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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 09:43
Les sonnets
Les sonnets

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre Gérard Philipe (93) et vu le 22 novembre 2019 au TGP.

 

Texte : Shakespeare

Mise en scène : Jean Bellorini et Thierry Thieû Niang

Comédiens : Shaur Ali, Manuel Bouqueton, Maera Chouaki, Cassandra Da Cruz Ganda, Lana Djaura, Jonas Dô Hǔu, Esther Durand-Dessag, Loua El Shlimi Ali, Achille Genet, Jeanne Lahmar-Guinard, Lea Le Floch, Justine Leroux-Monpeurt, Jeanne Louis-Calixte, Ulrich Mimboe-Verdoni, Lisa Ndikita, Samir Quemon,Abou Saidou, Maïa, Seassau, Jules Tellasion, Nara Trochel, Louis Jean-Pierre Valdes Valencia.

Genre : Théâtre

Public : tout public

Durée : 1H

 

Jean Bellorini et les sonnets de Shakespeare, il ne m’en fallait pas plus pour me précipiter ! Si j’avais lu plus attentivement le programme, je n’y serais sans doute pas allée et j’aurais eu tord !

De quoi s’agit-il ? D’une restitution d’atelier théâtral que tout CDN, de par son cahier des charges, se doit de mener. En tant que parent, j’ai eu ma dose ! Je suis donc arrivée quelque peu contrariée ; je suis repartie enthousiaste !

 

« Les sonnets » ont été créés l’an passé avec un groupe de 20 jeunes gens, âgés de 8 à 20 ans, 11 filles et 9 garçons, manifestement venus d’horizons très divers. J’ai assisté à la générale de la seconde saison. Cette reprise traduit bien le caractère inédit de cette médiation culturelle. Son succès repose sur un parti pris de mise en scène très fort, servi par un décor splendide et qui fait sens.

Le spectacle s’ouvre sur la projection d’une archive de l’INA, projetée sur un mur en lignes brisées : un inventeur incompris commente, démonstration à l’appui, le caractère révolutionnaire de sa machine à apprendre à nager la brasse. En avant scène, une vraie piscine. A cour, une chaise de maître nageur et une grosse bouée rouge ; à jardin, une harpe. Le mur se lève sur un fond de scène joliment éclairé par des projecteurs à la lumière orangée qui se reflète dans l’eau bleue. Les enfants entrent en scène pour se jeter à l’eau. Théâtralement d’abord, littéralement parfois, mais surtout symboliquement. Sur les sonnets de Shakespeare, il s’agit pour eux d’apprendre à nager dans les eaux troubles de l’amour et du désir en plongeant dans la langue de l’auteur.

Le spectateur n’échappe pas aux tableaux de groupes chorégraphiés, exercice incontournable de ce type de prestation. Au passage, on note une très belle cohésion de groupe. Mais Jean Bellorini et Thieû Niang ont su mettre en valeur chaque individualité tout en créant du rythme. Certains chantent et fort bien, d’autres dansent, un autre dit le texte dans un anglais parfait, une autre accompagne les récitants à la harpe, un duo de garçons entreprend une sorte de battle, un jeune couple entame quelques portées. Les voix portent bien, la diction est juste et parfaitement audible, rendant inutiles la légère sonorisation de la salle et le sous-titrage. J’ai particulièrement apprécié les tableaux « de la seconde partie ». Après une longue et singulière approche de la piscine (et de l’amour), les jeunes forment des couples et dialoguent leurs sentiments. Les corps s’effleurent par le truchement de l’eau. La scène où le couple le plus âgé, formé dans la piscine, prend chacun sur ses épaules, deux plus petits qui à leur tour se content fleurette est d’une grande émotion. Ma seule réserve concerne la musique, à mon sens, laide et trop forte !

