Swing Heil
Source : www.lerepublicain.net
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Spectacle de la Cie la Marguerite (47), AVIGNON OFF 2016, Petit Louvre Van Gogh, 12h30, du 07 au 30/07 sauf le 25

Avec Alexandre Martin Varroy, Marius Pibarot au violon

Mise en Scène Romuald Borys

Genre : Théâtre

Public : Tout public à partir de 12 ans

Durée : 1h15

Vingt ans après, Richard revient à Hambourg. Avant sa destruction, il retourne au Heinze Café où, jeune étudiant de 17 ans, il retrouvait ses copains. Ils dansaient et écoutaient le jazz et le swing américain de Count Basie, Duke Ellington, Benny Goodman, Artie Show. Décembre 1938… C’était le temps des copains, Karl et Joseph, de l’amour, Gretchen, de l’insouciance. Plus pour très longtemps. Tout à leur jeunesse et à leur passion pour cette musique interdite de "dégénérés" noirs et juifs, pas intéressés par la politique, tous voulaient ignorer la peste brune, malgré les mises en garde et les signaux d’alerte de plus en plus évidents.

Leur cri de ralliement "Swing heil", pour pasticher le signal nazi "Sieg heil", leur permettait de sonner la dispersion en cas de descente des troupes de jeunes hitlériens traquant ces rebelles aux cheveux longs, en vêtements débraillés, qui refusaient de se soumettre et de s’enrôler. Pour pouvoir diffuser sous le manteau les disques interdits, ils usaient de subterfuges, fabriquaient des pochettes et inventaient de nouveaux noms de musiciens non "connotés". Richard s’était même fait embaucher quelques heures chez un disquaire pour accéder aux œuvres de ses idoles en libre-service. Il livrait même certains clients... Il s’apercevra à ses dépens qu’il participait à un réseau d’aide aux juifs qui voulaient fuir le pays. Il prendra conscience alors de la gravité de la situation. Les interdictions sont de plus en plus radicales, les cafés musicaux sont fermés par les autorités et il devient évident que l’enrôlement va être obligatoire. Certains du groupe d’amis y voient peut-être un moyen de rester libres, tout en se soumettant, en apparence, et de continuer à vivre leur passion clandestinement. Mais il n’est pas facile de berner le système, de résister à l’endoctrinement, à la surveillance constante, et de faire la part des choses. L’heure des choix viendra, résister ou collaborer, et le destin sera fatal pour beaucoup.

Ce presque seul en scène est porté par un comédien qui incarne tous les personnages et fait montre d’une belle présence scénique. Il est accompagné par cette re-création par un violoniste qui joue des musiques jazz et swing, des airs yiddish. Les moments de musique et de danse sont autant de respirations pour supporter la montée de l’intensité dramatique. Tous deux évoluent dans l’espace abandonné du Heinze Café, où traînent quelques objets, des chaises. Suspendus au plafond, des kakemonos sur lesquels figurent les idoles du jazz de l’époque. D’autres kakemonos sont déroulés au fur et à mesure du spectacle, illustrant la propagande nazi, pour l’enrôlement dans les JH, anti-juive, ou représentant Hitler ou le tristement célèbre drapeau nazi à la croix gammée.

J’ai découvert l’existence de ce mouvement des Swing-Jugend né en Allemagne à l’aube du IIIe Reich, le pendant allemand des Zazous français de l’époque. Mais j’ai surtout découvert un comédien à suivre, qui rend vivante et poignante l’histoire de ces jeunes gens qui "résistaient pour exister" à l’instar de tous ceux aujourd’hui qui osent les mêmes démarches également au péril de leur vie.

Cathy de Toledo

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