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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 09:48
CAMUS-CASARES, une géographie amoureuse
CAMUS-CASARES, une géographie amoureuse

Spectacle de la Compagnie Châteaux en Espagne (75), vu au Théâtre des Gémeaux à Avignon le 28 juillet 2021 à 19 h 30. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

Adaptation et interprétation : Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio

Mise en scène : Elisabeth Chailloux

Lumières : Franck Thévenon

Son : Thomas Gauder

Genre : Théâtre

Durée : 1 h 20

Situé au cœur d’Avignon, le Théâtre des Gémeaux, créé en 2019 dans un bâtiment vieux de 10 siècles d’Histoire, est un théâtre culturel dont les valeurs fondatrices d’humanisme, d’équité, de rigueur, se reflètent dans les spectacles proposés.

La pièce se joue dans la salle au deuxième étage. Après l’ascension, nous découvrons une salle ornée de magnifiques frises anciennes. Difficile de ranger ses jambes dans le minuscule espace qui sépare les rangs. Sur scène, quelques meubles anciens, des radios d’époque, une serviette en cuir.

Les deux comédiens entrent en scène et nous racontent leur histoire d’amour. Albert Camus et Maria Casarès se rencontrent le 6 juin 1944 à Paris. Il a 30 ans, elle 21. Lors du retour d’Algérie de la femme de Camus, Maria Casarès met fin à leur relation. Ils se recroiseront, encore un 6 juin, mais en 1948, et ne se quitteront plus jusqu’au décès tragique de Camus. Leur relation est marquée par la distance. Séparés régulièrement par les exigences de leurs vies respectives, l’amour et ce qu’ils partageaient ensemble sont plus forts. Pour Albert Camus, Maria Casarès sera l’Unique, et il restera, par-delà la mort, le seul homme qu’elle ait véritablement aimé.

La pièce, écrite à partir de la correspondance entre Camus et Casarès entre 1944 et 1959, retrace par ce très beau texte leur passion solidaire et tourmentée. Il est tout simplement magnifique. Mis en scène simplement, le jeu d’acteur ne m’a pas totalement convaincu. Teresa Ovidio vit le rôle de Maria Casarès, Jean-Marie Galey incarne un peu moins celui de Camus. Le public est conquis. À voir ne serait-ce que pour la beauté des mots.

Maren Scapol

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 07:33
Des Oiseaux dans la Glu
Des Oiseaux dans la Glu

Spectacle de la Compagnie Théâtre de l’Esquiff (79), vu à La Présence Pasteur à Avignon le 28 juillet 2021 à 17 h 30. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Mise en scène : Hélène Arnaud 

Interprètes : Fabien Casseau, Sylvie Peteilh, Fabien Lemaire

Genre : Théâtre

Public : à partir de 13 ans

Durée : 1 h 10

 

Après avoir bu un verre dans la très agréable cour de la Présence Pasteur, nous nous regroupons au portail pour faire ensemble une centaine de mètres et passer par l’entrée des artistes et rentrer par l’arrière de l’établissement. Nous entrons dans le bâtiment, escaliers, corridors, salles de classes, cela rappelle de lointains souvenirs... Et au bout du couloir, on nous attend dans une petite salle, aménagée en salle de spectacle avec de tout petits gradins en bois, 20 places à peine. Ça tombe bien, nous ne sommes pas nombreux en cette fin de festival.

Sur la scène, deux comédiens, elle et lui, un musicien entouré de ses instruments.

Des oiseaux dans la glu, ben oui, c’est nous, et à voir le spectacle, on n’est pas près de nous en sortir...

Une dizaine d’histoires de couple. Les tableaux s’enchaînent. Amour heureux, amour malheureux. Amour tendre, amour violent. Amour naissant, amour mourant. Amour tout court ?

L’interprétation tout en finesse passe par des standards, des clichés, nos représentations collectives. Avec beaucoup d’humour, de la tendresse et parfois plein de violence ou en inversant les rôles, les comédiens nous touchent, cela résonne en nous, que nous ayons 25, 50 ou alors 75 ans.

La pièce est rythmée par la musique : guitare électrique, saxos, perçus, contrebasse et saupoudré de quelques beaux chants puissants qui renfoncent encore le message. Quel message ? Je crois qu’il est à chacun de nous à le trouver. Allez-y sans hésitation et vous trouverez le vôtre !

