Nous qui sommes cent
Nous qui sommes cent

Spectacle de la compagnie Les cris de l’horizon (93), vu au Théâtre des Déchargeurs (Paris 1er), le 26 juin 2017.

Mise en scène : Laura Perotte
Ecriture et Interprétation : Caroline Monnier, Laura Perrotte, Isabelle Seleskovitch

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h10

Mi-juin, c’est le début de la grande transhumance : les compagnies parisiennes migrent vers Avignon et il est fort difficile de se mettre un spectacle sous la dent ! "Nous qui sommes cent" avait le mérite d’être encore à l’affiche en cette fin juin alors qu’il sera au Ring, à compter du 5 juillet. Sauf à être amateur de divertissement télévisuel, je ne suis pas certaine de le recommander.

Sur le petit plateau nu du Théâtre des Déchargeurs, trois jeunes femmes, de justaucorps noirs vêtues, jouent à réinventer leur destinée. Nous assistons à l’une des parties que l’on imagine maintes fois recommencées. A chaque tentative, le scénario semble achopper sur les mêmes traumas : la rencontre du futur époux, Arthur ; l’aventure avortée avec un inconnu au retour d’une fameuse conférence ; un incendie fatal. On comprend, à la fin, que les trois jeunes femmes n’en font qu’une, qu’elles sont les voix, les "moi", d’un tiraillement intérieur qui déchire la personnalité de la narratrice. Il y a d’une part l’incarnation d’une vie "normale", normée et mortifère, et d’autre part celles qui ne veulent pas se résigner au silence : la rebelle et la suiveuse.

Le texte de Jonas Hassen Khemiri traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy est intéressant. Il y a de jolies trouvailles d’accessoires comme ces attributs de genre que l’on scratche sur les justaucorps à l’aube des premiers émois (mais le procédé ne va pas sans me rappeler le spectacle "C’est (un peu) compliqué d’être à l’origine du monde") ou bien ce petit praticable rouge qui fait tout autant office d’estrade que de toit dangereusement pentu. Il y a quelques scènes particulièrement réussies comme ces flashes de lumière rouges et bleus qui dessinent de folles soirées en boîte, ou comme cette séquence où notre héroïne se rêve en Dalida. Elle en embrasse avec talent la robe, les poses, la voix, le chant.

Mais le parti pris de mise en scène ne m’a pas convaincue. Pour ce drame existentiel, la metteuse en scène Laura Perrotte a choisi un ton résolument léger et parodique. Il s’accompagne d’un jeu extérieur, superficiel et dénué d’émotions. Les voix, généralement haut perchées, achèvent une distanciation qui dessert le propos. Les accrocs dans le texte sont fâcheux. Le contact physique (câlins, bagarres) n’est qu’effleurement. Les regards qui cherchent systématiquement la connivence avec le spectateur réduisent le spectacle à une prestation d’officine de formation théâtrale.

"Nous qui sommes cent" présente un texte original, nouvellement édité en France. Les quelques beaux moments et jolies trouvailles ne compensent malheureusement pas un parti pris de mise en scène contestable.

Catherine Wolff

Retour à l'accueil