Rachel, danser avec nos morts

Spectacle de la Cie By collectif (31) Vu au 11 Gilgamesh lors du festival d’Avignon OFF, entre le 7 et le 29 juillet 2021, à 13h10

Durée : 1H30

Public : Tout public

Genre : Théâtre contemporain

Ecriture et mise en scène : Delphine Bentolila

Interprètes : L. Barbier, D. Bentolila, S. Brel, N. Dandine, J. Kpéré, A. du Rivau, L. Roy, J. Sabatié-Ancora

Le mariage de Rachel va être célébré, toute la famille se réunit dans la grande maison pour s’occuper des préparatifs, mais à mesure qu’approche l’instant du grand bonheur amoureux, des cris remplacent les murmures enthousiastes. “Hannah, arrête s’il te plaît, c’est mon mariage” mais non, Hannah ne s’arrête pas, par des cris, des lumières, des douleurs, des pardons, elle en a trop au bord des lèvres, faut tout laisser tomber, sinon c’est elle qui tombe du bord, comme la dernière fois où son frère est venu la chercher dans une mer agitée, pour y trouver la mort. Des cris, ils en ont tous à se jeter au visage les uns des autres : les parents ont perdu leur fils et leur fille puisqu’Hannah a été internée et Rachel, leur dernière, n’existe qu’à moitié, entre deux douleurs qui n’arrêtent pas de crever la surface en s’y reflétant. 

Mais on ne crie pas, il ne faut pas crier, pas de vague, c’est le mariage de Rachel, on chuchote plutôt ses cris, ses chagrins, ses doutes, ses regrets au mort. Le frère au visage si mélancolique flotte avec sa planche de surf entre les tables en robes blanches, bouts d’écume endeuillés, tables en dessous desquelles on se cache à ses côtés pour rire un peu, s’enlacer ou lire un destin rassurant dans les cartes. Il y a même du rire et de jolis numéros entre les rides de leurs rancunes. Mais il faut bien que quelqu’un déchire la lenteur et délie les langues pour qu’on puisse enlever les draps cadavériques qui recouvrent les tables, arrêter ce flot ininterrompu d’images océaniques qui s’y projettent, que se fasse un pas pour que cesse le silence absurde qui se prétend dialogue ; apprendre à dialoguer avec des absences qu’on regarde droit dans les yeux et danser sans oublier qu’on danse. 

Rachel donne son titre à la pièce alors qu’elle y est en filigrane parce que c’est elle qui danse, qui absout la famille et la réconcilie dans un geste simple, élégant, abandonné. Son égoïsme devient salutaire : elle veut juste être heureuse et toute sa famille apprend à savourer ce bonheur avec elle sans le grignoter.

Célia Jaillet

 

 


 

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