Spectacle à tarif libre, chacun donne en sortant la somme qu’il considère juste pour cette prestation en fonction de ses moyens.

 

Maren Scapol

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 07:02
COMING-OUT

Spectacle de Staouëline production (75), vu au Théâtre des Corps Saints, le 27 juillet à 19 h. Dans le cadre du Festival Off d'Avignon du 7 au 31 juillet 2021.

 

Mise en scène : Thibaut Evrard

Interprétation : Mehdi Djaadi

Genre : Seul en scène

Durée : 1 h

Public : à partir de 12 ans

 

Rien n'a empêché Mehdi, fervent musulman de Saint-Etienne ayant grandi sous l'œil d'un père attentif et strict, d'embrasser la carrière « délinquance » avec une certaine dextérité ; rien n'empêchera non plus ce garçon subtil et touchant de trouver sa voie en découvrant « Dieu » et se tournant vers le catholicisme, après plusieurs rencontres qui seront déterminantes pour lui.

L'une de ces rencontres l'emmènera à Lausanne, suivre les cours de l'école supérieure d'Art dramatique. Mehdi deviendra comédien ! Il nous relate ces rencontres, drôles et parfois touchantes, des tranches de vie que beaucoup d'entre nous ont vécues et vivent encore : le racisme, l'incompréhension et la peur de l'autre... On craint tout d'abord assister à une énième conférence sur la religion dans notre société, mais Mehdi nous éclaire rapidement sur son parcours qui se révélera jalonné de multiples rencontres (la description des ultra-cathos, des « progressistes » et des athées est juste parfaite et hilarante).

Le texte est très souvent drôle, mais restera touchant et porteur de message. Son parcours est parsemé d'embûches, car le sujet est sensible (menaces de sa communauté d'origine et mépris des catholiques) mais la rencontre avec sa femme et son parcours de comédien ont fait de la sortie de route de ce petit dealer stéphanois, un chemin semé d'étoiles. Salle pleine chaque soir pour son premier Festival d'Avignon !

Tout en subtilité, touchant et très drôle. Un spectacle à ne pas manquer.

 

Evelyne Karam

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29 juillet 2021 4 29 /07 /juillet /2021 19:59

 

Spectacle des Productions du petit vélo / Aviscène (95) vu à la Factory 3 - Chapelle des Antonins - le 28 juillet 2021 à 11 h 20. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon. Jusqu’au 31 juillet 2021.  

 

Auteur et interprète : Yvon Martin 

Scénographe : Citronelle Dufay / Moustik 

Regard extérieur : Michel Scotto 

Genre : seul en scène 

Public : Tout public  

Durée : 1 h 15

 

J’étais présent à la remise du prix Tournesol le 25 juillet, qui met en avant les spectacles du OFF d’Avignon traitant de l’écologie et de l’environnement, sujet qui me semble d’une priorité absolue. Ce spectacle a été le gagnant du prix Environnement et cela a attisé ma curiosité.

Sur une scène très sobre, Alexandre nous accueille à la cérémonie d’humusation de son père, né en 2000. Nous sommes en 2080 et en 2080, on n’enterre plus les gens. En 2080, on rend les corps à la terre pour l’enrichir et en faire de l’humus.  

Celui-ci va nous raconter sa saga familiale, comme fil conducteur à la transition écologique globale nécessaire pour sortir du merdier dans lequel nous étions en 2020. Car souvenons-nous, en 2020, ça n’était pas ringard de manger des fraises en hiver, ni de voyager aux Baléares pour un week-end au soleil !

Il trace ainsi le parcours de son grand-père, Léonard, climatologue et tirant déjà les sonnettes d’alarme avant 2000. Mais aussi de son père qui a appris à agir et à réfléchir ensemble à travers ses expériences Zadistes, puis qui, élu maire de son village, a pu appliquer une démocratie participative avec tous à travers les conseils citoyens. Ils ont ainsi pu construire un village de transition, qui a été plus résilient que les autres lorsqu’en 2036 est intervenu le grand black out, une semaine sans électricité. Car il ne faut pas se leurrer, il va y avoir des changements et il faudra bien s’adapter et même improviser.

