Monsieur de Pourceaugnac
Monsieur de Pourceaugnac

Une comédie-ballet de Raphaël de Angelis produite par le Théâtre de l'Eventail (30) et vu le dimanche 6 octobre à l'opéra Confluence (Avignon).

Comédie ballet de :
Molière et Lully
Direction musicale : Benjamin Perrot, Florence Bolton
Mise en scène : Raphaël de Angelis
Assistant à la mise en scène : Christian Dupont
Chorégraphie : Namkyung Kim

Monsieur de Pourceaugnac, provincial excentrique, fait irruption dans la capitale et dans l'union de Julie et Eraste. Oronte, le père de la jeune première a résolu de la marier à ce gentilhomme limousin, mais les deux amoureux n'ont pas dit leur dernier mot ! Aidés de la jeune Nérine et du napolitain Sbrigani, ils vont tout faire pour renvoyer le malvenu dans sa région.

Après avoir été accueilli par le chef de salle et le directeur du théâtre (prestige, l'opéra a le mérite de choyer son public !) je me laisse aller au confort du siège... Mais aucune chance de m'endormir avec cette mise en scène virevoltante ! De l'orchestre au chant lyrique, des marionnettes à la commedia dell'arte, des pitreries circassiennes au théâtre de texte, pas de repos pour le spectateur. On reconnaît un vrai théâtre de tréteaux, populaire et dynamique : beaucoup de tours de passe-passe, pas de technologie. Jaillissement de couleurs et de textures, des costumes à la scénographie : j'aime ces tons ocres et rouges, ces pantalons bouffants et ces grandes perruques, indices de fête et de burlesque. La mécanique du plateau et des corps est réglée comme du papier à musique (on salue le travail de la chorégraphe Namkyung Kim). La comédie-ballet a ce talent d'allier la saveur des musiques au plaisir d'une narration aisément intelligible.


Plaisir aussi de voir ce Monsieur de Pourceaugnac se faire avaler par l'engrenage, cette grande machination théâtrale ! Les processus de répétition et d'accélération vont progressivement chosifier le limousin en une imposante marionnette, pour le bonheur de nos yeux et de nos zygomatiques. Le voilà humilié, harcelé, torturé, violé (de manière à peine suggérée !) et convoqué en justice. On rit d'abord de sa différence (ses manières, son accent) puis de sa naïveté et enfin de sa douleur. La pièce progresse et le rire du public se teinte d'angoisse : quelle cruauté, tout de même. Assez rapidement je ne ris plus, le sadisme ne m'amuse pas. Les jeunes premiers remportent la victoire, aucun renversement des rapports de force n'est envisageable. Finalement, bien qu'il n'y ait qu'une victime, chacun en prend pour son grade : les médecins ? De terribles oiseaux de malheur ! Les bourgeois ? Bornés et manipulables ! Et les femmes et les valets : de vicieux intrigants... Cette basse-cour est cruelle. Ce vieux théâtre de cour royale, qui avait beau jeu de ridiculiser les provinciaux, se confronte à la dévalorisation actuelle du théâtre parisiano-centré (et Vivantmag à ce titre fait figure d'exemple) : faire jouer cette pièce loin de la capitale alors que le théâtre s'efforce de se démocratiser et de se populariser, voilà qui a beaucoup de sens !


La dimension politique du spectacle ne gâche en rien le plaisir de la représentation qui n'en est que plus piquante : ce Monsieur de Pourceaugnac est familial et généreux, et chacun y trouvera son compte !




 

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