L’Avare
Photo Pascal Gely

 

Spectacle de la Comédie de Reims-CDN, vu le 17/11/2017 au théâtre du Vellein (Villefontaine, 38).

 

De : Molière
Mise en scène : Ludovic Lagarde
Avec : Laurent Poitrenaux, Christèle Tual, Julien Storini, Myrtille Bordier, Alexandre pallu, Marion Barché, Louise Dupuis, Jean-Luc Briand, Elie Chapuis, Benjamen Dussud, Sophie Engel, Zacharie Jourdain, Elodie Leau, Benoit Muzard

 

Genre : Théâtre
Public : Tout public
Durée : 2h35
Création 2014

 

Est il besoin de résumer "L’Avare", célèbre pièce de Molière dont le personnage central est Harpagon, figure d’un père envahi par une avarice dévastatrice ? Harpagon a pour projet de marier sa fille, Elise, à un vieil homme alors qu’elle-même s’est fiancée en secret à un jeune homme, Valère. Quant à son fils, Cléante, il est amoureux de Marianne, jeune voisine sans bien que son père convoite lui aussi. Mais ses priorités de pensées vont à la préservation d’une cassette remplie de monnaie, enfouie dans le jardin et qu’il craint de voir disparaître.

Cette pièce, écrite en 1668, n’a pas pris une ride, grâce à la fabuleuse mise en scène de Ludovic Lagarde ! Le comédien Laurent Poitrenaux nous offre la découverte d’un Harpagon résolument contemporain, chef d’entreprise, véritablement angoissé - mais tellement drôle - à l’idée de manquer d’argent, de voir disparaître ses richesses matérielles et complètement aveugle aux aspirations de ses enfants.
L’interprétation qu’en donne ce comédien est saisissante : le texte original nous emporte, par la voix, le physique, le style d’Harpagon, dans un univers si proche de nous, que l’on oublie complètement que la pièce a été écrite il y a quatre siècles !

A la fois drôle et pathétique, le ton du personnage change brusquement, le corps joue à nous surprendre aussi, tantôt tendu, tantôt flasque : un grand jeu d’acteur ! A ses côtés, une troupe de jeunes comédiens (élèves de la classe de la Comédie de Reims d’ailleurs), eux aussi forts à l’aise dans cette farce traditionnelle, nous embarque dans un entrepôt où les caisses se déplacent au fil du jeu et sous nos yeux, à l’aide de transpalettes. Une jeune cuisinière pêchue développe une répartie remarquable et assurée. Le valet La Flèche va devoir supporter une fouille corporelle qui n’est pas sans rappeler certains usages intrusifs dont nous tairons le nom, pour ne rien dévoiler d’un passage (parmi d’autres !) qui a bien fait rire la salle. Là encore une touche résolument contemporaine qui démontre que Molière peut encore susciter des adaptations innovantes et réjouissantes.
Le congélateur, dernier accessoire apparaissant sur scène, servira de tombeau à Harpagon, dans un univers totalement épuré de tout autre accessoire. Cette vision finale de la pièce laisse clairement entendre que l’avarice conduit l’homme à une solitude mortelle. 
Mais ce congélateur peut être aussi un clin d’œil du metteur en scène pour nous rappeler que les textes de Molière continueront à passer les siècles, car il est bien entendu que… la glace conserve !

Isabelle Mombellet

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