Festival "Comme à la maison"

 

Festival "Comme à la maison. Les nouvelles créations Reillannaises", 1ère édition, organisé par l'Association L’Alicorne, les vendredi 3, samedi 4 et dimanche 5 février 2017 à Reillanne (04).

 

Genre: Théâtre et musique

Public: Tout public

 

Comme un bon vin chaud parfumé, j’ai pu découvrir ce festival autoproduit, autogéré et autonome organisé en trois semaines à peine par le collectif des artistes Reillannais qui participent activement depuis plus de 15 ans à la vie de ce petit village de 1 500 belles âmes. Six spectacles, quatre concerts et un bal à danser dans un magnifique chapiteau dressé sur la place du village. Une rencontre qui fait chaud au cœur, au cœur de l’hiver. L’association L’Alicorne, qui gère également le bar musical "Le Café du cours" où j’avais pu passer une soirée fort agréable il y a deux ans, s’occupe de lancer les projets. L’idée est de ne pas attendre le bon vouloir des uns et des autres pour faire leur métier et surtout se faire plaisir. C’est la clé de la réussite et en tout cas de cet enthousiasme communicatif. A la vue des agendas chargés de cette bande de fous, ils arrêtent la seule date où tout le monde est disponible et lancent l’affaire. Il faut dire que c’est leur métier: des artistes, des techniciens, des communicants, et de nombreux bénévoles qui organisent déjà en été un festival "Le Grand Bouillon" qui a connu un beau succès en 2016.

L’idée est de donner à voir les créations des compagnies locales dans des conditions favorables. Un parc de matériel partagé, un espace scénique spacieux, une organisation rigoureuse et chaleureuse, et un public qui répond présent, même quand le climat n’est pas favorable. Résultat: 350 personnes étaient présentes le samedi soir et, pour ce que j’ai pu constater le dimanche après-midi où je suis venu partager le froid de l’hiver avec eux, 200 personnes en moyenne pour chacun des spectacles. On parle souvent d’économie de la survie pour ces festivals autonomes, mais ceux-là connaissent leur affaire. Avec un prix des places entre 5 et 7 € et des pass attractifs pour la journée, ils ont fait en sorte que chacun puisse repartir avec un ou deux cachets tout en payant les frais inhérents à l’organisation. Car ça n’est pas parce qu’ils s’organisent eux-mêmes qu’ils vont travailler pour rien.

J’ai ainsi pu assister à trois spectacles ce dimanche sous la pluie:

A 14h30, "Un air d’ailleurs", de la compagnie Les faubourgs de Babel. Il s’agit d’un duo musical autour de la parole glanée dans des maisons de retraite, à la poésie impressionniste et porté par une mise en scène très travaillée, mais qui mériterait d’en préciser les contours qui m’ont semblés parfois bien flous.

A 17h00, "Ici c’est chez moi... pfhh!!!", de la compagnie T’émoi. Un conte musical et dansé, où trois jeunes danseuses sorties d’un tissu chrysalidien dansent au son d’un duo guitare/percussions d’une incroyable efficacité. Pour ma part, le mélange m’a semblé trop dense entre le conte, dont j’ai rapidement perdu le fil, et les propositions visuelles et musicales. C’est encore un peu jeune, mais cette proposition très généreuse nous entraîne dans une rêverie indéniable.

Enfin, à 18h45, "La quête du Râle" de la compagnie du Faubourg que j’étais plus particulièrement venu voir. Un solo de clown préhistorique créé très récemment. Sans un mot, ou plutôt avec quelques râles, Olivier Clément campe un clown avec comme seul accessoire une énorme massue multiusage. Le rythme du spectacle démarre plutôt doucement dans un échange craintif avec le public, mais n’hésitant pas à plonger au cœur des spectateurs dans une quếte amoureuse contrariée. Ménageant ses effets, le comédien enrichit ainsi sa proposition grâce à son instrument surprenant qui se révèle être un didgeridoo (instrument aborigène). Il apporte ainsi à son solo un rythme musical inattendu. Dosant toujours la montée en puissance de son show, l’énorme massue devient Totem sur laquelle il finit par se hisser, tout en jonglant avec d’autres massues. Une petite prouesse technique dont les spectateurs raffolent. Malgré l’économie de moyens, il nous entraîne dans une belle dramaturgie, mêlant humour, effets visuels et sonores, et surprises techniques, pour terminer dans une danse tribale avec un public qui ne se fait pas prier pour participer. Les effets sonores de boucles musicales samplées sur son instrument viennent renforcer la transe et rythmer un tableau participatif plein d’énergie. La confrontation finale entre le public sur scène et celui resté assis se fait par des cris libérateurs qui rendent ce spectacle réjouissant.

Un spectacle créé pour se jouer en extérieur et qui a rencontré un vrai succès pour clôturer ce joli festival.

Eric Jalabert

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