Sandre

Spectacle du Collectif Denisyak - Solenn Denis & Erwan Daouphars (33), vu le 13/07/2017, AVIGNON OFF 2017, à 13h45 à la MANUFACTURE (patinoire): du 6 au 26 juillet – Relâches : 12, 19 juillet (1ère à Avignon).

 

Texte : Solenn Denis

Mise en scène : Collectif Denisyak

Interprète(s) : Erwan Daouphars

 

Genre : Théâtre, Monologue pour un homme

Public : A partir de 15 ans / A déconseiller aux femmes enceintes (ou prévoir sels de pâmoison)

Durée : 1h25

 

Un fauteuil, une lampe, une aigreur, neutre. Voilà ce que l’on voit et l’on ressent en arrivant à la patinoire d’Avignon pour découvrir "Sandre", une des pièces de cette autrice contemporaine (si, c’est comme ça que Solenn Denis veut qu’on dise) dont tout le monde guette le pas, le mot, la colère, l'excitation, de Bordeaux à Paris, de Paris à Pézenas (si si).

 

Chez Solenn Denis, le mot a son importance, la voix de son maître aussi. Ils se réfléchissent. Ils se partagent.

 

Comme une grossesse nerveuse, comme une grossesse de déni, le personnage principal de "Sandre", une femme (jouée par un homme, sans artifice, sans ventre rond, sans chichi) perd la foi et les eaux le jour où sa vie amoureuse bascule. Le bal de la femme prégnante sent le roussi.

 

Sentant dès le début nous aussi comme un feu au lac, et une absence lourde, d’explications oui, et flairant une autre dimension que celle qui nous rassemble, nous prenons peu à peu avec Erwan Daouphars, fin, délicat, de la distance avec la beauté et la vie. Nous découvrons avec lui son histoire, à elle, dans lui.

 

Qu’est-ce qui mystérieusement pèse dans cette fatalité douce de l’amour, de la vie, au point qu’un jour, elle bascule dans la folie violente ? Qu’est-il arrivé à cette femme, qui ne se plaint jamais, pourtant, dans sa douleur froide ? Elle qui oui, savait "faire la beauté", entière, dévouée.

 

C’est l’histoire d’un drame sous-jacent, d’un grain de sable, d’une poussière de cendre dans le ventre, qui rend la bouche amère et fait tourner un jour le dos à l’existence.

La scénographie, sobre, laisse placidement entendre la descente aux enfers, dans les eaux troubles de la vie. La discrétion des lumières fait la place à l’être humain tout entier, blessé dans sa chair, dans son être, dans son estime de lui, en douceur, comme vers une folie douce. Ici point de violence visible. D’ailleurs quelle compréhension en avons-nous quand elle survient ? Ici calme froid après la tempête, absence et confidence, comme un aveu.

 

Vu le sujet du jour, j'ai trouvé la pièce si on peut dire pas mal. Peut-être pas facile à programmer sans échanges avant, ou après. Mais avec votre audace...

 

Mesdames, Messieurs les programmateurs-trices (et vous chers spectateurs), prévoir de laisser vos aiguilles à tricoter à l’entrée (au service oui de sécurité).

 

Danielle Krupa / www.allez-zou.fr

 

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