 

Il m’a fallu chausser les lunettes de la bienveillance. Mais je n’ai guère eu de mal tant Jean Bellorini et  Thierry Thieû Niang ont su guider ces jeunes vers l’exigence tout en leur offrant toutes les conditions d’un spectacle professionnel, traduction simultanée en langue des signes comprise. Une belle et rare générosité qui servira, je l’espère, de modèle aux autres CDN.

 

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 11:00
Tout va trop vite ? Alors… ralentissez !
http://www.ateliers-du-spectacle.org/

http://www.ateliers-du-spectacle.org/

Un spectacle produit par Les ateliers du spectacle (groupe N+1), vu le 16 novembre 2019 au 3bis, lieu d’arts contemporains à Aix en Provence.

 

Conférence spectaculaire créée par le Groupe N+1, Ateliers du Spectacle et deux chercheurs – praticiens de l’Université Aix-Marseille (C. Tardif et B. Gepner).

Avec : Carole Tardif, Bruno Gepner, Mickaël Chouquet

Mise en Scène : Balthazar Daninos

Public : Adulte

Durée : 1H-1H30

 

Nous avons rendez-vous à l’Hôpital Psychiatrique Montperrin. Complètement inattendu, au milieu d’un hôpital du XVIIe siècle avec ses pavillons et ses allées, se trouve un lieu d’art contemporain.

« Tout va trop vite ? Alors… ralentissez ! » est une conférence spectaculaire sur l’autisme, une forme extrême, intense et paradoxale d’être au monde.

Une conférence à deux voix et demie, deux chercheurs praticiens et un acteur, qui rend accessible une thématique trop peu abordée.

 

« Pour moi, le temps semble s’écouler rapidement, ou en d’autres termes, aux yeux d’une personne non autiste, je parais vivre au ralenti. » Hans Van Dalen

 

Le spectacle à peine commencé, tout va déjà trop vite, un métronome nous impose le rythme : difficile de sélectionner l’information, difficile de rester attentif, on est rapidement dépassé. Stop.

Tout reprend au début. A une vitesse « normale ». A une vitesse qui nous est adaptée, qui nous permet de suivre.  Mais finalement, à quelle vitesse va le monde dans la tête d’un autiste ?

La mise en scène est originale : s’y mêlent jeu d’acteurs et projections d’enregistrements sur un écran puzzle mobile et mouvant. Apports scientifiques, témoignages de recherches et anecdotes se succèdent. C’est au son du violon de Bruno Gepner que cet impromptu scientifique suit son cours.

En fin de spectacle, une discussion s’installe entre le public, les deux chercheurs et le comédien.

 

Le groupe N+1 a su rendre sensible le champ d’investigation des chercheurs grâce à leur intervention joyeusement décalée. Cette conférence s’inscrit dans la série des « Impromptus scientifiques ».

Spectacle sensoriel, intelligent, pédagogique, informatif et drôle. A consommer sans modération, particulièrement par les publics concernés par le sujet (professionnels et familles), mais pas que !!!

 

 

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 10:18
Les Guérillères Ordinaires

Spectacle produit par la Compagnie "Les Grisettes" (34) vu au Théâtre Jean Claude Carrière, au Domaine d'O à Montpellier, le 8 novembre à 20h.

 

Texte : Magali Mougel (déjà chroniqué : "The Lulu Projekt")

Metteuse en scène : Anna Zamore

Comédiennes : Evelyne Torroglosa, Frédérique Dufour, Lou Heyman, ainsi que 20 présences féminines.

Genre : Théâtre

Public : à partir de 15 ans

Durée : 1h30

 

Anna Zamore construit un texte engagé et donne de la voix et de la lumière à trois monologues de femmes, atteintes par notre quotidien patriarcal : « diktat de minceur, viol conjugal, charge mentale, lesbophobie ». En se livrant, elles gagnent en puissance jusqu'à l'apothéose... 

 

La première femme est en lutte contre son mari « gros, chauve et alcoolique, qui sent ». Il lui impose -comme à son habitude- une fenêtre dans sa buanderie, sa pièce intime. Cette pièce est représentée par un faisceau lumineux aux quatre angles ;  le faisceau incarnant le regard marital sur ses activités secrètes...