Et Yvon Martin, auteur et interprète, ne les contourne pas. Il aborde ainsi les questions que nous nous posons déjà aujourd’hui – l’alimentation, l’énergie, la population, la décroissance, le climat, la démocratie -, en les plaçant dans un passé révolu avec des solutions et des outils que nous avons déjà en main :  l’organisation du pouvoir, la mutualisation, la participation de chacun aux décisions politiques, le réemploi, l’accueil des réfugiés climatiques, la culture du partage et tant d’autres outils qui prennent vie à travers son récit. C’est très documenté et très riche.

J’y ai appris au passage que ma belle ville d’Avignon était à 3 % d’autosuffisance alimentaire et que la ville la plus avancée dans le domaine était Pau, avec 8 %. Il y a encore du travail. Mais, ce que nous raconte ce spectacle nous permet de rester conscient et optimiste.

Les différents personnages mériteraient d’être davantage travaillés. Ils manquaient pour moi parfois de consistance et apporteraient ainsi une plus grande fluidité dans cette histoire. Mais, c’est avant tout le récit vers un avenir heureux et non vers les dystopies que l’on nous sert le plus souvent qui font le grand intérêt de ce spectacle. 

 À découvrir et faire partager partout, car la forme très légère peut s’adapter même en dehors des théâtres...

 

Eric Jalabert 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 18:06
source catalogue off 2021

source catalogue off 2021

Spectacle de la Compagnie 42 Production (75) vu au théâtre La Luna, le 22 juillet 2021 à 13 h 40. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Avec le soutien de la Fondation Raymond Devos

 

Textes de Raymond Devos

Adaptation originale : Elliot Jenicot et Laurence Fabre

Interprète : Elliot Jenicot

Lumière :  Quentin Rigot

Costume : Corine Vervondel

Genre : seul en scène   

Public : à partir de 7 ans

Durée : 1 h15

 

Elliot Jenicot, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, rend ici hommage à son compatriote belge, le magicien des mots, que fut Raymond Devos. Il a lui-même suivi un parcours similaire en bien des points. D’abord artiste de rue, passé par la case music-hall, formé au clown et à la pantomime, il commence sa carrière en duo avec Olivier Taquin dans les années 80, avant d’entreprendre une carrière solo en 1992 sous le nom d’Elliot.

Plateau nu, habillé de pendillons noirs, un fauteuil crapaud, avec un petit coussin rouge. Sur le côté, accroché à un pendillon, une rose rouge. J’apprendrai plus tard qu’elle symbolise le début de carrière de Raymond Devos au cabaret La Rose Rouge à Paris.

Alors qu’apparaît Elliot Jenicot, on entend la chanson « Oui, je crois » de Mireille Matthieu. Surprenant ! L’homme annonce d’emblée « qu’il s’est fait tout seul, et qu’il s’est raté ! » C’est l’un des sketches les plus connus de Raymond Devos. Bien d’autres vont suivre, certains très connus, d’autres beaucoup moins. Certainement pas facile de faire un choix dans un répertoire de plus de 250 textes. Laurence Fabre précise dans sa note de mise en scène que les textes choisis l’ont été pour leur grande théâtralité. Ils composent les deux tiers du spectacle, les liaisons et adaptations étant le fruit de sa collaboration avec Elliot.

Le comédien qui se tient sous nos yeux fait beaucoup penser à Yves Montand en tour de chant, grand et mince, intégralement vêtu de noir, cheveux bruns coiffés en arrière. Il met à profit tout le vaste espace scénique pour nous offrir non une suite de sketches, mais un vrai spectacle, où l’écriture personnelle et les textes originaux de Devos s’enchaînent pour dérouler avec fluidité cette pièce en un acte, une histoire de vie, la sienne, émaillée de réussites et d’échecs, d’envies, de déceptions, de questionnements, de coups de folie… L’objectif de Laurence Fabre de « faire que la folie de Devos et celle de Jenicot ne soient plus qu’une » est parfaitement réussi.

Ce véritable show man exploite les innombrables facettes de son talent,  comédien,  mime,  danseur, claquettiste et chanteur… L’attention du spectateur est constamment sollicitée, tant visuelle qu’auditive, il faut cependant rester concentré pour ne pas perdre une miette des facéties verbales, jeux de mots et absurdités, qui font le sel des textes du célèbre Devos. Heureusement Elliot de temps en temps, marque des pauses, guettant la réaction du public. Afin de vérifier que personne ne se perd en route !

