La Femme de trop

Spectacle de la compagnie Marcel et ses Drôles de Femmes (76), vu le 16 mai 2017, au théâtre Le Monfort (Paris 15e).

 

Mise en scène : Alba Sarraute Pons

Ecriture et Interprétation : Noémie Armbruster, Marine Fourteau, Angèle Guilbaud, Liza Lapert et Marcel Vidal Castells

 

Genre : Cirque

Public : Tout public

Durée : 1h10

 

Le nom de la compagnie - Marcel et ses Drôles de Femmes - est si joli et prometteur que je n’ai su résister à l’invitation du Monfort pour découvrir leur spectacle, "la Femme de trop".

 

Ils sont cinq sur scène - un homme et quatre femmes -, Marcel donc et Noémie, Marine, Angèle, Liza et Alba qui portent à la scène les mêmes prénoms qu’au civil. Les présentations sont faites d’entrée de jeu, mais rien n’est moins sûr que leur identité puisqu’ils en changent précisément, par le travestissement, à chaque tableau. "La Femme de trop" raconte la rencontre des personnages avec eux-mêmes au sein d’un groupe qui entreprend de monter devant nous un spectacle de portés aériens. Voilà qui fleure bon, à travers le synopsis, "les 26 000 couverts". 

 

Le décor se limite aux cadres aériens et aux épais matelas de réception. Ils sont le lieu du spectacle en lui-même mais, au-delà, de sa métaphore: pour apprendre à se connaître, il faut oser se jeter dans le vide, s’abandonner à l’autre, tomber et recommencer, essayer à nouveau en changeant de méthode et pourquoi pas en se mettant à la place de l’autre. On assiste donc à leur quête dans une sorte d’éternel recommencement suggéré par une musique de music-hall qui opère tel un jingle et qui ouvre chaque tableau. La couleur des costumes, changés à vue, permet de suivre plus ou moins les changements d’identité. Le comique de répétition tente de faire le reste.

 

"La Femme de trop" a pour elle une multitude de qualités. Il fallait oser, dans un spectacle de cirque, laisser tomber et s’écraser son partenaire comme une crêpe. C’est cruel mais drôle. Dans le registre des belles trouvailles, la voltigeuse, arrêtée en plein vol, mains et pieds tenus de part et d’autre par les deux porteurs, devient pont aérien. L’une des voltigeuses est, par ailleurs, impressionnante de souplesse et de grâce, tandis qu’une autre fait preuve d’une très jolie voix. Ils chantent tous d’ailleurs, dansent aussi et savent, ce qui est rare pour des artistes de cirque, tenir un rôle théâtral avec une voix bien placée. Mais l’éternel recommencement est lassant. Malgré leurs efforts de loufoquerie, malgré une scène qui se jonche peu à peu de tout un capharnaüm à la Camille Boitel, le spectacle n’évolue pas. Le rire reste fugace, l’ennui pointe sérieusement et la frustration avec. C’est sans doute très personnel mais je ne supporte pas, quand enfin un joli porté aérien s’envole, quand un peu d’émotion pointe, qu’on me coupe mon désir pour revenir à une trivialité même pas drôle. "La femme de trop" est un spectacle qui, malgré ses évidentes qualités, m’a laissée sur ma faim. Mon point de vue n’engage que moi: le public a manifestement aimé.

 

Catherine Wolff

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