"Imbert Imbert" Chronique plurielle et populaire

Spectacle vu dans le cadre du Printival 2016, le jeudi 21 avril 2016, à 19h au Théâtre de Pézenas

Avec : Mathias Imbert (contrebasse, ukulélé, chant) et Stephen Harrison (contrebasse, mandoline)

Genre : Concert de chanson française

Public : Adulte

Durée : 1h

Chronique rédigée par : Jacqueline, Isabelle, Didier, Roseline, Ludovic, Léonie et Emilie

Ce jeudi, le Printival nous invitait à découvrir Imbert Imbert. Cantonné dans une petite salle fermée, à l'heure de l'apéritif, et pour à peine plus de soixante minutes, ce duo aurait pu s'estimer malchanceux. Mais c'est un privilège d'occuper pendant une heure l'écrin magique du théâtre "historique" pour se faire connaître du public Piscénois. Deux hommes nous apparaissent, chacun presque caché par une contrebasse plus grande que lui. On se sent déjà respectueux devant ces interprètes de l'instrument le plus monstrueux après l'hélicon. Pas de doute, le chef est ce jeune homme souriant, très à l'aise, polo-débardeur scintillant pourvu d'une seule manche, coiffure improbable, à la fois crâne rasé et cheveux longs. Nounours ventru en tenue tout denim, Stephen, son complice au français hésitant, l'accompagne à la contrebasse d'abord, puis au banjo. Imbert Imbert chante, d'une belle voix bien assurée, avec une bonne humeur engageante, et une joie de vivre communicative. Ecoutons ses thèmes. L'amour, bien sûr. Mais là où le jeune Christophe des années 60 disait des mots bleus, Imbert dit surtout des mots crus. Je ferai une seule citation : "Ton cul me tient à cœur". Des mots de notre temps, qu'ont verrait bien illustrés par Luz, l'ex-dessinateur de Charlie Hebdo, un journal qui s'y connaît en crudité. Autre thème qui revient, le dégoût du quotidien, de la vie rangée, d'un avenir désespérant. Autre thème, moins destructeur : la tentation de la nature, le moment baba cool, le rêve d'une ferme, d'un jardin, de graine à faire éclore, de bons gros chiens... Le thème politique n'est là que de façon allusive, évocation du danger raciste, portrait esquissé d'un votant d'extrême droite. Si le chanteur est un très bon musicien, qui passe impavide de l'énorme contrebasse au ukulélé, sa virtuosité reste discrète. Cette sorte de mini guitare qu'il utilise m'a rappelé des illustrations de la fable enfantine "la Cigale et la Fourmi", par Benjamin Rabier, ou par le Walt Disney des années 30. J'ai été touchée par la minute sans micro, où le chanteur s'offre, dans la plus grande simplicité. Là est la force de ce duo : de la musique, pas du bruit. De la sincérité, pas de l'illusion. Les lumières, sobres, éclairaient à peine plus que la fanal bleue habituelle du petit théâtre. Imbert Imbert est un chanteur de notre temps, d'un pessimisme gai, d'un optimisme pas dupe, un amoureux de la musique et de la vie qui a le goût du partage. A écouter sans modération. Jacqueline

Imbert Imbert nous présente quelques morceaux en avant-première de son quatrième album "Viande d’amour" dont l’auteur nous dira qu’il ne "pue pas du cul". C’est direct et sans ambages. Comme ses chansons. Des chansons qui nous parlent du temps qui passe, de choix et de cursus de vie, d’humanité, d’engagement et d’amour. Des chansons d’amour sans mièvrerie, ce n’est pas le genre de la maison. Mathias Imbert joue avec les mots, des mots parfois crus. La voix n’est pas exceptionnelle, mais elle est claire et empreinte d’une certaine douceur, contrepoint de textes percutants, tantôt désabusés, tantôt rageurs, souvent teintés d’humour. Humour présent durant tout le spectacle où le public a beaucoup ri de leur complicité, et des facéties de Stephen Harrison imitant Jimi Hendrix ou narrant dans un français approximatif des anecdotes sur sa contrebasse "pourrie". Sur scène ces deux-là jouent, dans tous les sens du terme, et y prennent beaucoup de plaisir. En plus de la contrebasse qu’ils maîtrisent l’un et l’autre parfaitement, Steven joue du banjo, et Mathieu du ukulélé. Des mélodies aux rythmes changeants, lenteurs puis fulgurances ; richesse des notes et mélange des styles en accompagnement d’une poésie engagée. Le public était conquis. Moi aussi. Isabelle

