Moderato Cannabisse / Addictions
Moderato Cannabisse / Addictions

Spectacle de la Cie La Faute à Voltaire (48), vu le 16 Fév. 2016, 15h30, Lycée Georges Frêche, Montpellier (34)

Conception et mise en scène : Bernard Granjean

Avec : Pascaline Granjean et Adrien Pérez

Genre : Conférence drôlatique

Public : Tous ou scolaires

Durée : 60 min

Création : 2015

Ce spectacle a été commandé à "La Faute à Voltaire" par la Mutualité Française L-R. La compagnie propose deux versions qui ne diffèrent que sensiblement. Ce jour-là c'est la version pour public scolaire, "Addictions", qui a été présentée à trois classes de seconde du lycée hôtelier Georges Frêche dans le cadre d'une semaine "Santé/Solidarité/Citoyenneté".

La sobriété du décor laisse présager un formalisme propre aux conférences sérieuses : une table, deux chaises et un écran portatif. Mais, dès leur entrée en scène, P.Granjean et A.Pérez introduisent un petit air décalé, puis franchement comique, qui atteindra même souvent le burlesque. Au fil d'une succession de saynètes, ils alertent les lycéens sur les risques et méfaits des addictions aux écrans, aux réseaux sociaux, à la nourriture, à l'alcool et au cannabis. En interprétant avec humour des situations réalistes ou des textes littéraires judicieusement choisis et en s'aidant de la vidéo, ils donnent une approche vivante et lucide des problèmes. On y parle de plaisir, d'emprise et de contrôle de soi. C'est rondement mené et le comique de situation ne nuit en rien aux propos, bien au contraire ! Le message de prévention est clair : "Soyons attentifs, acteurs de notre santé et faisons preuve de vigilance auprès des autres".

Le spectacle est amusant, et le comique visuel et verbal au rendez-vous ! Les comédiens jouent le tournage d'un film avec une succession de saynètes cadencée par les claps de début de prise de vue. Si le fil narratif semble parfois hésiter, entre tournage de film et conférence, l’ensemble reste cohérent et très dynamique. A chaque addiction son intrigue. On assiste ainsi à une hilarante leçon de vocabulaire avec A.Pérez, bébé "addict" à son biberon; à la rencontre du Petit Prince et du renard; à la fascination d'un ado par son écran de jeux; à une superbe scène de ménage avinée extraite du "Médecin malgré lui"; à un étonnant texte de Sganarelle ("Dom Juan") vantant "l'herbe à Nicot"; etc. P.Granjean change souvent de personnage, et fait cela très bien. Revenant entre chaque saynète à son rôle de conférencière consciencieuse, elle s’évertue à obtenir un peu de sérieux de son partenaire qui fait une belle démonstration de la dépendance en succombant facilement à toutes les addictions illustrées ! Tous deux se donnent à fond et sont très drôles. Une assez longue panne technique de la salle n'a pas déstabilisé les artistes, qui l'ont intégrée dans le spectacle !

"Addictions" m'a semblé recevoir un bon écho chez les lycéens, à entendre certaines réactions pendant la représentation et quelques réflexions entre eux à la sortie de la salle ("j'peux pas m'empêcher", "c'est difficile d'arrêter", etc). Par contre le débat prévu à l'issue du spectacle a eu du mal à s'installer. Sans doute le jeune public était-il trop dispersé, dans une salle très grande où adultes et lycéens se trouvaient dans une disposition assez "frontale"? Dommage aussi que P.Granjean et A.Pérez n’aient pas eu l'opportunité de lancer eux-mêmes le débat sur les scènes du spectacle, d’autant plus qu'ils sont formés à la discussion avec les jeunes publics.

Très didactique, "Addictions" utilise astucieusement l'humour comme vecteur d'information sur des sujets d'une importance cruciale. Original et bien mené il peut être diffusé efficacement auprès de groupes d'adolescents ou d'adultes et dans le cadre de campagnes de prévention. Suivie d'un débat, cette "conférence" mérite d'être jouée dans un espace facilitant la prise de parole et l'interaction entre les comédiens et le public. En effet, parler des "personnages" évite de parler de soi, tout en étant porteur de sens. C'est là une des forces du théâtre, en particulier à destination des jeunes publics. La version tout public "Moderato Cannabisse" ne diffère que par le final qui aborde l'addiction au sexe.

Catherine Polge

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