnance est douloureuse aux coeurs en mal d'harmonie. La pièce reste cependant un rêve cruel et audacieux loin de faire l'unanimité. Je vous invite vivement à vous en faire votre propre idée.

 

 

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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 00:55
ladepeche.fr

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Berlin 33

Un spectacle produit par la Comédie RL (75) et vu au Théâtre de la Reine Blanche le 27 décembre 2019.

Texte : Sebastian Haffner

Mise en scène : Laurence Campet, Olivia Kryger, René Loyon

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

Le théâtre de la Reine Blanche se situe dans mon quartier. Je m’y rends environ une fois par an. La dernière fois, c’était à l’invitation d’une amie de passage à Paris pour assister à « Fauve », une leçon d’anthropologie théâtralisée (non chroniquée). C’est à cette occasion que j’ai constaté le changement radical de la ligne éditoriale du théâtre. Désormais associé au théâtre des Déchargeurs, le théâtre de la Reine Blanche se veut être la scène des arts et des sciences. Le programme laisse à voir une pluralité de propositions, depuis les mises en espace de conférences scientifiques jusqu’aux projections de cinéma italiens agrémentées d’un plat de pâtes en passant par des formes théâtrales plus classiques. « Berlin 33 » relève de cette dernière catégorie.

« Berlin 33 », dans le programme, m’a aussitôt interpellée par le texte que le spectacle ambitionnait de porter sur scène : « Histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner. C’est un texte que j’adore et dans lequel l’auteur, témoigne et  analyse les ressorts de la montée du nazisme et de la mise en place du totalitarisme.  

 « Berlin 33 » se joue dans la petite salle du théâtre. La jauge d’une quarantaine de places était quasiment pleine. Le dispositif scénique se réduit à sa plus simple expression : deux rangées de bancs et de chaises encadrent un espace scénique nu, seulement doté d’une petite table de bois et d’une chaise. A travers un montage judicieux du texte, le comédien raconte la façon dont un peuple, d’abord passif et incrédule puis trahi par ses élites et enfin sidéré par la peur,  sombre tout entier dans le cauchemar. Le comédien joue avec sobriété et retenu : il est tantôt conteur, tantôt conférencier, tantôt confident. Une bande-son illustre certains passages mais au dépend de la voix. Outre le comédien et un jeu discret de lumière, c’est le seul effet théâtral du spectacle. C’est un peu court ; ça manque de rythme, la voix est monocorde et j’ai bien failli m’endormir. « L’histoire d’un Allemand » de Sebastian Haffner se prêtait bien à un seul-en-scène intimiste. Encore eut-il fallu l’habiller un peu : quelques images d’archives ou bien des parties véritablement dialoguées et jouées (avec son père ou sa petite amie Charlie) auraient été, à mon sens, les bienvenues.

« Berlin 33 » n’a pas comblé mes attentes. Mais dans l’époque délétère que nous vivons et qui, toute proportion gardée, n’est pas sans rappeler les années trente, c’est tout à l’honneur de la compagnie d’avoir choisi Sébastian Haffner pour nous injecter une bonne piqûre de rappel.

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 01:10
http://france3-regions.francetvinfo.fr

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Adieu Ferdinand!

Un spectacle produit par la Comédie Nouvelle (75) et vu au Théâtre du Rond-Point le 19 décembre 2019.

Texte : Philippe Caubère

Mise en scène : Philippe Caubère

Comédiens : Philippe Caubère

Genre : Seul en scène

Public : adulte

Durée : 2H 10

N’en déplaise à Philippe Caubère, c’est un peu par défaut que je suis allée voir « Adieu Ferdinand ! ». Compte tenu des grèves (que je soutiens ardemment !), j’ai du renoncer à un spectacle vraiment inaccessible, même pour mes pieds endurants. Mon quota mensuel de spectacles s’en trouvant affecté, je me suis résolue à reprendre une resucée des aventures de Ferdinand.

Avec le temps, je pense avoir vu à peu près l’intégrale des spectacles de Caubère. Peu de surprise en perspective mais l’assurance de passer un bon moment. J’ai été quelque peu démentie des deux côtés de la proposition.

« Adieu Ferdinand ! » comprend deux parties, « la baleine » et « le camp de naturistes ». On retrouve les personnages emblématiques des précédents épisodes : Ferdinand, l’avatar de l’auteur et donc ex-vedette du Théâtre du Soleil ; Clémence, sa compagne ;  Pascale, son petit frère et l’impayable Ariane Mnouchkine. « La baleine » raconte le désir adultère de Ferdinand pour Samoura, une comédienne du Soleil au physique généreux. Le contrat de mariage entre Ferdinand et Clémence stipulait l’amour libre ; mais entre le contrat et la réalité, il y a un gouffre de jalousie et de culpabilité. Pour se venger, Clémence propose des vacances à Montalivet, dans un camp de naturistes.