Imbert Imbert chante ses chansons de sa voix bien timbrée et posée. Des chansons qui ont des choses à dire à propos du social, du politique, du sociétal ou encore de l’amour, des chansons engagées dissertant du temps présent sans ménagement. Ça change des plates ritournelles de la grande diffusion et ça fait du bien. Il y a de la provocation dans ses textes et on sent l’influence des anciens comme Brassens, Ferré, Renaud ou Perret entre autres. Il y a aussi des mots gros, crus et salaces dans certaines chansons, en particulier celles parlant d’amour. J’ai du mal à saisir l’utilisation presque systématique de ces crudités pour clamer l’amour, car à mon sens, la poésie d’amour vole allègrement au dessus de la ceinture. Mais je peux ne pas avoir tout compris. Ce sont peut-être les girolles qu’il confond avec le Phallus Impudicus ou, pire, le Satyre Puant. En tout cas, l’aspect provoc est tout aussi magistralement dressé telle une hampe érigée et offerte sans pudeur à l’assaut libertin d’une morale cul-serré. Ce diablotin ne manque pas de poésie ni d’impertinence, mais il manie également fort bien la dérision et l’autodérision qui n’enlèvent rien à la tenue de ses propos. La profondeur de son désespoir est à l’image de la joie de vivre qui l’accompagne et le rend supportable. Je veux parler de ce désespoir lucide qui habite tout être regardant le Monde les yeux grands ouverts et sans voiles déformants et de cette joie de vivre qui en découle, seul antidote valable, sœur jumelle et face opposée à la fois. Stephen Harrison le complice anglais d’Imbert Imbert est cabotin tant dans son jeu que dans son comportement sur la scène et le public aime ça et le lui rend bien. C’est plaisant, ludique et sans prétention sinon celle de blaguer comme il nous le montre avec sa façon Hendricksienne de jouer de sa contrebasse au dessus de la tête ou avec les dents. Au final, ce duo est à voir autant qu’à entendre. Leur joyeuse présence impose la nôtre et les contrebasses ne seraient certainement pas si heureuses sans nous pour les admirer. Diablotin, Cabotin et leurs compagnes vous convient à une joyeuse ballade de troubadours polissons et talentueux au cours de laquelle ils vous entretiennent avec plus ou moins de légèreté d’une idée importante : la liberté. Un vrai bon moment musical pour une vraie bonne idée. Didier

Je suis rentrée dans la salle d’abord, il y avait beaucoup de monde. Au début, je me demandais ce qu’ils allaient jouer et chanter. Le décor était sombre, il manquait un peu de lumière à mon goût. Les costumes manquaient de couleur, bleu et noir, ce n’est pas mon style, j’aurai préféré plus de couleur. La musique était diversifiée avec d’abord des bruits de contrebasses. J’ai bien aimé quand l’accompagnateur a joué du banjo. Je me serai crue au bord du Mississippi en Louisiane. L'ukulélé m’a également beaucoup plu, là je m’imaginais à Tahiti. J’ai bien ri en écoutant Imbert Imbert chanter ses chansons drôles. J’ai passé une bonne soirée, j’étais un peu déçue au départ mais vers la fin du spectacle tout le monde applaudissait pour faire revenir les deux artistes sur scène. Roseline

C'est avec enthousiasme que j'attendais ce show. Pour tout vous dire, j'ai fait la connaissance de ces deux troubadours dans les coulisses du théâtre où je travaille et j'ai participé au montage son et lumière de ce spectacle. Les rapports humains furent détendus et en toute simplicité. Mathias Imbert le regard franc et doux à la fois est une personne humble de ceux qui ne prennent pas le melon. Quand à son acolyte Stephen Harrison : un extraterrestre so british, drôle, un brin perché, au charisme du rocker des années 50. j'ai passé une après-midi sympathique et pleine de drôlerie en leur compagnie. Les balances se sont déroulées de façon brève, rapide et sans chichi, ils s'adaptent, savent ce qu'ils veulent : des professionnels... Du coup, je n'avais qu'une pâle vision de leur prestation qui n'altéra en rien l'effet de surprise, car enchantement il y a eu. Deux contrebassistes sur scène ça envoie ! De l'archer, du slapping, de la percussion. De temps en temps Stephen posait sa contrebasse pour prendre un banjo. Tout y était pour nous emmener dans une atmosphère proche de celle des Ogres de Barback, des Têtes Raides ou autres Rue Ketanou. Mathias Imbert se distingue par ses textes engagés, sans concession, du cru, du sombre et poétique, tout ça arrosé d'une pointe de vulgarité savoureuse car comment ne pas utiliser d'oxymore pour définir son univers... Une certitude les punks ne sont pas morts ! Je suis sorti heureux de cette rencontre tant pour l'esprit que pour les oreilles. Merci. Ludo