 

La deuxième : Léda « le sourire en bannière » est hôtesse d'accueil par vocation et ne rentre plus dans les attentes « taille 34 » de son entreprise. Elle entame un pèlerinage de vengeance sur une route de plumes blanches. Léda raconte comment elle vit sa « dé-gradation » dans un visuel magnifique : la douche de lumière qui l'encercle et les plumes noires qui lui volètent dessus, tandis qu'elle avance vers nous sur le chemin blanc, est un de mes plus beaux souvenirs de la pièce.

 

La troisième jouera devant un amoncellement de terre, elle nous fait parcourir son histoire pleine de gestes et de sons. Son père, l’a « battue » dans la forêt, son amour interdit... La performance est sauvage et authentique. Je trouve beaucoup de justesse dans sa confidence.

 

Ce spectacle est orné d'un visuel grisant et ses transitions visuelles et musicales sont parfaitement orchestrées et mettent le texte en valeur. Aux avides de pièces puissantes et qui se méditent, cette pièce est pour vous !  

 

 

 

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 23:13
Harold Passini

Harold Passini

Habiter le temps

 

 

Un spectacle produit par la compagnie les Poupées Russes (Région Centre) et vu le 18 octobre 2019 au LMP (Paris XVIII°).

 

Texte : Rasmus Lindberg

Mise en scène : Salomé Elhadad Ramon

Comédiens : Lucie Contet, Caroline Gozin, Charlotte Roulland, Adrien Rummler, Quantin Voinot, Louise Ternois

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H30

 

Les structures où j’ai coutume de me rendre ne proposant pas de spectacles attrayants à mes yeux en ce mois d’octobre, j’ai enfin pris le temps de revisiter le LMP.

Le LMP est une véritable institution. Il a longtemps été le seul lieu culturel de la Goutte d’Or avant que le quartier n’entame sa gentrification. Le LMP ou Lavoir Moderne Parisien occupe un ancien lavoir comme le quartier en comptait tant à l’époque de « l’Assomoir ». Il en a gardé la structure et l’odeur du bon vieux temps. Le LMP a fermé pendant quelques années suite à de sombres démêlées politiques. Tout le quartier s’est mobilisé, en vain. Il a ensuite fait office d’accueil pour les « Femen » avant d’être repris il y a deux ans. Difficile alors de trouver des informations sur la programmation. Depuis, les outils de communication sont tout à fait performants et en tant que voisine, j’attendais  impatiemment le spectacle qui me donnerait l’opportunité de renouer avec les lieux. C’est donc à « Habiter le temps » que le LMP doit ma visite ! La salle est inchangée et forte d’une soixantaine de places. L’accueil est familial ; le public, relativement jeune, compte déjà des habitués ; la ligne éditoriale met à l’honneur de jeunes compagnies, de celles que l’on rencontre en Avignon ;  l’ensemble fleure bon le côté alternatif que j’aime tant.

 

 

« Habiter le temps »a retenu mon attention par sa thématique : le transgénérationnel ou comment un fantôme caché dans le placard par une génération pourrit l’existence des suivantes jusqu’à ce qu’un membre de la famille décide enfin de se confronter à l’histoire familiale pour mieux rompre le cercle vicieux. « Habiter le temps » raconte donc l’histoire d’une de ces familles sur trois générations. C’est la figure masculine de la seconde génération, Stephane, affreusement défiguré en bas-âge par un accident domestique qui décide de s’atteler à la tâche.

Ils sont six sur scène, 4 femmes et deux hommes, à évoluer dans ce qui évoque la maison familiale : trois allemandes en tulle dont une porte un cadre doré, une table à manger avec deux chaises, un berceau et un gramophone.