Ovation debout pour cette prestation, aussi élégante que son talentueux interprète, pleine de nostalgie et de sensibilité, servie par une mise en scène sobre et précise. Une plongée dans les méandres de notre belle langue et tout ce qu’elle permet quand on sait l’approfondir et quand on sait la manier avec art.

Un regret cependant : 1 h 15, c’est finalement très court, enfin pour le spectateur ! Mais peut-être aurons-nous droit un jour à un deuxième opus, que l’impressionnante liste des sketches de Devos permet sans problème.  Et j’ai plein de titres à proposer pêchés au hasard de cette liste, « Et vous demandez si ça va ? », « J'ai du printemps dans les doigts de pieds », « L'étrange comportement de mes plantes » … Déjà tout un programme !

 

Cathy de Toledo

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 17:54
source catalogue off 2021

source catalogue off 2021

Spectacle de La compagnie Qui va piano (75) vu au Théâtre des Corps Saints, le 22 juillet 2021 à 16 h 30. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Interprète : Nicolas Devort

Mise en scène : Clotilde Daniault

Collaboration artistique : Stéphanie Marino et Sylvain Berdjane

Lumières : Philippe Sourdive

Genre : Seul en scène   

Public : à partir de 10 ans

Durée : 1 h 15 

 

Après avoir vu plusieurs spectacles de la Compagnie Qui va piano, – Molière dans tous ses éclats, Dans la peau de Cyrano, Le bois dont je suis fait – j’étais impatiente de retrouver Nicolas Devort dans son dernier spectacle, La Valse d'Icare, musicien à qui le succès fait perdre la tête, et dont la chute sera aussi rapide que l’ascension… On ne peut éviter de penser à un célèbre chanteur français qui a connu un tel parcours.

Icare arrive comme un fou à l’hôpital au chevet de Yann, son fils de cinq ans. Il est dans le coma après avoir avalé des médicaments malencontreusement restés à sa portée… Totalement désemparé, Icare ne sait comment être utile. L’infirmière lui suggère de rester simplement auprès de son enfant, et de lui parler, mais de quoi ? Il entreprend alors de lui raconter sa vie, car finalement, ils ne se connaissent pas tous les deux, Icare ayant été un père absent.

Seul en scène, vêtu de noir, avec pour seuls accessoires une chaise et une guitare, il remonte le fil de son histoire depuis son jeune âge, quand il rêvait d’être chanteur, alors que son père, passionné d’aviation et constamment plongé dans la fabrication de maquettes, le voyait aviateur. Ne l’a-t-il pas appelé Icare ?

Il incarne tour à tour une quinzaine de personnages qui ont jalonné sa vie. Sa jeunesse dans la sphère familiale, où la communication avec son père est difficile, puis tout son parcours professionnel. Les débuts difficiles avant de percer, les démêlées avec des agents plus ou moins bienveillants, la rencontre avec Iris, la maman de Yann. Puis le succès, de plus en plus envahissant, la pression, les abus, les produits qu’on prend pour tenir le rythme… Jusqu’à la chute, le départ d’Iris, les cures de désintox, l’accident qui lui fait perdre un tympan, la mort du père alors qu’il n’était pas à son chevet…

Tous les protagonistes prennent vie sous nos yeux, à travers le corps et la voix du comédien, ses mimiques, ses regards, sa gestuelle et ses déplacements, les accents qu’il prend, et avec l’assistance des bruitages et jeux de lumière.  Nicolas Devort passe d’un personnage à l’autre avec fluidité, ce qui ne laisse pas d’étonner lorsque ses personnages échangent à 3 ou 4 « présents » sur scène en même temps… Comment fait-il pour ne pas SE perdre, et pour ne pas NOUS perdre ?  Probablement parce que l’écriture est totalement maîtrisée !

Le comédien souhaitait chanter et jouer de la musique, raison pour laquelle il a choisi de raconter l’histoire d’un musicien, qui naturellement, interprète plusieurs chansons pendant le spectacle, en particulier la chanson de ses débuts « My name is Icare », et l’hommage à la naissance de son fils. Talentueux aussi dans ce domaine, on espère le retrouver dans ce registre élargi au cours d’un prochain spectacle.  