Philippe Caubère est seul en scène. Pour ceux qui l’ignorerait, c’est lui qui a crée le genre en France il y a trente ans environ. Contrairement aux précédents épisodes, le plateau est totalement nu, seulement dotée d’une chaise en skaï rouge dans la première partie et d’une chaise en bois dans la seconde. Les lumières et la faconde de l’auteur-interprète habillent le reste.

La performance théâtrale est d’autant plus remarquable que Philippe Caubère n’est plus tout jeune. Or, il en faut, de l’énergie, pour jouer pendant 2H10 une vingtaine de personnages ; à les faire vivre devant nous avec, pour seul élément de caractérisation, une voix, une mimique, une grimace, un comique de répétition. Mais la verve textuelle a faibli. Le premier épisode est particulièrement longuet et somme toute, peu intéressant. « Le camp de naturistes » relève davantage le défi, sans convaincre pour autant. Peut-être le temps est-il passé par là : je me demande en effet qui d’autre qu’un public de séniors peut entendre cette voix, tant elle est contextualisée (Mnouchkine, les années 70) ? Dieu merci, il est, et dans chacun des épisodes, des moments de fulgurances, dignes des plus beaux jours de Caubère et qui ravissent le public.

Bonne connaisseuse de Caubère, je n’avais pas particulièrement envie de voir ce spectacle. J’aurais largement préféré découvrir une nouvelle compagnie. Par la force des choses et par facilité, j’ai peut-être goûté celui de trop.

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 23:27
Mort prématurée d'un chanteur dans la force de l'âge
Mort prématurée d'un chanteur dans la force de l'âge

Un spectacle produit par le Théâtre National de la Colline (75) et vu au Théâtre de la Colline le 17 décembre 2019.

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Comédiens : Arthur H, Marie-Josée Bastien (en alternance avec Linda Laplante), Gilles David, Pascal Humbert, Isabelle Lafon, Jocelyn Lagarrigue, Patrick Le Mauff, Sara Llorca

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 3H 30

Je ne suis pas peu fière de ma promenade : grèves obligent, je suis allée à pince de Montmartre à la Colline en passant par la manif. Il faut dire qu’à mes yeux, Wajdi Mouawad et Arthur H valaient tous les détours du monde. Les 3H30 de spectacle, à défaut de me plaire, m’auront au moins permis de reprendre mon souffle pour le retour.

C’est l’histoire d’un chanteur anciennement punk, Alice, qui a cédé aux sirènes du succès. Star il est mais avec tout ce que cela implique d’égo. Malgré les efforts de son attachée de presse, affublée du surnom de « Diesel » précisément pour sa capacité à endurer les caprices du chanteur, et de l’abnégation de sa compagne photographe, Majda, sa carrière décline. Une critique assassine et les retrouvailles avec le manager de ses débuts vont précipiter Alice dans un canular…. et Wahdi Mouawad dans un registre inédit, la comédie loufoque.

La scénographie est dynamique. Des jeux d’allemandes augmentés d’accessoires, de lumières, de bruitages et de beaucoup d’effets de pluies dessinent des espaces variés : scène de concert, loges, studio photo, studio d’enregistrement, gares, rues, salle de cérémonie mortuaire, etc….

Malgré quelques réflexions intéressantes sur l’engagement de l’artiste, sur l’industrie culturelle et -comme toujours chez Mouawad mais cette fois  en filigrane- sur les génocides ; malgré les références plus ou moins voilées aux grands auteurs (Baudelaire, le fantôme de Macbeth, les servantes de Molière, Oedipe et même une scène digne de Mouchkine et donc fort datée), les huit comédiens et les cinq techniciens peinent à convaincre. Le texte n’est pas passionnant et flirte avec le pathos, le rythme est lent, le jeu est lourd et forcé. Trois scènes échappent à ce triste constat et m’ont donné le courage de rester jusqu’au bout. Il y a d’abord le rôle haut en couleurs et le jeu débordant de vitalité de Nancy (Marie-Josée Bastien), fan québécoise venue soutenir son idole. Il y a ensuite cette scène d’enregistrements de titres posthumes, drôle et musicalement belle. Il y a enfin la scène de vernissage de l’exposition de Majda, plaidoyer pour le dialogue entre les frères ennemis, juifs et palestiniens.

J’avais beau être plus que bien disposée, « mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge» ne m’a pas enchantée. La fatigue, mon oubli de lunettes ont peut-être participé à cette déception. Le public semble, par ses rires et ses applaudissements, avoir été plus réceptif.

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