Bestiaire et autres vers
Bestiaire et autres vers

Spectacle de la Cie Le Fil à la Pat (13), vu à Avignon Off 2016, le 10 Juil., 19h, au Tremplin

Textes et musiques : Fil Alex

Arrangements piano : Patrick Fouque

Mise en scène : Sandra Alex et Fil Alex

Création lumière, régie : Débora Marchand

Genre : Chansons

Public : Dès 8 ans

Durée : 1h pour le Off (1h30 ailleurs)

Jauge : 20 à 300

Création 2013

Salle Molière (49 pl)

Fil Alex ? C'est un fier cheval. Non, c'est un vieux lion fatigué. Mais aussi un hibou, et puis simplement un mâle humain étonné devant les femelles de l'espèce, et qui reconnaît ne pas toujours les traiter à la hauteur de ses rêves ou des leurs. F.Alex évolue avec une aisance toute animale sur une scène sombre où règne une nuit des premiers temps. Dans ses chansons bien balancées les animaux (bêtes et homme) livrent leurs peines, leurs espoirs, leurs joies ou leurs incompréhensions et la tendresse est tapie derrière la violence ; élans fougueux, provocations, émois amoureux et souffrances sont offerts avec plumes et poils, griffes et pattes de velours ou regards fauves. Textes, musique, bruits de bouche et jeux de scène composent un ensemble harmonieux. Le public est pris dans des rythmes étranges qui trottinent, s'assoupissent, rampent, se rebellent au son du piano de Patrick Fouque. Quelques notes comiques aussi et un humour subtil teintent ce spectacle sensible et fort, à saisir avec délicatesse.

Pas facile de chroniquer un tel spectacle dont on sort assez secoué ! Le noir est partout : scène, costumes, éclairages. Le noir est aussi dans les textes, mais pas déprimant pour autant, et j'ai beaucoup souri. Si F.Alex a les sens à vif, il les aiguise pour nous communiquer autant la douleur que le rêve et la beauté. Ce sont coups de poing et pattes de velours. Un cheval amoureux de sa cavalière l'enlève au galop, un lion "abîmé" et incompris est détrôné, un âne meurt sous les coups, un hibou bienheureux a "la lune dans les yeux". Tant de questions sont posées par ce poète... Les femmes n'aiment-elles donc pas les rêveurs, pour que ces derniers soient toujours maudits ? Pourquoi l'homme se croit-il obligé de prendre muselière et martinet pour garder sa femelle ? L'humain se défend de son animalité, mais qu'est-ce que l'humain dans le règne animal ? Dans une longue prière pour la paix, le chanteur, regard noir, planté sur scène mains ouvertes nous assène une terrible litanie que le piano ponctue pour finalement se déchaîner... Complice parfait, le piano de P.Fouque se fait le partenaire des personnages incarnés par le chanteur. Bravo ! F.Alex, petit homme tout en noir qui se transforme à vue et se fait bête ou homme à l'envi, nous quitte en hibou aux yeux clignotants, arrimant ses pattes sur sa branche : solidement campé, il nous observe. Fin. Je sors émue et à regret.

Reconstruit en formule courte pour les besoins du off, ce spectacle reste cohérent grâce à un fil narratif bien mené. "Bestiaire et autres vers" est le résultat d'une observation fine et d'une grande sensibilité à l'autre. Rassurons-nous : si "la femme" fait partie de ce bestiaire, c'est que l'homme y est aussi, épinglé par le regard acéré que l'auteur pose sur sa faiblesse et sa vulnérabilité. Les animaux, mis en scène sans sensiblerie ni esthétisme, sont juste remarquablement saisis dans leur profondeur énigmatique. Une large gamme d'émotions attend ici le spectateur.

Léger, le spectacle peut être aisément accueilli dans des lieux très divers (théâtres, comités d'entreprise, écoles, restaurants, etc).

Catherine Polge

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