Chansons ! d'Amurs !
Chansons ! d'Amurs !

Spectacle de la compagnie Mosikart (13), vu le 28 mai 2016, au Théâtre de la Vieille Grille à Paris (75), dans le cadre d'une avant-première pour le Festival d’Avignon


Avec : Frédéric Salbans, Aimée de la Salle


Genre : Théâtre, chant, cabaret
Public : Tout public
Durée : 50
min

Pour cette avant-première à quelques semaines du Festival d’Avignon, les deux artistes ont chanté sans micro au Théâtre de la Vieille Grille du quartier latin. Un lieu confiné, intimiste, chargé d’âme et de souvenirs, que la comédienne connaît "du sol au plafond". La petite dizaine d’adultes réunis a été séduite par le spectacle qui fonctionne tout aussi bien sans sonorisation.


Un homme et une femme. Une rencontre. Ils se plaisent. Ils le chantent, le murmurent, à demi-mots, s’envoient des caresses et se prennent des vents. Ils s’aiment. Ils se le disent ou se le crient. Ménage synonyme de routine ? Scènes de ménage synonymes de passion ? Un thème a priori banal mais repris avec originalité et un véritable goût pour les calembours et les bons mots. Délicieux. "Chansons ! d’Amurs !" nous offre sur un plateau, avec simplicité et talent, les étapes de la vie amoureuse. "Fragments d'un état du discours amoureux", clin d’œil à Roland Barthes. Chacun se sert à sa sauce pour retrouver un morceau de sa vie. La drague, la déclaration, l’agence matrimoniale, le projet commun… Ajoutez à cela une bonne dose d’humour. De quoi rassasier les friands de second degré.

Accompagné par sa guitare Gibson rouge flamboyante, le comédien-compositeur-interprète nous emmène dans un univers poétique de troubadour du 21ème siècle. Mais point de mièvrerie ni de formule mielleuse. Les mots sont drôles, crus ou tordus. Il faut parfois savoir s’accrocher à une syllabe pour suivre leur transformation et en saisir le sens. Le spectacle s'inspire du mouvement du structuralisme à travers la poésie visuelle et sonore. On s’y perd, mais on en garde l’essence. Une mise en scène minimaliste. Un décor inexistant. De quoi rester focalisé sur les paroles de ce dialogue en chansons et sur le visage aux expressions captivantes, parfois burlesques, de la comédienne. Sans oublier sa voix angélique, particulièrement envoûtante. Après tout, n’est-ce pas le but de se perdre ? Se laisser porter par l’absurdité et la volupté du langage ; naviguer entre illusions et réalités, toutes provoquées par un sentiment universel : "l’amur" !


Sans fioritures ni froufrous, les codes du cabaret se retrouvent essentiellement dans la musicalité et l’interactivité avec le public. Une simple robe noire et un costume constituent les déguisements. Une sobriété à laquelle s’ajoutent quelques accessoires. On verra un ballon de baudruche de couleur rose en guise de chewing-gum. Il suffira parfois d’un gant ou de lunettes pour dépeindre les différents tableaux que dessine ce discours métaphorique, avec son lot de mimiques, de grimaces, d’onomatopées et de scat.
Du début à la fin, les comédiens jonglent entre distance et drôlerie, à l’image d’un sous-marin mimé à l’aide de bruitages et de "glouglou" tout à fait crédibles. Le duo s’accorde à merveille et s’amuse. On le sent, alors naturellement, la magie opère. Les partenaires interagissent avec les spectateurs conquis et réactifs qui s’expriment au beau milieu du spectacle : "Étonnant", "Surprenant", "On se laisse prendre"… Et pour preuve, on ne voit pas passer les 50 minutes. Plutôt bon signe ! Le rythme est soutenu, les chansons aux influences tantôt "rock", tantôt "jazz", s’enchaînent. Une cadence qui demanderait peut-être un peu plus de respirations. Est-ce le moyen de ne pas s’épancher sur les sentiments, d’éviter le pathos pour rester dans cet esprit de légèreté ?

À l’instar des chansons populaires, les mélodies fonctionnent et les refrains en fin de texte s’inscrivent dans la tête. Mais à peine commence-t-on à les fredonner qu’un autre morceau arrive. On s’étonne d’ailleurs lorsque s’achève le dernier. Le public en redemande et les artistes ont la générosité d’interpréter trois autres textes sur des thématiques variées. Un bonus qui ne devrait pas concerner le Festival d’Avignon où les spectateurs auront droit, en revanche, aux éclairages et à la sonorisation.

Lauren Muyumba

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