La belle trouvaille scénographique réside dans le jeu simultané des trois générations ; un mot prononcé par l’une donnant la réplique à l’autre. Malgré parfois un certain brouhaha, ce dispositif donne à voir l’origine du drame, le décalage entre l’analyse et la réalité de la situation, silence oblige et enfin la façon dont chaque génération se dépêtre (ou pas) du problème. Le rythme est donc plutôt enlevé, nourri par ailleurs, par deux petites scènes chorégraphiées. L’émotion pointe régulièrement mais elle retombe tout aussi régulièrement en raison d’un texte qui n’échappe pas aux poncifs et aux invraisemblances (la psy qui accompagne son patient pour visiter la maison familiale et qui deviendra la mère de la troisième génération…) et d’un jeu qui a du mal à les porter.

 

 

« Habiter le temps » est un spectacle intéressant sur le fond, agréable à regarder sur la forme mais qui n’a pas su totalement me convaincre.

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 20:19
Le Lambeau, Charlie en pièce(s)
Le Lambeau, Charlie en pièce(s)

Un spectacle produit par La Compagnie du visage et vu le 4 octobre 2019 Au théâtre Carré Rondelet à Montpellier (34)

 

 

Texte : d’après le récit « Le Lambeau » de Philippe Lançon

Mise en scène : Avner Camus Perez, olivier Morin, Benjamin Perez

Interprétation : Avner Camus Perez, olivier Morin, Benjamin Perez

Musique : Benjamin Perez et Christophe Manz

Création lumière: Hugo Lacouture

Genre : Récit/lecture

Public : Tout public

Durée : 1H10

 

 

L'authenticité de ce tout petit théâtre cocooning  nous amène à nous sentir immédiatement dans un « chez soi » agréable et cosy. Des draperies, une entrée où l'on se serre afin de tous rentrer : l'essentiel contenu dans une boîte.

L'espace est optimisé au maximum en laissant place au rêve : qu'y a-t-il derrière ce rideau? Nous entrons bel et bien au spectacle. Nous allons voyager, pleurer, rire,…  c'est fort probable, mais de toute évidence il va se passer une émotion. La jauge est d'une quarantaine de places, et je l'avoue, pour les personnes possédant de grandes gambettes, la crampe va vous saisir assez vite. Ou bien, Madame, si vous tenez à votre brushing, sachez que votre voisin du dessus risque de vous crêper le chignon avec ses genoux, c'est un risque à prendre. Qu'à cela ne tienne, même si au bout d'une demi-heure nous pouvons voir les spectateurs commencer à remuer discrètement sur leur assise, le spectacle nous tient jusqu'au bout!

 

« Le Lambeau » est un livre écrit par Philippe Lançon. Philippe Lançon est un survivant de l'attentat de Charlie Hebdo. Journaliste et chroniqueur, il était présent autour de cette table ce jour-là. Ce 7 janvier 2015 où les atrocités se sont déroulées. "Ils sont 12 à table et ils refont le monde. C'est la bande qu'on assassine et c'est un peu nous qui mourrons".

 

Il retrace, dans son livre, chacun de ses souvenirs, ses perceptions, il narre ce qu'il a vécu : la veille du 7 janvier, insouciante ; ce jour atroce et sanglant et la reconstruction d'un lendemain qui n'en finit pas. Il décrit d'une manière didactique, sensorielle, psychologique et physique ce moment. Il en ressortira défiguré et traumatisé.

 

Le spectacle : deux comédiens récitent, livre en main, « Le Lambeau », jouent, se répondent. Le troisième met en musique la lecture, il rythme le spectacle et le ponctue de ses propres mots en un slam extrêmement éloquent. Spectacle poignant, vivant et merveilleusement bien interprété. Leur voix, leur physique et leur présence apportent une touche de gravité. Moment suspendu où la mort vient piétiner des hommes, des idées, la liberté...

 

Le décor est minimaliste : une table renversée, un rideau rouge la recouvrant partiellement, des magazines et des mallettes, en vrac, au sol. Chaque élément retrace cette salle de conférence lors de l'attentat ; le chaos et le sang.