En un peu plus d’une heure, Nicolas Devort dresse le portrait d’un homme en quête de la reconnaissance de son père, prêt à tout pour exister, réaliser son rêve, même à renier ses amis, son amour, ses idéaux.  Et bien sûr, le portrait de tous ceux qu’il a côtoyé, qui ont compté pour lui, dont il s’est détourné à moment donné de sa vie, et qu’il regrette d’avoir blessé. Mais il a désormais ouvert les yeux et aura tout le temps de réparer ses erreurs.

Très beau spectacle, émouvant et drôle, à ne pas manquer.

 

Cathy de Toledo

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 09:10
Rabudôru, poupée d'amour

Spectacle de la Compagnie La Cité Théâtre (14), vu au théâtre des Halles à 14 h. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Interprétation : Alexandre Chatelin, Laura Deforgue, Didier de Neck et David Joncquieres

Mise en scène : Olivier Lopez

Public : à partir de 12 ans

Genre : théâtre contemporain

Durée : 1 h 30
 

Rabudôru est le nom de la femme qui succède à Lysistrata : cette dernière chez Aristophane ne fait plus l'amour à son mari, il faut bien lui trouver un substitut. Rabudôru ne se révolte pas, ne se refuse jamais, et conservera toujours les traits sublimes et plastiques de sa jeunesse.

Rabudôru est une poupée d'amour. Si elle ne vient pas remplacer Nora, elle est directement fabriquée dans l'usine au sein de laquelle elle travaille. Elle était sortie de sa maison de poupée depuis Ibsen, la voilà qu'elle y retourne. Mais Nora ne peut accepter la représentation de femme-objet véhiculée par la poupée alors elle saisit dès la première scène le mégaphone, revêt un "chapeau bite" et organise un véritable mouvement de révolte qui porte alors préjudice à cette entreprise au sein de laquelle son mari travaille aussi. Alors que le couple était parfaitement heureux et harmonieux, Thierry abandonne ses valeurs et condamne la lutte dans l'espoir d'augmenter son salaire et leur bonheur mutuel, Nora ne le reconnaît plus, on voit ses yeux agrandis par la vidéo projetée en fond, pâlir, se perdre, jusqu'à pleurer. 

Il faut donner du sens à ces poupées d'amour, ces poupées sexuelles, alors Thierry décide d'en offrir une à son père malade pour mettre en lumière un potentiel effet thérapeutique. Pareil au vieil Eguchi des Belles endormies (Kawabata) le vieil homme atteint d'Alzheimer fait la rencontre de ses souvenirs enfouis, renoue avec sa langue maternelle, cesse de compter opiniâtrement cette cinquantaine de fourchettes et retrouve son sourire. Alors comment se positionner ? On dit oui ou non à la poupée qui dit oui ? De la même manière que la scénographie n'évolue pas - avec ses néons stricts et immobiles, ses deux caméramans, sa table - l'alternative n'est pas résolue. On préfère noyer le poisson en allongeant les scènes, en ajoutant quelques digressions et un concert de rock mené par le médecin chargé de diriger l'enquête sur la poupée, Madeleine. Est-ce son pouvoir de séduction et de mise à nu qui a causé cette conversion soudaine vers la musique ? Ce qui est certain, c'est que Madeleine, incarnation plastique des proportions du nombre d'or, beauté rousse et dérangeante, ne laisse pas indifférent, même si son visage, indifférent, il l'est. 

 

Célia Jaillet

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 15:00
Source chargé de diffusion

Source chargé de diffusion

Spectacle de la Compagnie Mezzanine Uzège (30), vu à l’Atelier Florentin, le 22 juillet 2021 à 11 h. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Texte : Rémi de Voos

Mise en scène : Eric Rossi et Antoine de la Roche

Interprètes : Johan Daisme et Arnaud Apppréderis

Régie et création lumière : Eric Rossi

Scénographie : Eric Rossi

Création sonore : Benjamen Furbacco

Genre : théâtre contemporain  

Public : à partir de 12 ans

Durée : 1 h


Trois histoires, mais un même couple qui incarne les protagonistes. Trois situations différentes, comiques et tragiques à la fois, mais trois ruptures inévitables…

L’écriture de De Voos est incisive, précise, crue et aborde tous les sujets de société sans tabou. En l’occurrence dans ce texte, il est question de la domination masculine, de l’homosexualité, de l’avènement de la toute-puissance de l’enfant.
 

