Singulier et puissant !

 

 

Frédéric Naud & Compagnie

Théâtre Arthéphile

Vu le jeudi 11 juillet dans le cadre du festival d'Avignon off à 14h30.

 

Metteuse en scène : Marie-Charlotte Biais

Interprètes : Jeanne Videau, Frédéric Naud

Créatrice lumière : Louna Guillot

Musique : Chloé Lacan, Alice Noureux

 

Théâtre

Durée : 1h20

Première à Avignon

 

Intriguée par ce titre insolite, je cours au théâtre Artéphile pour y découvrir ce qui se cache derrière. « La méningite des poireaux », ce sont les mots utilisés par une patiente pour évoquer sa maladie mentale. Le ton est donné. 

Sur scène, Jeanne Videau et Frédéric Naud déroulent l’histoire de François Tosquelles, pyschiatre (déconniâtre selon l’intéressé), dont la sagesse et la folie salvatrice ont permis de révolutionner la psychiatrie asilaire du 20e siècle.

 

Seule une table jonchée de journaux en fouillis et d’un radio-cassette, habite l’espace scénique. Bienheureusement ai-je envie de dire, car la présence des comédiens, leurs jeux précis et l’intensité du texte remplissent largement la scène et nous tiennent en haleine.

Je ne connais pas les interprètes, c’est donc avec des yeux tout neufs que je les découvre. Jeanne Videau joue magnifiquement bien la fragilité de la maladie et son regard presque comique par moment crée un décalage rassurant face à la teneur du propos. Cela fait un superbe contrepoint à la narration, dense et riche en informations, portée de manière très juste par Frédéric Naud.

 

A eux d’eux, ils nous racontent François Tosquelles et la psychiatrie de l’époque, le cheminement de la vie de l’homme, ses intuitions, son humanisme, ses épreuves traversées, son exil d’Espagne et sa guerre de 39-45. Nous comprenons également que son regard si particulier sur la folie fut forcément influencé par son histoire familiale. Tout est lié et forcément nous suivons le fil rouge du sens dans ce texte savamment écrit.

 

C’est bouleversant mais jamais plombant grâce notamment à des trouvailles de mise en scène bienvenues. Je ne sais pas si la musique adoucit les mœurs mais les morceaux interprétés par Jeanne Videau à l’accordéon nous permettent de respirer entre deux salves d’émotion.

Il y a des moments de rire autour des découpages de papiers qui se font à vue.

Il y a des moments de larmes quand nous apprenons que plus de 40 000 aliénés moururent de faim dans les hôpitaux pendant la guerre.

 

Frédéric Naud nous entraîne ici dans un univers poétique qui oscille entre hyperréalisme et fantastique, un chassé-croisé qui me fait tourner la tête et basculer le cœur. En sortant du théâtre, je songe à ciel ouvert à ce qui s’est dit à la fin de la pièce : « Sans la reconnaissance humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît ».

 

F.P.

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