 

Tout le monde se souvient de ce 7 janvier 2015. Mais en étant ainsi immergée dans le spectacle, j'ai eu l’impression d’être autour de la table avec eux. L'horreur, la peur, la stupeur, l'effroi, la douleur... Comment se reconstruire face à ces évènements ? Comment mener le combat pour continuer à vivre, pour faire le deuil. On s'est attaqué à un icône de la liberté, et celle-ci a un prix, et quel prix!! 

Un livre et un crayon font bien plus peur que les armes, car le Savoir et l’éducation populaire amènent à la destruction massive de la bêtise.

On est Phillippe Lançon.

On est Charlie. 

 

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 23:39
Pascal Victor

Pascal Victor

Vie et mort de Mère Hollunder

 

 

Un spectacle produit par le TGP (Saint-Denis, 93) et vu le 11 octobre 2019 au Théâtre du Rond-Point.

 

Texte : Jacques Hadjaje

Mise en scène : Jean Bellorini

Comédiens et musiciens: Jacques Hadjaje

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1H

 

 

J’ai pour habitude d’aller voir les spectacles de Jean Bellorini en son fief de Saint-Denis. Mais le mois d’octobre m’offrant peu de tentations théâtrales, j’ai devancé l’appel !

 

« Vie et mort de Mère Hollunder » est un spectacle fort différents des autres dans la mesure où Jean Bellorini s’est mis en quelque sorte au service de Jacques Hadjaje, auteur et  seul interprète de la pièce ; laquelle est une variation de « Liliom » de Ferenc Molnar mis en scène par Bellorini en 2013

« Vie et mort de Mère Hollunder » met en scène une maîtresse femme, veuve du tendrement aimé Jacob et qui continue à tenir le magasin familial de photographie. Entre deux prises de vue (il y a en aura quatre au total et qui fonctionnent comme autant de flashs de mémoire), Mère Hollunder se raconte, ou réconforte sa fille prostrée dans son chagrin d’amour, quelque part en haut de l’escalier en colimaçon qui surplombe le plateau.

A travers son récit, c’est tout un monde disparu qui ressurgit ; celui des petites gens, perdus dans une bourgade indéfinie des années 50. Mais c’est moins de nostalgie dont traite « vie et mort de Mère Hollunder » que de la persistance des violences faites aux femmes. Jacques Hadjaje, travesti en cette rocailleuse mama, qui a la « baffe facile », finit par ôter ses oripeaux de circonstance pour dénoncer combien il est dur d’être femme.

Le propos est grave mais le texte est infiniment drôle. Le verbe est haut, populaire, cru. Le contraste entre ces deux registres est jubilatoire et atteint son paroxysme quand Mère Hollunder commente à sa manière « la Norma » dont le transistor laisse entendre le Casta Diva. La truculence du texte est toujours pondérée par un comédien qui sait jouer des silences, de l’émotion et de la pudeur aussi. La voix est chaude, tantôt tonitruante, tantôt extraordinairement assourdie. La petite salle Roland Topor, juste agrémentée de quelques accessoires (la volée d’escalier, une coiffeuse de loge, une armoire-cercueil, deux chaises pliantes et quelques gallinacées empaillées), plongée dans une semi-pénombre crée l’intimité propice à recueillir les confidences et les coups de gueule de Mère Hollunder.

 

Jacques Hadjaje est un splendide conteur, tant par l’écrit que par l’interprétation. Par son talent et avec la complicité de Jean Bellorini, il dresse Mère Hollunder au rang d’archétype.

