Les Fureurs d’Ostrowsky, délire mythologique
Les Fureurs d’Ostrowsky, délire mythologique

Spectacle de la Compagnie Octavio et En votre Compagnie (93), vu le 13/07/2016, au festival d’Avignon Off, Théâtre le Gilgamesh

Texte de : Gilles Ostrowsky et J.M. Rabeux

Mise en scène : J.M. Rabeux

Interprété par : Gilles Ostrowsky

Genre : Théâtre

Public : Tout public à partir de 14 ans

Durée : 1h

Les Atrides, vous avez oublié ? Allez donc vous rafraîchir la mémoire à l’aide des fureurs d’Ostrowsky, parodie décalée mais instructive de ces vieux mythes, mis en texte par J.M. Rabeux et Gilles Ostrowsky et impeccablement interprétés par Gilles Ostrowsky.

Le dispositif scénique se réduit à l’essentiel. Une sorte de cage inefficace à contenir la folie ; à l’intérieur, une table qui fait office d’autel sacrificiel et, cachée dessous, la baignoire où expirera, plus tard dans le spectacle, Agamemnon. Car dans la multitude des possibles de la mythologie grecque, c’est la saga des Atrides qui a retenu l’attention de nos deux compères, depuis la transgression originelle d’Atrée jusqu’à la mort d’Oreste. Finalement rien de plus normal que ce choix pour des gens de théâtre qui ont baigné dans Sophocle et Eschylle.

Gilles Ostrowsky incarne seul tous les personnages, parfois aidé de quelques accessoires et autres travestissements. Il porte un verbe drôle qui sait mettre en lumière l’absurde et l’effroi du tragique, telle cette "Iphigénie morte pour du vent". Tantôt, ce sont les techniques clownesques qui disent mieux que tout autre discours la folie des personnages. Ainsi, lorsque Atrée parvient à ouvrir la cage, une fois son forfait méticuleusement accompli, on se dit, à sa tête d’illuminé, qu’on est trop heureux de ne pas être assis au premier rang ! Notre comédien, servi par la mise en scène de J.M. Rabeux n’est pas avare en hyperboles. La tragédie grecque, c’est du sérieux alors autant appeler un chat un chat et montrer le gore des situations. On assiste au dépeçage sanguinolent des enfants de Thyeste et de leur mise en ragoût. Et face à ces poupées, on imagine un peu mieux. "Imagine, imagine" demande régulièrement Gilles Ostrowsky à son public. Cette interpellation récurrente qui vient après l’exposé d’une situation particulièrement tordue dans la famille des Atrides nous permet à la fois de mieux considérer l’interdit du mythe et de mieux en apprécier la mise en forme. Un bel exemple réside dans le moment où Gilles Ostrowsky, travesti en Clytemnestre, chante en playback "My heart belongs to dady".

C’est donc à spectacle totalement furieux auquel on assiste, à l’image des horreurs qui nous sont racontées. Je regrette néanmoins un petit problème de diction qui empêche parfois de bien entendre le texte. Le final me semble également avorté. Oreste, après avoir tué sa mère, se meurt. Non seulement c’est une entorse au mythe mais, surtout, ça se termine un peu en queue de poisson. Mis à part ces deux réserves, c’est une belle découverte et qui mérite le détour.

Catherine Wolff

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