L'Heptaméron ou récits de la chambre obscure
www.bouffesdunord.com

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Un spectacle produit par le théâtre de l’Incrédule (76 Rouen) et les Cris de Paris (75010 Paris) vu le 5 février 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris X°)

Mise en scène : Benjamin Lazar
Direction musicale : Geoffroy Jourdain
Comédiens et musiciens : Fanny Blondeau, Geoffroy Carey, Malo de la Tullaye, Virgile Ancely, Anne-Lou Bissières, Stéphen Collardelle, Marie Picauf, William Shelton, Luanda Siqueira, Michiko Takahashi, Ryan Veillet
Genre : théâtre musicale
Public : adulte
Durée : 1H40.

Rien ne m’attire tant que les paris audacieux. Ce soir, entre les textes du XVI°, trop confidentiels, de Margueritte de Navarre et des madrigaux, j’étais servie. Le défi a été à la hauteur de mes espérances.

Le spectacle repose sur un montage de textes, essentiellement extraits de « l’Heptaméron ». Dans cette œuvre publiée à titre posthume, Margueritte de Navarre imagine comment un groupe d’hommes et de femmes, confinés par des pluies diluviennes, se racontent chaque jour des histoires vraies ou prétendues telles. Ce sont des histoires d’amour ou plutôt les histoires des tourments de l’amour et qui finissent généralement de façon tragique. Les madrigaux, en phase avec l’histoire racontée, prolonge la lecture des émotions.

Les textes de Margueritte de Navarre sont retranscrits en français contemporain. Mais on entendra également parler italien (avec les madrigaux) et à la faveur d’une troupe cosmopolite qui universalise le propos, japonais, anglais, allemand et brésilien. Ils sont donc trois comédiens et 8 musiciens. Mais les rôles ne sont pas si simplement distribués puisque l’une des comédiennes entonne un madrigal tandis que les 8 musiciens s’emparent chacun d’une histoire. Ce brouillage des rôles correspond à un choix fort de mise en scène : il s’agit de prouver qu’entre la musique et le texte, il n’y a pas de hiérarchie. L’un et l’autre disent simplement chacun à leur manière et se complètent. Pour expliquer ce parti pris, le metteur en scène invente un personnage, Geoffroy qui nous explique que sa radio est cassée, bloquée de nuit comme de jour sur deux uniques fréquences et qui se superposent : une chaîne de musique classique et une chaîne qui laisse à entendre des débats et des histoires. Geoffroy, avec son bel accent américain, est peu le clown Shakespearien qui insuffle un humour et une note décalée dans un ensemble imprégné d’une certaine mélancolie.

La scénographie est simple et délicate à l’image du spectacle. Elle est composée une bâche en guise d’allemande et qui servira d’écran. Au sol, un plateau légèrement incliné en bois laisse apparaître des trappes, tantôt découvertes tantôt à ouvrir. Elles serviront tour à tour d’assise ou de tombe. L’une des trappes, ouverte telle une stèle sert aussi de support de projection.  L’espace comporte encore deux petits praticables en bois, un cadre métallique et une échelle d’où certains textes seront déclamés. La lumière est chaude. L’éclairage à la bougie souligne des moments de recueillement apaisé.

Les madrigaux sont chantés la plupart du temps a capella. L’ensemble vocal des « Cris de Paris » est tout bonnement fantastique et compense largement les quelques faiblesses du spectacle. Quelques accrocs dans le texte tout d’abord, des vidéos (tempêtes…. comme celles du cœur et visions de l’être aimé) qui sont d’abord prétextes à subventions, quelques longueurs enfin.

« L’Héptaméron » est un spectacle d’une grande poésie. Les chants et la scénographie installent une atmosphère apaisante et atemporelle malgré la cruauté des histoires racontées.

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