Prémices
Prémices

Spectacle de la Compagnie Plateau Neuf (34), vu au Théâtre Gérard Philipe de Montpellier, le 23 octobre 2015

Mise en Scène et Chorégraphie : Marion Notte

Scénographie et création lumière : Claire Eloy

Comédiens : Julie Cucchiaro et Laurent Quentier

Genre : Théâtre

Public : Adultes et grands adolescents

Durée : 60 minutes

Création 2014

"Prémices" est une œuvre composée de plusieurs textes de l’auteur russe Anton Tchekhov, écrits au début du siècle dernier. Dès notre entrée dans le théâtre, nous découvrons un homme et une femme, seuls, chacun face à son bureau lisant ou rédigeant sa correspondance. Le décor d’une élégance sobre et dépouillée matérialise l’intimité de chaque bureau dans lequel s’épanchent les personnages. Dymov aime Olga et se livre par écrit à sa belle, il lui écrit longuement, jette souvent ce qu’il considère comme mauvais. Il hésite, doute, rature, réécrit sans cesse, en imaginant trouver toujours de meilleures formules. Celle-ci lui répond poliment dans un premier temps, puis prend de l’assurance et accepte enfin de le rencontrer. Cette rencontre qu’ils avaient idéalisée va se montrer difficile. Chacun avec sa personnalité confrontée à la réalité d’une vie commune. Ils regrettent surement ces moments plus littéraires où ils cherchaient à séduire l’autre.

L’espace scénique, est partagé par une diagonale au sol en papier kraft. Chacun reste dans son univers tant que la relation n’est qu’écrite. Puis ils décident de se retrouver, et l’espace devient rapidement restreint, étouffant. Les objets s’accumulent, les relations se tendent et nuisent finalement à l’épanouissement de chacun. Le langage, tantôt poétique, tantôt cru, nous offre une palette variée des thèmes présents dans la littérature de l'auteur.

Il est aisé à l’heure actuelle de retrouver ces impressions. A l’époque du tout numérique, combien de personnes conversent via les réseaux sociaux, ou des sites de rencontres. La plume est remplacée par le clavier, mais l’effet recherché est le même. Laisser l’imaginaire embellir la réalité. Ce que la parole, et sa spontanéité, ne peut pas offrir. L’amour physique est sans issue semble nous dire Tchekhov. Les auteures ont ponctué la pièce de chorégraphies dansées pour évoquer l’évolution des sentiments des deux amants. Elle est même enrichie de la chanson de Barbara "la solitude" très bien interprétée par les deux comédiens. Elle exprime le désarroi dans lequel chacun se trouve malgré la présence de l’être aimé. L’amour ne peut-il être pérenne que lorsqu’il est épistolaire, voilà une question que le public est amené à se poser. Ce spectacle nous laissera un bon souvenir et nous invite à redécouvrir l’œuvre de Tchekhov.

Richard Gineste

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