En attendant l’ouverture du théâtre ce jeudi 21 avril, je me suis rendu compte que je ne savais absolument rien sur ce qui m’attendait. Dans le cadre du festival Boby Lapointe, il ne pouvait évidemment pas s’agir d’un requiem, ce qui ce jour-là, aurait été néanmoins bien plus à même de s'accorder à ma disposition mentale et sentimentale. Je venais d’apprendre la mort d’une amie. En entrant au théâtre, j’ai découvert avec bonheur les deux contrebasses, instruments que j’adore, elles somnolaient sur scène en attendant que quelqu’un les réveille… Ce qui finit par arriver au bout d’un moment. C’est un spectacle agréable qui s’est déroulé pour mes oreilles et mes yeux, mélangeant textes puisés dans l’actualité, chômage, racisme, migration, et surtout aussi dans l’amour, l’éternel thème. Malheureusement, je n’ai pas tout compris, car les textes chantés sont toujours un peu plus difficiles pour moi (la langue française n’est pas ma langue maternelle) ; mais je crois avoir compris l’essentiel et j’ai apprécié les textes et la plupart des arrangements musicaux. Les petits sketchs en intermède étaient pleins d’humour et offraient l’occasion au compagnon de scène d’Imbert Imbert, de sortir de son rôle d’accompagnateur et de faire-valoir. Après tout, c’est toujours le chanteur qui a la part belle. Ce que j’ai un peu regretté, même si cela semble superficiel, ce sont leurs tenues de scène. Un peu de couleur et de fantaisie en contrate avec les violoncelles ne feraient pas de mal. Je vais finir avec une phrase qui m’a spécialement touchée ce soir-là : "La vie est belle à en mourir". Je suis sortie de ce concert le cœur un peu plus léger. Merci Imbert Imbert ! Léonie

Après une longue journée, la perspective d'aller voir Imbert Imbert dans le cadre du Printival ne me tentait pas vraiment, et la peur de l'ennui me taraudait au vu de ce que j'en connaissais. Accompagnées de mes acolytes chroniqueurs, je pénétrais dans l'Illustre Théâtre de Pézenas et profitais du retard pour admirer, depuis ma place de choix au premier étage face à la scène, ce monument sublimement restauré. Deux individus entrent sur scène dans le noir et l'éclairage met alors en exergue deux contrebassistes aux looks plutôt... décalés. Décalés de nous, mais aussi entre eux ! On découvre les deux comparses : Stephen Harrison, swinger anglophone aux allures de rocker des années 50 avec toute sa panoplie jean, gomina et westons, et Imber Imber, petit minet au t-shirt à paillettes et pantalon moulant. Tels deux clowns ils lancent une pseudo musique en feignant un combat d'instruments, puis une "bagarre" d'archers en tapant sur l'instrument de l'autre plutôt que sur le leur. Je ne m'attendais pas à cela ! Le thème est donné : c'est celui de l’humour. Les chansons s'enchaînent et encore une fois je suis surprise. Le paradoxe entre la musique et les paroles est aussi flagrant que celui entre la teneur des textes et les arrangements. Un arrangement minimaliste à deux instruments sur des textes riches et recherchés de jeux avec les mots. Plus les paroles sont touchantes et dramatiques, plus le rythme de la musique est entrainant et vice versa. Imbert Imbert évoque avec humour et simplicité la vie, ses joies, ses déboires et notre société actuelle avec tout ce que cela implique. Si la musique ne me plaît pas particulièrement, la performance artistique est excellente ! Une vraie interaction se fait avec le public. Non seulement par le dialogue qu’Imbert Imbert met en place avec le public, mais aussi par les rires ou les protestations que provoquent certaines paroles des chansons. Ou encore à travers les facéties des deux artistes. Alors quand Stephen Harrison rend hommage à Jimi Hendrix en passant son énorme instrument qu’est la contrebasse au dessus de sa tête pour en tirer les cordes avec ses dents tout en finissant dos au plancher de la scène, comment ne pas apprécier ce moment ?! Grâce à cet ensemble de jeux, je ne vois pas passer le temps et si vite (presque trop vite) le show s’arrête après le rappel. Je sors du théâtre remplie de bonne humeur et ravie de ce moment inattendu. Emilie

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