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 22:21
toute la culture.com

toute la culture.com

Tarquin

Un spectacle produit par la vie brève et la Théâtre de l’Aquarium (Paris XII°) et vu le 24 septembre 2019 au Nouveau Théâtre de Montreuil (93)

Texte : Aram Kebabdjian

Mise en scène : Jeanne Candel

Musique : Florent Hubert

Comédiens et musiciens: Florent Baffi, Delphine Cottu, Myrtille Hetzel, Antonin Tri Hoang, Sébastien Innocenti, Léo-Antonin Lutinier, Damien Mongin, Agathe Peyrat, Marie Salvat

Genre : Drame lyrique

Public : Tout public

Durée : 2H10

Il y a quelques années, une pépite m’est tombée sur la tête : « le crocodile trompeur » alias une version vulgarisée de « Didon et Enée » mise en scène par Jeanne Candel et Samuel Achache (non chroniquée). Depuis, je suis devenue une aficionada. Ce soir, Jeanne Candel présentait, seule, « Tarquin ».

La spécialité de la compagnie est le théâtre musical. Mais ce soir et contrairement aux trois autres spectacles de la compagnie que j’ai pus voir, il ne s’agissait pas de rendre accessible le répertoire baroque mais de proposer une création in extenso, livret et musique compris.

L’histoire est quelque peu loufoque. Tarquin, grand criminel (nazi ?) de son état, s’est évaporé en Amérique latine où il s’est fait passer pour un planteur philanthrope. La juge Javier est envoyée sur place pour procéder à l’exhumation d’un corps qui pourrait être celui de Tarquin.

Elle débarque dans un commissariat miteux, perdu au fond de la jungle : des marches permettent d’accéder à un plateau en hauteur ceint de murs revêtus en leur partie basse de carrelage vert avec deux lavabos. On entre à jardin mais on peut aussi sortir à cours. Une fenêtre s’ouvre sur une forêt dense sur laquelle la pluie s’abat régulièrement. Le décor réserve d’autres surprises, à la mesure de l’insaisissabilité de Tarquin, à commencer par une piscine sous le plateau et une sépulture pleine de terre.

La partie théâtrale est faible. En effet et à l’exception remarquable de Léo-Antonin Lutinier (déjà admiré dans « Orféo » de la même compagnie -non chroniqué), les comédiens sont moins comédiens que musiciens. Le jeu est forcé et grimaçant, les voix portent peu, le rythme est aléatoire. Heureusement d’extraordinaires trouvailles scéniques compensent ces défaillances. Ainsi du marteau-piqueur lancé à plein régime tandis que la police scientifique chante : le plateau  se transforme en un vrai capharnaüm terreux. Autre scène déjantée, celle où Tarquin sort de la piscine avec tout l’attirail du plongeur et déambule, chaussé de palmes, sur le plateau et dans la salle. J’ai aussi beaucoup aimé cette ambiance très « tropicale » du laboratoire scientifique quand la fliquette se manucure les ongles à la fenêtre tandis qu’il pleut et que les laborantins écoutent sur un vieux transistor des airs latinos tout en extirpant les os de la solution où ils trempaient.

Musicalement, c’est splendide. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette partition très contemporaine à quatre instruments –violoncelle, violon, accordéon et vents (tuba, clarinette)- et polyphonique. La diction est parfaite même lorsque le récitant introduit le spectacle en allemand. Le duo « qu’allons-nous faire de toute cette haine ? » sur un air de tango revisité est sublime. Très inattendue et très réussie aussi cette scène où le flic raconte les rituels funéraires : les instruments sont disposés aux quatre coins de la scène, il parle mais les dernières syllabes du dernier mot de chaque phrase sont chantées dans des aigus sidérants qui donnent la chaire de poule.

« Tarquin » réunit tous les ingrédients pour devenir un spectacle mémorable. En murissant, il est à espérer que les comédiens trouveront véritablement leurs marques. A moins que le secret du spectacle parfait ne réside en l’association de Jeanne Candel et de Samuel Achache. Réponse en décembre au théâtre de l’Aquarium où la compagnie s’installe sous la direction de Jeanne Candel.

