Les soliloques du pauvre
Les soliloques du pauvre

Spectacle du Théâtre de la Passerelle (87), vu le 15 juillet à 11h10 au Théâtre des Carmes à 13h10 dans le cadre d’Avignon OFF 2019. Du 5 au 24 juillet, relâche les 11 et 18 juillet.

 

Auteur : Jehan Rictus

Mise en scène : Michel Bruzat

Comédien : Pierre-Yves Le Louarn

Musique : Sébastien Debard (accordéon, piano)

Genre : Théâtre

Public : Adultes, adapté aux grands enfants

Durée : 1H10

 

Le Théâtre des Carmes nous propose là une interprétation du « Théâtre de la Passerelle » avec le comédien Pierre Yves Le Louarn à l’accompagnement Sébastien Debard à l’accordéon. La mise en scène est discrète, parfaite, la scène des Carmes se prête déjà en elle-même au propos avec sa scène aux murs de pierre. Là, juste un banc capitonné, une chaise et l’accordéoniste à gauche.

 

Le comédien livre un solo détonnant convainquant grâce à sa spontanéité, l'énergie efficace débordante de réalisme et de contemporanéité ; Pierre-Yves livre au public avec un jeu magistral, rare et brillant l’essentiel du propos de Jean Rictus.

Recouvert d'une vieille couverture, barbu quelque peu échevelé le comédien incarne un miséreux, gueux, clochard, mendiant, sdf et interpelle le public avec des phrases des mots simples, efficaces.

La mise en scène pertinente, épurée, belle toute en discrétion qui (une écriture ancienne, deux siècles) nous permet d’apprécier on ne peut mieux les mots de Rictus tristement toujours d’actualité en ce premier quart de XXIe siècle.

Le musicien présent durant toute la représentation joue discrètement, improvise au fil de la représentation. Ce clochard céleste, mendiant et orgueilleux, déborde d’énergie, explose ; il dénonce la misère omniprésente jusqu’à son dégout de ses contemporains.

Actualité effarante soutenue par un jeu d’accordéon improvisé, tout en délicatesse.

Sous ses guenilles, Il interpelle Dieu : est-il aveugle, sourd-muet ?

La lumière scénique nous accompagne au fil des saisons, le printemps ainsi éclaire la scène de lumignons non sans omettre le petit plus, essentiel : s’une esthétique sobre et splendide, un très bel élément de décor (petites maisons) qui descend magique du ciel, inattendu ; d’une beauté esthétique et d’une finesse absolue.

Parfois et c’est en cela la féerie du théâtre lorsque de l’imagination créatrice d’un metteur en scène surgit une image, une idée parfois très simple comme c’est le cas dans cette proposition des Soliloques.

La scène des Carmes va rester à jamais, marquée par ce tableau visuel fort en simplicité et créativité dans mes propres références théâtrales.

Merci au metteur en scène, Michel Burzat pour cette adaptation talentueuse de l’œuvre magistrale de Jehan Rictus (1897) ; auteur important, peu connu des jeunes, il a en son temps comme Gaston Couté évoquait et dénonçait la misère grandissante d’alors ; Etat des lieux si dramatiquement toujours que trop actuel.

Le comédien Pierre Yves Le Louarn incarne parfaitement le personnage du SDF révolté.

Un spectacle magnifique, d’actualité qui permet générations de découvrir l’écriture de Rictus, un gars du peuple qui un peu comme Gaston Couté « a mal tourné ! » et a contribué avec ses écrits à dénoncer la misère des gueux d'alors comme de nos jours.

 

Lydie-Gisèle Brogi

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