Confidence nocturnes - Comédie insomniaque

Spectacle de la Compagnie La Clef (37), vu le mardi 12 juillet à 19h05, au Théâtre de l'Atelier Florentin, Avignon Off 2016

Auteur : Olivier Bordaçarre

Interprètes : Sandrine Gréaume, Valérie Lesage

Genre : Théâtre

Public : à partir de 14 ans

Durée : 1h05

Création 2016

Chronique rédigée par Pascale, Catherine et Flavia

Elles s’appellent Hermione et Rosalynde et telles leurs héroïnes éponymes, elles convient le spectateur dans la confidence de leur intimité la plus secrète : le plaisir féminin. Dans la toute petite salle de l’atelier Florentin, trône, central, un lit. Deux amies s’apprêtent à se reposer quand Rosalynde, prise d’insomnie, pose à Hermione la question qui l’obsède: "Comment dire, et toi, est-ce que tu connais le plaisir enfin plutôt ce qui vient après, l’orgasme?" L’Hermione à laquelle elle s’adresse partage avec l’Hermione de Racine le fait d’être une grande amoureuse libre mais partagée. Oreste l’aime mais elle aime Pyrrhus qui aime Andromaque. Notre Hermione de "Confidences Nocturnes" partage cependant avec ses contemporaines une liberté de ton et de corps. Elle aime la bagatelle, connaît son corps et son plaisir, et à qui l’interpelle, elle le revendique. Face à elle, Rosalynde incarne telle la Rosalynde de Shakespeare un problème identitaire. Elle est seule, ne ressent ni plaisir ni intérêt pour la chose, lutte contre l’emprise d’une mère qui n’a fait que lui transmettre son dégoût du rapport au corps. Ce choix des prénoms permet au spectateur de prendre du recul et d’accepter, sous couvert de conventions théâtrales, d’être témoin de confidences somme toute très personnelles. La nuit se passe ; Hermione voudrait se reposer, Rosalynde insiste ; les scènes se rejouent, à l’identique au début, pour prendre un chemin de traverse toujours profond. On finit par comprendre qu’Hermione fantasme sans doute plus sa vie amoureuse qu’elle ne la vit tandis que Rosalynde en arrive à reconnaître qu’elle est moins amoureuse des hommes que de son amie. C’est une jolie performance sur un sujet sensible et tout en délicatesse. Les deux comédiennes incarnent leur personnage avec une vraie conviction. Elles s’illuminent à mesure que les confidences progressent et tendent vers la vérité. La naïveté perdue de Rosalynde est drôle mais au final nous peine tant on imagine les affres dans lesquelles elle se débat ; le côté expansif d’Hermione nous remplit de grâce tant elle parvient à communiquer l’intensité de son plaisir et tant pis si elle nous bobarde : du plaisir, elle nous en a donné. Catherine

A mon arrivée, je suis plutôt sereine vis-à-vis de ce spectacle, tout en ayant une vague idée de ce à quoi je peux m’attendre. Un accueil courtois précède l’entrée dans la salle. Le décor est planté : un lit trône au milieu de la scène, au fond de laquelle se trouve un paravent. Les murs sont en pierre, les fauteuils confortables et l’ambiance feutrée : le ton est donné, les deux comédiennes entrent en scène. Les jeux de mots se succèdent et les répliques autour de la sexualité de chacune sont pertinentes. Le pseudo épanouissement de l’une fait face à l’ignorance et au questionnement de l’autre. Les jeux de lumière nous font pénétrer dans l’univers intime de cette chambre à coucher. Le rythme des dialogues est soutenu, interrompu uniquement par deux parenthèses, durant lesquelles chacune des actrices s’adresse au public (pour notre plus grand plaisir). La finalité me laisse une impression d’amertume, en décalage avec la légèreté du début. Quelle femme ne s’est pas retrouvée un jour face aux questions et aux doutes abordés par ces 2 amies. Une jolie performance et un grand bravo pour ce moment délicieux. Pascale

Il s’en dit des choses sur le creux de l’oreiller avant de s’endormir, entre deux bonnes copines. La nuit est propice à l’introspection, aux confidences. Les deux comédiennes habitent le décor d’une chambre, réduit au minimum, un lit et 2 poufs. Ce qui se passe est dans le texte, l’écriture est agréable et pleine d’humour. Il y a des questions qui reviennent, toujours les mêmes. C’est un peu comme un enfant qui n’est pas satisfait de la réponse et qui, ni vu ni connu, revient à la charge toujours avec les mêmes interrogations. Il est question de sexualité féminine et de pudeur, d’amour et de vocabulaire. Certains mots choquent l’une alors que l’autre les emploie naturellement. Certains mots sont tabous dans notre société. Cette pièce de théâtre génère chez moi une réflexion inédite : nous ne sommes pas égaux devant les mots. La pièce est agréable, extrêmement bien jouée par deux comédiennes dont le jeu équilibré porte très bien un texte finement cisellé et plein de malice. A voir bien sûr ! Flavia

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