Let me try

 

Spectacle produit par la compagnie les Merveilleuses, vu le 16 mars 2018, au Théâtre Gérard Philippe (93).

Adaptation et Mise en scène : Isabelle Lafon
Comédiens : Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon, Marie Piemontese

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h15

Quelle heureuse idée - à l’heure où les femmes, dans le monde de la culture, revendiquent comme ailleurs leur juste place - que de donner à entendre la voix insoumise de Virginia Woolf. "Let me try", présenté dans la chaleureuse petite salle du TGP, repose sur des extraits des carnets de l’écrivain ; carnets qu’elle considérait comme partie prenante de son travail. Le spectacle en donne une juste mesure.

Il faut tout d’abord saluer l’impressionnant travail de lecture, de sélection et de montage des textes. La mise en scène se fait d’ailleurs l’écho de cette première étape de travail. Le plateau est nu, juste occupé par des piles de feuillets et trois chaises où trois femmes vêtues telles des archivistes des années 1940 trient, lisent et commentent leurs plus belles trouvailles.

Les extraits retenus parlent avant tout des affres et du bonheur incommensurables de la création. Il est notamment un passage sur la vie intrinsèque et autonome des mots qui est un joyau à l’état pur. Mais pour humaniser la grande écrivaine, ces extraits de théorisation de la création sont ponctués de passages plus légers dans lesquels on découvre la femme : mondaine, éditrice passionnée aux côtés de son homme chéri, percluse d’humour et d'autodérision, portraitiste incisive de ses contemporains et des célébrités qu’elle fréquente, le "docteur Freud" et Huxley notamment. Elle y dépose aussi ses regrets (renonciation à la maternité) et ses petites mesquineries d’auteur (le décès de Katherine Mansfield, sa rivale reconnue à sa juste valeur, mais sa rivale littéraire quand même).

Pour donner du rythme au spectacle, les extraits sont dits de trois manières. Nos trois archivistes commencent par les lire en pleine lumière. Puis, l’une se lève et raconte le contenu d’un épisode. Enfin, à trois voix, tour à tour, en éclairage théâtral, les comédiennes intériorisent les textes et les interprètent tels des monologues. Isabelle Lafon incarne avec passion et conviction Virginia Woolf. Marie Piemontese relève bien le défi également. Il n’en n’est pas de même pour Johanna Korthals Altes dont la voix monocorde, la diction saccadée et les nombreux accrocs m’ont exaspérée. C’est dommage car c’est à elle que revient la majorité des extraits. Le passage à l’anglais, qu’elle est la seule à opérer, compense quelque peu ce jeu défaillant.

"Let me try" est une initiation originale à l’univers de Virginia Woolf. Pour mettre en valeur cette voix atypique, le dispositif scénique se réduit à l’essentiel et la mise en scène est épurée. Portée par une équipe entièrement féminine (à la technique aussi), ce spectacle est aussi un acte politique. Il aurait été parfait avec une plus grande homogénéité de jeu.

Catherine Wolff

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