Sa chienne

L’homme est en train de déguster le repas que sa femme lui a préparé. Elle est à ses petits soins. Le repas à peine terminé, elle lui annonce brutalement qu’elle le quitte, et que c’était là un festin d’adieux. Elle ne le supporte plus, ni lui, ni sa chienne, qui passe avant tout, surtout avant elle ! Il est d’abord abasourdi, puis commence à chercher des explications. Renversement de situation. La femme est attachée sur une chaise et l’homme l’oblige à manger de la pâtée pour chien, une cuillerée après l’autre… C’est son repas d’adieux à lui ! L’échange verbal vire au règlement de comptes, ils se balancent à la figure des vérités salées. Elle devient franchement grossière, voire vulgaire. Mais l’homme a repris la main, et c’est finalement LUI qui la quitte...

Le pompier  

L’homme avoue à sa femme qu’il a rencontré quelqu’un, dont il est tombé amoureux. Un homme, un pompier, rencontré à la salle de sports. Elle se focalise totalement sur le fait qu’il s’agisse d’un pompier. Peut-être est ce tout simplement un fantasme ?  Sa surprise fait rapidement place à des questions directes et triviales. Cependant, il ne veut pas la quitter, car il l’aime malgré cela. Il veut vivre les deux relations en parallèle. Pas d’accord, elle décide de le quitter, au moment-même où le pompier a décidé de rompre. Deux ruptures dans la même journée, « quel horoscope de merde » ! Après quelques réflexions cinglantes, l’homme contraint sa femme à intercéder pour lui auprès du pompier, la menaçant de la brûler vive après l’avoir arrosée d’essence si elle ne s’exécute pas !   

Un enfant

Au début, on ne sait pas exactement de quel « enfoiré » parlent l’homme et la femme. Puis on comprend qu’il s’agit de leur fils, aux bons vouloirs duquel ils sont soumis. Et que leur vie est tout entière soumise à ses diktats. Le problème, c’est qu’il n’a que cinq ans. Même à l’école, ils n’en veulent plus. Incapables de gérer leur enfant, ils retournent l’un contre l’autre leur rancœur. La dispute se calme lorsqu’ils envisagent des solutions pour se débarrasser de lui. Jusqu’à une éventuelle séparation pour n’avoir à le supporter qu’en garde alternée ! Sauf que là encore, c’est lui qui va décider...

 

Il est à noter que Rémi de Voos n’impose que très peu de didascalies, donnant plutôt des indications sur le rythme. Avec la mise en scène sobre qu’a choisie la compagnie, l’attention est tout entière portée sur le texte, interprété avec brio par les deux comédiens au plateau, qui savent parfaitement communiquer le tragique et l’absurde des situations, et nous tenir en haleine jusqu’au dénouement. Ils évoluent quasiment sans accessoires, dans un décor minimaliste composé de quelques cubes en bois, modulables en fonction du contexte. Les changements de tenues s’effectuent à vue, ce court laps de temps permettant aux spectateurs de reprendre leurs esprits et de se préparer à l’affrontement suivant.

 

Cathy de Toledo

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 06:14
Caligula
Caligula

Spectacle de la Compagnie des Perspectives (75), vu au théâtre La Factory le dimanche 25 juillet à 18 h 10. Dans le cadre du Festival Off d'Avignon du 7 au 31 juillet 2021.

 

Mise en scène : Bruno Dairou, Edouard Dossetto

Interprétation : Pablo Chevalier, Edouard Dossetto, Josselin Girard, Céline Jorrion, Antoine Laudet, Antoine Robinet

Genre : Théâtre contemporain

Durée : 1 h 30

Public : à partir de 10 ans

 

Le palais de l'empereur est dans tous ses états : Caligula a disparu, et c'est dans la file d'attente que nous sommes interpellés en qualité de « sénatrices et sénateurs » par quelques-uns des comédiens qui sont à sa recherche.

Lorsque celui-ci réapparaît, il a changé, il pleure une maîtresse disparue et se transforme en tyran en quête de la liberté absolue en opérant un processus de transformation de l'espèce humaine. Parfois surpris de l'étendue de son pouvoir, Il est très intelligent, drôle, parfois attachant et fragile, mais se comportera en tortionnaire implacable, tuant arbitrairement sans l'once d'un remord ses proches et nombre de ses sujets. Sa vie sera brève, mais Caligula lui-même nous le dira : « je ne suis pas mort ! ». 

