A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant
A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant

Spectacle de la compagnie 26000 Couverts (21), vu à la Grande Halle de la Villette, le 06 juin 2016

Ecriture : collective

Mise en scène : Philippe Nicolle assisté de Sarah Douhaire

Interprétation : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Aymeric Descharrières, Servane Deschamps, Pierre Dumur, Olivier Dureuil, Anne-Gaëlle Jourdain, Erwan Laurent, Michel Mugnier, Florence Nicolle, Philippe Nicolle, Laurence Rossignol

Genre : Théâtre

Public : Tout public à partir de 10 ans

Durée : 1h45

Nous les avions découverts il y a deux ans dans le mémorable "Idéal Club". Les voilà de retour à Paris avec leur nouvelle création "A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant". Il fallait oser ! Cette audace innerve tout le spectacle, destiné, à n’en pas douter, à rentrer lui aussi dans les annales.

Qui n’a pas disserté, en Français, sur le théâtre qui est un mensonge mais qui dit la vérité? Les 26000 Couverts s’emparent du sujet pour en faire le cœur même de leur nouveau spectacle. Le synopsis est simple. Nous assisterions à une sortie de résidence. La troupe nous présenterait l’avancée de leur futur spectacle de rue sur la mort. Le conditionnel est de mise car nous ne cessons de découvrir que l’argument initial est faux. Ce n’est pas une sortie de résidence, ce n’est pas un travail en cours, c’est le spectacle lui-même et qui nous interroge par le rire et le contre-pied systématique sur les ressorts du métier depuis la répétition jusqu’à la mise en scène en passant par la recherche débilitante des subventions.

Ils sont douze sur scène, les mêmes que d’habitude, tout autant comédiens que musiciens. Le plateau est nu, juste encombré des accessoires nécessaires à la construction d’un spectacle : une table jonchée de tout un foutoir, une tour pour grimper aux cintres, un clavier, un canapé vert, des chaises et une porte de coulisse qui grince affreusement. Tout réside dans le jeu. Un jeu d’une telle maîtrise qu’il balade sans aucune difficulté le spectateur dans les méandres d’une mise en abyme implacable.

Impossible de résumer un spectacle d’une telle richesse. Il faut en faire l’expérience ! Je citerai seulement quelques scènes pour donner une idée des techniques mises en œuvre pour créer l’illusion. Le théâtre de rue est convoqué à partir de la tour pour grimper au cintre et devient marionnette monumentale à la Royal Deluxe le temps d’une parade. Puis changement d’échelle avec un incroyable théâtre d’ombres pour raconter de façon psychédélique comment la mort s’est abattue sur la ville. Tantôt, c’est le mime qui sert de médium pour narrer une mort absurde. La parodie est à son comble lors de l’inévitable séquence d’animation prévue par le cahier des charges de la résidence. Pour décaler encore un peu plus le propos, la scène se termine en opérette. S’ensuit une variation des finals comme autant de propositions de mises en scène, de jeux et de faux débats.

Les 26000 Couverts signent là un spectacle d’une grande intelligence et d’une parfaite maîtrise. Le rire est omniprésent pour mieux souligner le sérieux du propos, la mort, peut-être ; le théâtre du monde, sans doute, et le théâtre tout court, assurément.

Catherine Wolff

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