Le Serrement d'Hippocampe
Le Serrement d'Hippocampe

« Le Serrement d’Hippocampe » de la Compagnie Colonel Crucial Club (84) vu le vendredi 29 avril 2022 au Théâtre de la Porte St Michel à Avignon (84) dans le cadre du Printemps du Off, à 20H.

 

Écriture, mise en scène et interprétation : David Levet

Avec le soutien aux accessoires de : La Compagnie Deraïdenz

Genre : Théâtre

Durée : 1H

 

Un spectacle d’une jeune compagnie d’Avignon dont je ne connaissais pas le travail (Egoff, Darwin Factory…) et que j’étais ravi de découvrir sur un sujet sensible et qui me touche particulièrement (ma mère est en unité Alzheimer depuis plusieurs années). Une belle découverte…

 

Attention, je vais « spoiler » le spectacle avec la mention d’un élément important que je ne pouvais pas manquer de raconter ici… Si vous voulez garder un certain effet de surprise, ne lisez pas cette chronique.

 

Sur scène, alors que le public s’installe, le comédien est assis dans la pénombre, à peine éclairé et comme oublié, derrière une table, immobile, les yeux dans le vide.

Une voix off, nous fait le rapport d’intervention des gendarmes après l’interpellation d’un individu assez âgé et visiblement un peu perdu… Alfred Zaïeux.

Sa voix intérieure (voix off) nous explique qu’il a pourtant vu ça arriver, mais qu’il n’a pu rien faire… Alors il va tenter de nous le raconter, de l’intérieur.

Et là, deux mains semblent sortir de derrière le personnage, et comme une évidence, David Levet sort de derrière lui-même, qui était en fait sa marionnette hyper réaliste et vieillie de 20 ans. Habillé à l’identique, l’effet est saisissant !

Il nous raconte alors son basculement, à 67 ans seulement. Comment il en est arrivé là, s’auto-excusant d’oublis répétitifs, laissant les visites des amis s’estomper par l’embarras de la situation ; comment sa femme, Ginger, et lui ont vieillis dans l’amour et le déni, et que partie avant lui, le long effondrement s’en est suivi ; le long enfouissement d’une âme, avec les sens et les émotions chamboulées. Il nous parle de ses filles, qui l’ont accompagné jusqu’au bout de ce monde qui s’effrite, avec des souvenirs qui lui filent entre les doigts comme du sable. Il raconte les services d’aides sociales et leur manque d’empathie, la dépendance absolue à des individus, la maltraitance parfois mais aussi les moments de partage de ce monde parallèle avec des personnes ici ou là.

Il parle des accompagnants et de leurs difficultés, du respect de la personne qu’il est et qu’il a été, et David porte ce beau texte avec simplicité. C’est fluide, sans pathos malgré le sujet brûlant, et la belle mise en scène qui porte l’ensemble en fait un spectacle sensible, à découvrir pour ceux qui souhaitent se rendre compte de ce qui se passe à l’intérieur.

 

Le spectacle est soutenu par la Fédération Vaucluse Alzheimer. Il sera joué sur le festival Off d’Avignon au même théâtre à 12h30.

 

Eric Jalabert

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