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 21:36
Filipe Ferreira

Filipe Ferreira

Un spectacle produit par le TG Stan (Belgique) et le Teatro Nacional D. Maria II (Portugal) et vu le 20 septembre 2019 au Théâtre de la Bastille (Paris XI°)

Texte : Tiago Rodrigues librement inspiré de Tolstoï

Mise en scène : Tiago Rodrigues et le TG Stan

Comédiens : Isabel Abreu, Pedro Gil, Jolente de Keersmaeker, Franck Vercruyssen

Genre : théâtre  

Public : adulte

Durée : 1H40

Je fréquente le Théâtre de la Bastille depuis des lustres. C’est le fief parisien du TG Stan dont je suis le travail depuis non moins longtemps. Tiago Rodrigues que j’ai découvert l’an passé avec un mémorable « Bovary » y a également élu domicile. C’est la première fois que je chronique au théâtre de la Bastille. Et quelle première fois puisque the « way she dies » réunit tout ce beau monde !

« The way she dies » est la triple mise en abyme d’Anna Karénine. Autrement dit, « The way she dies » raconte la façon dont le livre de Tolstoï s’immisce comme élément perturbateur de deux couples : un couple néerlandais d’aujourd’hui ; un couple portugais des années 60 dont la femme, sous l’emprise même de l’héroïne, est la mère du monsieur du premier couple. Exposé ainsi, voilà qui paraît fort compliqué. Or c’est précisément là que réside tout l’art de Tiago Rodrigues et du TG Stan conjugués.

En quatre actes rythmés par des airs de jazz et dans un perpétuel va-et-vient entre le livre et la réalité de deux couples,  entre le présent et le passé, on assiste en français, néerlandais et portugais, à la quête de l’amour comme quête de l’Absolu. Une véritable autopsie du sentiment amoureux dans un naturel confondant !

Car Tiago Rodriguès et le TG Stan ont ceci en commun de mettre le jeu de l’acteur au centre du spectacle. Et quels acteurs ! Le décor est très épuré. En hauteur, une vague verrière avec 4 lampadaires suggère la gare de toutes les rencontres et du drame final ; à cour et en fond de scène, une sorte de cuisine pour évoquer cette normalité que fuit notre (nos) héroïne(s) et qui, théâtralement, comme de coutume au TG Stan, fait office de loge pour les changements à vue ; à jardin, une drôle de machine en bois qui crachera en une sublime image la neige de l’âme slave.

C’est l’autre marque de fabrique des deux structures : malgré le drame, l’humour est omniprésent. Par exemple, la scène où la femme du couple néerlandais susurre à l’oreille de son amant sa théorie…..  sur l’oreille comme  révélatrice du sentiment amoureux est à mourir de rire.

« The way she dies » est un spectacle d’une grande complexité narrative et pourtant d’une grande simplicité. Les voix qui s’égrènent de par les âges, les expériences, les points de vue de chacun des protagonistes se réunissent à la fin pour raconter d’une seule voix, mais en chant choral, « The way she dies ». A ne pas manquer.

 

 

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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 21:22
La fin de l'homme rouge
La fin de l'homme rouge

Un spectacle produit par la Criée, Théâtre National de Marseille(13) et vu le 14 septembre 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris X°)

Texte : d’après Svletania Alexievich

Mise en scène et adaptation : Emmanuel Mérieu

Comédiens et musiciens : Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms et la voix de Catherine Hiegel

Genre : théâtre  

Public : adulte

Durée : 1H50

Je ne suis pas férue d’adaptation. Mais d’emblée, il m’a semblé que « La fin de l’homme rouge » de Svletana Alexievitch pouvait fort bien s’y prêter. C’est donc plein d’attentes que je suis allée aux Bouffes du Nord pour inaugurer une saison théâtrale prometteuse.

Prix Nobel de littérature en 2015, Svletana Alexievitch a parcouru l’ex-empire soviétique et enregistré des centaines de témoignages pour faire entendre la voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix de ceux qui ont cru qu’un jour « ceux qui ne sont rien deviendraient tout » et sont aujourd’hui, dans le capitalisme sauvagement triomphant, orphelins d’une utopie.

