Le petit poilu illustré

Affiche de Marko

Présent sur le Festival OFF 2017

Spectacle de la Cie Dhang Dhang (93) et co-prod. Mise en Lumières (75), vu à Avignon Off 2016, le 20 Juil., 13h15, au Théâtre des Brunes (du 7 au 30)

Texte : Alexandre Letondeur

Mise en scène : Ned Grujic

Jeu : Alexandre Letondeur, Romain Puyuelo

Lumières : Aurore Beck

Costumes : Pierre-Jean Beray

Genre : Théâtre burlesque

Public : Jeune public dès 7 ans et sans limite ensuite

Durée : 1h05

Jauge adaptable

Création 2015

Salle de 49 pl.

Ferdinand et Paul, deux poilus, deux copains morts à la guerre de 14-18, sont chargés de revenir sur Terre pour raconter la guerre aux enfants de maintenant. Les voici catapultés dans une chambre d'enfant au centre de laquelle trône un parc de bébé. En 1h10 ils doivent dire la Grande Histoire, de Juin 1914 à Juin 1919, et tout doit être vrai. Quarante millions de victimes : première vérité annoncée en préalable. Peut-être l’avions-nous oublié... A.Letondeur et R.Puyuelo incarnent ces deux émouvants fantômes dans une vingtaine de tableaux bien choisis qui s'enchaînent avec fluidité. Quelques facéties ménagent des pauses souriantes dans le rythme très soutenu du spectacle. Rappelés à l'ordre par une sévère voix off lorsqu'ils oublient les consignes, les deux poilus se remémorent tout. L'Histoire défile en nous emportant dans son courant fou. Elle dépose dans notre mémoire les batailles et les morts sans compter, les appels de généraux et les noyades de poilus dans la boue des tranchées, les petites joies et les instants de fraternité, la peur et les sifflements d'obus, un langage particulier, des plaisanteries, des chants, des rats, des poux, des casques, etc., etc., et l'absurdité de la guerre. Une heure plus tard Ferdinand et Paul disparaissent de notre vue après avoir édifié un extraordinaire monument aux morts. Mission accomplie. Les enfants rient parfois, les adultes moins car ils connaissent l'issue. Ce magnifique spectacle dont je suis sortie avec la chair de poule ne laisse pas indemne.

Les comédiens sont épatants. Ils changent de rôles (et de costumes) à toute allure, chacun pouvant incarner pour quelques instants un Allemand ou un Français aux accents divers, un soldat ou un général. Ils sont copains ou ennemis, chefs ou subordonnés, et redeviennent parfois, par distraction, les deux fantômes complices enthousiasmés par leur mission. Leur jeu burlesque et leur gestuelle m'ont marquée. Je n'oublierai pas, entre autres, ce soldat brusquement épinglé parmi les barbelés ou la drôle de chasse au canard entre les lignes ennemies. Les atmosphères changent très rapidement et la scénographie permet de planter tous les décors possibles. Le parc de bébé se fait tantôt table pour un échiquier dont les pions sont des armes lourdes, tantôt sol sur lequel les forts sont pris et repris ; il se mue en no man's land entre deux tranchées, ou en abri sous lequel Ferdinand et Paul s'accroupissent, etc. Des casques, un jeu de quilles, des drapeaux prennent également de multiples significations. J'ai apprécié la recette finale du "gâteau de la victoire", où Patrie, Marseillaise, chars, avions, soldats de tous pays, s'élèvent en une pièce montée fantasque, terrifiant monument aux morts dédié au silence et au souvenir. Le texte est net, concis, clair, souvent tranchant, sans équivoque. Il transmet du tragique, de l'humour noir, du tragi-comique, des émotions légères ou insupportables, de la gaieté aussi. L'humain s'y mêle à "la Grande Histoire" pour donner de la chair aux dates et aux évènements. Bravo!

Ce "Petit poilu illustré" permet de se remémorer ce que l'on a oublié de toute cette horreur et nous fait réfléchir sur les stupidités humaines. Construit pour soutenir l'intérêt et se graver dans les mémoires, c'est un panorama vivant et pédagogique. Destiné aux enfants, il concerne évidemment aussi les adultes, ouvre à la réflexion et peut introduire de nombreux débats. La compagnie propose sur demande une version filmée.

NB : l'auteur a utilisé une large documentation, des témoignages, des journaux des tranchées et "L'Album des Poilus" (Adrien Barrère, Maloine, 1919).

Catherine Polge

Retour à l'accueil