Ce texte magistral d'Albert Camus, chef-d’œuvre de la littérature contemporaine, est le reflet d'une criante actualité qui nous questionne : et si la bête immonde ressurgissait ?

La mise en scène de Bruno Dairou et Edouard Dossetto, très bien servie par l'ensemble des comédiens, est ancrée dans le monde d'aujourd'hui : costumes, musique, tout nous ramène au présent et à nos dictateurs très contemporains.

Le jeu de comédiens est exceptionnel, avec un remarquable Caligula nous embarque du début à la fin de cette tragédie, un « classique » à voir sans tarder.

 

Evelyne Karam

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 22:54
Crédit : Arnaud Bertereau

Crédit : Arnaud Bertereau

Les détaché.e.s

Un spectacle de la compagnie le Chat Foin (76), vu au 11 à Avignon le 11 juillet 2021 à 22 h 15. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.



Texte : Manon Thorel

Mise en scène : Yann Dacosta, Stéphanie Chêne et Manon Thorel

Interprètes : Bryan Chivot, Jade Collinet, Aurélie Edeline, Martin Legros, Manon Thorel



"Tu penses que c'est simple ? Ça fait quinze ans, Jean ! Quinze ans. Je sais pas comment on fait."

Je sais pas comment on fait. On est une épouse, on a un mari violent, comment on fait. On est psychologiquement instable, on nous retire la garde de notre enfant, comment on fait. On a un fils en prison, on le retrouve quinze ans plus tard. Comment on fait. Comment on dit. Quand on a la bouche pleine de points de suspension à s'en mordre les mots, quand on a l'adjectif nauséeux et la tendresse violente. Comment on compose avec le reste, les cris, les corps, le rire, la danse, pour sortir quand même quelque chose, parce que tout ça ne peut pas rester coincé dans la gorge. Dans la gorge, il n'y aura jamais assez de place pour une famille, à part pour une famille une famille où tout va bien, une famille qui n'existe pas.

Alors on rit bien sûr. Parce que tout ne va pas si mal, parce qu'on peut bien faire comme si tout allait bien et pour un moment tout ira bien. On peut étendre le linge en famille, jouer à des jeux de société, mettre des lunettes de soleil pour cacher les bleus et faire croire que sur nos pommettes c'est le ciel qui s'y reflète. On peut serrer les dents et rendre coup pour coup. On peut rejouer la même scène à toutes les générations, tous les soirs, dans toutes les familles et tous les théâtres. Au bout du compte on se retrouve toujours au même parloir, et c'est le même fils, et c'est la même mère, parce que c'est toujours le même silence.

Et d'où vient-il, ce silence ? Procède-t-il d'une parole, d'une erreur, d'un pot cassé dont on pourrait patiemment recoller les morceaux ? À qui la faute ? Le fils, qui commet l'irréparable ? Les parents ? Les parents des parents ? Les ministères de la culture et de l'éducation ? Dieu ? Suffit-il de ne plus chercher de coupable pour détruire le crime ? Elles servent à quelque chose, mes questions ? Non.

Non, parce qu'il ne s'agit pas d'un problème sociologique ni d'une leçon de morale. Il s'agit ici fermement de théâtre. Oui, on donne des coups sur ce plateau, des gifles et des injures, oeil pour oeil et dent pour dent, commerce des offenses. Mais on donne surtout quelque chose de bien plus contingent, de nécessairement gratuit, qui n'appelle pas de réponse : tous les caillots de larmes, tous les cailloux pleins les poches et les poches plein les yeux. Ici, la douleur, elle se tient bien droite, bien digne, et elle ose se dire. Larme pour coup. Bleu pour coup. Couleur pour coup. Couleur pour douleur. Bien sous le feu des projecteurs, qu'on en voit toutes les nuances, et n'ayons pas peur que le public soit voyeur, ça ne risque pas de le réjouir d'un pli.

Les détaché.e.s . Mais moi je ne veux pas me détacher, je ne veux pas qu'on me lâche la main, on sera tous tout seul au sortir de la salle et on ne saura pas quoi faire. Heureusement qu'on était au théâtre pour que nos solitudes tiennent compagnie à leurs impossibilités. Heureusement que j'ai encore cet article à écrire pour ne pas me taire.



Mathieu Flamens

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