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Un vivant qui passe

 

Un spectacle produit par le Festival d’Automne et le Téâtre de la Bastille (75) et vu au Théâtre de la Bastille (Pantin) le 4 janvier 2022.

 

D’après Claude Lanzmann

Adaptation : Nicolas Bouchaud, Eric Didry, Véronique Timsit

Mise en scène : Eric Didry

Comédiens : Nicolas Bouchaud, Frédéric Noailles

Genre : théâtre

Public : tout public à partir de 14 ans

Durée : 1H35

 

Fort de son succès, « un vivant qui passe » a joué les prolongations. J’ai donc pu, après que mon compagnon le découvre seul, jouer la session de rattrapage. En amont, nous l’avions tellement décortiqué - jusqu’à revenir à la source primaire - que j’ai eu peur d’un ressenti biaisé. Mais l’amie qui m’a accompagnée  a confirmé ce sentiment mitigé.

 

 

« Un vivant qui passe » est une adaptation du documentaire de Claude Lanzmann sorti en 1997 à partir des rushes non utilisés de « Shoah ». « Un vivant qui passe », c’est l’expression inouïe du protagoniste, Maurice Rossel, délégué au CICR, missionné pour recueillir des informations sur Auschwitz et Theresienstadt - et qui n’a rien vu.

Le décor, plutôt dépouillé se compose de deux espaces. A cours, la reconstitution fidèle, sous forme de trompe-l’œil, de la pièce dans laquelle Maurice Rossel a été interviewé par Lanzmann. A jardin, un espace neutre, délimité par des panneaux grisés et qui contient, au sol des enceintes et quelques cartons Cauchard. Côté cours évolue Nicolas Bouchaud dans le rôle de Rossel ; le côté jardin étant plutôt réservé à Frédéric Noailles, alias Lanzmann.

Les comédiens endossent parfaitement leur rôle. Ils sont drôles et fort pertinents quand, en préambule, ils expliquent leur méthodologie, rappellent le contexte historique, précisent le lexique. Ils sont touchants dans les deux petits intermèdes sous forme de pantomime. Ces indéniables qualités, soulignées par un travail lumière qui rythme la joute, ne compensent pas les faiblesses théâtrales.

Il y a d’abord, à mon sens, une erreur de casting. Frédéric Noailles est trop jeune pour le rôle. Par ce choix, Nicolas Bouchaud a peut-être voulu montré que, contrairement à l’argument derrière lequel se planque Rossel, « la valeur n’attend pas le nombre des années ». Peut-être a-t-il voulu camper la jeune génération qui demande des comptes. Il n’empêche, ça ne passe pas et ça révèle un manque de choix dramaturgique. « Un homme qui passe » se réduit trop à une translation  du documentaire sur les planches. Les incessants bruits de fond, le ballon rouge qui apparaît ou la coucou qui sonne et interrompent l’interviewe sont de piètres stratagèmes pour faire théâtre. Le mystère Rossel, c’est « un vivant qui passe », qui est supposé voir et voir au-delà mais qui ne voit rien. La question de la révélation est donc cruciale et si le théâtre à quelque chose à dire en plus, c’est bien là.

 

« Un vivant qui passe » a le grand mérite de transmettre le travail de Claude Lanzmann. Mais c’est une transcription littérale et au final amoindrie de l’original.

 

Catherine Wolff

 

 

 

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