Les voix surgissent d’un champ de ruine. En avant-scène, des lattes de bois et une carcasse de voiture sont ensevelies sous des monceaux de sable. Sur la scène de béton brut jonchent un fatras indéfini et un micro. Fenêtres sales et taguées à jardin, allemande brun-kaki au mur décrépi et qui fera office d’écran de projection complètent l’ensemble. Mais à part l’allemande et le micro, le décor est totalement accessoire et surligne, à mon sens, inutilement, les témoignages.

Six témoignages ont été sélectionnés dont un est extrait, sauf erreur de ma part, d’un autre ouvrage de Svletana Alexievitch, « la Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse ». Les comédiens montent tour à tour sur scène, souvent depuis la salle, se campent devant le micro et entonnent leur récit. Impossible de rester indifférent devant ces tranches de vie élevées dans la foi « du sacrifice héroïque » et qui ont du apprendre  ce qu’était « l’homme qu’on extrait de l’homme jusqu’à la dernière goutte ». Les récits sont en eux-mêmes, comme dans le livre, insoutenables. L’intensité émotionnelle de trois comédiens –Anouk Grinberg, Jérôme Kircher et Xavier Gallais- nous fait appréhender l’indicible. La prestation de ces deux derniers est magnifiée par leur visage projeté en gros plan tandis qu’ils racontent. Les trois autres récits demandent encore à être rodés au risque de laisser la musique d’arrière-fond devenir franchement envahissante : les petits problèmes techniques qui ont retardé la représentation de vingt minutes sont peut-être à l’origine de maints accrocs et d’une moindre incarnation.

Il fallait relever le défi de sélectionner six témoignages parmi les centaines qui composent le livre de Svletana Alexievitch pour les porter sur scène. Le pari est si encourageant que j’aimerais volontiers en entendre d’autres.

 

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31 juillet 2019 3 31 /07 /juillet /2019 20:44
Marcelle dans les z'airs
Marcelle dans les z'airs

Spectacle de la Compagnie Canon (75) vu le 26 juillet 2019 à 16h à l’Atelier Florentin dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 9 au 28 juillet 2019.

 

De et par : Karine Larivière

Musique : Oscar Aubry

Voix de la fée : Leila Maguez

Lumière : François Leneveu

Genre : Solo Clownesque
Public : En famille à partir de 3 ans
Durée : 50 mn

 

 

Arrivée de la clown Marcelle au milieu du public, qui se fait rappeler à l’ordre par la voix (Voix Off) de la fée Mélodie pour l’inviter à la rejoindre sur le plateau pour l’aider. Un décor minimaliste mais laissant déjà l’imagination vagabonder sur ses évolutions possibles et des effets sonores bien trouvés pour accompagner l’histoire.

La fée Mélodie, fée de la musique, a besoin de Marcelle pour l’aider à retrouver de l’inspiration. Pour cela, Marcelle doit lui offrir un voyage dans les airs, et lui laisse trois chances. En cas d’échec, la sanction sera sévère ! Une fée qui se montre un peu dirigiste. J’ai crains le pire quelques secondes, et puis je me suis laissé emporter par le très joli jeu de la comédienne.

Marcelle est pleine de vie et d’imagination. La musique ? Elle chante comme une casserole ! Elle, ce qu’elle veut, c’est voler ! Alors finalement, s’envoler dans les airs, ce n’est pas si loin. Elle trouve de belles idées autour des notes et des objets pour relever le défi de Mélodie. Du poulpe géant à la guirlande de brosse à dents, du mur de sons au parapluie à notes, elle joue avec les sonorités de façon amusante et originale et nous propose une belle étendue de ses savoirs faire. Tour à tour, nageuse, aviatrice, chanteuse (!), claquettiste, elle est sous la pluie ou dans les airs, toujours accompagnée d’une ambiance sonore qui fonctionne à merveille, mêlant clown et poésie.

Je me suis complètement laissé séduire par cette proposition à la fois simple et très bien calée.

A découvrir et à faire partager.

 

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