La fin de l'homme rouge
La fin de l'homme rouge

Un spectacle produit par la Criée, Théâtre National de Marseille(13) et vu le 14 septembre 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris X°)

Texte : d’après Svletania Alexievich

Mise en scène et adaptation : Emmanuel Mérieu

Comédiens et musiciens : Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms et la voix de Catherine Hiegel

Genre : théâtre  

Public : adulte

Durée : 1H50

Je ne suis pas férue d’adaptation. Mais d’emblée, il m’a semblé que « La fin de l’homme rouge » de Svletana Alexievitch pouvait fort bien s’y prêter. C’est donc plein d’attentes que je suis allée aux Bouffes du Nord pour inaugurer une saison théâtrale prometteuse.

Prix Nobel de littérature en 2015, Svletana Alexievitch a parcouru l’ex-empire soviétique et enregistré des centaines de témoignages pour faire entendre la voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix de ceux qui ont cru qu’un jour « ceux qui ne sont rien deviendraient tout » et sont aujourd’hui, dans le capitalisme sauvagement triomphant, orphelins d’une utopie.

Les voix surgissent d’un champ de ruine. En avant-scène, des lattes de bois et une carcasse de voiture sont ensevelies sous des monceaux de sable. Sur la scène de béton brut jonchent un fatras indéfini et un micro. Fenêtres sales et taguées à jardin, allemande brun-kaki au mur décrépi et qui fera office d’écran de projection complètent l’ensemble. Mais à part l’allemande et le micro, le décor est totalement accessoire et surligne, à mon sens, inutilement, les témoignages.

Six témoignages ont été sélectionnés dont un est extrait, sauf erreur de ma part, d’un autre ouvrage de Svletana Alexievitch, « la Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse ». Les comédiens montent tour à tour sur scène, souvent depuis la salle, se campent devant le micro et entonnent leur récit. Impossible de rester indifférent devant ces tranches de vie élevées dans la foi « du sacrifice héroïque » et qui ont du apprendre  ce qu’était « l’homme qu’on extrait de l’homme jusqu’à la dernière goutte ». Les récits sont en eux-mêmes, comme dans le livre, insoutenables. L’intensité émotionnelle de trois comédiens –Anouk Grinberg, Jérôme Kircher et Xavier Gallais- nous fait appréhender l’indicible. La prestation de ces deux derniers est magnifiée par leur visage projeté en gros plan tandis qu’ils racontent. Les trois autres récits demandent encore à être rodés au risque de laisser la musique d’arrière-fond devenir franchement envahissante : les petits problèmes techniques qui ont retardé la représentation de vingt minutes sont peut-être à l’origine de maints accrocs et d’une moindre incarnation.

Il fallait relever le défi de sélectionner six témoignages parmi les centaines qui composent le livre de Svletana Alexievitch pour les porter sur scène. Le pari est si encourageant que j’aimerais volontiers en entendre d’autres.

 

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